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servi par une langue admirable d'élégance autant que de précision, bien préparé par une solide formation classique, fera jaillir autour de lui des flots de lumière, et gravera dans ses travaux l'empreinte du génie gréco-latin dont il est le plus pur représentant. ‘ La science n’a pas de patrie, a dit Pasteur, mais le savant en a une ” ; nous devons entendre par là que la mentalité qu'il doit à son pays et à son éducation exercera une grande influence sur la manière dont il poursuivra ses recherches et en exposera les résultats.
Et voilà pourquoi, Mesdames et Messieurs, l’on peut parler, à ce point de vue, de science française et voilà pourquoi, comme je vais essayer de le démontrer ce soir, la part de la France dans le développement des sciences physiques au XIXe
siècle est si importante et si glorieuse.
Il faudrait bien se garder de croire que les sciences physiques, tant en France qu’à l’étranger, sont nées avec ie XIXe siècle. Malgré le développement prodigieux dont ce siècle a été témoin,
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l'on ne doit pas oublier qu’il y eut, avant cette époque, un Galilée en Italie, un Képler en Allemagne, un Copernic en Pologne, un Newton en Angleterre, un Pascal et un Descartes en France, Nous limitant à ce dernier pays, jetons un coup d’œil rapide sur l'état des sciences mathématiques, physiques et astronomiques, avant le siècle dernier, et surtout à la fin du XVIIIe siècle, où une pléiade de savants de premier ordre ont illustré le nom français et dont la plupart ont brillé d’un vif éclat au commencement du siècle suivant.
Au XVIIe siècle, les sciences mathématiques s’enrichissent de découvertes importantes par les travaux géométriques de Pascal, — théorie des coniques, recherches sur la cycloïde, théorie des nombres, calcul des probabilités ; — en physique, le même savant établit le principe fondamental de l’hydrostatique, appelé principe de Pascal, d’où est sortie la presse hydraulique, puis, par les mémorables expériences du Puy-de-Dôme, il prouve définitivement la pesanteur de l'air, la
pression atmosphérique, prélude de l'invention du baromètre.
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Descartes, d'autre part, révolutionne profondément les sciences mathématiques par l’application de l’analyse à la géométrie des courbes. C’est cette transformation de la géométrie qui a préparé les voies aux immortels travaux de Newton sur la gravitation universelle et à la découverte du plus merveilleux instrument de la
science moderne, le calcul infinitésimal.
Dans son traité de Dioptrique, il pose le point de départ de la célèbre théorie des ondulations de la lumière qui a renouvelé toute l'optique et qui fut définitivement prouvée deux siècles plus tard par Fresnel et Cauchy ; dans ce même ouvrage, il établit, par la fameuse loi des sinus qui porte son nom, la base de toute la théorie de la
réfraction.
Dans le même siècle, Denis Papin imagine la première machine à vapeur à piston et l’emploie même à faire mouvoir un bateau. L’on sait que, près d’un siècle plus tard, Claude Jouffroy, en 1770, avec une machine perfectionnée par Watt,
fait marcher un navire sur le Doubs, et, en 1783,
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après avoir remplacé les rames palmipèdes par les roues à aubes, remonte la Saône avec un plein
succès entre Lyon et l'Ile Barbe.
Également en 1783, le premier chapitre de la navigation aérienne est ouvert par les frères Montgolfier. Les ballons à air chaud, que l'on a appelés montgolfières, sont inventés et presqu'en même temps Charles et Robert, à Paris, font monter les premiers ballons à hydrogène, les premiers aérostats, et créent coup sur coup tout le matériel aérostier tel qu'il existe encore de nos jours. Bien plus, on songe tout de suite à utiliser les ballons comme postes d'observation dans les armées, et, sous l’instigation de Monge, une compagnie d’aérostiers est établie dans l’armée du Nord, et les aérostats, dans la campagne de 1793, figurent au siège de Maubeuge, à la bataille de
Charleroi et à la bataille de Fleurus.
Mais il est peu de science plus française et où la France ait joué un rôle plus prépondérant que la géodésie, c’est-à-dire la scieuce qui a pour but de déterminer la forme exacte de la Terre et d’en
mesurer les dimensions.
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En 1665, l’astronome français, l’abbé Picard, à la demande de l’Académie des Sciences nouvellement fondée, mesure un arc de méridien avec une précision remarquable et au moyen d'instruments nouveaux ; il propose ensuite à l’Académie de couvrir, à travers toute la France, de Dunkerque à Perpignan, le méridien de Paris d’une chaîne continue de triangles, opération commencée en 1680 par Cassini et Lahire. La méridienne de France est terminée en 1718 et la première carte de France, appelée carte de Cassini, est achevée sous Louis XVI.
Picard n’est pas seulement le créateur de la géodésie, mais il a aussi la gloire insigne d’avoir fourni à Newton les éléments nécessaires pour prouver les lois de la gravitation universelle. La loi de l'inverse du carré des distances, trouvée en défaut dans les premiers calculs, ne fut préservée de l’oubli que lorsque Newton eut l'idée, dix ans après les premières tentatives, de recommencer ses calculs avec les nouvelles mesures de Picard.
La France ne s'arrête pas en si beau chemin.
En 1736, pour déterminer l’aplatissement de
la Terre, Bouguer et la Condamine mesurent un arc
Picard, uvellerec une aments mie de kerque chaîne cée en nne de e carte chevée
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SCIENCES PHYSIQUES AU XIXe SIÈCLE 269
de méridien au Pérou, et Clairaut et de Maupertuis en Laponie. En 1739, une nouvelle réridienne de France est mesurée par Lacaille et Cassini de Thury et enfin, ex 1792, pour l'établissement du système métrique, Delambre et Méchain, malgré la tourmente révolutionnaire et au prix de difficultés incroyables, effectuent avec succès une troisième mesure de la méridienne de France qu’ils étendent jusqu'à Barcelone.
L'idée de rattacher l’unité fondamentale de mesure aux dimensions de la Terre et les travaux scientifiques effectués à cette occasion pour mener cette célèbre entreprise à bonne fin, à savoir la création du système métrique, sont l’un des plus beaux titres de gloire de la science française à la fin du XVIIIe siècle.
