CONCLUSIONS
Avantages que présente l'emploi du pendule.
Le système de pointage des mortiers par le pendule n’exige aucune combinaison ni aucune adresse particulière; il est à la portée de toutes les intelligences et peut être employé
POtR LES MORTIERS DES BOMBARDES. 475
avec succès par tout canonnier qui a un coup d’œil prompt et sûr.
La grande analogie du pendule avec les hausses marines ordinaires rétablit une sorte d'uniformité entre les moyens qui sont employés pour régler le pointage de toutes les bouches à feu en usage dans la marine; les chefs de pièce se trouvent immédiatement familiarisés avec lui, et il n’en est pas un qui, en le voyant pour la première fois, ne se sente cajiahled’en tirer un bon parti.
Le pendule est d’un usage plus facile et plus sûr que le fil à plomb; il permet de former plus promptement de bons pointeurs. L’avantage qu’il a sur le fil, de permettre au pointeur même de tirer au moment où il le juge à propos, est fort important; car il ne viendrait à l’idée de personne aujourd’hui de faire mettre le feu aux canons ordinaires par l’un des servants [ilacés à droite ou à gauche de la pièce.
Le fil à plomb présente des causes d’incertitude telles, que l’exactitude du tir où on l’emploie ne peut résulter que des compensations fortuites qui s’établissent entre elles ; les - pointeurs eux-mêmes le sentaient si bien, qu’ilsélaient étonnés d’arriver parfois à de meilleurs résultats avec le fil à plomb qu’avec le pendule, et que la présence de ces résultats ne pouvait rien changer à leur conviction.
Le pendule a donné un tir aussi juste qu’on pouvait le désirer, puisque ce tir n’est pas inférieur à celui qui a été exécuté à terre avec les plus grandes précautions. Si le fil à plomb a fourni des résultats qui sont sensiblement les mêmes, la commission est portée à al’ribucr cette exactitude à la manière dont elle a réglé son usage, et qui diffère essentiellement de celle qui est consignée dans l’exercice de
En employant le pendule pour régler le pointage, la jus-
176 SYSTÈME DE POINTAGE
tesse du tir ne dépend guère que de la plus ou moins grande vivacité des mouvements de la bombarde dans le sens perpendiculaire à la ligne de tir; ainsi, selon l’état de la mer, on peut fixer à l’avance la limite de précision qu’on peut espérer, tandis qu’avec le fil à plomb il faut en outre prendre en considération l’impassibilité du pointeur.
Sous le rapport de la vivacité du tir, le pendule a un grand avantage; il permet de tirer cinq bombes dans le même temps qu’on emploie pour en lancer trois en se servant du fil à plomb. En pointant avec tout le soin nécessaire, on peut jeter 22 à 25 bombes à l’heure, quand on emploie le pendule, et seulement de 13 à 15, si c’est le fil à plomb qui règle le pointage.
Farces motifs, la commission est d’avis, à l’unanimité, que le pendule est préférable au fil à plomb pour régler le pointage des mortiers à la mer.
Jugement sur l’appareil de pointage.
Bien que M. de Cornulier n’eût considéré que comme provisoire le système de suspension du pendule qui a été employé dans les expériences, l’appareil de pointage complet, tel qu’il a été éprouvé, s’est trouvé assez solide pour qu’on le regarde comme très-satisfaisant, car il a résisté à un tir assez fort et assez prolongé pour mettre hors de service un affût neuf. La résistance que présente cet appareil peut d’ailleurs être augmentée encore, en adoptant les modifications suivantes ;
1° Donner 5B millimètres de diamètre, au lieu de 40 mil-
Digilized by Googl
poun LP.S jroRTiF.ns nES eôidardes, Ï7Î
ïttnèlrcs, aux icnons des deux inonlaiiis de l’avant qui iravcrseiu la plaque du mortier;
2" Augmenter delomirimctresln largeur de chacun des côtés du châssis siipcrienr, c'est-à-dire la porter de 70 millimètres à 85 millimètres;
3" Porter à 45 millimètres l’épaisseur de ces mômes côtés, qui n’est que de 40 millimètres;
4" Donner 60 millimètres de largeur aux coussinets qui n’en ont que 50;
îi” Augmenter de 6 millimètres l’épaisseur des coussinets cn-dessous <le leur encastrement, où le bronze ne présente pas une résistance suffeante à la pression des tourillons;
f>" Donner au pendule une forme encore un peu plus évidée sur les côtés, de manière à réduire son poids à 50 ou 65 kilogrammes;
7° Augmenter de 5 millimètres, aux dépens du métal du pendule, l’épaisseur du collier en fer forgé qui porte les toupillons;
8” Porter à 50 millimètres le diamètre des deux boulons qui lient l’arrière de la plaque du mortier avec son affût, parce que la traverse inférieure du bâti peut fatiguer leur extrémité taraudée en forçant sur les écrous;
9“ Faire la ceinture du mortier en fer rond, de 30 millimètres de diamètre, et en donner 35 aux pitons qui terminent cette ceinture de chaque côté;
40” Soutenir la traverse au moyen de laquelle on serre cette ceinture par deux épaulemenis qui fassent corps avec les montants de l’arrière du bâti ;
PROrOSITlONS SUR PR POINTAOK. fî
SYSTfcME DE POINTAGE
11® Placer sur la semelle une traverse qui joigne les pieds des deux monianlsdc Tavant, pour servir de heurtoir au pendule du côté du mortier.
