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Fig. 72. — Variations thermiques de la biréfringence.

Vers 95-1000 commence une seconde baisse très importante, qui se continue avec plus ou moins d'irrégularités, mais sans interruption, jusque vers 150-1709, où la biréfringence a totalement disparu. Ici, la baisse a porté sur la biréfringence X, l'épaisseur e n'ayant pas subi de modifications considérables, et en tout cas ne s'annulant jamais.

A ce stade, la striation est encore nettement visible en lumière naturelle sur les fibres striées : il y a souvent des phénomènes de dépolarisation assez accentués sur les bords des fibres en lumière polarisée.

Voici, à titre d'exemple, les principaux points de la marche de quelques expériences, montrant l'allure de la variation entre + 150 et + 170.

L'évaluation des teintes a été faite à l’estime, la préparation recouverte d’un quartz teinte sensible, et par comparaison avec un compensateur ordinaire en biseau : elle est donc très approximative, quoique suffisante pour indiquer l'allure de la variation.

Nature dela Courbe cor- Valeur approxi-

préparation respondante Temps Température mative de (e. X.) Muscles fléchis- A 0 +450 275 up.

seurs de l’abdo- 20 minutes 390 235 men, Astacus. 4#h" 480 135

— 4709 0 Moteurs de l’aile B 0 + A5 225 Dytiscus. IE 40 225 4h 415 47° 225 4h, 35 53e 200 2 h. 10 D6° 175 2 h. 50 70° 165 ?

— 170° 0 D Moteurs de l’aile C 0 h. Lol 125 uy Dytiscus. Lane 40° 125 AN °045 47e 425 4h35 53e 100 2 h. 10 56° 85?

2 h, 50 70° 85 — 950 75 3 h. 30 410c 60 — 470 0 B) Dans l'eau. — Une dissociation fine de muscle sur un fragment

de lamelle est enfermée dans un petit tube plein d’eau, lequel tube

est immergé dans un bain-marie de glycérine qüe l'on chauffe léntement,

L'alluré de la courbe de variation de eX de + 45 à + 100vest la même que pour la préparation à sec : une première baisse aux environs de 45-50°, et le commencement d’une seconde à l’ébullition de l’eau. L'expérience ne pouvant se continuer au delà de 100", on n'arrive pas à la disparition totale de la biréfringence.

CG) Dans la glycérine.— Même procédé, avec bain-marie dé glycérine. Même résultat qu'à sec, jusqu'à + 1700.

Le graphique ci-joint (fig. 72) montre les courbes obtenues pour diverses préparations à sec; dans l’eau, dans la glycérine, et permet de juger de leur concordance d’allure : quel que soit le point de départ comme teinte, on retrouve toujours les deux baisses indiquées, plus ou moins accentuées et plus ou moins régulières.

Dans les régions épaisses des préparations, on voit parfois des points dont le eX-paraît ne pas varier suivant la loi indiquée, et qui quelquéfois sont éncore biréfringents vers 160-170°. Cela tient à ce que ces régions par suite de leur épaisseur, mettent un temps plus considérable à atteindre l'équilibre thermique avec le milieu : ils sont en retard sur la chauffe, Si la variation de température est très lente, ce phénomène disparaît.

Pour l'interprétation des variations thermiques de la teinte, il est intéressant de les comparer aux points de coagulation des divers albuminoïdes musculaires. En effet Lambling donne, d’après Halliburton les valeurs suivantes :

Point de coagulation du :

Paramyosinogène. 470

Myosinogène. . . 96° Myoglobuline . . 63° Une albumine . . 73° Myoalbumose . . non coagulable.

Il semble donc que la coagulation des deux premiers corps ait une influence sur la variation de teinte (1); quant à la température de 170° on sait qu’elle peut être considérée comme une limite élevée, mais non invraisemblable, de décomposition d’albuminoïdes.