Des savants de première grandeur firent partie
des différentes commissions scientifiques qui tra-
vaillèrent au succès de l’œuvre et l’on peut citer,
parmi les principaux, des noms comme ceux-ci : Borda, Lagrange, Lavoisier, Tillet, Condorcet, Laplace, Monge, C'assini, Méchain, Legendre, Meusnier, Coulomb, F , Brisson, Vandermonde, Berthollet, de Pron,. auxquels ils faut joindre les
artistes Lenoir et Fortin dont le talent permit la construction d'instruments d’une précision inconnue jusqu'alors. Ce sont ces hommes qui ont illustré le nom français au déclin du XVIIIe siècle et qui, en ouvrant le XIXe, vont donner à la science un élan splendide qui ne s'est pas ralenti jusqu'à nos jours.
Malgré les progrès accompiis et les résultats obtenus, la science physique avait à peine franchi les premières étapes. On n'avait fait pour ainsi dire qu'entrevoir les premiers éléments des grandes théories de la chaleur et de la lumière : l'électricité était encore dans la première enfance, et tout se bornait à quelques phénomènes mal compris d'électricité statique. On ne connaissait gu‘re que les machines à friction, la bouteille de Leyde popularisée en France par l'abbé Nollet, et les phénomènes d'électricité atmosphérique étudiés par Buffon, de Romas et Dalibard. C'est à l’aurore du XIXe siècle que les idées vont se préciser, es méthodes se perfectionner et les découvertes se succéder, rapides, éclatantes, décisives. Les voiles se déchirent, les préjugés s’écroulent, la
lumière jaillit p: tout et la France va jouer, dans
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cette lutte ardente pour pénétrer les secrets de
la nature, un rôle prépondérant et glorieux.
Nous avons dit plus haut que le XIXe siècle a été ouvert par une pléiade de savants qui avaient illustré la science française à la fin du siècle précédent. Parmi ceux-ci, puisqu'il faut nous borner aux plus grands noms, il convient de citer l'astronome et mathématicien Lagrange, mort en 1813, célèbre par sa Méthode des variations, et qui? dans le domaine de la trigonométrie sphérique et de la mécanique céleste a brillé d'un vif éclat” Nommons aussi le fameux géomètre Legendre, le général Poncelet, dont le nom sert à désigner l'unité de puissance mécanique, de Prony, le mathématicien et physicien Poisson, le physicien et géodésien Biot, et plusieurs autres.
Mais le savant qui domine tous les autres à cette époque, tant par l'importance de ses œuvres et de ses découvertes que par l'influence qu'il a exercée dans le monde des sciences, est sans con-
tredit Laplace, mort en 1827. Dans son immor-
tel ouvrage Traité de la mécanique céleste, il résout
la question si controversée de la stabilité du système du monde, en s'appuyant uniquement sur les principes de l'attraction newtonienne. A vingtquatre ans, il découvre l'invariabilité des distances moyennes des planètes au Soleil, puis, plus tard, il explique les grandes inégalités de Jupiter et de Saturne l'inégalité séculaire du mouvement de la Lune, et les lois des satellites de Jupiter. Après avoir complété les études de d’Alembert sur la précession des équinoxes, il donne une mesure de l’aplatissement terrestre en partant des actions de la Lune sur le renflement équatorial.
Au sujet de la durée de la révolution de l'anneau de Saturne, Laplace, par le calcul, arrive aux mêmes résultats reconnus par Herschell au moyen de l’observation télescopique.
Ces quelques détails font voir à quel genre de problèmes Laplace s’est attaqué et donnent une pâle idée de la profondeur de son génie. Mais il y a plus ; il détermine encore, par des formules, les orbites des comètes, calcule leur masse, établit des règles pour prédire plusieurs années d'avance
l’heure et la hauteur des grandes marées, enfin,
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SCIENCES PHYSIQUES AU XIXe SIÈCLE 273
dans son livre Exposition du système du monde, il
développe la grandiose conception de l'origine de sotre monde planétaire par la condensation et la rotation de la nébuleuse primitive d’où se détachent des anneaux qui donneront naissance
aux planètes et à leurs satellites, en laissant au
centre la masse ignée qui deviendra le Soleil.
Laplace ne limita pas son activité aux seules querons de mécanique céleste ; rien ne lui fut étranger et ses recherches en physique, sur la réfraction de la lumière, sur la mesure des hauteurs par le baromètre, sur la vitesse du son, ses études sur la calorimétrie et la capillarité, le placent à la tête des physiciens de l’époque et de l’Académie des Sciences dont il est l’âme dirigeante. C’est par un génie de cette envergure que la science française est représentée au début du XIXe siècle ; l’histoire a démontré qu'elle n’a
pas dégénéré jusqu'à la fin de cette glorieuse pé-
riode.
A la suite de Laplace, ce sont des savants fran-
çais tels que Cauchy, le général Poncelet, Galois,
Fourier qui ont ouvert dans tous les domaines des voies nouvelles, et la série se terminera brillamment avec Henri Poincaré.
L'on considère la théorie mécanique de la chaleur, par laquelle la chaleur n'est rien autre chose qu'un mode particulier de mouvement, comme l'une des plus importantes découvertes du XIXe siècle. Non seulement on a prouvé que la chaleur peut se transformer en travail et le travail en chaleur, mais encore qu'une même quantité de chaleur, plus exactement une calorie, produit toujours une quantité déterminée et invariable de travail mécanique et inversement, ce qu'on appelle l'équivalent mécanique de la calorie. L'on a coutume d'attribuer ce principe de l’équivalence au docteur allemand Meyer, mais des recherches précises font voir qu'il n’en est pas ainsi. Vers 1800, Montgolfier, l'inventeur des ballons, affirme la transformation réciproque du travail et de la chaleur, bien que ses idées soient passées inaperçues, et le principe de l’équivalence est énoncé quatre ans avant Meyer, en 1839, par Marc Seguin et dix ans auparavant par Sadi Carnot.
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ACIENCES PHYSIQUES AU XIXe SIÈCLE 275
C'est à ce dernier, fils de l'organisatsur de la victoire en France à la fin du XVIIIe siècle, que l'on doit l'énoncé du principe de la dégradai.on de l'énergie, appelé principe de Carnot, lequel, avec celui de l’équivalence, domine toute l'énergétique. C'est pour cette raison que l'éminent physicien anglais, lord Kelvin, n'a pas craint d'affirmer que, dans toute l'étendue du domaine des sciences, il n’y a rien de plus grand que l'œuvre de Sadi Carnot.
Au point de vue des applications pratiques, il n'y a pas d'invention qui ait révolutionné plus profondément le commerce, l’industrie et les arts mécaniques que la machine à vapeur. Outre son emploi dans les manufactures et les usines pour faire mouvoir une infinité de mécanismes de toutes sortes, c’est elle qui a donné aux chemins de fer et à la navigation océanique le prodigieux développement que l’on connaît et sur les conséquences duquel il est inutile d’insister.
