‹ Propos littérairesChapitre 89 sur 95 · CHAPITRE \n · texte numérisé non relu

CHAPITRE \n

L'œuvre poétique de Victor Hugo abonde eu peintures de la mer; on les rencontre presque à chaque page, et la puissance descriptive y égale la prodigieuse variété de tons.

Celle nuit, il jj'eiivail, la marée élait haute. Un brouillard lourd et gris couvrait toute la côte. Les brisants aboyaient comme des chiens ; le flot Aux pleurs du ciel profond joignait son noir sanglot. L'infini secouait et mêlait dans son urne Les sombres tournoiements de Tabime nocturne ; Les bouches de la nuit semblaient rugir dans l'air. J'entendais le canon d'alarme sur la mer. Des marins en détresse appelaient h leur aide. Dans l'ombre où la rafale au'c rafales succède, Sans pilote, sans mât, sans ancre, sans abri, Quelque vaisseau perdu jetait son dernier cri (1).

La tempête, les angoisses, le tumulte des vents, l'horreur des nuits, voilà ce qui revient fréquemment dans ces tableaux où la mer apparaît effrayante, irritée. Cette impression est rendue avec une sauvage énergie dans la pièce de vers intitulée Cros temps la nuit (2). Le poète y a prodigué les images les plus fantastiques :

Le vent hurle, la rafale Sort, ruisselante cavale, Du gouffre obscur,

(1) Les Châtiments, liv. VII, IX.

(2) Toute la lyre, I, 117.

272 P KO PO S LITTERAIHES.

Et, hennissant sur l'eau bleue, Des crins épars de sa queue Fouetle l'azur.

L'horizon, qiie l'onde encombre, Serpent, au bas du ciel sombre

Court tortueux; Toute la mer est difforme; L'eau s'emplit d'un bruit énorme

Et monstrueux.

Le flot vient, s'enfuit, s'approche, Et bondit comme la cloche

Dans le clocher.

Puis tombe et bondit encore; La vague immense et sonore

Bat le rocher.

L'océan frappe la terre. Oh ! le forgeron mystère

Au noir manteau, Que forge-t-il dans la biume, l*our battre une telle enclume

D'un tel marteau ?

L'hydre écaillée à l'œil ghuupie Se roule sur le flot rauqu3

Sans frein ni mors ; La tempête maniaque Remue au fond du cloaque

Les os des morts.

La mer chante un chant barbare, Les marins sont à la barre,

Tout ruisselints; L'éclair, sur les promontoires.

Eblouit les vagues noires

De ses yeux blancs.

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