4. Cette relation thermique entre la biréfringence et les composants de la niyosine est d’ailleurs parfaitement d'accord avec les résultats de Schipiloff et Danilewsky, Nasse.

Il est done possible d'expliquer au moins la plus grande part de la variation thermique complexe de la teinte, par la coagulation puis la décomposition de certains composants du muscle.

3° Congëlation. — Je rappelle que Newmann a montré qu’une fibre striée de Grenouille congelée, devient totalement biréfringente, I ÿ a là des phénomènes complexes de congélation des liquides musculaires et de l’eau en particulier, dont la biréfringence propre en cet état peut masquer la biréfringence des disques Q. Je n'ai pas eu l’occasion de refaire ces expériences.

Action de divers agents chimiques

Les expériences ont été effectuéés sur un où plusieurs des matériaux suivants :

Muscles striés :

Vertébrés : Grenouille (gastrocnémien, triceps fémoral), Gros-bec, Loxia sp ? (pectoraux, fléchisseurs des doigts).

Arthropodes : Fcrévisse (fléchisseurs abdominaux, muscles des pat- | tes et des pinces).

Dytique (moteurs des ailes et des élytres).

Muscles lisses

Mollusques : Moule (adducteur postérieur).

Escargot (pied).

Les réactifs chimiques peuvent être divisées d’après leur action en deux groupes :

a) réactifs chimiques capables d'annuler complètement la teinte ;

b) réactifs incapables d'annuler la teinte, ne la modifiant que peu ou pas du tout.

Pour le premier groupe, il est à peu près inutile de faire les mesures complètes de biréfringence, et l'examen de la teinte suffit largement : l'épaisseur ne subissant que de faibles variations et ne s annulant jamais, il est clair que la teinte zéro doit correspondre à une biréfringence zéro. Les variations de l’épaisseur sont négligeables par rapport aux variations de X, si l’on ne considère que le résultat final.

Pour le deuxième groupe, nous sonimes obligés de nous contenter de

l'examen global de la teinte : en effet il nous est à peu près impossible d'évaluer les variations d’épaisseurs de la fibre sous l'influence des réactifs (variations telles que la rétraction transversale sous l’action de la glycérine par exemple) nous devons faire l'approximation de considérer cette épaisseur comme constante, avec l'indication toutefois que cette épaisseur peut subir des variations très légères positives ou négatives suivant que le réactif est hypo ou hypertonique. L’essentiel dans ces conditions est de constater que les réactifs n'arrivent pas à produire une baisse continue de la teinte, baisse que l’on pourrait toujours faire arriver au zéro en prolongeant suffisamment le temps de l'expérience.

Les mesures de teintes ont été faites à l’estime, avec un quartz teinte sensible, bien entendu sur des endroits nettement répérés des préparaiions. Je passe d’ailleurs rapidement sur toutes ces observations dont beaucoup ont déjà été faites, sous des formes un peu différentes, par les auteurs précédents.

° 40 Réactifs capables d’annuler la teinte.

Acides. — Comme ies divers auteurs précédents l’ont déjà indiqué, la plupart des acides, minéraux ou organiques, détruisent plus ou moins vite la biréfringence (1). La marche de l’attaque doit être envisagée :

NO'H, SO'H°, HCI, l'acide acétique, concentrés, annulent la teinte en quelques secondes ; l'acide formique et l’acide picrique, concentrés, un peu plus lentement. Le point important est que la disparition de la biréfringence paraît précéder, dans l'attaque de la fibre par l'acide, la disparition de la striation en lumière naturelle.

L'action de quelques-uns de ces réactifs est fort intéressante et instructive, particulièrement dans le cas de NO'H.

