‹ Propositions et expériences relatives au pointage des bouches à feu en usage dans l'artillerie navaleChapitre 12 sur 21 · CHARGE · texte numérisé non relu

CHARGE

Hauteur

Portée

Ilaiiieur

de poudre.

(lu

du

Portée

baroiiièire.

moyenne.

baromètre.

moyenne.

mm

768nim,7

Toutes les hauteurs barométriques rapportées ci-dessus sont exactement comparables entre elles; ce sont celles qui ont été prises au baromètre à niveau constant de l’observatoiic les jours qui correspondent aux expériences citées; elles sont corrigées de la dépression due à la capillarité du tube, réduites à la température de zéro degrés, et ramenées à ce qu’elles auraient été si on les avait observées au niveau do la nier.

Si, parmi les résultats précédents, on choisit ceux qui sont dans les meilleures circonstances pour fournir la mesure de l’influence des variations barométriques sur la grandeur des portées, tels que les tirs à la charge de 43 kilog. de 4840 et de 4844 , et les deux tirs à 9 kilog., 800 de 4842 , on trouve qu’une augmentation de 4 millimètre , dans la hauteur du mercure occasionne une réduction moyenne de 48 mètres sur la portée quand on tire avec les grandes charges.

poin I.F.S MOIITII'.RS I)2S UOVBAHliKS.

L'influence des variations barométriques est également sensible dans le tir des obus.

On a remarqué dans le lir <lu canon-ohusier n“ l, de 2‘i ceniimètres , que luuies les perlées étaicni inférieures à colles (|u’ün aurait dû obtenir avec les élévations sous lesquelles on opérait, et, dans son rapport du 20 juin dernier, la commission avait attribué ce résultat à la qualité de la poudre : la différence <les pressions barométriques siiffii pour en rendre raison. Les e\périences exécutées à Gâvre, en ■183''i et 1835, sur le lir de celle bouche à feu, et dont les résultats ont été employés pour graduer les hausses avaient été faites sous une pression moyenne de 751""", 1, tandis que la commission de '18 12 a opéré sous celle de 7(»5""",5; les températures étaient d'ailleurs les mêmes.

On doit tenir compte des variations barométriques dans la pratique du tir.

Il peut arriver qu’on soit dans le cas de jeter des bombes ou des obus sur un point couvert de telle manière que le lieu de chute soit caclu: au bâtiment qui les lance, et qu'il soit même difficile de l'observer d'une antre position. Après s'être assuré un jour qu’on avait obtenu la portée convenable, on n’aurait pas la certitude de la reproduire le lendemain, en tirant du même lieu, sous la même élévation et avec la même charge, car il n’est pas rare de voir le baromètre varier de 12 millimètres à 15millimêtresen24heurcs. Gctie considération a paru à la commission assez importante

SYSTÈME UE POINTAGE

pour justiüer le long examen qu'elle vient de faire des causes qui influent sur la longueur des portées.

COMPAR.AtSON DES TIRS A LA MER AVEC CEUX QCI ONT ÉTÉ EXÉCCIÉS A TERRE.

Dans le tableau suivant, on a mis en regard les déviations moyennes et extrêmes des deux tirs, tant latérales que longitudinales, afin que l’on puisse juger immédiatement de leur justesse relative. Pour le tir de -1840, on a pris les résultats fournis immédiatement par l'expérience de préférence à ceux qui ont été rectifiés par le tracé graphique, parce que les premiers donnent une idée plus exacte des anomalies auxquelles le tir du mortier est sujet. C'est par le même motifqu’on ne s’est pas borné à faire figurer dans ce tableau les seuls tirs pour lesquels on avait des correspondants, car on doit prendre en considération les anomalies (|ui se sont manifestées dans les séries voisines pour porter un jugement définitif qui ne peut être basé que sur l’ensemble des expériences.

