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ARTICLE DEUXIÈME

Artères de l'œil et de l'orbite .

De toutes les parties qui entrent dans la composition de l’œil, il n’eu est peut-être aucune dont l’histoire soit aussi avancée que celle des artères. Elles ont été décrites et figurées par Ruysch, Haller, Zinn, et plus récemment par Sœmmering, avec une perfection qui ne laisse presque rien à désirer. Aussi, est-il probable que, si cette tâche ne m’avait pas été imposée dans un concours ouvert devant cette faculté (le I er août 1834), je n’aurais pas eu la hardiesse d’aborder un sujet si délicat et qui a été traité par tant d’anatomistes éminents. Trois mois de dissections pénibles et laborieuses n’ont produit qu’un petit nombre d’observations nouvelles; et le plus souvent mon rôle s’est borné à constater l’exactitude des descriptions consignées dans les ouvrages que je viens de citer. Cependant, je ne crois pas inutile de publier le résumé de mes recherches, parce qu’à défaut d’autre mérite, elles en ont un que je regarde comme essentiel, celui de l’authenticité. Tous les détails qui vont suivre, je les ai vérifiés par plus de soixante dissections, je les ai démontrés publiquement; enfin je les ai mis en évidence sur des pièces nombreuses, préparées de manière à se conserver indéfiniment et exposées aux regards de tous dans le musée de cette faculté.

Les artères de l’œil et de l’orbite proviennent d’une source unique, de l’artère ophthalmique. Celle-ci naît de la carotide interne; dans des cas fort rares, elle est fournie par la méningée moyenne; notre musée anatomique possède un exemple de cette anomalie remarquable, dans laquelle la circulation de l’œil se trouve sous la dépendance de la carotide externe. Les branches fournies par l’artère ophthalmique sont la lacrymale, la centrale de la rétine, la sus-orbitaire, les ciliaires longues et courtes, les. deux musculaires, les deux ethmoïdales, les deux palpébrales internes ; l’artère elle-même se partage en branches

nasale et frontale. Je n’insisterai pas également sur chacune de ces artères; il en est que je passerai complètement sous silence.

L’artère lacrymale, fournie quelquefois par l’artère méningée moyenne, est la source des deux palpébrales externes, et s’épuise dans l’épaisseur de la paupière, après avoir alimenté la glande lacrymale.

L’artère centrale de la rétine offre l’exemple, unique dans l’économie, d’une artère qui pénètre un nerf, et parcourt un trajet de quelques lignes dans la substance nerveuse. Dans l’œil, elle se partage en rameaux latéraux et rameau direct; les rameaux latéraux, au nombre de trois, se portent en divergeant dans la rétine, et y jettent des ramifications nombreuses, dont quelques-unes forment constamment autour de la tache jaune un cercle vasculaire qui a été bien indiqué et figuré par Sœmmering. Ces rameaux sont faciles à découvrir; c’est même une opinion accréditée qu’on peut les étudier sans injection préalable , parce qu’on les trouve, sur la plupart des cadavres, injectés naturellement par du sang. Le fait sur lequel repose cette opinion ; c'est-à-dire l’injection naturelle des vaisseaux de la rétine par le sang est bien réel; mais je partage l’opinion de Zinn qui les considère comme des veines ; c’est en effet dans cet ordre de vaisseaux que le sang stagne après la mort, et d’un autre côté les veines de la rétine ne diffèrent des artères que parleur calibre qui est plus considérable; quant à la distribution, elle est la même, ainsi que je l’ai constaté en injectant comparativement les deux espèces de vaisseaux. Le rameau direct marche d’avant en arrière dans le canal hyaloïdien, donne chemin faisant quelques rameaux grêles qui s’enfonce dans le corps vitré, supportés ^pns doute par les lamelles fibreuses de la membrane hyaloïdienne, arrive à la face postérieure du cristallin, et se divise là en cinq ou six ramuseules qui s’irradient dans la lame postérieure de la capsule cristalline. L’injection du rameau hyaloïdien est très-dificile à obtenir; je n’y suis parvenu qu’après beaucoup d’essais infructueux; j’ai pour cela choisi un fœtus à terme, et je me suis servi pour matière à injection de colle de peau, colorée avec du vermillon. Je ne conçois

