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LE CALENDRIER

L'origine de la division de l’année en 12 mois est dans le mouvement de là Lune autour de la Terre, mouvement qui comprend à peu près 12 lunaisons ou 12 révolutions de durée égale à 2914

jours. C’est l’année lunaire, de 11 jours plus courte que l’année astronomique et avec laquelle

elle ne peut coïncider.

Chez les anciens, la division en 12 parties n’a pas toujours été en usage, et, en particulier, dans le calendrier attribué à Romulus. l’année, commençant avec le mois de mars, se composait de

304 jours distribués en 10 mois de la manière suivante :

Mois Durée Mois Durée

1. Martius 31 jours 6. Sextilis 30 jours 2. Aprilis 30 “ 7. September 30 “

3. Maius F3 LE 8. October 6 3 LC 4. Junius 30 “ 9. November 30 “ 5. Quintilis 31 ‘“ 10. December 30 ‘“

Pour que l’année commençât toujours vers l’équinoxe du printemps, il était nécessaire d’ajouter tous les ans un certain nombre de jours, afin de maintenir autant que possible l’accord avec le mouvement du Soleil.

Une première réforme fut faite par Numa sui-

vant laquelle on adopta l année lunaire de 355

Re NN

jours. Il est vrai que 12 lunaisons ne font que 354 jours, mais l'on crut devoir ajouter un jour, malgré les inconvénients qui pouvaient en résulter, Parce que, d’après les idées superstitieuses des Romains, les nombres pairs passaient pour malheureux.

La nouvelle année eut 12 mois : les deux nouveaux mois furent formés avec les 51 jours, excès de l’année de Numa sur celle de Romulus, et avec un jour que l’on prit à chacun des six mois de 30 jours que l'on appelait les mots caves. L'un de ces mois, appelé Januarius, de 29 jours, fut placé avant Martius, et l’autre, nommé Februarius, de 28 jours, fut rejeté après December, et le commencement de l’année fut fixé à Januarius.

Les décemvirs, en l’an 450 avant J.-C., reportèrent Februarius après Januarius, et le calen-

drier eut la disposition suivante qui persista jusqu’à la réforme julienne :

Mois Durée Mois Durée

1. Januarius 29 jours 4. Aprilis 29 jours 2. Februarius 28 “ 5. Maius 31 “ 8. Martius 10 6. Junius 2020"

Mois Durée Mois Durée

7. Quintilis 31 jours 10. October 31 jours 8. Sextilis 29 ‘“ 11. November 29 ‘“ 9. September 29 ‘ 12. December 29 ‘“

Il est à remarquer que tous les mois, à l'exception de Feb:uarius dédié aux dieux infernaux, ont reçu un nombre impair de jours, problablement, comme pour le nombre des jours de l’année, parce que les anciens les corsidéraient comme plus heureux.

La réforme üe Numa était loin d’être parfaite : l’année, en effet, ne comptant que 355 jours, retardait de plus de 10 jours sur l’année solaire, et | il devenait nécessaire, pour maintenir l'accord | avec les phénomènes célestes, de faire, de temps en temps, des corrections indispensables. De | deux ans en deux ans, on plaçait un mois intercalaire, appelé merkedonius, alternativement de 22 et 23 jours. Ce mois commençait en Februarius après la fête dite Terminalia et avant le jour |

appelé Regifugium, consacré à la mémoire de la

fuite des rois.

Mais l’intercalation du merkedonius était elle-

même insuffisante, car elle donnait 24 jours de

LA MESURE DU TEMPS 231 SR de

trop au bout de 24 ans, de sorte que de nouvelles corrections fort arbitraires devenaient nécessaires.

Le soin de régulariser le calendrier, afin de maintenir l'accord avec les mouvements du Soleil et de ne pas déranger les fêtes, presque toutes fixes, était confié aux pontifes, ce qui donnait à ces derniers un pou.oir considérable dont ils abusaient souvent, d’après l'opinion la plus com-

mune, suivant les besoins de leur politique.

Quoi qu'il en soit, par négligence, ignorance ou autrement, le calendrier ne tarda pas de tomber dans un désordre complet ; il y avait si peu coïncidence avec les phénomènes solaires que, vers l’époque de Jules César, on en était arrivé à célébrer les fêtes de la moisson en hiver et les automnales au printemps.