Mais les débuts de la locomotive et des bateaux à vapeur furent lents et pénibles, en ,articulier parce qu’on ne savait pas construire des chaudières
pouvant utiliser économiquement la chaleur du
276 PROPOS SCIENTIFIQUES combustible ; Ja surface de chauffe étant insuffisante, la production de vapeur dans les chaudières des locomotives était inférieure à la dépense et la machine s'essouflait après quelques heures de marche, Pour les bateaux à vapeur, le rendement des machines était tellement faible qu'un navire, pour une longue traversée comme celle de l’océan, n'aurait pu porter tout le combustible nécessaire au voyage,
in 1827, la solution de cet important problème, dont les corséquences ne sauraient se calculer, fut trouvée par un ingénieur français Marc Seguin, cité plus haut et déjà célèbre par l'invention des ponts suspendus sur fils. Marc Seguin, dans le but d'augmenter considérablement la surface de chauffe et d'utiliser le mieux possible par ce moyen la chaleur du combustible, eut l’idée de placer dans les chaudières de nombreux tubes ouverts aux deux extrémités et dans lesquels les flammes du foyer et les gaz chauds, en contact avec une grande surface d’eau, produisent une vaporisation extrêmement rapide et bien supérieure à la dépense : c’est la chaudière tubulaire encore en usage de nos jours. Stephenson, en Angleterre,
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SCIENCES PHYSIQUES AU XIXE SIÈCLE 277 SR EE PSE ET Re
l'applique immédiatement aux locomotives et réalise les premières machines pratiques ; c'est grâce aussi à ces mêmes chaudières que, quelques années plus tard, les premiers navires à vapeur traversent l'océan et opèrent dans les moyens de transport et les relations commerciales la transformation la plus merveilleuse dont l'histoire fasse mention.
Mais la navigation océanique exigeait un nouveau perfectionnement : il fallait remplacer les énormes roues à aubes placées de chaque côté du navire par un propulseur de petit volume, moins affecté par les mouvements de tanvage et de roulis et complètement immergé sous l’eau, afin de le soustraire, comme cela est indispensable pour les navires de guerre, aux coups de l'ennemi. Ce propulseur idéal, c'est l'hélice, c'est-à-dire une roue composée de deux à quatre ailes courbes qui sont des portions d’une lame spirale semblable à celle d’un tire-bouchon. L'hélice, au point de vue mécanique, n'est rien autre chose qu'une vis à plusieurs filets dont l’eau est l'écrou.
Bien qu'Archimède soit l'inventeur de l’hélice
comme engin mécanique et que l’idée de l’emplo-
yer comme propulseur des navires revienne au fameux mathématicien Daniel Bernoulli, l’on peut affirmer que les plus importantes études sur ce sujet ont été faites par le mécrnicien français Frédéric Sauvage. Ce dernier, en effet, a démontré ce fait capital que l’hélice, pour agir comme moteur avec la plus grande intensité, doit se réduire à un seul tour de spire. C’est grâce à l'invention de Sauvage que la navigation océanique a pris un si grand développement et c’est aussi grâce à l’hélice que la navigation aérienne, par les dirigeables et les aéroplanes, est devenue
possible.
En optique, une découverte de la plus haute importance vient illustrer la science française dans la première moitié du XIXe siècle : je veux
parler de l’invention de la Photographie.
On connaissait bien, à cette époque, la chambre obscure et les images fugitives qu’elle permet d'obtenir ; on savait aussi que la lumière peut agir chimiquement sur certaines substances, en particulier sur le chlorure d'argent, comme Charles l’avait déjà expérimenté. Mais on avait inutile-
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SCIENCES PHYSIQUES AU XIXe SIÈCLE 279 em M NN RENE
ment cherché le moyen d'obtenir des images inal-
térables et permanentes par l’action des rayons lumineux.
En 1829, une première solution du problème est trouvée par le capitaine français Niepce : après quinze années de recherches, celui-ci est parvenu à fixer, sur une lame de cuivre plaquée d'argent, une image inaltérable à la lumière. La substance impressionnable employée était le bitume de Judée plongé dans un mélange d’huile de lavande et de pétrole.
Dix années après, en 1839, l'artiste-peintre Daguerre, déjà connu par l'invention du diorama et associé aux travaux de Niepce, fit connaître un nouveau procédé de photographie, que l’on a appelé daguerréotypie, et qui l’emporte de beau- Coup, pour la finesse des détails, le coloris de l’image et la réduction du temps de pose, sur les premiers essais de Niepce. Daguerre faisait agir la lumière sur une plaque de cuivre recouverte d'iodure d’argent, puis révélait l'image par l’exposition aux vapeurs de mercure et, enfin, fixait définitivement cette image en dissolvant l’iodure non
attaqué dans l'hyposulphite de soude.
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La photographie, c’est-à-dire l’art d’obtenir des images inaltérables par l'action des rayons lumineux, était un fait accompli. Le 10 août 1839, Arago, dans une séance publique de l’Académie des Sciences, fit connaître l'invention de Daguerre, et c'est à cette occasion que l’humble chambre obscure, utilisée et transformée pour diriger les rayons lumineux sur la plaque sensible, prit le nom de daguerréotype.
Sans doute, le procédé de Daguerre a été grandement perfectionné et la photographie, de nos jours, développée de toute manière, a atteint une perfection inouïe. Mais Niepce et Daguerre n’en sont pas moins les pionniers d’une science nouvelle dont l'importance n'échappe à personne, et les progrès accomplis prouvent toute la fécondité de cette brillante voie qu'ils ont ouverte aux
chercheurs.
Les plus grandes découvertes sont rarement celles que le public apprécie davantage. Les
applications pratiques de la science, celles qui
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SCIENCES PHYSIQUES AU XIXe SIÈCLE 281
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ment du commerce et de l’industrie, celles surtout
qui rapportent de gros bénifices, excitent toujours plus l'admiratit:: et la reconnaissance des hommes que la solution problèmes ardus de la science Pure, connus des seuls initiés et des seuls spécia-
listes. De ce nombre sont les questions si com-
plexes et si difficiles de l’optique supérieure, telles
que la double réfraction, l’interférence des rayons
lumineux, la diffraction, les colorations des lames minces.