pa# comment Zinn a pu injecter cette branche si déliée avec de la cire; il faut qu’il ait manqué d’exactitude dans l’indication de la substance qu’il a employée. Quoi qu’il en soit, j’ai pu, à l’aide du moyen que j indique, injecter le rameau hyaloïdien sur le veau;-je l’ai aussi injecté trois fois sur l’homme, et j’ai conservé injectée et desséchée la lame postérieure de la capsule cristalline. Quant aux petits ramuscules que Zinn dit avoir vus plonger dans le cristallin même, je n’ai pas été assez heureux pour les apercevoir. Un fait assez curieux, c’est que, dans les trois injections, le rameau hyaloïdien a toujours présenté un renflement en forme d’ampoule, de deux à trois lignes de longueur, dans son trajet au travers du corps vitré. J’ai d’abord pensé que cela pouvait être la conséquence d’une rupture; la constance de cette disposition, qui d’ailleurs n’a pas empêché Finjection de la capsule cristalline, m’a depuis inspiré quelque doute à cet égard.

Les artères ciliaires postérieurs, courtes, au nombre de trente ou quarante, très-flexueuses avant leur entrée dans l’œil,■ ne sont pas, comme on le dit généralement, disposées en cercle autour du nerf optique; ou les trouve partagées en deux paquets qui traversent la sclérotique sur les côtés de l’insertion de ce nerf, et dont l’externe, plus volumineux, correspond au centre de l’œil. A leur passage dans la sclérotique, ces artères lui abandonnent des rameaux très-déliés ; elles se ramifient ensuite dans la choroïde et vont enfin se perdre dans les procès ciliaires, organes éminemment vasculaires. Quelques rameaux se jettent dans le grand cercle artériel de l’iris. Quant à ceux qui, suivant Haller et Petit, se portent des procès ciliaires à la capsule antérieure du cristallin, je n’ai pas pu les découvrir.

Les artères ciliaires postérieures longues pénétrer^ aussi dans l’œil sur les côtés du nerf optique ; l’externe est la plus volumineuse ; chacune perce la sclérotique très-obliquement, se place entre elle et la choroïde, et, arrivée au niveau de la grande circonférence de l’iris, se partage en deux branches, qui se portent en haut et en bas, et vont à la rencontre de celles du côté opposé: De l’union de ces- branches entre elles et avec les ciliaires antérieures, résulte le grand cercle ar-

tériel de l’iris; sorte de couronne vasculaire, d’où s’échappent, 1° quelques rameaux excentriques qui s’anastomosent avec les ciliaires postérieures; et 2° une multitude de rameaux concentriques, qui tendent vers la petite circonférence de l’iris. Parmi ces derniers, les uns arrivent directement jusqu’au bord de la pupille; d’autres s’envoient réciproquement des branches de communication, qui forment , veés le milieu de l’iris, un second cercle artériel, source nouvelle de petits rameaux rectilignes et convergents, dirigés vers la pupille; enfin, tous les rameaux qui sont parvenus au bord de cette ouverture donnent naissance par leurs anastomoses à un dernier anneau vasculaire, qu’on désigne sous le nom de petit cercle artériel de l’iris. Sur le fœtus qui n'a pas atteint le septième ou le huitième mois, la pupille est obstruée par une membrane qu’on a nommée pupillaire ; il n’y a pas alors de petit cercle artériel de l’iris, parce que les artères iriennes se prolongent dans la membrane pupillaire, en décrivant des anses qui se regardent toutes par leur convexité. Plus tard, survient dans la membrane une déchirure qui commence par le centre et qui s’agrandit progressivement, phénomène qui a été attribué à la forcede rétraction des anses vasculaires. Quoi qu’il en soit, il est certain qu’après la rupture de la membrane pupillaire, les lambeaux reviennent peu à peu sur eux-mêmes, et les anses vasculaires sé retirent en même temps ; enfin, un moment arrive où la pupille est entièrement formée, et où les anses vasculaires en bordent le contour, constituant alors le petit cercle artériel de l’iris. Parmi les pièces que j’ai déposées au Musée, il y a deux injections à la colle sur lesquelles on peut très-bien suivre les progrès du rétrait des anses vasculaires.