Une nouvelle réforme du calendrier s'imposait et il était réservé à Jules César, aidé de l’astronome

égyptien Sosigène, de l’accomplir.

Dans cette réforme, on abandonna l’année lunaire de 355 jours pour adopter l’année solaire dont la durée, d’après les calculs du temps, fut fixée à 365 1Z jours.

Il était nécessaire que l’année fût constituée d’un nombre entier de jours sans fraction : d’autre part, il fallait tenir compte de cette fraction d’un quart de jour, dont l'accumulation formait un jour au bout de quatre années.

Il fut donc décidé qu’il ÿ aurait 3 années de 365 jours, appelées années communes, et qu’on ajouterait un jour tous les quatre ans. De cette façon, on prévenait l'erreur qui résultait de l’accumulation de la fraction de jour.

Il y avait donc, tous les quatre ans, une année de 366 jours que l’on appela année bissextile. Ce nom vient du fait que le jour que l’on ajoutait à l’année commune était placé entre le 23 et le 24 février, et que, d’après la manière de compter des Romains, il était désigné par Ante diem bis sextum Kalendas Martias. L'année de 366 jours fut appelée annus bis sertus, d’où est venu le nom d’année bissextile.

Dans le nouveau calendrier, on ne changea rien dans l’ordre des mois et l’on fit aussi commencer l’année au ler jour de janvier ; mais l'on devait distribuer dans les différents mois l'excès de la

nouvelle année sur l'aucieune, c'est-à-dire 10

jours ; on ajouta alors un jour à Aprilis, Junius, September et November, et deux jours aux mois de Januarius, Sextilis et December. Les mois eurent alors les nombres de jours qu’ils ont encore aujourd’hui.

Le 5e mois, Quintilis, fut appelé plus tard Julius, sur l’ordre de Marc Antoine, en l’honneur de Jules César, son prédécesseur au consulat, et le nouveau calendrier porta, depuis cette époque, le nom de Calendrier julien.

Une dernière modification fut faite en l’an 746 de Rome, par laquelle le mois Sextilis fut appelé Augustus, en l’honneur de César Auguste.

On remarquera que, dans l’année julienne qui commence au ler janvier et compte 12 mois, les mois de septembre, octobre, novembre et décembre n’indiquent plus, comme dans l’année de 10 mois de Romulus et commençant au ler mars, le rang qu’ils occupent dans le calendrier : septembre, en effet, n’est plus le 7e mois, mais le 9e ; octobre n’est plus le 8e, mais le 10e mois, etc.

On s’imagine facilement la difficulté qu’il y eut de passer de l’ancien régime au nouveau, puisque

l’année romaine précédait de 67 jours son lieu

véritable. Il fallait combler cette lacune et faire disparaître cet excès. On Y parvint en intercalant, entre novembre et décembre, deux mois supplémentaires, respectivement de 33 et 34 jours. D'après Suétone et Censorin, il fallait y ajouter un merkedonius de 23 jours qui tombait cette même année. Il en résulta une année de longueur extraordinaire, qui eut 15 mois comptant 445 jours, bien propre à jeter la plus grande confusion dans tous les esprits: on l’appela avec raison l’année de la confusion.

L'Église catholique, au concile de Nivée, en 325, adopta le calendrier julien : on le désigne maintenant sous le nom de vieux style.

La réforme julienne constituait un grand progrès sur les années de Romulus et de Numa, mais elle avait l’inconvénient de surpasser de 11 minutes la valeur de l'année réelle. La longueur moyenne de l’année tropique est, en effet, de 365 j.,24, tandis que celle qui a servi de base au calendrier julien et fut adoptée par Sosigène, était de 365 j., 25. Le commencement de l’année civile retardait donc sans cesse sur celui de l’année solaire et l’écart était de 10 jours à la fin du XVIe siècle.

CT

T1 fallait donc une dernière réforme ; le pape Grégoire XIII, en 1582, eut la gloire de l’accomplir et de la faire accepter par presque toutes les nations chrétiennes.

