DU COUCHER ET DE L*AMOUR
service, que pouvez en disposer comme dune chose toute vostre, vous asseurant que si me faictes tant de bien de me recevoir des vostres & croire que le nombre de voz serviteurs est creu(a), vous trouverez en moy non moins d'obeïssance que le cœur sera disposé, pour lefFect mettre à fin » .
De toutes lesquelles belles prières & requestes, avez (^) au bas dicelles signé : Je ne vous congnois point (c) , qui est à dire que devez estre serviteur deux & trois ans, perseverans en vostre follie, à fin que on congnoisse de vostre constance asseurée & maintien non variable.
Cependant il survient quelcun plus rebrassé (d) que vous, qui vous ruse (e) autant loing que vous estiez près, & lors est une vraye diablerie à quatre personnages (^) , car en despit de vous il fault faire la court à ce nouveau survenu pour
(a) Accru.
(b) Il y a.
(c) Au bas des requêtes de justice, le juge inscrivait une note signée pour indiquer la suite à donner à l'affaire : « Ajourné », ou quelque autre. De même la dame inscrit au bas de la requête de son amoureux : Je ne vous connais pas.
(d) Rebrasser : relever ses manches. Au sens figure prêt à entreprendre, entreprenant.
(<?) Repousse.
(') Une diablerie, un mystère à quatre personnages donnait lieu à des jeux de scène compliqués. On dit encore : faire le diable à quatre.
l'KOPOS nUSTH^LES 6
luy tirer les verms (a) du nez, & là cautement(^) dissimuler & faire bonne pippée (c) , luy affirmer que au tout vous estes retiré de elle, & que trop longuement y avez perdu & le temps & voz pas, & qu'elle ne mérite que un homme de bien entreprenne rien pour elle, veu que à tous faict un mesme visage sans recompenser celuy qui ha desservy (d) . Et en tous ces beaux motz le cœur ne parle point : car, vous faisant un jour après une œillade, un soubriz de travers, un coing dœil, ou seulement que vous puissiez toucher sa robbe, ou luy lever son deal («) ou fuseau, vous estes (ce vous semble) le plus heureux de tout le monde ; neantmoins que, après que estes destourné de sa veûe, elle tire la langue sur vous, elle vous faict la moiie, elle se moque à tout le monde de vous, disant que vous estes un beau jeune homme, de belle taille, de belle venue, bien adroit à une table, & que vous serez homme de bien avec un long biays (*) , si vous vivez vous aurez de laage(g), que vous avez bonne grâce, mais
Vers.
Avec ruse.
Piège, tromperie.
Servi, fait une longue cour.
Lui ôter son dé.
Détour, c'est-à-dire qu'il
VOUS faudra
marcher
encore beaucoup pour être homme de
bien.
Plaisanterie proverbiale.
Cf.
Rabelais,
l. II,
cil. II
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que vous la portez de travers, & autres motz desquelz si le moindre aviez entendu, vous yriez pendre de la honte & mespris que elle ha de vostre personne ; & puis allez vous y frotter !
— Comment ! (dist lors Pasquier) après vous avoir bien escouté, Compère, à qui parlez vous, veu que telz muguetz & petits braves ne seroyent pas les bien venuz en lioz villages, aussi quil ne si (a) en trouve nuls.
Auquel respondit maistre Huguet qu'il luy pardonnast & quil se estoit forvoyé, ce que bien congnoissoit, & que, puis qu'il avoit tant poursuivy le conte, quil le achevroit.
— Achevez donc (dist Lubin), & quelle façon de faire doibt tenir le muguet sus mentionné.
— Je veux (respondit maistre Huguet) quil laisse ces longues & fascheuses harengues qui (pour la vérité) ne mouvent (*>) en rien la Dame : car il aura plus tost conquis ce quil prétend avec un mot bien couché & de bonne grâce, joint un peu de ce que Ion met en la gibbessiere (c), que par servir Se faire le mignon long temps, qui est loffice dun Jobelin bridé : car (pensez vous) ilz en voyent tant & de divers, lesquelz avec leurs bravades
(ï>) N'émeuvent.
(c) On entend assez ce que Du Fail veut dire.
laissent passer (») , & sans flux (^), & y sont autant accoustumées que un asne à aller au moulin : & me semble que on les peult comparer à ceux qui ont ordinairement gens de guerre, lesquelz sont tant duits à les ouyr jurer, maugréer Dieu & faire les mauvais, que pour toutes ces mines ne daigneroyent bouger, se ilz ne frappent à grands coups de baston ou mettent leur hoste au travers du feu comme un fagot.
Autant en peult Ion dire de noz Dames daujourdhuy, lesquelles ne prennent moins de passetemps à voir se donner un povre languissant au Diable, & se désespérer, que à le voir à tous propos changer contenance & perdre grâce pour la veiie délies, lesquelles (ce me semble) fault que elles tiennent leurs cœurs (c) avecques elles enveloppés, car en quelque forme quelles voudront le feront mettre & changer, comme feroit le magicien avec son image (d) . Mais quand nostre amoureux produit un baudrier bien clousté (e) &
(a) C'est-à-dire : elles en voient de tant de sortes qu'elles sont blasées sur ces muguets et qu'elles les laissent passer avec leurs bravades.
(b) Le flux était un jeu de cartes cité par Rabelais. « Passe sans flux » est une expression tirée de ce jeu. Au figuré, elle signifie : passer outre sans difficulté.
(c) Les cœurs de leurs amants.
(d) Car elles les transformeront, les modifieront, ces cœurs, à leur guise, comme fait un magicien.
(e) Orné de beaux dessins en clous ou en aciei