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ORIGINE DU JOUR

Le jour est comme la circonférence : il n’y a rien qui en marque nettement l’origine et l’on peut en placer le début, comme cela a eu lieu

chez les différents peuples, en un moment quel-

conque de sa durée. C’est ainsi que l’on fit com-

mencer le jour soit au lever soit au coucher du Soleil.

C’est les Babyloniens, d’après Pline et les au-

teurs anciens, l’origine du jour était placée au

lever du Soleil, tandis que les Égyptiens, — la

plupart des documents en font foi, — comptaient à partir de la pointe de jour.

Il n’en fut pas toujours de même chez les Grecs : le jour commençait le matin dans les temps primitifs, et au coucher du Soleil ou à la nuit close, entre l'époque homérique et l'époque hellénistique. Les Numides, les Gaulois, les Germains,— les Juifs et les Musulmans encore à j‘heure actuelle, — suivaient la même coutume. Les chrétiens imitèrent les Juifs pendant quelque temps et le calendrier ecclésiastique a conservé cet usage jusqu’à nos jours.

Chez les Romains, la coutume populaire était de placer l’origine du jour au matin, tandis que les dates changeaient à minuit pour les usages sacerdotaux et juridiques.

Il était tout naturel, pour les peuples primitifs chez qui les connaissances précises des phénomènes astronomiques étaient peu développées, de placer l’origine du jour aux instants du lever ou du coucher du Soleil, parce que ces instants marquent le passage du repos de la nuit à la reprise

des travaux journaliers. ou inversement.

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LA MESURE DU TEMPS 201 DS tn

Mais les astronomes ne pouvaient se contenter d’une telle imprécision, puisque, comme chacun le sait, les heures du lever et du coucher du Soleil, pour un même lieu, subissent des variations considérables suivant l’épog:e de l’année. Aussi, suivant en cela l'exemple de Ptolémée, ont-ils choisi, pour l’origine du jour, l'instant du passage supérieur du Soleil au méridien, c’est-à-dire le midi vrai, jusqu’à l’époque où, comme nous l'avons

déjà dit, ils lui substituèrent le midi moyen.

C’est à midi moyen que se fait le changement de date dans les éphémérides astronomiques.

Ce changement de date au milieu de la journée aurait sans doute présenté de graves inconvénients pour les actes juridiques et les faits historiques ; il était plus logique de placer l’origine du jour à minuit, au moment où l’activité humaine est pour ainsi dire suspendue. C’est pour cette raison que, partout chez les modernes, le jour civil commence à minuit, au passage inférieur du Soleil au méridien, douze heures avant le jour astronomi-

que.

Pourquoi, se demandera-t-on, cette différence entre l’origine du jour civil et celle du jour astronomique ?

On s’est préoccupé depuis longtemps d'unifier ces deux jours et de faire commencer le jour astronomique à minuit comme le jour civil.

Une proposition de Laplace, en date du 24 février 1804, d’unifier l'heure civile et l'heure astronomique, fut adoptée par le Bureau des Longitudes de Pris, bien qu’elle ne fût jamais mise à exécution, par 7 voix contre 5.

Laplace, toutefois, fut fidèle à sa proposition et adopta le temps civil dans sa Mécanique céleste et dans le calcul de ses Tables ; son exemple fut

suivi par les autres constructeurs de Tables, jusqu’à

Le Verrier, qui reprit le temps astronomique.

in 1884, la Conférence internationale de Washington adopta la résolution suivante :

“La Conférence exprime l'espoir qu’aussitôt qu’il sera possible de le faire, les jours astronomiques et les jours marins seront partout réglés de façon à commencer à minuit.”

Au Congrès astronomique de Genève, en 1885,

la résolution de la Conférence de Washington,

longuement discutée, attaquée par l’astronome anglais Newcomb et défendu par l’astronome russe Struve, fut vivement critiquée par la grande majorité des astronomes présents.

Le Bureau des Longitides, après la discussion du Congrès .‘e Genève, n’osa prendre aucune décision, bien que, sous l'influence de Laplace, il calculât autrefois les Tables des planètes et de la Lune pour minuit moyen de Paris.

Les astronomes de l'Observatoire de Greenwich, depuis 1885, tout en conservant le temps astronomique pour les observations purement astronomiques et pour le Nautical Almanach, font usage du temps civil pour les observations spectroscopiques, photographiques, magnétiques et météorologiques.