A la suite de ce premier tableau, qui donne une idée générale des limites de précision relatives aux deux tirs, selon les circonstances particulières dans lesquelles les séries ont été tirées, on en a placé un second dans lequel on ne considère plus que les déviations moyennes correspondantes aux mêmes charges.

Pour les déviations relatives à lacliarge de 4kilogrammes, on a pris la moyenne de celles qui ont été trouvées dans les

POUR LES MORTIERS DES DOMRVRDES

tirs exécutés avec celle charge en 1840 et en 1841, en ayant égard au nombre des coups sur lesquels les moyennes particulières à chaque année sont établies. Les déviations qu’on a adoptées pour les charges de 0 kilogrammes et de Okilog. 500, sont celles qui ügurent dans la première table de tiret qui ont été rectifiées par le tracé graphique (1).

Afin de rendre les déviations qui correspondent à une charge comparables à celles qui corres|)ondent à une autre charge, chaque déviation a été exprimée en parties de la portée moyenne correspondante. Les moyennes des déviations, ainsi comptées, sont très-propres à représenter en nombres les rapports de justesse qu’ont entre eux les trois tirs que l’on considère.

(I) 11 est assez remar{|uable que dans le tir exécuté h Gàvre eu 1840 on ait eu des déviations latérales plus (bries avec les charges de 5 kilog. 5 , et de 0 kilogrammes qu’avec celles qui les précèdent et qui les suivent, et qu'une anomalie toute semblable se soit reproduite avec la charge ileO kilogrammes dans le tir exécuté à la mer.

Dans le second tableau, la comparaison numérique entre les déviations latérales eût été beaucoup plus avantageuse au tir à la mer, si l’on avait mis en regard de sa déviation relative à la charge de G kilogrammes cellcsque l’cxpériencca donneesà terre immédiatement dans le mémo cas, car la déviation rectifiée par le tracé graphique n’est que de 91 mètres, tandis que la dévialioii latérale moyenne obtenue directement est de 107 mètres.

SYSTÈME 1)F. POINTAGE

POUR LES MORTIERS UES BOMBARDES

SYSTÈME UE POINTAGE

Résumé de la comparaison des tirs exécutés à la mer avec ceux qui ont été exécutés à terre.

Sous quelque point de vue qu’on envisage les tirs précédents, on trouve que les tirs à la mer ne le cèdent point en justesse à ceux qui ont été exécutés à terre; les premiers auraient même constamment l’avantage si l’on exceptait de la comparaison les deux tirs du 24, où la mer était très-grosse pour le ponton, et le tir du 23, par le pendule, où l’on a reconnu que le second pointeur employait cet instrument d’une manière vicieuse.

Tout surprenant que ce résultat puisse paraître, on ne saurait le révoquer en doute, ear il repose sur un nombre de coups suffisant pour être assuré qu’il n’est pas dû au hasard, mais bien à une promptitude et à une sûreté de coup d’œil qu’une longue habitude du tir à la mer peut seule faire acquérir. On peut d’ailleurs s’en rendre raison jusqu’à un certain point, en voyant l’exactitude à laquelle on parvient en faisant des observations astronomiques dans les mêmes circonstances.

Quoi qu’il en soit, ce qui ressort clairement de la comparaison des tirs exécutés à terre et à la mer, c’est que l’on peut obtenir, avec les mortiers des bombardes, des résultats bien supérieurs à ceux qu’on s’imagine communément pouvoir atteindre. Il suffit pour cela d’avoir des pointeurs exercés et d’employer un système de pointage convenable. Une fois resserrés dans ces limites de précision, les feux courbes sont appelés à jouer un grand rôle dans les attaques maritimes; il suffit, pour montrer leur importance, de rappeler que quelques bombardes, embossées hors de la portée

POUR I.FS MORTIERS UES UOMBARDES.

ordinaire du canon, peuvent incendier impunément toute place maritime qui n’est pas pourvue d’ouvrages avancés capables d’en interdire l’approche dans un rayon considérable.

