‹ Propos scientifiques [microforme]Chapitre 14 sur 24 · L'HEURE UNIVERSELLE · texte numérisé non relu

L'HEURE UNIVERSELLE

Une fois que la division du jour solaire en 24 heures eût été adoptée par tous les pays civilisés, il a fallu s'occuper de la solution de divers problèmes très importants qui se posent nécessairement par le fait de la forme sphérique de la Terre et de son mouvement de rotation.

Il est évident, en effet, que le Soleil, dans l’intervalle de 24 heures, passe successivement aux méridiens des lieux situés sur un même parallèle,

et que, pour ces mêmes lieux, au même instant

physique, les heures varient depuis 0 jusqu’à 24.

Lorsqu'il est midi à Greenwich, il est minuit pour les localités dont la longitude est de 180°, et, entre ces deux demi-méridiens, il y a avance ou retard de 1 h. pour une différence de 15° en longi-

tude, suivant que le lieu est à l’est ou à l’ouest de

Greenwich. Il y a donc, pour chaaue lieu, une heure locale, Sont 11 ne faut pas s’écarter, du moins d’une manière trop sensible, sans mettre toute notre vie en désaccord avec le mouvement du Soleil.

Il est vrai que l'heure locale varie peu d’un lieu à un autre si ces lieux sont assez rapprochés, et cette différence n'était guère constatée avant la construction des chemins de fer, alors que, par suite de la lenteur des voyages, elle pouvait être attribuée à l'irrégularité des horloges. Mais la rapidité des déplacements a rendu indispensable l'adoption de la même heure pour un même pays,

et c'est là l'origine des heures nationales. En

Angleterre et en Écosse, l’heure du méridien de

Greenwich devint légale en 1848, et, en France, le projet du gouvernement ainsi libellé : l’heure légale en France et en Algérie est l'heure, temps moyen de Paris, devint loi le 14 mars 1891.

Pour les pays de petite et de moyenne étendue, les heures locales diffèrent peu de l’heure nationale. Le plus grand écart ne dépasse pas une demiheure : ilest, pour la France, de 20 minutes à Nice et de 27 minutes à Brest.

La différence est de toute autre nature pour les pays très étendus en longitude, par exemple pour la Russie avec la Sibérie, les États-Unis et le Canada. C’est ainsi que, en hiver, lorsau’il est midi à Halifax, le Soleil se lève à peine à Vancouver. Il faut ajouter aussi de graves inconvénients qui résultent de la proximité de plusieurs États dans un voisinage restreint, comme c'était le cas pour les cinq pays qui entourent le lac de Constance : la Suisse, le grand-duché de Bade, le Wurtemberg, la Bavière et l'Autriche. Il y avait

cinq heures officielles sur les bords du lac, ce qui

devait amener, pour les voyageurs en ces pays, une complication et une confusion profondes.

Les heures nationales étaient donc insufsantes, et il fallait trouver mieux.

Le Congrès géographique international de Vénise en 1881, la Conférence géodésique de Rome en 1883 et la Conférence internationale de Washington en 1884 étudièrent tour à tour le projet d’une he: e universelle. La Conférence de Washington, en particulier, où vingt-cinq État- étaient représentés, proposa ‘“ l’adoption d’une heure

‘“ universelle pour tous Jes besoins pour lesquels

EEE

‘“ elle peut être trouvée convenable ; cette heure “ ne devra pas empêcher l'usage de l’heure locale “ ou d’une autre heure normale, qui paraîtrait “ désirable.”

Il est évident que pour les besoins de la vie “ourante, laquelle doit être réglée sur le mouvement du Soleil, l'emploi des heures locales est indispensable. L'heure universelle, malgré les avantages de l'unification, ne pouvait convenir que pour les relations internationales et pour les postes et les télégraphes ; elle supposait aussi l'adoption d’un méridien initial unique. Si tout le monde était d’accord sur ce sujet, il n'en était pas de même sur le choix dece méridien d'origine, question grosse de rivalités nationales.

L'on sait que les longitudes se comptent à partir d’un premier méridien, choisi arbitrairement, et, bien qu’il ait toujours paru désirable, dans tous les pays, de rapporter les mesures à un méridien

unique, l’on a employé, jusqu’à ces dernières an-

nées, plusieurs premiers méridiens, suivant les

nationalités et les intérêts politiques.

L'on peut citer, outre le méridien de Rhodes,

figuré sur la carte du monde par Dicéarque, dis-

is-

ciple d’Aristote, et le premier dont l’histoire fasse mention, les premiers méridiens de Gibraltar, du Cap-Vert, et de l’île de Fer, dans les îles Canaries, que Richelieu fit choisir au XVIle siècle. Ce dernier méridien fut proposé de nouveau au second Congrès international des Sciences géographiques, tenu à Paris en 1875: mais, comme il était défini comme étant à 20° de longitude à l’ouest de Paris, on proposait par là-même le méridien de Paris.

Toutefois, le méridien de Greenwich trouva de nombreux défenseurs, et il en fut de même à Vénise. en 1881, et à Rome, en 1883. En réalité, la lutte se fit uniquement entre ces deux méridiens, et les autres projets n’eurent pas d’écho, même celui de l'Académie de Bologne qui aurait eu l'originalité de donner, par le choix du méridien de Jérusalem, la même origine au jour qu’à l'ère.

Il y avait d’excellentes raisons à invoquer en faveur des deux méridiens en présence. Pendant un siècle, la géodésie française fut tout à fait prépondérante, et l’on peut citer de nombreuses mesures de longitudes, au Danemark, à Cayenne,

au Sénégal, aux Antilles, au (Cap, en Chine,

de même que les mesures célèbres de la Terre par Picard, effectuées, sous les auspices de l’A-

cadémie des Sciences, sur le méridien de Paris.

D'un autre côté, par suite du développement de la marine anglaise, le méridien de Greenwich était | 4 employé, plus tard, par les neuf-dixièmes des

marins du monde entier.

Quoi qu’il en soit, la conférence de Washington, | en 1884, après la conférence de Rome de 1883, | adopta par 22 voix contre 1 (Saint-Domingue) et deux abstentions (Brésil et France), le méridien

de Greenwich.

Page 1