Il y avait un double but à atteindre : corriger l'erreur des 10 jours accumulés depuis l’époque du concile de Nicée, et prévenir la même erreur pour

l’avenir.

Grégoire XIII décida donc de supprimer 10 jours de l’année 1582 et décréta que le lendemain

du jeudi 4 octobre serait le vendredi 15 octobre.

Mais comme l’intercalation d’un jour tous les quatre ans, dans le calendrier julien, produisait une différence de 3 jours environ en 400 ans, on résolut de supprimer le jour intercalaire dans trois années séculaires sur quatre. C'est ainsi que, des années séculaires 1600, 1700, 1860 et 1900, la première seule a été bissextile. On reconnaît qu’une année séculaire est bissextile lorsque, après avoir retranché les deux zéros à droite, les chiftres

qui restent à gauche sont divisibles par 4.

La France est le premier pays qui adopta le nou-

veau calendrier que l’on appela la réforme grégo-

ee

236 PROPOS SCIENTIFIQUES DER EU rienne ou nouveau style. Sur l'ordre du roi Henri III, le dimanche 9 décembre 1582 eut pour lendemain le lundi 20 décembre.

Parmi les peuples chrétiens, les Russes et les Grecs sont les seuls qui aient gardé le calendrier julien ; l'écart entre les deux styles est maintenant de 13 jours. Aussi, dans les relations internationales, est-on obligé de donner deux dates aux événements, ce qui est loin d’être commode et peut donner lieu à de fâcheuses confusions.

En Allemagne, la réforme grégorienne fut adoptée en 1584: cet exemple fut suivi par la Suisse, le Danemark et la Suède en 1600, et l’Angleterre ne se rendit qu’en 1752.

Ce n’est qu’au commencenent du VIe siècle après J.-C. que les dates des événements se comptaient à partir de l’Incarnation de Notre-Seigneur, choisie comme origine de l’ère chrétienne. Mais l'usage prévalut de faire commencer ce qu’on a appelé l’ère vulgaire au 1er jr “vier qui suivit immédiatement la naissance de N. S. J.-C. D’après les supputations d’un prêtre scythe, Denys-le-Petit, la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ fut

fixée au 25 décembre de l'an 753 de Rome, ce qui place l’origine de l'ère vulgaire au 1er janvier de l’an 754 de Rome.

On admet généralement que Denys-le-Petit a cemmis une erreur, maintenant irréparable, de 4 ans, de sorte que toutes les dates chrétiennes devraient être augmentées de 4 années.

Les quelques détails que nous avons donnés dans ces études scientifiques font voir toute l'importance pratique des notions astronomiques. La seule observation des phénomènes célestes avait suffi aux peuples anciens pour établir une mesure fort grossière du temps ; il a fallu toute la précision des observations plus récentes pour corriger les premières erreurs et pour asseoir sur des bases solides un système de mesures qui laisse maintenant peu à désirer. L’astrmnomie n’est donc pas une science purement spéculative ; par les services qu’elle rend à l’homme et par l’influence qu’elle exerce sur la vie sociale, elle mérite à

bon droit une place d'honneur parmi les sciences

naturelles.

La Lune, malgré ses faibles dimensions et le rôle peu important qu’elle joue dans le système planétaire, compte parmi les astres qui intéressent le plus les humains, et dont on s'occupe davantage. quelquefois trop, surtout dans certains milieux. A cela, rien d’étonnant. Satellite de la Terre, elle en est la fidèle compagne dans son mouvement annuel autour du Soleil. C’est elle qui tempère l'obscurité de nos nuits et charme délicieusement nos regards par sa douce et mystérieuse lumière ; c'est par sun action que les eaux de l’océan se soulèvent deux fois par jour et que se produit, sur les rivages de la mer et dans les fleuves, le phénomène des marées...

Et, de plus, n’a-t-elle pas inspiré à maint poète des strophes émues, et n’a-t-elle pas fourni à de

()La Nouvelle-France, juillet 1917,

nombreux peintres le sujet de superbes compositions artistiques? Bref, la Luneest un astre intéressant, il ne saurait y avoir de doute sur ce point.