COMPAEAISON DES TIRS EXÉCUTÉS A LA MER PAR LE PENDULE ET PAH LE FIL A PLOMB.)

Déviations de la ligne de tir moyenne, par rapport à la ligne de mire.

Les tableaux précédents, dans lesquels on a comparé entre eux les tirs exécutés à terre et à la mer, contiennent déjà les éléments de comparaison de ces deux derniers tirs; ainsi, si l’on se bornait à comparer les superücies des champs de chute moyens des bombes, quand on emploie l’un ou l’autre système de pointage, on pourrait dire que la justesse du tir par le pendule est à celle que fournit le fil à plomb comme 677 est à 651; mais la commission a pensé qu’elle devait faire intervenir un autre élément dans celte appréciation. Elle avait remarqué dans plusieurs tirs que, sans aucune cause apparente, les coups d’une môme série se trouvaient presque tous portés d’un même côté de la ligne de tir et à une distance telle, que, pour en rendre raison, il eût fallu supposer, dans les régions supérieures de l’atmosphère qu’atteignaient les bombes, des courants d’air d’une violence tout à fait inadmissible, et dont rien n’indiquait l’existence. En rapportant, comme on l’a fait d’après l’usage de Gâvre, les déviations latérales à une ligne de tir moyenne, ces déviations générales passent inaperçues, et le résultat n’indique pas autre chose que la manière dont les coups sont groupés

SYSTÈME 1)E POINTAGE

entre eux. Or, quand on lance des bombes, il ne suffît pas d’obtenir des coups bien groupés, il faut encore qu’ils le soient près du but : à égalité de dispersion, le système de pointage qui place le point de chute moyen le plus près du but est évidemment celui qui mérite la préférence.

Pour établir celte nouvelle comparaison, on a réuni dans le tableau suivant les distances auxquelles le point de chute moyen tombait de la ligne jalonnée dans chaque série de tir. Avec cette distance prise comme tangente et la portée moyenne correspondante pour rayon, on a déterminé l’angle que faisait avec la ligne jalonnée, servant de ligne de mire, la ligne de tir moyenne à laquelle les déviations latérales ont été rapportées. Dans la dernière colonne de ce tableaq, on a relaté les circonstances auxquelles les déviations de la ligne de tir moyenne pouvaient être attribuées.

POUR LES IKORTIF-RS l>ES BOHRARUES. '165

SYSTÈME DE POINTAGE

En inlroduisanl ce nouvel élément dans l’appréciation des déviations latérales, on aura : déviation latérale moyenne relative au pendule = 0,036 (1 + tang. 0° 24"), déviation

latérale relative au fil à plomb = 0,0349 (1 + tang. 1“ 6' 6"); ou 0,0364 pour la première et 0,0356 pour la seconde. Les deux tirs seront alors entre eux, sous le rapport de leur justesse, comme 691 est à 659, ou comme 21 est à 20 environ.

Examen com'paratif des deux systèmes de pointage.

D’après l’évaluation qui précède, l’avantage que le tir donne au pendule sur le fil à plomb est si faible, que la commission n’a pas jugé que les faits parlassent assez haut pour qu’elle fût dispensée d’entrer dans un examen détaillé des deux systèmes de pointage.

Emploi du fil à plomb quand il n'existe pas de masse de mire.

Quand le cran de mire de la volée et l’orifice de la lumière sont inégalement éloignés de l’axe du mortier, le plan vertical que l’on mène par ces deux points, au moyen du fil à plomb, ne se confond avec le plan de tir que dans le seul cas où il n’existe aucune inclinaison latérale. Toutes les fois que la plaque penche sur le côté, le pointage est trompeur, parce qu’il est dirigé suivant la génératrice d’un cône située dans un plan vertical incliné sur celui qui passe par l’axe.

