ÉPISTRE
maistre, en qui Hz sceussent se reposer de leurs négoces privés (car ja commençoyent Républiques^ & affaires Politiques à se administrer) & recourir si auain schisme ou différent se eslevoit entre eux,
Queli^") maistre, ou supérieur^ commença les agensdarmer (b), les leurrer, les veiller, mettre aux champs ^ au monde, tellement que, se voyons plus rustres & plus gallans que les autres, non contens de leurs propres limites, usurpoyent sur le territoire & voysinage prochain par continuelles courses. Et en ces (Dieu sçait) bien dressées escarmouches sentreprenoyent comme voyez quon faict aux barres, & leprins (c) (de quoy est descendu la Prison, le Prisonnier, le Geôlier & la suyte) estait retenu en perpétuel servage, comme un coquin, un marault, un belistre.
Mais, à fin que ce maistre gouverneur fust recongnu comme principal & plus eminenty luy donnèrent, par commun advis, chascun partie de son butin ou conquest, en signe de recoîignoissance, par ce moyen se rendans à luy tributaires. ToutesfoiSy voyans que le profit particulier commençoit à avoir lieu, à d^ aucuns relaschoit (d) ceste rente ou devoir : car, devant que entrer en bataille, promet-
(a) Lequel.
(b) Faire d'eux des gens d'armeSi des soldats.
(c) Le pris, le prisonnier.
(d) Il remettait.
toit au mieux faisant^ au plus hardy assailleur, plus robuste combattant^ à celuy qui plus vivement estonnoit son ennemy... et quoy} Geste exemption ou immunité des devoirs susdicts deuz (a) pour la supériorité.
Lors y avait presse^ qui premier seroit au rang y qui le premier ferait br esche y le premier à lenseigne. Par ce moyen tendans tous à un mesme but & dune pareille émulation y le plus souvent demeuroyent vainqueurs où y quand pour leur bienfaict rien ne leur eust esté proposé y Hz se fussent attendus les uns aux autreSy au grand interest de leur propre salut.
Geste exemption Hz appellèrent Noblesse (comme la première chose y qui leur vint à la bouche y la mode d'adonques de imposer à signifier ){y) à cause que par leur hardiesse & brusque adresse aux armes (postposans{f) toute crainte de mort) , Hz acqueroyent ce que aux autres y qui avaient tourné le dos y gaigrié le hault (d), ne sestans mis au hazardy estait villainemeht dénié.
Au moyen dequoy ces anciens GarthaginienSy autant d^ anneaux donnoyent à leur souldart («) (gens saigement recongnoissans les bienfaicts) quHl eust
(a) Dus.
(b) La mode d'alors était d'imposer à tel ou tel son telle ou telle signification.
(c) Plaçant en second lieu.
(d) Gagné au pied.
(e) Soldat. A cette époque le mot n'est point péjoratif.
ÉPI.STRE 3^
esté en de batailles, & ce en signe de perpétuelle Noblesse. Les Romains, ces vaillans conqtiereurs, d'autant de couronnes leur homme darmes honnoroyent (recompense digne du mérite) quil eust este' à de journées, par ce moyen anobly. Quoy ? Les Macedones avoyent ces te loy reveremment observée : Oui n'aura en la bataille occis quelquun des ennemis, soit, en lieu public, lié, bille & attaché à un post ('^) en signe d'ignobilité. Les Germains ou Aileînans plus tost nestoyent mariés {^) (chose autrement villaine) quilz neussent présenté la teste de leur ennemy à leur Roy. Aux banquets des Scythes on ojfroit une pleine tasse de vin à la compagnie, & ne estait loysible à celuy qui n' avait tué son ennemy au conflict la prendre, comme sil eust esté villain, & immérité de cest hon?ieur. Aux Bibles, Mardochée, Hebrieu, fut anobly par Artaxerxes ;& pour les causes mesmes, Joseph faict noble par Pharaon.
Pour lesquelles raisons, tendans à une pareille fin d'une ambition honnorable, cr eurent en grand <Sf excessif nombre, tellement quilz (distinguans le populaire) se appellèrent désormais Nobles. Le reste (qui tient en poinct peremptoire que la manière de fuyr est de partir de bonne heure) furent appelles Plébéiens, Païsans, Villains, Rustiques.
A ces Nobles survindrent historiographes de leurs
(a) Poteau.
(b) N'avaionl pas le droit de se marier avant.
batailles, faîcts & gestes (quelz (a) Alexandre le Grand, estant au monument d^Achilles (^) , appelloit trompettes ou proclameurs dhonneur) , <Sf ont esté tellement ingrats vers noz Rustiques, que traictans seulement les haults& excellents actes de cespuissans Magnâtes, Monarches <Sf Primats n^ont voulu se abaisser jusques (au moins) à dire qu'il en fut en leurs siècles, la raison estant prompte que (comme dict Callimachus) vertu sans richesses est incongneue.
Toutefois aucuns ayans le jugement plus seur & regardans de meilleur œil, bien advertis de la commodité produitte des champs <Sf félicité de iceux, n*ont desdaigné à en traicter assez amplement. Caton (c), ce prudent & grave Romain, en ha escrit& estably loix, tellement quil affermait un Laboureur estre homme de bien. M. Cicero dit que rien ne peult estre plus commode à Ihomme libre que agriculture, ce qu'ail expérimentait assez en son Tusculan (d). Virgile (qui non moins ayma les champs que den escrire) appelle le Laboureur & celuy qui habite les champs : fortuné. Horace : heureux. Vegece (e) ( autrement gentil compaignon& bien ins-
(a) Lesquels.
(1>) Au prétendu tombeau d'Achille, dont on a identifié l'emplacement non loin des vestiges de Troie.
(c) Cf. De re rustica, prologue.
(d) Dans sa villa de Tusculum. .
(e) Cf. De re militari, 1. I, c. 3.