‹ Propos rustiques: Baliverneries, Contes et discours d'Eutrapel [pseud.]Chapitre 17 sur 24 · DÉSIRE JOIE ET FÉLICITÉ · texte numérisé non relu

DÉSIRE JOIE ET FÉLICITÉ

Ami lectear, étant Tesprit de l'homme de telle nature qaMl ne peut demeurer à requoi , employant sa langue à déchiffrer les actions d'autnil ou les siennes propres, faute d'autre sujet, en quoi nous nous portons et poussons de nous-mêmes é des itierveilleux accidents ou de flatterie, ou de calomnie, it ne faut aucunement douter que les Contes éPEutrapeiy qui ont jusqu'ici vu le jour sous Tabri du vénérable nom du seigneur de la Hérissaye, gentilhomme breton, n'aient encouru le danger auquel sont sujets les écrits de ceux qui excellent en quelque chose par-dessus les autres, au siècle principalement où nous sommes, siècle vraiment de fer, toutes choses y étant misérablement perverties et corrompues. Partant, époinçonné du désir de les remettre à la vue de nos François, beaucoup mieux disposés que par le passé, je leur ai prémis ce discours en forme d'avertissement, pour les vendiquer des véhémentes censures de teli calomniateurs, et convier un chacun à l'odmirer plutôt que censurer, ne contenant rien d'où on ne puisse rapporter quelque flruit. Ce que Je montrerai aisément, pourvu que Ton veuille apporter en les lisant toutes les considérations qui se doivent observer en la lecture de tels ^soours, lesquels sont pleins de mille et mille 0ctions tirées des poëtes , sans la connoissance desquelles ne peut parfaitement gausser celui qui en veut faire état, comme l'ont su très-bien pratiquer Rabelais et des Accords*, scientiflques gausseurs. Ce seroit nous éloigner de notre propos, de vouloir faire ici mention de l'origine et excellence des fables poétiques: mais nous nous contenterons de donner le moyen qu'il fout tenir pour les entendre : d'autant qu'elles sont comme un accessoire très-nécessaire aux contes et sornettes. Le plaisir des fables poétiques est très-grand, et qui a bien do quoi repattre l'entendement humain; mais il n'y a paa moins de quoi le faire vaciller et le troubler, s'il ne s'y comporte sagement : tellement que, comme pour ôter au vin la puissance de nuire et non pas ensemble la force qu'il a de profiter, convient le mélanger d'eau |

■I Cette épttra, attrlboèe ici h Plmprimear (sans doute Noël Glamet, de Qalmper* Corentin, libraire à Rennes), ne se trouve pas dans les premières ëdlUone da livre.

3 Etienne Taboarot, cpnnn bous le nom de self uenr des Aeeeids, po0le et àwi« vaio facèUenx, contevporaln de Noël du Pail.

130 L'nfpRiMEim AU lecteur.

aussi pour empêcher que la grande délectalioo des choses fabuleuses ne vienne imprimer en nous quelque mauvaise opinion, il faut tellement attacher notre jugement avec les discours de la vraie raison, que nous découvrions le profit qui j sera, sans nous laisser aller aux allèchements du plaisir seul. Ainsi nous percevrons Tutililé, en ce que sous Tenveloppement des fables nous trouverons infinis préceptes et enseignements . pour nous rendre vertueux, ne les tirant point par les cheveux, comme Ton dit, mais rapportant à leur naïve intelligence. Que s'il y a quelquefois des propos étranges, et qui ont quelque apparence de mal, faut avoir recours au souverain remède, qui est Topposilion qu'il convient Caire des sentences et opinions contraires des hommes illustres, afin que, contrebalançant lebieu avec le mal, nous tirions et des uns et des autres le sens mystérieux et allégorique entendu sous telle fiction, de soi vaine et sans l^uit? étant très-certain que la représentation des choses vicieuses ne nuit point, ains rend à la fin à ceux qui les ont faites la honte et le déshonneur qu'ils méritent, donne terreur à ceux qui les lisent, et occasipn de les fuir. Car tout ainsi qu'un peintre, voyant Touvrage d'un autre très-mal fait, s'évertue, par la connoissance du défaut reconnu, d'apporter au sien la perfection requise ; de même en faisons-nous en la lecture des livres fabuleux, contes et sornettes, qui, bien qu'ils nous représentent des actes infâmes et méchants, ce néanmoins les recevant non comme véritables, ains comme bien appropriés à leur sujet, nous en tirons de bonnes et salutaires instructions. Et i cet effet est grandement nécessaire d'avoir et entendre les propres significations, éloignées et jnétaphoriques des mots communs et familiers en telles gansseries. Or, d'autant que les exemples sont témoignages assurés par lesquels il apperl de la vérité ou non de quelque chose, j'en amènerai quelques-uns seulement pour découvrir le voile mystique des discours fobulenx. Jupiter a été tenu de Tantiquité ignorante pour le grand Dieu suprême et surpassant toute autre Déité; mais qu'a-elle voulu signifier autro chose par icelui, que la cause première, qu'elle a reconnu donner être i tout ce qui est? El où se peuvent mieux rapporter les puissances et facultés de tous les autres dieux (ôtée son erreur impie et ignorance) qu'aux effets divers de la nature en tous les corps humains ? L'adultère de Hars et Vénus représente au vrai les hommes lubriques adonnés i leurs voluptés , et efféminés, ainsi devenus, par le moyen des propos lascifs, sales et impudiques congrès avec les folles fenomes. Les Harpies et Vautours, que signifient-ils autres que les avaricieux, qui, comme ces animaux, sont âpres et désordonnément actifs à posséder les biens de ce monde, per fiis et nefos? Puis donc , ami lecteur, qu'il est très-manifeste que rulilité des contes facétieux est si grande, et que tu as la voie par laquelle tu y peux aisément arriver, reçois-les de bonne part, lis-les avec jugement et raison, rapporte-les â leur vraie inteUigence, et tu en ressentiras le unit et plaisir tout ensemble. Adieu.

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