Dans cette hypothèse, le point de suspension du fil à plomb

POOR LES MORTlmS DES BOMnARDES. dC7

doit Cire maintenu invariablement dans le plan perpendiculaire à la plaque qui passe par l’axe du mortier, et l’on juge que la direction est bonne quand les deux repères et le but se présentent en môme temps dans l’alignement du fil. Ce point de suspension devrait donc être établi à l’avance par une mer parfaitement calme, et se trouver lié au mortier d’une manière invariable pour conserver avec lui la même position relative dans toutes les obliquités que la bouche à feu peut prendre.

Les conditions sont difliciles à remplir; l’on préfère tenir le (il à plomb à la main, mais alors il faut recourir à un moyen auxiliaire quelconque pour reconnaître l’instant où la plaque n’a aucune inclinaison latérale, parce que cet instant est le seul où le plan de mire se confonde avec celui de la trajectoire.

Quel que soit celui de ces deux moyens qu’on adopte pour régler l’usage du lil à plomb, on tombe dans un inconvénient majeur en exigeant le concours de deux circonstances dont la coïncidence est rare et exceptionnelle; il faut, en effet, pour tirer, que la plaque n’ait aucune inclinaison latérale en même temps qu’elle est horizontale dans le sens de sa longueur.

Avantages d'une masse de mire qui égalise le rayon de la volée d celui de la culasse.

Dans le système de pointage qui a été comparé à celui de M. de Cornulier, l’on avait paré à celte difficulté, en plaçant sur la plate-forme de la tranche, conformément aux prescriptions du programme, une masse de mire d’une élévation telle, que les deux repères qui servaient à aligner le

SYSTÈME DE POINTAGE

iG8

til à plomb étaient situés suruiie parallèle à l’axe do la pièce. Par cette disposition, le plan de mire reste toujours parallèle à celui dans lequel se meut le projectile, quelles que soient d’ailleurs les inclinaisons de la plaque, et la direction qu’on observe est toujours la véritable. Cette amélioration serait fort importante si l’usage du fil à plomb ne présentait pas par lui-même d’autres inconvénients qu’il importe de faire ressortir en le comparant au pendule.

Causes d'erreur communes au pendule et au fil à plomb.

♦ Les oscillations continuelles d’un bâtiment, en imprimant un mouvement de translation horizontal au point de suspension du fil à plomb ou du pendule, empêcheront toujours que l’on puisse obtenir une verticale rigoureuse sur une mer agitée. La déviation qui résulte du déplacement de ce point est commune aux deux instruments; mais les indications du premier sont en outre viciées par des causes de dérangement qui lui sont particulières.

Causes d'erreur particulières au fil à plomb.

Sans s’arrêter à la considération de l’agitation de l’air non plus qu’à celle des mouvements involontaires de la main du pointeur, sur laquelle on reviendra plus loin, on reconnaît, avec un peu d attention, que le point de suspension du fil à plomb est soumis à deux mouvements de transport continuels en outre de celui qui résulte des oscillations du navire. Selon que les inclinaisons latérales de la plaque va-

POUR tF-S MORTIERS DES BOMBARDES.

rienl, il faul en effet porter ce point à droite ou à gauche pour maintenir la coïncidence du lil avec les repères du mortier : le pointeur est lui- même obligé de s’incliner pour conserver l’œil dans le plan de mire dont la direction est mobile, et la main qui soutient le lil participe nécessairement à ces balancements. Or cette attention à suivre cons“ tamment le plan de mire dans toutes ses excursions est indispensable pour juger de la direction du coup chaque fois que la bouche à feu arrive à bonne hauteur pour tirer ; car il arrive souvent que la direction convenable résulte de la combinaison d’une inclinaison latérale avec un mouvement d’embardée qui en détruit l’effet relativement à la déviation. £n maintenant le fil à plomb constamment dans l’alignement des repères du mortier, on saisit toutes les occasions favorables qui se présentent pour faire feu, tandis qu’on en laisserait échapper la plus grande partie si, tenant le fil à plomb fixe, on attendait que ce fussent les repères qui vinssent se placer dans sa direction.