Au commencement du XIXe siècle, un grand
nombre de phénomènes étaient déjà connus :
Bartholin, en Hollande, avait découvert la double
réfraction dans le spath d'Islande ; Newton avait
fait connaître, après Hooke, les couleurs des lames minces et les phénomènes de diffraction, et Young avait posé le principe des interférences. En 1810,
le colonel d'artillerie français Malus ouvrit, par
la découverte de la Polarisation de la lumière, une
voie nouvelle très féconde en résultats théoriques
et pratiques de toutes sortes, puisque nous lui
devons le polarimètre et le saccharimètre, appareils
de dosage extrémement délicats encore employés
dans tous les laboratoires de chimie. La première annonce de la découverte de Malus, raconte Biot, eut un éclat extraordinaire : non seulement l’Institut l’admit bientôt au nombre de ses membres, mais, malgré l’état de guerre qui existait entre l’Angleterre et la France, la Société Royale de Londres lui décerna une médaille d'or.
Quelque temps après, Arago découvre la polarisation chromatique et la polarisation rotatoire dont Biot, en France, et Brewster, en Angleterre, établissent les lois.
Mais le point capital restait à résoudre : il fallait une théorie complète et solide qui rende compte parfaitement de tous les phénomènes, il fallait choisir et établir définitivement l’une ou l’autre des deux grandes théories qui, à cette époque, divisaient en deux camps bien distincts le monde savant.
L'une d’elles, appelée théorie de l'émission, défeudue opiniâtrement par Newton et ensuite par les principaux physiciens français, tels que Laplace, Biot et Poisson, supposait la matérialité de la lumière ; d’après cette théorie, la lumière serait le résultat de particules matérielles extré-
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SCIENCES PHYSIQUES AU XIxe SIÈCLE
mement ténues lancées par les corps lumineux dans toutes les directions avec une rapidité incroyable. :
L'autre, appelée théorie des ondulations, entrevue par Descartes et esquissée par le hoilandais Huyghens, ramenait tous les phénomènes lumineux à un mode particulier de mouvement des corps.
D’après cette théorie, les molécules des corps lumineux sont animées de vibrations extrêmement rapides, analogues à celles des corps sonores, et qui se transmettent, sous forme d'ondes ou d'ondulations, dans un milieu hypothétique, un fluide impondérable qui remplirait tout l’univers et qu’on appelle l'éther.
Il était réservé à un physicien français de génie, Augustin Fresnel, de clore le débat et d’édifier sur des bases inébranlables cette merveilleuse théorie des ondes, l’un des plus
tifiques du siècle.
beaux monuments scien-
Il fallait une s’ngulière hardiesse et un courage peu commun pour que le jeune ingénieur des ponts et chaussées, âgé à peine de 30 ans, osât entrer en lice et combattre la théorie de l'émission soutenue
par l’écrasante autorité de Newton et appuyée
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par des physiciens de haute marque comme Biot, Poisson et surtout Laplace. Vivement encouragé par Ampère et Arago, Fresnel se décide à prendre part à un concours ouvert par l'Académie des Sciences pour l'étude des phénomènes de diffraction. C’est de là que commence la série de ses découvertes, qui devait aboutir à un triomphe définitif et éclatant.
Non seulement son mémoire, signalé ‘ par un accord constant du calcul et de l'expérience, jusque dans les détails les plus minutieux ”, fut, d'un jugement unanime, couronné par l’Académie des Sciences, mais encore Fresnel, reprenant l'étude de la double réfraction, l’étendit à tous les cristaux, en trouva la cause dans l’inégale densité de l’éther et par suite dans l’inégale vitesse de la lumière suivant les directions parcourues, puis énonça, en collaboration avec Arago, lk: lois de l’interférence des rayons polarisés, découvrit la polarisation elliptique et circulaire, et enfin, dans une grandiose synthèse, fit entrer toutes ces classes de phénomènes dans la théorie des ondulations qui les explique tous et même permet d'en prévoir de nou-
veaux.
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nn Fresnel renverse tous les obstacles, prévient toutes les difficultés, répond à toutes les objections. Un dernier point toutefois reste encore obscur : les phénomènes si variés de la polarisation chromatique et de la polarisation rotatoire semblent inexplicables dans la théorie des ondes, parce qu’on assimilait trop exactement les vibrations lumineuses aux vibrations sonores. Les partisans de l’émission sont sur le point de triompher, lorsque Fresnel met le comble à sa gloire par sa conception géniale des vibrations transversales qui :ésout définitivement la question et asseoit la théorie ondulatoire sur des fondements désormais inattaquables.
Le fameux mémoire de Fresnel sur la double réfraction fut présenté à l'Académie des Sciences en novembre 1821.
“ Immédiatement après la lecture du rapport, raconte Verdet, Laplace prit la parole, et, avec cette générosité d’un grand esprit qui, dans l’adversaire de la veille, se plaît à reconnaître et à saluer un égal, proclama l'importance exceptionnelle du travail dont on venait de rendre compte :
il félicita l’auteur de sa constance et de sa sagacité
qui l’avaient conduit à découvrir une loi qui avait échappé aux plus habiles, et, dévançant en quelque sorte le jugement de la postérité, déclara qu’il mettait ces recherches au-dessus de tout ce qu’on avait depuis longtemps communiqué à l'Académie.”
Biot, un autre des principaux adversaires de Fresnel, se rendit un peu plus tard à l'évidence et écrivit dans ses Mélanges scientifiques et littéraires :
.“ Depuis l’époque où cette notice a été écrite, tous les phénomènes que présente la physique de la lumière ont été, par le génie de Fresnel, si habilement et si intimement rattachés en nombres à la doctrine du mouvement ondulatoire, qu'il est aujourd’hui presque impossible de se refuser à reconnaître la réalité de ce mode de constitution du principe lumineux.”
Ces deux éclatants témoignages suffiraient pour établir la gloire de Fresnel. En 1850, plusieurs années après sa mort, survenue en 1827, cette gloire reçut son couronnement définitif, grâce à l'initative et à la sagacité d’Arago. Celui-ci,
qui avait guidé les premiers pas de Fresnel et
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écrite, que de i habibres à il est user à
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s'était associé à ses travaux, au point qu’on peut
dire que c’est à Arago qu’on doit Fresnel, ne s'est pas borné à préparer et partager les travaux de son illustre protégé ; il conçut un dispositif expérimental qui devait, dans ses prévisions, terminer pour toujours la discussion au sujet des deux théories de l'émission et des ondulations, en prouvant que la vitesse de la lumière est plus grande dans l’air que dans l’eau, comme l’exige la deuxième théorie.