La question fut de nouveau mise à l’étude lors-

que, en 1893, une commission mixt , nommée

par l’Institut canadien et la Société astronomique

de Toronto, priait les astronomes de toutes les nations, dans une circulaire datée du 21 avril. de

donner leur avis sur la question suivante :

‘* Est-il désirable, en considérant tous les intérêts. qu’à partir du ler janvier 1901, le jour astronomique commence partout à minuit moyen ? ”

Les réponses furent peu nombreuses. surtout chez les astronomes français ; il y eut 108 oui et 63 non. Les peuples les plus favorables au projet

ï furent les Russes, les Autrichiens, les Anglais, les Américains, les Italiens et les Français, tandis que les Allemands étaient en majorité hostiles.

C’est à propos de ce plébiscite que le Bureau des Longitudes de Paris fut officiellement consulté par le ministre de l’Instruction publique, à la demande du ministre des Affaires étrangères.

Le Bureau publia alors un rapport rédigé par H. Poincaré, dans lequel l’illustre savant, après un aperçu historique de la question et un exposé des arguments pour et contre la réforme, conclut à la nécessité d'une action commune et simultanée de toutes les grandes éphémérides, avant que le Bureau prenne une décision définitive.

Il ne manque pas de raisons qui puissent être invoquées contre la réforme.

Pour les astronomes qui observent surtout les

étoiles, un changement de date au milieu d’une

par rès pome, et les, ve.

tre

les ine

nuit d'observations serait certainement incommode et pourrait donner lieu à des erreurs difficiles à corriger.

Il y aurait, de plus, une discontinuité de 12 heures dans l'évaluation du temps, et les calculateurs devraient corriger toutes les observations des deux derniers siècles, pour les ramener à la nouvelle manière de compter.

Par contre, les marins, qui observent surtout le Soleil, devraient se montrer favorables à la réforme, ce qui leur permettrait d'éviter l'emploi d’une double date, celle des observations et celle du journal de bord.

La réforme désirée ne sera pas complète tant que l’on ne comptera pas le jour civil de la même manière que le jour astronomique, c’est-à-dire de 0 à 24, au lieu de le diviser en deux périodes de 12 heures. On emploie déjà cette manière de compter en Italie et pour les horaires de certaines com-

pagnies de chemins de fer.

Il est certain que l'unification proposée et désirée par la majorité des astronomes ferait disparaître les complications résultant de l'emploi

des deux jours civil et astronomique suivant la

nature des observations, comme cela a lieu dans le Nautical Almanach, la Connaissance des Temps et l'Annuaire du Bureau des Longitudes. Mais elle ne peut tre utile, suivant l’avis des Lords de l’Amirauté anglaise, que si elle est adoptée simultanément par toutes les grandes éphémérides. On s’imagine facilement la confusion inextricable, plus inadmissible que la situation actuelle, qui s’en suivrait si les calculateurs étaient obligés de faire des corrections pour se servir concurremment des éphémérides françaises, anglaises, alle-

mandes et américaines.

C’est pourquoi le Bureau des Longitudes a adopté la résolution suivante :

“Le Bureau des Longitudes est favorable, en principe, à la réforme proposée par l’Institut canadien pour le change-

ment d’origine du jour astronomique.

Le Bureau estime que cette réforme, comme l'ont fait observer les Lords de l’Amirauté, ne peut avoir d'efficacité que si une entente a lieu entre les gouvernements publiant les prin-

cipales éphéinérides.

Enfin, considérant que l'unification ne sera vraiment com-

plète que lorsque l’heure civile, à l'exemple de ce qui se fait

en Italie, sera comptée de 0 à 24 heures, le Bureau émet le

Yœu que cette dernière réforme soit réalisée le plus tôt possible ”.

En résumé, la majorité des astronomes et des Bouvernements désirent la réforme, mais personne ne veut faire les premiers pas.

Les DIVISIONS DU JOUR

Il serait impossible de mesurer le temps avec quelque précision si le jour solaire moyen, la seule véritable :nesure de la durée tant pour les astronomes que pour les besoins de la vie civile, n’était pas divisé en parties plus ou moins nombreuses et égales ntre elles: ce sont ces intervalles de ‘temps que l’on appelle des heures. Le jour astronomique, qui va d’un midi à l’autre, est divisé en 24 heures, chaque heure en 60 minutes et chaque minute en 60 secondes. Le jour civil commence à minuit, 12 heures plus tôt que le jour astronomique, et se compte Je O h. à 12 h. du matin, et de O h. à 12 h. du soir.