NO'H pur éteint en quelques secondes la biréfringence ; on voit une zône obscure s'étendre rapidement en se déplaçant dans les fibres à la façon d’une onde longitudinale : la fibre est attaquée par les bouts. Si maintenant on lave à l’eau une préparation qui vient d'être éteinte de la sorte, on constate que la biréfringence reparaît légèrement, pendant quelques minutes, puis disparaît lentement si on laisse les choses en l'état. Le signe optique ne paraît pas avoir changé, non plus que les

4. Voir Nasse : L’acide salicylique par exemple « die optischen Eigenschaften nicht merklich verändern ». Il est probable qu’il n’y a là qu’une question de temps, et que l’action de l’ion H doit être générale.

positions d’extinction. La même préparation, où la biréfringence a réapparu par l’eau, peut de nouveau être éteinte par NO'H. et « rallumée » encore par l'eau : on peut effectuer celte opération d’extinction et de rallumage, sur la même préparation, une dizaine de fois à la suite. La réaction va mieux si l'eau est très légèrement alcalinisée (1).

La chose est encore plus nette si, au lieu d'attendre, dans la première attaque par NO*H, l'extinction totale de la préparation, on la traite par l’eau alors qu'il y reste encore une petite plage biréfringente : on constate alors que l’action de l’eau a augmenté considérablement la superficie de cette plage. On peut ensuite la diminuer jusqu’à sa valeur primitive par une nouvelle addition de NO‘H, puis la réaugmenter par l'eau, un certain nombre de fois de suite.

Quel est le mécanisme de ce phénomène ? Le détail de l’action de NO'H sur le muscle est certainement complexe mais les phases principales peuvent en être comprises facilement : il y a d’abord dans une première phase, coagulation des albuminoïdes ; puis dans une seconde dissolution d'un certain nombre d’entre eux, accompagnée de phénomènes de nitration. On se rend parfaitement compte de ces deux phases sur un fragment de muscle plongé dans NO'H : il passe d’abord au blanc opaque (à l’examen macroscopique en lumière naturelle) correspondant certainement à une coagulation : puis il redevient peu à peu transparent en prenant la teinte jaune caractéristique de la réaction xanthoprotéique, ce qui représente le début de la dissolution et de la nitration. La disparition de la biréfringence se fail au début de cette deuxième phase.

Or, le fragment de muscle transparent et jaune, plongé à ce moment dans l'eau, redevient opaque et blanchâtre : il semble donc que l’eau agisse en arrêtant la dissolution, et en précipitant une partie de ce qui a déjà été dissous.

L'action dissolvante des acides sur la substance biréfringente ne paraît d’ailleurs pas douteuse (sans compter, bien entendu le passage à l'état de syntonines), après les expériences de Schipiloff et Danilewsky. Il est assez facile de se rendre compte de cette action en évaporant à froid sur un fragment de lamelle de l'acide acétique ayant « éteint » une fibre musculaire : on obtient une série de formations cristallines (microscopiques) dont la plupart sont certainement d'origine intramus-

1. Ce phénomène de rénovation n’est pas spécial à NOSH et n’a pas été signalé jusqu'ici que pour d’autres acides. Mais NO°H est particulièrement intéressant par le fait que l'on peut mieux établir avec lui la théorie du phénomène.

culaire ; c’est l'expérience même de Schipiloff et Danilewsky, l'acide seul change.

Sans entrer dans l'étude de ces cristaux, étude qui relèverait de la microchimie, je ferai remarquer combien l’action successive de NO3H et de l’eau, que nous avons rapportée plus haut, rend improbable Paction d’une tension sur la distribution de corpuscules ou de molécules isotropes dans la substance biréfringente : on peut concevoir des corpuscules anisotropes reconstitués, après un début de dissolution, dans des azimuths à peu près concordants avec leur orientation primitive (la biréfringence perd d’ailleurs toujours de l'intensité dans cette opération), mais il est difficile de s’imaginer la substance en état de tension réprécipitée à l’état de tension avec ses granules isotropes encore distribuées de la même façon que précédemment.

