ÉPISTRE
tmit à la guerre) veult Ihomme de guerre estre nourry aux champs^ & estoyent nourriz anciennement les enfans des princes aux champs, non en ceste délicatesse des villes, AglauSy ce poure Arcadieny ne fut il jugé par loracle d'Apollo (si cela faict foy) Iheureux de tout le pais ?
Quoy ? <Sf combien de Empereurs ont laissé ladministration des magnifiques <Sf superbes Empires^ leurs pompes y hault esses & triumphes pour se retirer aux champs pour avoir Vayse & commodité diceux, & illec{^) (jugeans ceste façon de vivre beaucoup plus seure) passer en tranquillité le demeurant de leurs ans ? Comme PericleSy ce grave Athénien j Scipion PAphricain, Diocletian V Empereur Romain, Caton le Cemeur, le Consul M, Curius, avec ce tant & innumerables Philosophes, envieux du bien & félicité de noz Rustiques, ont (pour à. layse philosopher) choysi leurs estudes aux champs, comme les Stoïques, Druides, Platon en son Académie, Seneque, ce saige Philosophe, & autres infinis.
Au contraire, combien de Païsans bons laboureurs ont esté appelles de leur charrue pour prendre Vadministration de Republiques fortes & puissantes, toutesfois sans eux ruinées, mal ordonnées, & (ce que Ion dict) à Vanchre ? Ce vaillant charrieur (*>) Q. Cincinnatus en fera ample tesmoignage. Autant
(a) Là.
(b) Conducteur de charrue.
Attile Calatin (»), hon & excellent vigneron ^ Fabrice i gentil jardinier, Attile Régule, desquelz la mémoire tant durera, que seront en vigueur Charrue, Soc, Coultre, Fouet & Timon.
Que si nous regardons en quoy principalement estait la richesse de lantiquité, nous ne trouverons que hœufz, vaches, moutons, oysons & autres avoirs, tellement que Servius, Roy des Romains, feit insculper (^) en la première monnoye Romaine des bœufz & moutons, dont encore sont les moutons à la grand laine (°).
Mais, neantmoins (d) que cecy demanderoit plus ample discours que les aureilles dun délicat (possible) souhaitteroyent, toutesfois pour ce que ce nest le principal négoce (e) ,fay induit ce peu (^ , pour monstrer, au moins essayer, lorigine de noz Rustiques par leur contraire. Contente toy donc, amy lecteur, de ce peu que je te offre, chose (soubz ton jugement soit) indisposée (s) & de mauvaise grâce.
(a) Attilius Calatinus, deux fois consul au iii^ siècle avant J.-C.
(b) Graver.
(c) Monnaie d'or du moyen âge ainsi nommée parce qu'il y était gravé un agnus Dei. Les plus grandes pièces, datant du roi Jean, étaient surnommées moutons à la grand laine.
(d) Vu que.
je) Affaire, sujet.
(f) J'ai donné ces quelques raisons.
(g) Mal disposée.
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toutesfois en observant Ihonneur & droict de escrire choses basses & humbles^ ne requierant style eslevéy îie grand façon de dire : pour ce que à tel sainct telle offrande y tel mercier tel panier.
Que si tu n'es content de ce y je ne pourray (au pis aller) que te prier prendre tel quel petit présent en gré^ comme tu ferais dune simple hergiere une pottée de laict caille : car (comme dict Ovide) ceux qui nont encens à sacrifier offrent de la farine y ou de ce quilz ont pourement (^) .
Me recommandant à ta bonne grace^ & à Dieu,
(a) Pauvrement. Cette fin est fort gracieuse.
l'IKjPOS UISTIQCE»
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D*OÙ SONT PRINS CES PROPOS RUS- TIQUES (a)
QUELQUE fois aux champs mestant retiré, pour illec plus commodément & à layse parachever certain négoce, je me pourmenois (& ce à jour de feste) par les villages prochains, comme cherchant compagnie, où trouvay (comme est leur coustume) la pluspart des vieux & jeunes gens, toutesfois séparés, pour ce que (jouxte (b) lancien proverbe) chascun cherche son semblable.
Estoyent les jeunes faisans exercice d*arc, de luttes, de barres & autres jeux, spectacles aux vieux, estans soubz un large chesne couchés, les
(a) Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ici une note de M. de La Borderie : « Ce chapitre contient la mise en scène de tout le livre. Il serait intéressant de déterminer le lieu où Du Fail place cette scène. Ce lieu n'est certainement pas imaginaire. Ce doit être une prairie, car une prairie seule convient pour ces exercices d'arc, de luttes, de courses (les barres sont un jeu où on court beaucoup). On peut choisir entre Château-Letard, qui a encore aujourd'hui quatorze hectares de prés magnifiques le long de la Seiche, et la prairie de la Hérissaie, aussi d'une belle étendue (plus de deux hectares) et tout entourée de beaux arbres. »
(b) Selou.
jambes croisées & leurs chapeaux un peu abaissés sur la velie, jugeans des coups, rafreschissans la mémoire de leurs jeunes ans, prenans un singulier plaisir à veoir foUastrer ceste inconstante jeunesse. Et estoyent ces bonnes gens en pareil ordre que seroyent les Magistrats dune Republique bien & politiquement gouvernée, pource que les plus anciens & réputés de plus sain & meilleur conseil tenoyent les places plus eminentes & les moyennes occupoyent les moindres d'aages, & qui navoyent tant de bruyt, ou en preudhommie (a), ou à bien labourer.
Quoy voyant je mapprochay pour avec les autres estre plus attentif à leurs propos, qui me sembloyent de grand grâce, à raison quil ny avoit fard ne couleur de bien dire, fors une pure vérité, & ce principalement en la collation de leurs aages(b), mutation de siècles, & aucunes fois regrets des bonnes années, ou (ce disoyent) beuvoyent & faisoyent plus grand chère, quen ces temps. Lors (voulant sçavoir les noms de ces preudes gens) je tire par la manche quelqu'un de ma congnoissance, auquel privément demanday les noms diceux.
— Celuy (me respondit alors) que voyez acouldé
(a) Tant de renommée, ou en sagesse.
(t>) Pour cette raison qu'il ne s^ trouvait aucun embellissement de la pure vérité, principalement dans la comparaison de leurs âges.