Avec CCS modifications, et en ayant soin d’interposer du cuir entre toutes les pièces de fer, pour amortir les vibrations, la commission pônse que l’appareil de pointage ne laisserait rien à désirer du côté de la solidité, et qu’il pourrait être adopté .avec confiance pour l’usage ordinaire du service. En conséquence elle émet le vœu qu’un certain nombre de modèles de cet appareil, à l’échelle de un cinquième, soient exécutés à la direction d’artillerie de Lorient, sous les yeux de l’auteur, pour être envoyés dans les principaux ports et y servir de renseignement, quand il y aura lieu d’y recourir.
Rechanges.
En cas d’armement d’une bombarde, il serait bon d’embarquer comme rechanges, par chaque mortier, un pendule, une paire de coussinets et une ceinture en filin, pourvue, à chaque extrémité, de pitons à écrous pour la serrer.
Manœuvre des mortiers.
Relativement à la manœuvre du mortier, la commission recommande particulièrement la suppression des leviers directeurs et des coins d’arrêt : les premiers seraient remplacés par des palans, et, pour tenir lieu de la résistance
K>i;n LKS moixtiehs nES dombaudes.
que les seconds opiwscnl à l’effort du recul, on disiwscrait <lcs roulcües en bronze autour de la couronne lixe sur laquelle les coins prennent leur point d’appui.
Articles à ajouter à l'armement des mortiers.
I.a commission propose de faire figurer dans l’armemenl réglementaire du mortier trois ustensiles qui ne sont pas înentionnés dans l’exercice, et qu’elle a employés utilement dans les expériences ; ce sont :
•1" Un entonnoir coudé, dans lequel on verse la charge et qui la conduit directement au fond de la chambre; il empêche qu’il ne reste delà poudre sur le raccordement, et peut ainsi prévenir un accident quand on descend la bombe dans le mortier;
2“ Une cheville en bois ou un bouchon de cuir garni d’une tète en cuivre, pour boucher la lumière pendant qu’on charge le mortier;
3° Un petit anspect, que l’on passe dans les poignées des crochets de la bombe, et qui est nécessaire pour que quatre servants puissent agir ensemble pour l’élever jusqu’à la bouche du mortier et pour la descendre doucement sur la poudre.
Inutilité des éclisses.
Les roulis les plus vifs ne communiquant à la bombe aucun ballottement quand elle repose sur le raccordement de la chambre, la commission pense que, dans le tir à la meq
SYStKHE DE POINTAGE
ondoie renoncer complétemenl à l’emploi des éclisses, que celte considéralion seule avait décidé à maintenir.
Les étoupilles à friction ne doivent pas être employées sans arrêtait' .
En employant lesétoupilles à friction sansarrètoir, comme l’exercice le dit, les ratés sont excessivement nombreux ; pendant les expériences ils se sont élevés au tiers du nombre total des coups, soit que l’on agît directement sur l’étoupille, soit que le cordon fit un retour. Ces ratés multipliés n’ont pas seulement l’inconvénient de ralentir le feu ; ils fatiguent encore le pointeur inutilement, le déconcertent, etle portent à tirer des coups hasardés, parce qu’il doute toujours qu’ils parlent.
Considération à laquelle on doit avoir égard en embossant une bombarde.
L’état de mer influe peu sur la grandeur des déviations longitudinales : elles sont toujours moindres que les déviations latérales : ainsi, quand on peut choisir sa position pour bombarder une place, on doit faire en sorte de s’embosser de manière à tirer perpendiculairement à la direction suivant laquelle elle a le plus d'étendue.
POUR LES MORTIERS DES nOMB\RDES.
Influence de la hauteur du haromètre sur la longueur des portées.
La liauleurdu baromotro paraît avoir une influence bien marquée sur l’étendue des portées; avec les charges qui portent les bombes à la distance d’environ 3,000 mètres, on peut estimer à 18 mètres la réduction de portée qui correspond à une élévation d’un millimètre dans la colonne de mercure.
Limite des charges qu’il convient d’adopter dans les bombardements.
L’étal dans lequel s’est trouvé l’aiïût du mortier après les expériences et l’effet des cliarges de 12 kil. sur les tciivres mortes du ponton-bombarde font penser à la commission qu’on ne peut exécuter un bombardement suivi avec des charges supérieures à 10 kilogrammes, sans s’exposer à des avaries qui forceraient à interrompre le tir. J^es déviations des bombes croissanid’ailleurs avec les portées, il convient, sous le rapport de la précision du tir, de ne point comb.itlre à CCS grandes distances. Les charges de 1 kilogr. à (3 kilogr., qui donnent des portées de 2, .300 à 3,000 mètres, et qui placent les bombardes en dehors des limites du tir surbaissé, paraissent être celles que l'on doit employer de préférence, toutes les fois que les localités permettent de s’y tenir.
