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L'observation des jardiniers est juste, bien qu'incomplète ; seulement, on se trompe sur la cause du phénomène, et il est facile de le faire voir.
Lorsque le ciel est sans nuages et que la Lune brille, le rayonnement, qui n’est arrêté par aucun obstacle, devient très énergique, et les plantes peuvent se refroidir jusqu’à la congélation, bien que l'air qui avoisine le sol puisse rester à 5 ou 6 degrés au-dessus de zéro. Si, au contraire, le ciel est couvert, la Lune ne paraît pas, il est vrai, mais alors les nuages jouent le rôle d’une couverture de laine, et, faute de rayonnement, le sol ne se refroidit pas. Si donc les plantes roussissent quand la Lune brille, cela n’est pas dû à la lumière de la Lune, mais au fait que le ciel est serein. La Lune n’est plus que l’innocente spectatrice et non pas la cause efficiente des dégâts produits.
Il est important de noter que le refroidissement du sol a lieu aussi lorsque la Lune n'est pas encore levée, pourvu que le ciel soit serein, particularité que les cultivateurs n’ont peut-être jamais remarquée.
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Cet exemple de la lune rousse montre bien comment les gens du peuple, sans s'occuper des autres facteurs qui peuvent intervenir dans la production d'un phénomène, concluent tout de suite de la présence dela Lune à l'efficacité de son action.
D'une manière générale, on peut dire que, avant d'admettre une influence quelconque, pratique ment inexplicable, de la Lune sur les plantes ou sur certains groupes de phénomènes spéciaux, il est nécessaire d'étudier et d’analyser les causes ordinaires physiques et météorologiques capables de produire les effets constatés. Si l’on n'arrive à aucun résultat, il sera toujours loisible de recourir à l'influence de la Lune et de l’accuser de tous les méfaits imaginables.
Îl va sans dire que le peuple est absolument incapable d’instituer et de mener à bonne fin une pareille analyse.
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LES SCIENCES PHYSIQUES FRANÇAISES AU XIXe SIÈCLE
Ce n’est pas sans hésitation que j'ai accepté la flatteuse invitation de M. le Président de l’Institut canadien d’inaugurer ce soir la série des conférences sur l’histoire de la science française au XIXe siècle. J’apprécie hautement l’honneur qu'il m'a fait et je l’en remercie de tout cœur. Mais, d’autre part, je ne puis me défendre d’un certain sentiment de crainte, et, conscient de mon incompétence, je ne me dissimule pas les grandes diffcultés que comporte l’exécution d’une pareille tâche.
En effet, faire l’hisoire de la science française au
XIXe siècle, dans ce siècle merveilleux où prirent
() Conférences données à l’Institut canadien, les 5 et 17 décembre 1918.
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naissance tant de découvertes géniales, tant de créations théoriques et pratiques, dans ce siècle qui à assisté au développement des chemins de fer, de la navigation à la vapeur, à l'invention du téléphone, du télégraphe avec et sans fil, dans ce siècle qui a vu les prodigieuses applications de l'électricité au chauffage, à l'éclairage, au transport de la force motrice à distance, dans ce siècle enfin qui a produit le moteur à explosion, le sousmarin, la photographie, la radiographie, pour ne parler que de quelques inventions, n'est-ce pas, Mesdames et Messieurs, une intreprise qui demanderait de longs volumes, n’est-ce pas un sujet difficile à faire entrer dans le cadre restreint de deux modestes conférences ?
Aussi, il ne peut être question de faire œuvre complète, il faut se limiter aux grandes découvertes, aux grandes initiations, il faut reléguer dans l'ombre des noms de haute valeur, mais relativement secondaires, pour rester dans les sphères élevées où planent les gloires de premier ordre et les génies créateurs. Malgré ces restrictions indispensables, le champ d’action de l'historien est
encore immense, la tâche est encore colossale, et
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j'aurais été tenté de m'y soustraire si, soutenu par la grande bienveillance du public québeequois, je n’avais pas considéré comme un devoir de contribuer pour ma faible part à la glorification de la science française.
Et d’ailleurs, Mesdames et Messieurs, quel moment pour parler de la France !... Quand, après quatre années de luttes terribles et angoissantes, elle a conquis l'admiration du monde entier, quand le succès le plus éclatant de l’histoire vient couronner ses efforts, au moment où les drapeaux flottent encore au vent de la victoire et les chants d’actions de grâce montent vers le ciel, fut-il une circonstance plus propice pour démontrer qu'elle n’est pas moins glorieuse par les travaux de ses savants que par l’héroïsme de ses soldats et le génie des généraux? Et n'est-ce pas un grand bonheur pour moi, pendant ces jours d’allégresse nationale, de faire voir qu'elle n'est pas seulement le champion du droit et de la civilisation sur les champs de bataille, le principal foyer des missions catholiques qui se répandent dans tout l'univers, mais encore qu'elle est la grande semeuse et la
grande initiatrice des vérités scientifiques? Et