Malgré les difficultés extrêmes de l'entreprise, il se met résolument à l’œuvre avec l'illustre constructeur Breguet, expose tous les détails de l'expérience et fait construire les appareils destinés à l’exécuter. Malheureusement, l’affaiblissement considérable de sa vue le força d'abandonner ses essais, mais il eut le bonheur de trouver parmi ses disciples deux célèbres physiciens français Fizeau et Foucault qui se chargèrent de continuer ses travaux et de les mener à bonne fin. En effet, Fizeau et Foucault, chacun de leur côté, et avec des dispositifs opératoires peu différents, exécu-
288 #HOPOS SCIENTIFIQUES
tèrent l'expérience si habilement conçue et prouvérent. que la lumière se propage plus vite dans l'air que dans l'eau.
C'était le coup de grâce donné à la théorie de l'émission qui supposait le contraire, c'était le triomphe complet de Fresnel.
Ajoutons que Fresnel est aussi l'inventeur des lentilles à échelons qu'il a appliquées, en collaboration avec Arago, aux phares qui guident les navigateurs près des côtes de France. Ces deux savants ont également perfectionné les phares à éclipses et ont inventé les lampes à plusieurs mèches concentriques dont l’éclat, dans les phares, égalait vingt-cinq fois celui des meilleures lampes
alors en usage.
L'électricité, au début du XIXe siècle, était peut-être la partie des sciences physiques la moins avancée. Nous l'avons dit plus haut, à part les phénomènes de l'électricité statique et quelques
notions de magnétisme dont les lois ont été énon-
, était
moins art les elques
énon-
ER ER cées par le physicien français Coulomb, tout était à faire, tout était encore à trouver, à appliquer, à expliquer.
Un progrès important fut accompli en 1799 par l'invention de la pile de Volta.
Mais, là encore, malgré l'enthousiasme que là découverte de la pile suscita dans le monde savant, on ignorait complètement la théorie de ce nouvel appareil, et Volta lui-même en a toujours méconnu le mode d'action en l’assimilant à une bouteille de Leyde perpétuelle.
En 1820, une révolution profonde va s'opérer ; l'électricité va se dépouiller de ses vieilles formules et l'aurore d'une science nouvelle, j'allais dire une véritable renaissance va frapper d’étonnement
et d'admiration le monde savant tout entier, et
l’auteur de cette transformation créatrice sera un géomètre et physicien français de génie, André- Marie Ampère.
“ Il est dans l'histoire des sciences, déclarait l'illustre physicien Cornu, dans un discours prononcé à l’inauguration de la statue d’Ampère à Lyon, le 8 octobre 1888, des noms dont l'éclat va
grandissant avec les années à mesure que les géné-
rations comprennent davantage la grandeur et la fécondité des œuvres auxquelles ces noms sont attachés.
‘“* André-Marie Ampère est de ceux-là.”
Les premiers travaux mathématiques d'Ampère, qui port. :t déjà l'empreinte d'un esprit profond, attirent sur lui l’attention des savants, et, grâce à la protection de Lalande, de Delambre et de Laplace, il entre comme répétiteur d'analyse à l'École polytechnique de Paris. En 1808, il est inspecteur général de l'Université, en 1809, professeur du cours d'analyse et de mécanique, et en 1814 il entre à l’Académie des Sciences comme membre de la section de géométrie. Mais chez Ampère le géomètre ne faisait que préparer le physicien et c’est comme physicien qu'il couvrit son nom d'une gloire immortelle.
Au mois de septembre 1820, une découverte sensationnelle, comme on dirait de nos jours, fut annoncée à l’Académie des Sciences. Un physicien de Copenhague, Œrsted, venait de constater que le fil qui unit les pôles d’une pile voltaiïque avait la curieuse propriété de dévier une aiguille aimantée.
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SCIENCES PHYSIQUES ; U XIXe SIÈCLE 291 Ampère ne se contente pas de répéter l'expérience d'Œrsted, mais son esprit clairvoyant en fait le point de départ d'une orientation inattendue de la science de l'électricité et du magnétisme. Avec une rapidité dont l'histoire des sciences n'offre pas d'exemples, les calculs se succèdent aux calculs, les expériences se multiplient, des appareils nombreux, encore classiques de nos jours, sont imaginés et construits, découvertes sur découvertes sont annoncées à chaque séance de l’Académie : en quelques semaines, Ampère avait créé deux sciences nouvelles : l'électroma-
gnétisme et l'électrodynamique !
En effet, de l'expérience d'Œrsted, il déduit l'existence et la définition du courant électrique et lui donne une direction, notions qui avaient échappé à Volta ; il résume le phénomène de la déviation de l'aiguille aimantée en personnifiant
le courant dans une règle célèbre qu'on appelle
règle d'Ampère: le pôle austral de l'aiguille est dévié à la auche du courant. Plus que cela, en Proposant qu’on utilise, comme signaux représentant les lettres de l'alphabet, les mouvements de
l'aiguille produits à toute distance par le courant d’une pile, il lance l’idée de la télégraphie élec-
trique.
Puis, poursuivant ses recherches, il prouve la réciprocité de l’action des aimants sur les courants, l’action du magnétisme terrestre sur un courant mobile, et, créant de toute pièce l’électrodynamique, il en est en même temps le législateur en énonçant, sur les actions mutuelles des courants,
les quatre fameuses lois qui portent son nom. Mais Ampère ne s’arrête pas là !
Il identifie le magnétisme avec l'électricité et reproduit les propriétés des aimants par l’invention du cylindre électromagnétique ou le solénoïde : une sin ple spirale de fil de nature quelconque se comporte comme un véritable aimant, présente des pôles semblablement placés, en un mot, jouit
de toutes les propriétés d’un barreau aimanté.
Enfin, sans parler de la découverte de l’électroaimant, gloire qu'il partage avec Arago et dont nous parlerons plus loin, Ampère couronne la brillante série de ses travaux par l'énoncé de sa
célèbre théorie du magnétisme dans laquelle il
SCIENCES PHYSIQUES AU xIXe SIÈCLE 293
explique le magnétisme par l'électricité et assimile un barreau aimanté à un faisceau de solénoïdes agissant comme un solénoïde unique.