Ia pendule se tr<ntve dans de meilleures conditions que le fil 4

plomb.

Le point de suspension du pendule éunt situé sur la parallèle à l’axe du mortier qui passe par le guidon de mire de la volée, il est inutile d’imprimer à la tige qui le surmonte aucun mouvement de transport auxiliaire pour la maintenir dans l’alignement des repères : elle s’y trouve toujours naturellement placée d’ elle-même. De plus, cette tige étant indépendante du pointeur, les mouvements que celuici exécute pour conserver son œil dans le plan de tir n’in-

170 SYSTÈME DE POINTAGE

fluent en rien sur sa direction. De cette double considération il suit nécessairement que les indications de l’aiguille qui surmonte le pendule doivent être plus certaines. que celles du fil à plomb.

Difficultés qu'on rencontre pour aligner le fil à plomb.

Relativement à l’alignement à prendre, l’usage du fil à plomb offre encore de grandes difficultés. Si le pointeur se place assez loin du mortier pour embrasser d’un môme coup d’œil le but, le cran de mire de la volée et la lumière de la pièce, il est obligé d’exécuter des balancements considérables pour maintenir le fil dans l’alignement des repères et son œil dans le plan de mire, mouvements qui ne peuvent s’effectuer sans altérer d’une manière sensible les indications du fil à plomb. S’il se rapproche davantage du mortier, la difficulté du bornoiemeni augmente; car il ne peut plus juger que successivement de la coïncidence du fil avec chaque repère et avec le but. Quelque célérité qu’il apporte dans cette vérification, il n'est jamais certain du résultat, à cause des changements continuels qui surviennent dans l’inclinaison latérale, et qui ont pour effet d’altérer la situation respective de ces points par rapport à la verticale; en sorte que, la coïncidence étant vérifiée pour l’un des repères, elle n’existe déjà plus pour l’autre. L’incertitude qui résulte de ces variations continuelles a particulièrement frappé les pointeurs; chaque fois qu’elles étaient un peu prononcées, ils faisaient tirer sans avoir de confiance dans leur coup.

On faciliterait peut-être un peu le bornoiement en tra-

POUR LES MORTIERS UES BOMBARDES. 171

çant sur la partie cylindrique du mortier une ligne parallèle à l’axe; car il est plus aisé de juger du parallélisme do deux lignes que de la coïncidence de l’un de ces deux lignes avec deux points situés à chaque extrémité de l’autre; l’œil a moins d’espace à parcourir pour s’assurer de leurs situations relatives, et le jugement qu’il porte est plus prompt, sinon plus sûr. La commission n’a pas eu le loisir de vériücr cette conjecture.

Avantages du pendule pour la facilité du bornoiement et pour le tir de nuit.

Sous le rapport de la facilité du bornoiement, les avan- . • tages du pendule sont manifestes : avec lui il n’est plus besoin d’aller chercher des points situés à différentes hauteurs pour déterminer l’alignement du tir; la direction se prend en ligne droite avec le but et avec toute facilité; un seul coup d’œil suffit pour la juger instantanément.

En faisant usage du fil à plomb, il serait difficile de pointer de nuit, parce que la lumière se détache mal sur la culasse du mortier, et que le servant chargé de tirer aurait de la peine à distinguer l’horizon et pourrait se méprendre sur les signaux du pointeur. Avec le pendule au contraire, le tir de nuit n’offre pas plus de difiicullé que celui de jour : le cran de mire de la tige et le guidon de la volée se projettent distinctement sur le ciel, et, le pointeur tirant luimôme, il ne peut y avoir de méprise sur l’instant où il convient de faire feu. Cet avantage n’est pas sans importance; car l’effet moral d’un bombardement de nuit surpasse toujours celui d’un bombardement de jour; il jette plus de dé-

SYSTÈME DE POINTAGÈ

sordre dans la place qu’on attaque; l’assaillant juge mieux de la direction de ses bombes, de l’effet qu’elles produisent, et par conséquent des rectifications qu’il convient d’apporter au pointage.