Engelmann considère l’action des acides comme un gonflement de la fibre, ou mieux de ses inotagmes : « Quand une fibre striée est gonflée par un agent chimique {eau, divers sels, acides, alcalis) elle se raccourcit et s’épaissit avec une diminution correspondante de sa biréfrin+ gence ». J'avoue ne pas comprendre la réversibilité que nous venons de signaler à la lumière de cette indication (1).

Tout nous ramène donc aux corpuscules ultramicroscopiques où amicroscopiques primitivement anisotropes.

. Bases. — KOH et AmOH détruisent également la biréfringence, paraissant agir, comme les acides, par dissolution.

: Sels: — Les sels ont été longuement étudiés par Nasse. Je signalerai que HgCF concentré éteint les préparations en quelques secondes (2) AmCI à 5 0/0 détruit également la biréfringence, mais lentement : malheureusement, lorsqu'elle a totalement disparu au bout d’une vingtaine d'heures, la striation a également disparu ; ce sel avec cette concentration a de l'intérêt puisque c’est par lui que se fait l’extraction soit disant complète et inoffensive pour la biréfringence de la myosine,

1. Voir Nasse, qui agite longuement cette question de la rénovation de la biréfringence musculaire (page 927) à propos d'un phénomène analogue signalé par Müller pour du tissu conjonctif.

2. Au point de vue pratique, on voit qu’il est impossible de tirer des documents certains d'une étude de la biréfringence musculaire basée sur des préparations fixées par un fixateur altérant la biréfringence. Les liquides de Flemming, Bouin, Zenker, etc., sont donc à proscrire complètement dans ce cas : On ne sait pas ce que l’on à modifié dans la fibre. Or, beaucoup d’auteurs ayant traité, au point de vue histologique, de la biréfringence musculaire, ont employé des pièces fixées de la sorte. Même en comptant sur la «rénovation » partielle de la biréfringence par le lavage ou l'alcool (s'ils arrivent assez tôt) on voit que de telles observations n’ont aucun sens.

— où —

dans le procédé Danilewsky. C’est une relation de plus entre la famille de la myosine et la biréfringence.

Pepsine. — La biréfringence sous l’action de la pepsine disparaît totalement en quelques minutes : il est à remarquer que la pepsine doit être légèrement acidifiée, mais que l’action de disparition ne paraît pas due à l'acide, très dilué, et dont le temps d'action, isolément est beaucoup plus considérable. Cette action de la pepsine est extrêmement intéressante vis-à-vis de la nature albuminoïde du corps biréfringent.

2° Réactifs incapables d'annuler la teinte.

Alcools. — L'alcool éthyliqué absolu ne modifie pas sensiblement la teinte même après immersion d’une dizaine de Jours. Il est à noter que la fibre est rétractée légèrement. L'alcool à 459, connu comme agent de dissociation pour les fibres musculaires, ne donne aucune altération non plus (durée de l'expérience 20 jours).

Des fibres musculaires d’un adducteur d’une Yoldia provenant de l'expédition Quoy et Gaimard (1835) et conservée depuis cette époque dans l’alcool à 50° environ, n’ont pas montré une biréfringence d’un ordre de grandeur différent de celui de fibres fraîches d’adducteur d’un Lamellibranche.

L'alcool amylique altère la fibre même ét il ést difficile de préciser son action.

La glycérine n’a aucune action, C’est certainemeñt le milieu le plus commode pour conserver des préparations anatomiques de muscles biréfringents : les immerger sans fixation dans dé la glycérine pure où formolée (5 0/0). L'inconvénient est que cé liquide pénètre mal, il ne faut y mettre que de petites pièces. Nous conservons ainsi dans la glycérine formolée des fibres musculaires depuis plusieurs années sans que la teinte ait subi de baisse sensible.

Il est à remarquer qué ces divers alcools rétractent les fibres, et que par conséquent l'épaisseur doit être considérée comme baissant très légèrement.

Chloroforme. — Aucune action.

Formol. — Aucune action si le formol est neutre.