SYSTÈME DE POIXTACE
Emploi du fil à plomb.
Les bons résultats que la commission a obtenus du pointage par le fil à plomb montrent que ce système n’est point à dédaigner; il peut être employé utilement dans le cas où l’on tirerait avec un mortier auquel le nouvel appareil de pointage ne serait pas adapté, et dans le cas encore où cet appareil se trouverait hors de service. Mais, en faisant usage de cet instrument, on doit l’employer comme la commisson l’a fait, et non de la manière qui est décrite dans l’exercice.
ta violence des dHonalions n empêche pas le pointeur de garder la position qui lui est assignée.
Les tirs exécutés par la commission montrent que, dans l’un et dans l’autre système, le pointeur peut se tenir derrière le mortiçr à moins de 5 mètres de distance, sans être incommodé par la détonation; cette position obligée n’est donc point un obstacle à leur adoption.
Etablissement d'un polygone de mer pour exercer les canonniers au tir des feux courbes.
La justesse du tir à la mer à laquelle la commission est parvenue, tant avec le mortier qu’avec le canou-obiisicr
POL'R LES MORTIERS DES BOMDARDES. 185
pointé SOUS de grandes élévations, montrent l’importance que les feux courbes peuvent acquérir dans la marine; elle pense en conséquence que les hommes appelés à servir ces bouches à feu devraient être exercés à ces tirs spéciaux; qu’il y aurait lieu d’établir un polygone de mer, où ils viendraient recevoir ce complément d’instruction.
La partie occidentale de la presqu’île de GAvre, depuis le village de ce nom jusqu’à la batterie Verte, offre un champ de chute très-convenable pour des exercices de ce genre. Kn tirant aux environs de l’heure de la basse mer, où elle a une grande largeur, on retrouverait presriue tous les projectiles, et la dépense de poudre serait insignifiante, en employant des charges de 3 kilogr. à 4 kilogr., qui suffisent pour les exercices. La batterie Verte serait mise à l’abri des ricochets des obus par un épaulenient en terre, facile à élever. Dans tous les cas, le tir des bombes pourrait être réglé de manière à n’entraver en aucune façon les travaux de la commission balistique ordinaire de GAvre, qui opère au delà de cette batterie.
Sous le rapport nautique, une bombarde serait très-bien mouillée dans la position qu’occupait le ponton pendant les expériences : les vents du large , qui pourraient la faire chasser, lui permettraient toujours de rentrer en rade du Port-Louis. Elle n’occuperait d’ailleurs ce mouillage extérieur que pendant trois ou quatre mois d’été; on pourrait ainsi former d’excellents bombardiers. Un ponton carré ne remplirait le but que très-imparfaitement; scs mouvements diffèrent trop de ceux qu’affecte un navire à façons pourvu d’une mâture; l’instruction, pour être complète, doit être donnée sur une bombarde véritable, afin que les canonniers s’y trouvent familiarisés dès qu’ils y embarquent.
L’on a si rarement armé des bombardes jusqu’ici, que
SYSTÈME DE POINTAGE
l’on a eu bien peu d’occasions d’éludicr les diffcirenios questions qui s’y rattachent; celle qui serait destinée aux exercices permettrait de rechercher les améliorations que ce genre de bâtiment comporte, et de porter l’installation dos mortiers au point de perfection où l’on est arrivé pour toutes les bouches à feu de l’artillerie navale.
nÉSUMÉ.
En résumé, la commission pense que le pendule proposé par BI. de Cornulicr doit être préféré au fil à plomb pour régler le pointage des mortiers à la mer; que son système de suspension provisoire, applicable aux mortiers actuellement existants, est déjà suffisant pour que cet appareil de pointagedevienne réglementaire; qu’il y aura lieu de prendre en considération le système de suspension délinitif qu’il a proposé, quand on coulera de nouveaux mortiers, mais qu’il faudra y ajouter, du côté du mortier, un heurtoir contre lequel la partie inférieure du pendule puisse venir amortir son fouet; cnün, que les feux courbes, en général, présentent une importance telle, qu’il y a lieu d’y exercer sérieusement les canonniers, pour les mettre en état de les exécuter avec tout le succès qu’ils comportent, si, au loin, des circonstances imprévues obligeaient les chefs des forces navales à y avoir recours.
Fait à Lorient, le 1 î juillet 1842.
Les membres de la commission ,
Signé : Corrard, Fa vos. Le Couinnec, DE LaDANDE de (ivLAN.
Signé ; Laguerre, président.
POL'R LES MORTIERS DES DOMD-VRDF.S.