Supériorité du pendule relativement d la vivacité du tir.

La vivacité du tir, à laquelle on attache peu d’importance dans les bombardements par terre, mérite de fixer autrement l’attention dans les attaques maritimes, où la faiblesse relative des bâtiments et les considérations nautiques, qui ne permettent jamais de les laisser embossés qu’à de rares intervalles et toujours pour peu de temps, obligent les marins d’en finir promptement et d’écraser, pour ainsi dire, du premier coup un ennemi qui est moins vulnérable. On a trouvé, pendant les expériences, qu’on mettait le même temps pour tirer trois bombes en pointant ^ par le fil à plomb que pour en lancer cinq quand on employait le pendule. Sous ce rapport, la supériorité de ce dernier instrument est remarquable.

Quand, en pointant par le fil à plomb, on emploie une masse de mire qui égalise le rayon de la culasse à celui de la volée, on ne laisse échapper aucune occasion favorable pour tirer; aussi le ralentissement du feu ne provient-il pas d’un vice de la méthode de pointage en elle-même, mais bien de la difficulté de son application. Le pointeur, quelle que soit sa dextérité, ne réussit pas à maintenir son fil constamment dans l’alignement des deux repères. Il les perd et emploie un certain temps à les chercher; pour lui, le pointage ne commence réellement que quand il les a retrouvés.

POUIl LES MüETIEIlS LES BOMBARDES. i73

Le pendule est exempt de ces retards; car la position assignée à son point de suspension ne lui permet pas de sortir du plan de tir; il occupe constamment la position qu’il doit avoir; l’œil seul clierclie la ligne de mire, la main n’a rien à faire.

Les indications du pendule sont plus certaines que celles du fil à

plomb.

On a remarqué que la précision du pointage par le pendule était bien régulièrement en raison inverse de la vivacité des mouvements du ponton dans le sens perpendiculaire au tir; il donnait des résultats d’autant plus exacts que ces mouvements étaient plus doux, d’où l’on a conclu qu’il serait employé avec plus d’avantage encore sur un bâtiment de l’espèce des bombardes qu’il ne l’a été sur le ponton dont on s’est servi pour les expériences. Les résultats fournis par le iil à plomb ont été plus capricieux; ils ne suivaient au- . cune loi : la dispersion des coups n’augmentait pas avec la vivacité des oscillations, et la ligne de tir moyenne n’était pas influencée comme elle aurait dû l’être par les vents régnants; partant, ces résultats ne méritent pas autant de confiance.

Comparaison des deux systèmes dans le cas d'un bombardement sérieux.

Après avoir examiné attentivement toutes les circonstances qui ont accompagné le tir pendant les expériences.

SYSTÈME UE POINTAGE

la commission s’esi demandé si les résullals qu’elle avait obtenus se reproduiraient exactement semblables dans un bombardement sérieux? La vivacité du tir serait la même, encore supérieure peut-être; mais ce tir aurait-il la même justesse? L’exemple de ce qui s’est passé dans divers bombardements maritimes autorise sufTisamment à en douter.

A terre, où les mortiers sont couverts par un épaulcment qui les abrite du vent et du feu de l’ennemi, on a à peu près renoncé à faire tenir le fil à plomb à la main pour donner le pointage; on préfère le suspendre à un cordeau. Or, si le fil à plomb employé à terre devient d’un meilleur usage quand il est suspendu à un corps inerte, le pendule doit mieux valoir à la mer; car il n’est point influencé par la chaleur de l’action. On serait mal disposé pour pointer au fil à plomb en venant de courir, à la suite d’un mouvement d’emportement, d’une surprise, après une émotion quelconque; l’instrument qui n’exige pas pour son usage l’étal de calme que l’autre réclame est évidemment celui qui convient le mieux pour le combat.

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