Ethers. — L'éther éthylique, pur, he modifie pas la teinte. Uni mélange d'éthéf et d’alcoo!l à 900 paraît la diminuer légèrement, mais la variation est si faible que même après unë immersion de plusieurs semaines je nai pu l’évaluer avec précision'; l'épaisseur décroît un peu par rétraction.

Xylol. — Aucune action sensible.

Essence de cèdre. — Aucune action. Des préparations de muscle fixées à l'alcool, déshydratées à l'alcool absolu et montées dans l'essence de cèdre ont conservé une teinte à peu près constante (ceci, bien entendu, sans aucune coloration. Les colorants en général altèrent ou masquent la biréfringence).

Eau. — L'eau paraît, au voisinage de 100°, agir comme un destructeur ou un dissolvant faible et partiel de la substance biréfringente. Cette action s'ajoute à l’action thermique. L’eau dans laquelle a bouilli un fragment de fibre laisse déposer des formations cristalloïdes de trois espèces ; en outre, la baisse de la teinte d’une fibre au voisinage de 100° est peut-être plus accentuée dans l'eau qu’à sec.

On peut ajouter comme n'ayant aucune action sur la teinte toute la série des réactifs que nous avons employés dans l’étude de la dépolarisation : essences de bergamotte, de girofles, huile d’olives, huile de ricin, benzine, créosote, essence d'amandes amères, bromure de naphtaline, etc.

Conclusions.

L'action des divers réactifs, tant physiques que chimiques, justifie les conclusions suivantes sur la nature et l’état de la substance biréfringente :

1° Les éléments biréfringents les plus importants de la fibre sont constitués par un ou plusieurs albuminoïdes en relation très probable avec les composants d'une myosine, et dont les principaux ne sont pas décomposés avant une température relativement élevée et voisine de

Nous n'’insistons pas sur ce point, étant donnée l'importance des travaux de nos devanciers dans ce sens.

2° Si la biréfringence est due à plusieurs corps, les graisses biréfringentes ne jouent qu’un rôle très effacé (pas d'action de l’éther, action totale de la pepsine).

3° Dans la fibre striée, les corps biréfringents ne forment pas la totalité des disques Q, les striations pouvant subsister en lumière naturelle à la disparition de la biréfringence (NO'H surtout) : il est donc probable que les substances absorbantes qui rendent visible le disque Q sont disünctes des substances biréfringentes.

4° La biréfringence de certains articles de la fibre striée n’est pas due à des phénomènes d'hydratation ou de déshydratation, puisque la des-

siccation, l'alcool absolu, etc., ne produisent aucune modification optique, ni dans les disques biréfringents, ni dans les disques monoréfringents.

5° Un certain nombre d'observations (rénovation de la biréfringence avec le même signe, et peut être aussi la constance de teinte sous l'action de la dessiccation et de certains réactifs hypertoniques qui pourraient amener des perturbations profondes des tensions internes (1)) semblent contraires à l'admission que la biréfringence est l’effet d’une distribution symétrique, sous l’effet d’une tension, de molécules ou de corpuscules isotropes, l'admission de molécules ou de corpuscules anisotropes paraît au contraire plus immédiatement applicable.

Considérations théoriques.

Rassemblons toutes les données théoriques que nous ont apportées les diverses observations etexpériences précédentes sur la biréfringence musculaire. é

1° Les expériences de tension nous ont montré que nous avons affaire à un système polyphasique complexe, dans lequel interviennent une première substance (ou un premier groupe de substances) qui est biréfringente à l’état ordinaire, dans les conditions physiologiques, dans la période qui correspond à l'extension dans nos expériences, et une seconde substance qui est anormalement biréfringente et dont la réaction optique se montre dans la période d’étirement, lorsque la fibre est soumise à des élongations qu’elle ne doit pas rencontrer dans les conditions usuelles.