Mais, avouons-le, ne lui a-t-on pas donné trop souvent plus d’importance qu’il ne faut, n’a-t-on pas exagéré quelque peu son influence sur l’atmosphère terrestre, sur les récoltes, ne l’a-t-on pas crue trop souvent coupable de nombreux méfaits dont elle est parfaitement innocente, en un mot. n’y a-t-il pas, à son sujet, beaucoup de préjugés plus ou moins justifiables ?

Je sais, en répondant à quelques-unes de ces questions, que je m’aventure sur un terrain dangereux, et que beaucoup de personnes, non pas toujours parmi les moins instruites, se montrent, sur ce sujet, absolument irréductibles.

Il faut respecter, sans doute, les opinions de tout le monde, même celles que l’on est en droit de qualifier de préjugés. Seulement, il est permis d’analyser ces opinions, et d’essayer de mettre autant que possible, pour l’honneur de la Lune, les

choses au point.

Tout le monde sait que la Lune se renouvelle tous les 29 jours et 13 heures : il y a donc, dans une année, 12 lunaisons et près de 11 jours en plus. Malgré ce surplus de 11 jours sur les 12 mois de l’année, le public reconnaît à chaque mois le droit de propriété pour une lune en particulier, et se croit obligé de désigner les diverses lunaisons d’après les noms des mois dans lesquels on les observe. On dira, par exemple, la lune de mars,

la lune d’avril, la lune de mai, etc.

L'on voit tout de suite que la coïncidence des mois et des lunaisons ne peut pas être parfaite, puisqu'il y a plus de 12 lunaisons par année. Il en résulte des anomalies et des substitutions très bizarres : il y a des mois qui ont deux lunes et d’autres qui n’en ont pas ; de plus, un mois s’empare de la lune de son voisin, ou, si l’on aime mieux, les mois se prêtent aimablement leur lune ; en un mot, suivant le dicton populaire, les lunes chevauchent, et l’on entend dire avec le plus grand sérieux du monde : rien d’étonnant si le mois d'avril est froid, nous sommes encore dans la

lune de mars !

RS

Si l’on veut absolument,— et le peuple paraît y tenir.— donner une lune à chaque mois, il n’est pas surprenant qu'il se présente quelquefois de sérieuses difficultés. La Lune, en effet, peut devenir nouvelle soit au commencement, soit au milieu. soit à la fin des mois ; alors quel nom donner à la lunaison? Sera-ce celui du mois dans lequel elle commence, ou celui dans lequel elle finit ?

De là des discussions sans fin et... sans aucun profit. Qu'on nous permettre de dire, au risque de soulever des tempêtes, que ces deux manières de qualifier les lunes sunt tout aussi futiles, tout aussi neu fondées l’une que l’autre, et que les astronomes, ennemis des règles abstraites, se sont toujours bien gardés d'intervenir dans les discussions de ce genre.

Voyons brièvement à quels résultats étranges conduisent les deux manières de nommer les lunes.

Supposons qu’on emprunte la dénomination de la lune au mois dans lequel elle finit ; dans ce cas, il y aurait des mois qui auraient deux lunes. On appellerait, par exemple. lune de janvier celle qui finirait le premier jour de ce mois, quelques

minutes après minuit, mais la lune suivante, qui

oo

finirait avant le 30 janvier, serait également la lune de janvier, et ce mois aurait deux lunes !

D'autre part, on nommerait aussi lune de janvier celle qui finirait un peu avant le 31 de ce mois ; mais la lune suivante, à cause des 28 jours de février, ne s’achèverait qu'en mars, et février se trouverait sans lunaison !

Les conséquences ne sont pas moins bizarres, lorsqu'on nomme les lunes par les mois dans lesquels elles commencent. En l’année 1911, la Lune a renouvelé le 1er janvier ; on l’appellerait donc la lune de janvier. Mais elle s’est terminée le 30, et la lune suivante, commençant au même instant, serait également la lune de janvier, et ce dernier mois aurait eu encore deux lunes !