Tel est, Mesdames et Messieurs, le résumé trop
incomplet des remarquables travaux d'Ampère,
Arago, voulant exprimer l'admiration que lui
inspirait l'œuvre de son ami, s'écriait devant l’Académie des Sciences : “ On dit les lois de Képler, on dira les lois d'Ampère ” ; et le grand savant anglais Maxwell, l’auteur de la théorie électromagnétique de la lumière, a osé dire, ce qui est énorme pour un Anglais : * Ampère est le Newton de l'électricité ! *
Voilà pourquoi, pour prepétuer sa mémoire et reconnaître son mérite, les physiciens, réunis en Congrès à Paris en 1881, dans le but de définir et de nommer les unités électriques, adoptèrent, à côté de ceux de Volta, Ohm, Faraday et Coulomb, le nom d'Ampère pour signifier l'unité d'intensité de courant. Et depuis ce temps, chaque jour, dans les laboratoires et dans les usines, des milliers de bouches prononcent ce nom désormais fameux ; sur tous les tableaux de distri-
bution d'énergie électrique, sur toutes les tables
| des laboratoires où l'on se sert du courant élec- Î
trique, à côté du galvanomètre et du voltmètre,
il y a aussi l’ampèremètre.
Joseph Bertrand, l’éminent mathématicien,
porte sur Ampère le jugement suivant :
“ Les phénomènes complexes, et en apparence à 1 inexplicables, de l’action de deux courants, ont
«#1 été analysés par lui et réduits à une loi élémentaire
LR
ÿ à laquelle cinquante ans de travaux et de progrès n’ont pas changé une syllabe.
4 “ Le livre d'Ampère est, aujourd’hui encore l’œuvre la plus admirable produite dans la physi | que mathématique depuis le Livre des principe de Newton. Jamais plus beau problème ne s’es rencontré sur la voie d’un plus grand génie. Pa un bonheur bien rare dans l’histoire des science: | tout ici appartient à Ampère. Le phénomèr {ul entièrement nouveau qu'il a deviné, c’est lui q | l’a observé le premier, c’est lui seul qui en à var les circonstances pour en déduire les expérienc si élégantes qui servent de base à la théorie, 1 seul enfin qui, avec un rare bonheur, a exécu tous les calculs et inventé toutes les démonstr
tions. Ampère a révélé une loi d'attraction no
mt
ant élec-
oltmètre, maticien,
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de progrès
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raction nou-
que seul à
SCIENCES PHYSIQU
velle plus complexe et plu
découvrir que celle des corps célestes. Il a été à la fois le Képler et le Newton de la théorie nouvelle.
“... Aucun génie n°
a été plus complet : aucun inventeur mieux inspiré n'a été mieux servi par les circonstances.”
A plusieurs reprises, le nom d’Arago est venu sur mes lèvres. Il est temps maintenant
de nous arrêter quelque peu
sur cette personnalité si curieuse, si importante dans l'histoire des se et aussi, si française.
Les débuts de François Arago dans
scientifique
iences,
la carrière sortent de l'ordinaire et méritent d’être signalés.
A peine âgé de dix-huit ans, il se prépare pres-
subir le double examen requis pour
obtenir son admission à l’École polytechnique. I sort triomphant d'une première épreuve devant l'examinateur Monge qui l'avait serré de fort près,
ES AU XIXe SIÈCLE 295
s malaisée sans doute à
puis se présente au deuxième tribunal d’ex°men présidé par le peu sympathique mathématicien Legendre.
Voici comment l’énreuve est racontée par le fameux entomologiste Fabre dans son livre “Les Inventeurs et leurs Inventions ”.
‘“ — Comment vous nommez-vous, demanda le géomètre ?
— François Arago, répondit le jeune savant.
— Arago ?... Mais ce nom-là n'est pas français. Je refuse de vous admettre au concours. Retirezvous.
—Que je me retire ? Et pour quel motif ?
— Vous n’êtes pas Français, vous dis-je, répond le professeur impatienté ; vous n’êtes pas Francais : c’est évident.
— Je me permettrai de vous contredire ; je suis Français, tout ce qu'il y a de plus Français.
— Mais non, votre nom le dit.
— “Mais si.
— Jamais dans la nationalité française n’a été
porté le nom d’Arago.
SCIENCES PHYSIQUES AU XIXe SIÈCLE 297
an nien — N'importe. Veuillez toujours m'interroger : } f nt . . . . x maticien et après l’examen, aisément je fournirai les preu- 4 ves de mon origine française. | e par le \ “ Subjugué par le ton digne et ferme de l'élève, 4 re “‘Les 1 Legendre consentit à l'examen avec l’arrière-pen- + sée de ne pas être tendre. \ - “ La rancune se trahit aux premières questions, nanda le à ; : posées avec l'intention évidente d’embarrasser j ; à l'élève... Bien plus satisfait qu'effrayé des ques- À avant. É . ne RTE è ; (4 : E « tions difficiles qui lui donnaient occasion de monfrançais. $ 2 2 À 4 trer ses Connaissances, Arago, en quelques instants, \s etirez- Ë : !
R 3 eut blanchi le tableau de ses calculs, tantôt atta- ù 4 quant de front les difficultés, tantôt jes contour- 1e j
nant at moyen d’ingénieuses combinaisons.
Sans >, répond
un moment d'arrêt, la craie Courait sur la planche
as Fran- noire, accompagnée de la parole qui argumentait, | déduisait, expliquait, concluait avec une éton- À 3; jesuis nante clarté. Coup sur Coup, cinq questions 1 is. . venaient d’être résolues à l’aide de formules peu È usitées et connues des maîtres seuls. L'élève en | à avait tiré merveilleusement parti, à l’e: ‘rême Ÿ NT surprise de Legendre.
— Pourquoi ces formules,
’ W fait brusquement l'examinateur,
Pourquoi ces méthodes plutôt que
d'autres. Ce sont là des moyens que vous employez sans en comprendre la signification ; et je vous embarrasserais bien si je vous demandais de me les expliquer.
— Monsieur, répond le candidat, ces méthodes, je les emploie parce qu'elles sont plus générales et plus riches en conséquences. D'ailleurs je les comprends très bien, et j'espère vous en convaincre si vous me le permettez.
—Faites, répond Legendre.
“ L'éponge est passée sur la tableau et le candidat se met à développer la théorie des méthodes qu'il vient d'employer. Ce n'est plus un élève qui parle, c’est un maître, c'est un mathématicier consommé qui, aux travaux des autres, ajoute ses propres aperçus, fruits de ses méditations solitaires et de son naissant génie. A ce lumineux savoir, à cette clarté d'exposition, Legendre reconnut enfir un vrai fils de la France, et tendant la main a savant candidat : ‘C’est parfaitement bien monsieur ; vous êtes reçu.”
De Humbolt disait que la vie d'Arago serai très difficile à écrire à cause du nombre et de |:
variété des travaux de l’illustre savant.
vous emon ; et Je
andais de
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e vous en
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méthodes
, un élève ématicien ajoute ses s solitaires X savoir, à nnut enfin a main au
nent bien,
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re et de la
En effet, Arago fut à ia fois physicien, géodé-
sien, astronome, professeur, directeur d'observ
a toire, fin littérateur, homme politique et même ministre.