Les artères musculaires, divisées en supérieure et inférieure, sont remarquables parla distribution de leurs branches terminales. Celles-ci représentent deux plans : l’un, qu’on pourrait appeler palpébral, supporté par la portion palpébrale de la éonjonctive, consiste en rameaux flexueux qui descendent en diminuant progressivement de volume, et finissent par s’unir avec les petites branches émanées des artères palpébrales; l’autre plan, profond ou musculaire, placé au-

dessous de la conjonctive oculaire, dans lepaisseur même desmuscles droits, alimente la membrane muqueuse, et jette aussi dans la sclérotique des rameaux très-fins, qui vont en partie s’anastomoser avec ceux que cette membrane a reçus des ciliaires postérieures courtes, en partie former le cercle vasculaire radié, qu’on observe autour d<* la cornée transparente; il se termine enfin par les artères ciliaires antérieures. Celles-ci, au nombre de dix ou douze, percent la sclérotique à peu de distance de la cornée, et gagnent le grand cercle artériel de l’iris ; j’en ai constamment remarqué quatre volumineuses et disposées symétriquement , deux en haut, deux en bas, qui, entrant dans le cercle artériel de l’iris par des points directement opposés aux artères ciliaires postérieures longues, semblent destinées à renforcer celles-ci, et a compléter la chaîne vasculaire qui entoure la grande circonférence de l’iris. Presque toujours aussi j’en ai rencontré une médiocrement développée, située en dedans, c’est-à dire du côté qui correspond à l’artère ciliaire postérieure la moins grosse. Quant aux six ou huit autres, beaucoup plus petites, elles ne paraissent pas avoir d’autre usage que d’établir une communication entre les vaisseaux intérieurs de l’œil et ceux qui lui sont extérieurs.

Les artères palpébrales sont externes et internes : les premières fournies par l’artère lacrymale; les autres parl’ophthalmique et quelquefois par la nasale ou la frontale. En s’unissant, elles forment un cercle complet, cercle palpébral,duquel se détachent, 1° des ramificatitions extérieures qui remontent dans la conjonctive palpébrale et vont s’anastomoser avec le réseau conjonctival fourni par les artères musculaires; 2° des ramifications intérieures extrêmement fines et multipliées, qui se divisent en couches sous-muqueuse et sous-eutanéç, et se distribuent aux bulbes des cils, aux follicules de Méibomius, et au bord libre des paupières. Le cercle artériel palpébral est placé entre les cartilages tarses et le muscle orbiculaire; simple à la paupière inférieure, il est au contraire double à la paupière supérieure, et les deux branches longent les bords du cartilage tarse supérieur.

De cette description je tire les conclusions suivantes: 1° La scléro-

tique est alimentée par des rameaux très-grêles que lui abandonnent les artères ciliaires tant antérieures que postérieures, au moment où elles la traversent pour entrer dans l’œil ; aussi le pourtour de la cornée et celui du nerf optique sont-ils les points où cette membrane fibreuse est le moins dépourvue de vaisseaux. 2° La choroïde supporte le riche épanouissement des ciliaires courtes. 3° La rétine est alimentée par l’artère centrale. 4° La capsule du cristallin n’est manifestement vasculaire que dans sa lame postérieure, qui reçoit le rameau hyaloïdien. 5° L’iris présente un grand et un petit cercle artériel, et entre les deux un cercle moyen incomplet ; le grand cercle provient de deux espèces d’artères qui pénètrent dans l’œil, les unes en arrière et sur les côtés, les autres en avênt et aux deux extrémités du diamètre vertical. Cette opposition, dans le sens suivant lequel les artères ciliaires pénètrent dans l’œil, est une loi constante; il existe entre les antérieures et les postérieures une solidarité telle, que le développement des unes est toujours en raison inverse de celui des autres. 6° Le grand cercle artériel de l’iris est une sorte de confluent des vaisseaux artériels; c’est là qu’au moyen de la triple anastomose entre les ciliaires courtes, longues et antérieures, les artères de l’intérieur de l’œil communiquent entre elles et avec celles de l’extérieur. 7° La conjonctive oculaire emprunte ses vaisseaux au plan profond des artères musculaires. 8° La conjonctive palpébrale les reçoit à la fois des artères musculaires et du cercle artériel qui longe le bord libre des paupières. 9° Les bulbes des cils et les glandes de Méibomius sont nourries par le cercle artériel palpébral,

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