Le mot heure n’a pas toujours eu le sens précis qu’il a aujourd’hui : même au temps relativement récent de Platon et de Xénophon, il signifiait

vaguement certaines phases du jour ou de l'année. Ce n’est que vers l’an 350 avant Jésus-Christ qu'il apparut avec le sens actuel. Grâce à l’influence des astronomes, il devint rapidement populaire, surtout au temps d’Hipparque, vers l'an 140 avant J.-C.

Le jour et la nuit, c'est-à-dire les périodes d'éclairement et d’obscurité, constituaient, chez les peuples primitifs, les seules divisions du jour solaire ; les progrès de la civilisation, ainsi que la multiplicité et la diversité des occupations. imposèrent peu à peu des divisions plus nombreuses.

C’est ce qui arriva chez les Hébreux. A l'origine, on ne distingua que le jour et la nuit ; plus tard, d’après plusieurs passages de la Genèse et du livre de Job, on trouve mentionnés ici et là : l'aurore ou crépuscule du matin ; le matin, c'est-

à-dire le moment du lever du Soleil ; la chaleur

du jour, ce qui correspond à nos 9 heures du matin;

le midi; l'heure du vent, allusion au vent qui souffle un peu avant le coucher du Soleil; le soir, intervalle de temps qui s'écoule depuis le

coucher du Soleil jusqu'aux ténèbres de la nuit.

La nuit, à son tour, comprenait trois divisions assez vaguement déterminées, et appelées gardes ou veilles, dont l’origine venait vraisemblablement

des veilles des Lévites dans le temple.

On voit par certains passages des livres de Jérémie, des Juges et de l'Exode que la première partie de la nuit, c’est-à-dire l'intervalle qui sépare le coucher du Soleil de minuit, s'appelait le commencement des veilles ; la deuxième partie, la veille de minuit, durait de minuit jusqu'au chant du coq, et, enfin, le temps qui s'écoule depuis le chant du coq jusqu’au lever du Soleil constituait

la veille du matin.

Les divisions du jour en usage chez les Grecs du temps d'Homère n'étaient pas plus nombreuses ni plus précises que celles employées par les Hébreux ; Homère ne fait mention que de l'aurore, du milieu du jour ou midi et du crépuscule. Certains moments de la journée étaient aussi indi-

qués par les occupations journalières de l’homme :

on disait, par exemple, l'heure ‘'u repas.

Quant à la nuit, les Grecs distinguaient le soir de la nuit proprement dite, et celle-ci était partagée sans aucune précision par la position de certaines constellations.

Mais, dans la suite, apparaissent des divisions plus nombreuses, et Hérodote parle de la pointe du jour, du premier chant du coq, ete.; l'invention des clepsydres, ou horloges à eau, permettait, d'un autre côté, de préciser les quatre divisions de la nuit, les gardes dans le service des camps.

Chez les Romains comme chez les Grecs, les divisions du jour et de la nuit subirent diverses modifications suivant les époques et les progrès de la -ivilisation.

Au temps de Romulus, il n’est question que du lever et du coucher du Soleil.

Un siècle avant l’ère chrétienne, du temps de Varron, le jour solaire était divisé en sept parties,

à savoir : mane, dies, meridies, suprema, vesper,

noz et intempestlas.

La première partie de la nuit, suivant Tite- Live, comprenait trois divisions principales : primæ tenebræ, le concubium, l'heure du coucher,

puis l’intempestiva nox ou noctis silentium. Dans

—————— —— = as

la deuxième moitié à partir de minuit, on distinguait le gallicium, le moment où les coqs commencent à chanter, le conticinium, lorsqu'ils cessent de chanter, et le diluculum.

Un autre usage, qui prit son origine dans la vie des camps, s'introduisit plus tard chez les Romains: ce fut de partager la nuit en quatre veilles ou vigilia, et le jour en quatre parties appelées mane, ad medium, meridie et suprema.

