‹ Propos sur les beautés du temps présentChapitre 38 sur 48 · PROPOS SUR LES BE AU · texte numérisé non relu

PROPOS SUR LES BE AU

diens. Ils les savent de tout repos et à l'abri de toutes les tentations de l'Idéal, incapables de juger une œuvre de littérature dramatique autrement que du point de vue borné du rôle qu'ils ont à jouer, ennemis-nés de toute nouveauté et de toute beauté supérieure, ennemis-nés, aussi, de toute vérité, parce que, ayant vécu toujours dans l'artifice et le mensonge. La cause principale de l'état de décadence de l'art du théâtre — non seulement en ce qui touche à l'essentiel, c'est-à-dire les pièces elles-mêmes, mais en ce qui a trait à la mise en scène, décors, accessoires, jeu des acteurs, prédominance de l'acteur sur le rôle, sur la pièce, sur l'auteur en personne — est là, et tout espoir de voir l'art du théâtre se rele*ver doit être abandonné, tant que les théâtres seront dirigés par descomédien>.

Il n'est rien au monde, par bonheur, qui ne porte en soi sa destruction. L'état de choses actuel ne peut se prolonger indéfiniment. Un public existe, et fort nombreux, et chaque jour plus nombreux, à

qui ne suffit pas les joies frelatées du théâtre contemporain et qui délaisse les salles de spectacle où 'ne règne plus que le superficiel et le faux, d'où sont bannis et la vraie vérité et la vraie poésie, et les vrais sentiments humains, et les vraies passions humaines, et la vraie joie. Ne vous y trompez point: ce n'est pas au théâtre dit « d'idées », dit « d'art » au théâtre à thèses, au théâtre moralisateur (pour employer les expressions dont se servent les requins eux-mêmes) que ce public aspire, mais au Théâtre tout court, c'est-à-dire à ce que le théâtre n'est plus. Il a assezx ce public, de la vulgarité et de la futilité, de la fadeur et de la violence, delà puérilité et de la sottise qui courent, depuis trop longtemps, les comédies, les vaudevilles et les pièces; il a assez des prétendus drames et fantaisies en vers selon la formule néo-romantique, où tout sonne faux, où la jonglerie des rimes et des à-peu-près remplace l'inspiration ; il a assez de ce clinquant, de tout ce bric-àbrac. Il ne va plus au théâtre, ce public;

il y retournera le jour qu'on lui servira la nourriture dont il a besoin.

Et, ce jour-là. qu'on veuille bien me pardonner ce mot, les requins riront jaune...

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