Ces exemples font voir combien puériles et peu raisonnables sont ces règles au sujet des noms à donner aux lunes. Elles supposent que la division de l’année en douze mois est une nécessité astronomique. Bien au contraire, les mois sont

des divisions fort arbitraires de l’année. Ily en a

actuellement douze ; il pourrait y en avoir plus

ou moins, et, de fait, chez les Romains, il n’y en

avait que dix, tandis qu’il y a toujours douze

lunaisons par année, avec un surplus de près de onze jours. S'il prenait fantaisie aux gouvernements des différents pays, appuyés par les astro- : nomes, de diviser l’année en quinze mois, est-ce que chaque mois aurait sa lune ?

I1 vaut donc mieux,— comme d’ailleurs le font les astronomes,— de ne Pas chercher des coïncidences là où il n’y en a pas:

Au Canada, on à l'habitude d’appeler lune de mars celle qui détermine la fête de Pâques. Or, l’année dernière, la lune pascale a commencé le 2 avril(); ilfaut alors conclure que mars à passé sa lune à avril, conclusion qu’on pourrait qualifier de... mais n’insistons pas. Rappelons seulement que la lune qui fixe la fête de Pâques est celle qui est pleine le ou après le 21 mars, et qu'elle peut, comme l’année dernière, fort bien arriver en avril.

{1 va sans dire que ce chevauchement des lunes est la cause, dans l'esprit de bien des gens, de graves perturbations météorologiques, et que la température d’un mois, pendant lequel brille la lune du mois précédent, doit nécessairement s’a-

de rnetro- :

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font

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e de

Or, cé le ssé sa alifier ment le qui peut,

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lunes ns, de que la rille la

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baisser d’une façon notable. On suppose donc que chaque lune a une température propre, que la lune de janvier, par exemple, est plus froide que celle de février, que celle-ci est plus froide que celle de mars, que celle de mai, que celle de juillet, etc. Mais on oublie que la Lune ne brille pas seulement au Canada, mais que, pendant la durée d’une lunaison, elle fait le tour de la Terre et qu’elle éclaire les pays situés à nos antipodes, pays où les saisons sont à l’inverse des nôtres, où, par conséquent, le mois de janvier est le mois des chaleurs. Et alors, la même lune, qui serait froide au Canada, serait chaude au Brésil ou en Australie !

Ne voit-on pas à quelles absurdités on se heurte!

D'un bout de l’année à l’autre, l'influence climatérique de la Lune, s’il y en a une, est invariable: elle n’est ni plus froide au mois de janvier, ni plus chaude au mois de juillet qu’aux autres époques de l’année. La chaleur qu'elle déverse sur la Terre est pratiquement nulle et n’est sensible, pour une fraction très petite de degré, qu'aux instruments les plus délicats.

DA

248 PROPOS SCIENTIFIQUES nm

Disons maintenant un mot des méfaits de la Lure. Son dossier est formidable ! De combien d’influences néfastes sur les récoltes, sur l’atmosphère, sur le système nerveux ne l’a-t-on pas accusée ! Quand elle brille au sein du firmament, en accomplissant avec sérénité et conscience sa révolution autour de la Terre, on pourrait croire qu'elle n’a d’autre souci que de nous prodiguer sa douce lumière ; erreur profonde! Pour quelques-uns, c’est une hypocrite qui voile l’âme la plus perverse sous l’apparence d’une trompeuse bienveillance !

D’autres se contentent de lui attribuer certaines influences pour le moins singulières. On trouve, par exemple, dans un vieil ouvrage publié en 1770, la remarque suivante : ‘* Qui ne sait, par sa propre expérience, combien plus rapidement poussent les ongles et les cheveux, quand pour les couper on choisit la lune croissante au lieu du temps du décours ? ”

Qui n’a pas entendu dire par plusieurs qu’il faut choisir, pour semer telles ou telles graines, une époque déterminée du croissant ou du décours de la lunaison? Nous pourrions citer comme exem-

ples de préjugés populaires, pour les avoir nous-

s de la -ombien l’atmosas acCcu- 1ent, en sa révo- > qu'elle a douce 1es-uns, erverse illance !

ertaines trouve, n 1770, , propre oussent couper

mps du

il faut >s, une purs de exem-

nous-

mêmes entendu énoncer, que le tabac coupé dans le croissant ne tient pas dans la pipe, et que le bois de construction ne sèche jamais, dégoutte l’eau, à moins qu'il ne soit coupé dans la lune de Noël ! Mais il est inutile de passer en revue et d’appré-

cier toutes ces opinions au sujet des influences lu-

naires. Les unes peuvent être justifiées, les autres sont ridicules, d’autres enfin manquent de confirmation.