Enfin, dès le commencement de l'ère chrétien- 7, les Romains, et plusieurs autres peuples, les Juifs en particulier, séparaient l'intervalle du lever au coucher du Soleil en douze heures qu'ils groupaient ensuite en quatre trihories de 3 heures chacune : onles appelait prime, tierce, sexte et none.

L'on sait que cette manière de compter le temps

est encore en usage dans l’Église pour la récita-

tion de l'office divin.

Nous avons dit plus haut que le mot heure n'est apparu, chez les Grecs, avec le sens que nous lui donnons maintenant, que vers l'an 350 avant J.-C. Pour tous les autres peuples, la division du jour et de la nuit en douze heures, faisant suite aux

subdivisions si vagues que nous venons de noter.

semble avoir été la conséquence de l’invention des instruments horaires, c’est-à-dire du gnomon,

des cadrans solaires et des clepsydres.

Le gnomon, espèce de cadran solaire à style vertical, est le premier appareil horaire dont il soit fait mention dans l’histoire ; connu des Chinois 24 siècles avant notre ère, il fut probablement introduit en Grèce par Anaximandre (610 à 547 avant J.-C.), et les Grecs, d’après Hérodote, le reçurent des Babyloniens. Bien que le gnomon puisse indiquer le temps par la longueur et la direction de l’ombre portée par le style, il n’en constituait pas moins un instrument fort incommode, parce que cette longueur et cette direction de l’ombre ne sont pas les mêmes, pour un même

lieu, suivant l’époque de l’année.

On réalisa un réel progrès avec les cadrans solai-

res, dont le style est dirigé suivant l’axe du monde et dont la construction, d’abord assez rudimentaire,

devint très perfectionnée.

Les gnomons et les cadrans solaires n'étaient utilisables que pendant le jour et par ciel serein ;

les horloges à eau ou clepsydres, connues des

ns

Égyptiens et des Chinois dès l’antiquité ia plus

reculée, servaient à marquer le temps pendant la

nuit, ou pendant le jour par ciel couvert.

C’est par l'emploi de ces instruments que s'introduisit l’usage de diviser le jour, c’est-à-dire la période de lumière qui s'écoule entre le lever et le coucher du Soleil, et la période d’obscurité, depuis le coucher jusqu’au lever de l’astre radieux, en

douze heures égales entre elles.

Mais ces heures ne devaient pas avoir la même durée d'un jour à l’autre, puisque, comme on le sait, la longueur relative des jours et des nuits varie suivant l’époque de l’année, pour un même lieu et suivant la latitude ou la position géographique, pour une même date ; aux équinoxes seuls ‘e jour est égal à la nuit pour toute la Terre, et les heures ont partout même longueur, celle de nos heures actuelles. Aussi a-t-on appelé heures temporaires les heures de durée variable suivant le lieu et l'époque de l’année. Les autres s’appeaient heures équinoxiales, et elles étaient les seules

empleyées par les astronomes : on faisait aussi P + à

la réduction des heures temporaires en heures équinoxiales, lorsqu'on voulait mesurer le temps avec précision.

Chez les Romains, avant l'usage des cadrans solaires, les divisions du jour étaient très vaguement déterminées: c'est ainsi que midi était annoncé par l’huissier des consuls, lorsqu'il voyait le Soleil entre les Rostres et la Græcostasis. Comme chez les Grecs, on adopta. bien qu’avec lenteur, la division du jour en heures, de même que l’on employa longtemps les heures temporaires : sui-

vant la saison, il y avait l'hora brumalis et l’hora

æstiva. Cette manière de supputer le temps persis-

tait encore au deuxième siècle de l’ère chrétienne, sous les Antonins, puisque l’on lit que Galien mesurait les accès de fièvre en heures équinoxiales.

Les heures temporaires, de durée inégale d’un jour à l’autre, et, par suite, fort incommodes, étaient encore en usage au XVe siècle, même longtemps après l'invention des horloges à poids ; au lieu de les abandonner pour se servir exclusivement des heures égales ou équinoxiales, on préférait plutôt modifier chaque matin et chaque soir la

longueur du pendule des horloges, afin de leur faire

indiquer les douze divisions du jour et de la nuit, de longueurs variables suivant l’époque de l'année. Tant il est vrai qu’il est difficile de rompre avec une longue habitude, même lors-

qu’elle présente de nombreux inconvénients.

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