A peine sorti de l'École polytechnique, Arago,
en 1806, est envoyé avec Biot en mission géodési-
que pour prolonger la méridienne de France jus-
qu'aux [les Baléares, et ce n'est qu'au bout de
trois ans, après avoir surmonté des difficultés
inouïes et même au péril de sa vie, qu'il peut reve-
nir en sa patrie, précédé d'ailleurs d'une réputiation déjà si enviable que, par un exemple unique
dans les fastes de l'Institut, il fut nommé à 23 ans, en 1809, membre de lAc C'e.
adémie des Sciences.
à cette époque glorieuse de véritable renaissance scientifique, dans cette Académie où siégeaient des Personnalités telles que Lagranve, Laplace, Monge, Fourier, Malus, Poisson, Fresnel. Cauchy, Gay-Lussae, Lamarek, Cuvier, Geoffroy- Saint-Hilaire, qu'Arago vient prendre place et Apparaître bientôt comme un maître,
En 1830, il devient secrétaire perpétuel et
inaugure les lundis d'Arago, si populaires à Paris,
Où il donne à Ja lecture des travaux présentés à
l’Académie un éclat extraordinaire, et qui deviennent pour le public un véritable régal scientifique et littéraire.
Arago s'est distingué tout particulièrement par la publication de ses admirables Notices biographiques dans l'Annuaire du Bureau des Longitudes, où :l expose les travaux scientifiques des principales gluires dont la science est si fière. Tour à tour Copernic, Képler, Newton, Herschell, Clairuut, d'Alembert, Lagrange, et parmi les plus récents, Fresnel, Fourier, Ampère, Volta, Monge, Gay-Lussac, Carnot et bien d’autres passent sous sa plume ; les progrès de la science sont exposés, analysés avec une clarté, une maftrise qui font de ces Notices des traités scientifiques de haute valeur.
L'Observatoire de Paris, dont il devient directeur, se transforme sous son intelligente direction. Il fait construire la salle méridienne, y introduit les meilleurs instruments d'observation et de précision, crée le service magnétique, fait édifier la grande coupole de la tour de l’est et enfin le grand amphithéâtre où il donne pendant trente ans ses
cours fameux d'astronomie populaire, toujours
devienntifique
èrement ices bioles Lonques des si fière.
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toujours
SCIENCES PHYSIQUES AU XIXe SIÈCLE
avidement recherchés du public et dans lesquels illest à la fois.— ce qui est extrêmement rare. — vulgarisateur hors ligne, toujours à la portée de son auditoire quel qu'il soit, et savant profond, qui ne craint pas d'aborder les questions les plus difficiles.
Arago ne se contente pas de faire connaître les travaux des autres : son œuvre scientifique personnelle est immense, ses découvertes sont de preraier ordre ; dans la plupart des sciences d'observation, il est fondateur ou promoteur.
En astronomie, Arago étudie les surfaces des planètes plutôt que leurs mouvements, et il est l'auteur, pour l’étude dela constitution des astres, de méthodes nouvelles et fort élégantes. C'est avec raison que son successeur à l'Observatoire, l'éminent astronome Tisserand, a pu dire qu’Arego avait introduit la physique en astronomie et qu'on devait le considérer comme le principal promoteur de l’astronomie physique moderne.
En physique, Arago se signale par des découvertes importantes, notamment la découverte de la polarisation chromatique qui ouvre des voies
nouvelles en optique. On iui doit encore les lois
de l'interférence des rayons polarisés, l'explication de la scintillation des étoiles, l’invention des méthodes interférentielles et photométriques.
En électricité, il découvre le magnétisme de rotation, prélude de l’induction qui a immortalisé Faraday.
Mais son plus beau titre de gloire, c’est d'avoir signalé le premier l’aimantation par les courants, et, en collaboration avec Ampère, d'avoir inventé l’électro-aimant.
En effet, Arago découvrit un jour que le fil qui joint les deux pôles d'une pile avait la propriété d’attirer la limaille de fer comme le ferait un aimant ordinaire ; il re-onnut de plus que l'aimantation est transitoire dans la limaille de fer et que celle-ci retombe aussitôt que l’on supprime le courant, tandis que des particules d'acier s'aimantent définitivement. Il parvint également à aimanter, au moyen d’un courant, une aiguille ou une fine tige d'acier.
Arago s'empresse alors de communiquer sa découverte à son ami Ampère. Celui-ci, comme nous l'avons vu plu: haut, venait d'établir les
lois de l'action mutuelle des courants, l'identifi-
explication des ques.
sme de
ortalisé
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e fil qui "opriété aimant ntation celle-ci ourant, nt défiter, au
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uer su cotnme olir les lentiti-
cation des aimants et des spirales ou solénoïdes et avait énoncé sa remarquable théorie du magnétisme par laquelle un barreau aimanté doit ses propriétés magnétiques à un ensemble de courants parallèles cireulant autour des particules du fer et de l'acier. Ampère, en suivant les conséquences logiques de sa théorie, — et c'est cela qui constitue le mérite d'une découverte et la distingue nettement d'une simple trouvaille, — n'eut pas de peine à prévoir que l'on obtiendrait une plus forte aimantation du fer ou de l'acier et une position constante des pôles en introduisant la tige à aimanter dans l'intérieur d'une hélice ou spirale de fil parcourue par un courant. Ampère conseilla done à Arago d'enrouler le fil interpolaire de la pile autour de l'aiguille à aimanter. Les deux amis exécutent ensemble l'expérience avec plein succès, les prévisions théoriques d'Ampère sont réalisées, l'électro-aïmant est trouvé, découverte des plus importantes et des plus fécondes en applications pratiques de l'électricité. C'est l'électro-aimant, en effet, qui est la base fondamentale du télégra-
phe et du téléphone, c'est l'électro-aimant qui
permet à la dynamo de produire l'énergie électrique, de la transformer en lumière, chaleur et mouvement.
Et si plus tard l'américain Morse inventa le télégraphe électrique qui porte son nom et qui est encore en usage de nos jours, il n'eut pour ainsi dire qu'à répéter à distance, au bout d'une longue ligne télégraphique, l'expérience d'Arago et d'Ampère ; il n'eut qu'à étendre le bras pour cueillir le fruit mûr prêt à se détacher de l'arbre. Et cela est encore plus vrai lorsqu'on se rappelle que Morse n'était pas physicien, ni mécanicien, mais peintre. Aussi, lorsqu'il eut obtenu du gouver. nement américain les subsides nécessaires pour faire les essais décisifs de son système, il retourna tranquillement à sa palette et à ses pinceaux.