Disons seulement qu’il faut accepter avec prudence les observations populaires. Ceux qui ont travaillé dans les laboratoires savent avec quelle circonspection il faut procéder dans les recherches et les observations scientifiques. Le peuple, qui ne se croit pas obligé à tant de précautions, peut fort bien prendre pour une relation certaine ce qui n’est qu’une coïncidence fortuite ; de là des préjugés, des prétendues remarques qui se transmettent de père en fils et qu’il est bien difficile de faire disparaître.

Le peuple a comme l'instinct du mystérieux et se montre toujours disposé à accepter sans preuve ce qu’il ne peut expliquer. Il note surtout les

coïncidences favorables à ses idées ; si les choses

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ne se passent pas comme il l’avait prévu ou prédit, on bien il ne le remarque pas, ou bien, s’il s’en aperçoit, il se garde bien d'en parler. S'il est poussé au pied du mur par quelque contradicteur qui lui démontre par des faits la fausseté de ses prétentions, il sait toujours se tirer d’une position délicate par quelque habile échappatoire. Lui fera-t-on remarquer, par exemple, qu'il n’y a .pas eu de bordée de neige le jour de la Sainte-Catherine, ou que la tempête de Notre-Dame de mars n’a pas eu lieu, il n’abandonnera pas pour cela ses croyances ; il se contentera de dire que la dite bordée ou la dite tempête a été retardée! Et la prochaine chute de neige, toute naturelle à pareille saison, viendra confirmer ses assertions !

Un exemple typique de préjugé populaire se trouve dans le phénomène de la lune rousse.

Le célèbre astronome français Arago, dans son Astronomie populaire, commence très spirituellement de la manière suivante un chapitre sur la lune rousse :

‘— Je suis charmé de vous voir réunis autour de moi, dit un jour Louis XVIII, aux membres composant une députation du Bureau des Longitudes qui étaient allés lui présenter la Connaissance des Temps et l’ Annuaire, car vous m'’explique-

1 prédit, s’il s’en S'il est adicteur s de ses position e. Lui y a pas -Cathele mars ur cela > la dite | Et la > à paons !

aire se se.

ins son ituelle-

sur la

moi, dit députarésenter xplique-

rez nettement ce que c'est que la lune rousse et son mode d'action sur les récoltes. Laplace, à qui s'adressaient plus particulièrement ces paroles, resta comme atterré ; lui qui avait tant écrit sur la Lune, n'avait en effet jamais songé à lu lune rousse. Laplace consultait tous ses voisins du regard, mais ne voyant personne disposé à prendre la parole, il se détermina à répondre lui-même : ‘* Sire, la lune rousse n'accupe aucune place dans les théories astronomiques : nous ne sommes donc pas en mesure de satisfaire la curiosité de Votre Majesté." Le soir, pendant son jeu. le roi s'égaya beaucoup de l'embarras dans lequel il avait mis les membres de son Bureau des Longitudes. Laplace l'apprit et vint me demander à l'Observatoire si je pouvais l'éclairer sur cette fameuse lune rousse qui avait été le sujet d’un si désagréable contretemps. Je lui promis d'aller aux informations auprès des jardiniers du Jardin des Plantes et d'autres cultivateurs.”

, y Qu'est-ce donc que la lune rousse ?

Les jardiniers donnent ce nom à la lune qui

commence en avril et devient pleine à la fin de ce mois ou plus ordinairement dans le courant du mois de mai. Ils prétendent avoir constaté que la lumière de cette lune, lorsqu'elle brille dans un ciel sans nuages, produit un refroidissement qui a pour effet de faire geler les jeunes plantes et les bourgeons ; ceux-ci alors roussissent par suite de la solidification de la sève dans les vaisseaux, d’où le nom de lune rousse donné à la lune qu’on

accuse de ces dégâts.

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