20 Pour la première phase, la plus intéressante à l’heure actuelle puisqu'elle est la seule normale, il n’est guère possible de considérer que

4. Comparer avec les conclusions de Quincke (1904) sur les biréfringences des gelées en train de se contracter ou de se gonfler : « Des prismes, des sphères et des cylindres de gelée qui se gonflent dans l'eau montrent dans la couche extrême une biréfringence positive temporaire, et tout à côté, à l’intérieur, une biréfringence négative temporaire, à axe optique normal à la surface. Pendant la contraction dans l'air, l’alcool, la glycérine, la biréfringence est négative à l'extérieur, positive à l’intérieur avec l’axe optique normal à sa surface, et toujours temporaire ». « Quand on alterne le gonflement et la contraction, la biréfringence positive de la gelée change de signe en passant par zéro et inversement. » (Trad. Lugol). La biréfringence musculaire n’est nettement pas assimilable à la biréfringence d’une gelée déformée.

la biréfringence soit due à la distribution régulière, par une déformation de tension, de molécules ou de corpuscules ultramicroscopiques tsotropes (action de l’écrasement, action de certains réactifs) : il semble y avoir nécessilé d'admettre la préexistence d’un substratum anisotrope, constitué soit par les molécules elles-mêmes anisotropes, soit, ce qui est plus vraisemblable, par des particules anisotropes plus grosses que les molécules ; la tension interne de la fibre peut être suffisante, mais n'est pas nécessaire pour expliquer dans tous les cas l'orientation de ces particules : nous reviendrons plus loin sur ce point.

3° Les substances biréfringentes de cette première phase sont constituées exclusivement ou presque exclusivement par des albuminoïdes, en relation probable, comme l'ont établi divers auteurs, avec des composants d'une myosine.

40 La substance biréfringente n'est probablement pasunedes substances absorbantes, localisables dans les fibres striées que nous avons étudiées dans le chapitre de spectroscopie. En effet : a) le myosine, d’après Soret, n'a pas de bandes correspondantes à celles que nous avons déerites ; à) la striation peut subsister à la disparition de la biréfringence (NO°H, fixateurs histologiques divers, ete.).

5° Ces résultats peuvent s’interpréter aussi bien en faveur d’une théorie de disdiaclastes cristallins que d’une théorie de biréfringence accidentelle (ils n’exeluent en effet qu'une certaine catégorie de ces biréfringences accidentelles, celles dues à la distribution symétrique de corpusecules isotropes) ou même que d'une autre théorie. Nous avons indiqué plus haut que ces deux théories, entre autres, reviennent absolument au même comme effets dans les conceptions modernes de la plupart des biréfringences accidentelles, puisqu'elles dépendent l’une et l’autre de l'existence de corpuscules ultra ou amicroscopiques anisotropes. Il est inutile d’insister sur ce point.

6° Nous avons indiqué, dans le courant de ce chapitre, diverses analogies avec les cristaux liquides. Mais au sens strict des dernières définitions, telles qu’elles résultent des discussions célèbres entre Lehmann, Tammann et Quincke, on ne doit pas considérer la fibre musculaire comme constituant directement un « flüssige Krystalle » ; la caractéristique de celui-ci est en effet l'homogénéité, tout au moins chimique, homogénéité qui n’a point d'existence dans la fibre musculaire. A la rigueur, on pourrait envisager celle-ci comme un mélange où interviendraient des substances se comportant à la manière des « flüssige Krystallen » et constituées par des composants d’une myosine, à côté d'autres corps qui ne seraient pas biréfringents à l’état ordinaire et qui serviraient en quelque sorte de médium aux premiers : un système,