Arago se distingua aussi, — et c'est là un des aspects les plus séduisants de son caractère, — pa le souci constant qu'il avait de prendre sous s4 protection et d'encourager les jeunes savants qui venaient se confier à lui. A cause de la multi plicité de ses occupations, il ne faisait qu'effleure: souvent certaines questions, il se contentait de
lancer une idée sans l’approfondir et, avec ut
ie électri-
haleur et
nventa le et qui est pour ainsi ne longue et d'Amur cueillir rbre. Et ppelle que cien, mais u gouverres pour | retourna EAUX.
là un des ère, — par re sous sa vants qui la multiu'effleurer tentait de
, avec un
SCIENCES PHYSIQUES AU XIXe SIÈCLE 305
désintéressement qu'il puisait dans son grand
amour de la science, il confiait à d'autres la solution des problèmes qu'il aurait pu trouv même.
er lui-
Nous avons déjà dit que c'est à Arago qu'on doit Fresnel ; c’est lui aussi qui fit comprendre l'importance de la découverte de Daguerre, c'est eufin par ses encouragements et sous son inspiration qu'un jeune ingénieur, Le Verrier, parvint à réaliser, dans le domaine de l'astronomie, l'un des plus beaux triomphes de la science moderne, la découverte de la planîte Neptune.
Le Verrier était bien préparé pour faire la découverte dont nous venons de parler. Doué de grandes dispositions pour les sciences mathématiques, il s’attaqua de bonne heure aux problèmes les plus ardus de la mécanique céleste. Ses très remarquables travaux sur la stabilité du
système solaire, sur la théorie de Mercure et des
comètes périodiques lui ouvrirent les portes de l'Académie en 1846.
Uranus, la dernière planète connue à cette époque, malgré les travaux de Laplace :t de Delambre, présentait dans Sa Course autour du Soleil des irrégularités inexplicables par l’action des autres planètes et qui intriguaient fort les astranomes.
Le Verrier, d'après l'avis de plusieurs savants, entreprit l'étonnante tâche de déterminer la position et de calculer les éléments d'une dernière planète qu'il n'avait jamais vue et dont l'attraction, d'après les lois de la gravitation, serait la cause des perturbations d'Uranus. Le 30 août 1846, il communiqua le résultat de ses calculs à l'Académie et indiqua l'endroit du ciel où devait se trouver la planète Soup(onnée. Moins d'un mois après, l’astronome Galle aperçut au bout de sa lunette, à moins d'un degré de Ja position assignée, l'astre que l'astronome français avait découvert au bout de sa plume ! La nouvelle planète fut appelée Neptune et compléta le systéme planétaire tel qu'on le connaît aujourd'hui.
La découverte de Neptune, outre qu'elle nimbe le front de Le Verrier d'une auréole de gloire im-
périssable, est, en plus, la preuve la plus palpable
à cette t de Dedu Soleil tion des
es astro-
savants, la posidernière l'attracerait ja 30 août ulculs à devait rs d'un u bout osition avait uvelle systèhui.
nimbe re 1n-
Ipable
SCIENCES PHYSIQUES AU XIXe SIÈCLE 307 de l'exactitude des méthodes astronomiques modernes et la plus éclatante confirma’;on de la théorie de la gravitation universelle, d'éritsnt plus que celle-ci sortit encore victorieuse des Épreu, es que lui fit subir Le Verrier, par ses calculs poursuivis pendant trente ans sur la marche des huit planètes principales et sur les mouvements appa-
rents du Soleil.
Le Verrier, comme d'ailleurs beaucoup d'autres savants, en particulier Fresnel et Ampère, n'avait jamais cru à l'incompatibilité de la science avec la pratique de la foi religieuse. Profondément chrétien, il avait su, à l'exemple de Képier et de
Copernic, voir Dieu dans ses œuvres.
‘st pourquoi, en 1877, l'un des orateurs qui fit son éloge sur sa tombe au nom du conseil scientifique de l'Observatoire, ne craignit pas de dire : © On n'apprendra Pas sans émotion que l'étude du ciel et la foi scientifique n'avaient fait que consolider en lui la foi vive du chrétien ; c’est là un
exemple donné de bien haut à notre siècle.”
Voilà, Mesdames et Messieurs, un pâle et trop
imparfait résumé de l’hisoire de la physique et de l'astronomie françaises dans la première moitié du XIXe siècle.
La bonne semence était jetée en terre fertile, les grandes théories étaient énoncées. A l’autre moitié du siècle sera réservé le rôle d’en développer les conséquences et d'en faire surgir ces applications pratiques, ces inventions merveilleuses qui
font aujourd’hui notre admiration.
Nous avons vu, dans la première partie de ce travail, comment la théorie des ondulations, si brillamment élaborée par Fresnel, avait reçu sa confirmation définitive par les délicates et ingénieuses expériences de Foucault et de Fizeau, exécutées en 1850. Poursuivons notre revue historique des sciences physiques françaises dans la seconde moitié du XIXe siècle, et examinons les autres œuvres de ces deux éminents physi-
ciens.
En 1851, Foucault attire l'attention du monde
ue et de
oitié du
fertile,
l'autre elopper \pplica-
ses qui
de ce >ns, si eçu sa ingéizeau, e hisdans inons
)hysi.
onde
savant tout entier sur sa mémorable expérience du pendule, par laquelle il prouva le mouvement de rotation de la Terre.
Depuis Galilée. les preuves de la rotation de la Terre se sont multipliées, et, de nos jours, s'il y a des gens qui ne sont pas convaincus de la réalité de ce mouvement, — et i] semble qu'il en existe encore quelques-uns, — c'est qu'ils n'ont pas, en physique et en mécanique, les connaissances suffisantes pour comprendre la valeur des démonstrations.
Foucault, en partant du principe de la fixité dans l’espace du plan d'oscillation du pendule, a prévu que sa déviation apparente, déjà constatée, mais restée inexplicable, était une conséquence nécessaire du mouvement de la Terre.
L'expérience fut faite à Paris au moyen d’un pendule gigantesque dont le fil, installé sous l’immense coupole du Panthéon, mesurait plus de 160 pieds de longueur, et dont la masse métallique pesait plus de 60 livres. Cette masse était munie d’une pointe qui, à chaque oscillation, venait entamer de petits monticules de sable placés aux extrémités des arcs décrits. La vitesse d’oscil-
po
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