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voilà pourquoi, Mesdames et Messieurs, il doit vous être agréable que l’on célèbre, du haut de cette chaire de l’Institut canadien, les gloires de la science française.
Et, tout d’abord, que faut-il entendre par sciens ce française? S'il est vrai que l’âme d’une contrée, que le génie d’une race, que l'esprit d’une nation se réflètent dans les œuvres d'art qu’elle produit, comme on le constate pour la musique, la peinture, la poésie, en est-il ainsi de la science ? En d’autres termes, la science est-elle nationale, et peut-on parler de science française, de science allemande, de science italienne ou anglaise ?
Assurément non.
La science est universelle et impersonnelle ; elle n’est d'aucune époque ni d’acun pays, elle n’est ni ancienne ni modrene, pas plus qu'elle est française ou anglaise, et cela, parce que son objet, ses méthodes sont immuables.
L'objet de la science, c’est la connaissance de la
vérité, et celle-ci, une et universelle, ne change pas
d’un pays à l’autre. Les faits d’ordre scientifique sont les mêmes partout et peuvent être découverts par n'importe qui et n'importe où. Les phéno-
mènes de la nature, d'autre part, nous sont révélés
par l’observation et l'expérience, et le sage emploi
de l'induction et du raisonnement déductif conduit nécessairement aux mêmes faits et aux mêmes lois.
Ajoutons à cela qu’une découverte est rarement le fruit d'une seule intelligence travaillant dans un seul pays. Chaque savant doit tenir compte et profite de ce qui a été trouvé et écrit avant lui et par ses contemporains. Chacun apporte une pierre à l'édifice commun et lègue à ses successeurs les connaissances que ceux-ci développeront à leur tour.
La science est donc une œuvre collective, et les découvertes sont le résultat de cette collaboration universelle qui tend vers un même but, à savoir, la connaissance de la vérité. La science n'est pas nationale, ni moderne plutôt qu'’ancienne, parce que la vérité est indépendante des lieux et des temps.
Mais alors, encore une fois, que faut-il entendre par science française ?
Si les vérités d’ordre scientifique sont les mêmes partout, la manière dont les faits sont étudiés, sont coordonnés entre eux, sont exprimés et exposés, peut varie: avec les individus et avec les nations.
La science :: consiste pas dans la connaissance pure et simple de faits particuliers, de même qu’un amas de pierres ne constitue pas un édifice. Une découverte n’est pas caractérisée par la connaissance d’un phénomène nouveau, mais, dit Claude Bernard : ‘“ C’est l’idée qui se rattache au fait découvert qui constitue en réalité la découverte.”
Il ne suffit pas, pour procéder scientifiquement, d'observer attentivement les phénomènes naturels, ou d’en provoquer de nouveaux par l'expérience, mais il importe surtout à la vraie science de coordonner ces phénomènes, de chereher les rapports qui les lient et d'exprimer les lois qui manifestent leur dépendance mutuelle. Les lois de la nature sont le principal objet de la physique et, une fois que l’on a trouvé celles qui régissent une certaine
classe de phénomènes, il faut faire un pas de plus :
les faits et les lois n'étant que des constatations, l'on doit s'occuper de les expliquer par un travail de généralisation d'où naissent les grandes théories scientifiques, lesquelles nous révèlent le mieux qu'il est possible le jeu caché des forces naturelles.
Dans le travail par lequel le savant remonte des phénomènes aux lois, et groupe les lois pour établir des théories, la part du raisonnement est très grande, et l'on comprend alors que les qualités propres de chaque nationalité, la mentalité qui résulte de l'éducation et des nombreuses influences héréditaires, le génie national en un mot, puissent jouer un rôle considérable et donner à la science, entendue dans ce sens, un caractère bien déterminé.
C'est pour cette raison, par exemple, que les productions allemandes ne ressemblent en rien aux productions françaises. Lesavant allemand, esprit obseur et nuageux, trahi par la lourdeur et l’illogisme de sa langue, se perdra dans un océan de détails, entassera sans ordre ni logique une multitude d'observations où l’on cherchera en vain le point capital, le point essentiel ; le
savant français, au contraire, méthodique, clair, w
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