polyphasique dont une phase serait réprésentée par un ou plusieurs cristaux liquides. Cette théorie évidemment séduisante rappelle et met en évidence la propriété fondamentale commune aux deux biréfringences, celle du muscle et celle du cristal liquide, et qui est cette remarquable homéotropie de leurs corpuscules anisotropes fondamentaux résistant à la suppression des liaisons externes des substances qui les portent. Cette homéotropie n’existerait pas dans un « liquide mixte » quelconque. Mais il faut se demander si celte assimilation s'accorde complètement avec un certain nombre de conditions spéciales, telles que celles indiquées pour les disques Q des fibres striées par diverses autres propriétés optiques : On sait en effet que s’il existe des différences entre Q et I, il n’est pas possible de mettre en évidence (indices de réfraction, ultra-microscope, ultra-violet) dans la fibre un contact discontinu tel qu'une membrane de séparation analogue à Z entre ces deux stries, et que probablement les propriétés varient d’une manière plus ou moins progressive au passage de l’une à l'autre. Or si le cristal liquide est vraiment homogène, comme l'admet Lehmann, son homogénéité nécessiterait une discontinuité à la limite du cristal, et nous serions alors forcés soit d'envisager la subdivision de ce cristal ou un certain nombre de petites unités séparées, et dont la juxtaposition peu régulière simulerait l'absence de discontinuités, conception qui, malgré son accord avec la théorie histologique des fibrilles, n’en a pas moins l'intérêt négligeable des pures hypothèses : soit de nous reporter sur l’hétérogénéité de la fibre et d'admettre que les limites discontinues des flüssige Krystallen seraient masquées par des variations progressives d’une autre des substances de la fibre, ce qui est plus admissible si les indices et les dispersions des deux substances n’ont pas de différences trop grandes (1).

Un autre argument contraire à l'assimilation directe serait l’absence de dichroïsme naturel de la fibre musculaire, dichroïsme intense dans la plupart des cristaux liquides connus ; en outre le dichroïsme provoque au moyen de colorants, essayé par Meigs sur les indications d’Ambronn, ne paraît pas avoir réussi alors qu’il peut se produire dans beaucoup de cristaux liquides.

Il est donc plus prudent de surseoir provisoirement à l'assimilation complète de la substance musculaire à un cristal liquide tel qu’on le définit à l'heure actuelle, tout en spécifiant les points de ressemblance

4. Il est certain que ces considérations seraient parfaitement inutiles si l’'hétérogénéité du cristal liquide, admise par Tammann et Quincke, était vraiment démontrée : l'assimilation de la fibre musculaire à un cristal liquide pourrait alors se faire plus facilement.

nombreux des deux systèmes : si l’on veut, la substance biréfringente musculaire représente une sorte de cristal liquide d’une forme inférieure.

To Les causes de l'homéotropie. — Nous avons vu que le phénomène de tension, c’est-à-dire la déformation élastique, naturelle ou provoquée, de la fibre, n’est pas nécessaire pour expliquer l’homéotropie des particules anisotropes, puisque cette homéotropie peut se produire lorsque la substance biréfringente est absolument libre. D'une manière générale, de telles orientations semblent pouvoir être produites par des champs de nature quelconque (magnétique, électrique, mécanique), dans diverses limites d'intensité bien entendu, pourvu que les particules libres de s'orienter aient par rapport aux propriétés vectorielles du champ des caractéristiques différentes du milieu qui les entoure, et que ces caractéristiques possèdent une loi de symétrie donnée dans chacune des particules. Je rappelle que, pour des cristaux liquides, on obtient une orientation particulaire ou moléculaire (homéotropie contrainte) par un champ magnétique, par un courant électrique et mème, dans certains cas, au moyen du faible champ mécanique développé par un mouvement de va-et-vient de la lamelle qui les recouvre.

Il n’y a aucune raison pour ne pas faire intervenir dans l'homéotropie de la substance biréfringente du muscle èn situ, plutôt qu’un phénomène de tension, des champs magnétiques par exemple qui pourraient exister en certains points de ce muscle, et surtout cet important champ mécanique que créent les ébranlements du mouvement de la fibre : les premiers sont peut être négligeables comme effet, mais le dernier ne l’est sûrement pas.

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