CHAMPAGNE
(Né en 180i.)
Cet éniinent historien, trop tardivement appelé & l'Académie française, est le second des quatre fils de J.-B. de Ghampagny, ministre sous l'Empire, créé en 1809 dac de Cadore.
Le premier ouvrage qui le signala est V Histoire des Césars, en quatre volumes in-S^', qui parât d'abord par fragments fort remarqués dans la Revue des Deux Mondes^ à partir de 1836.
Dans cette histoire M. de Ghampagny s'est proposé un objet et un plan tout particuliers. 11 a voulu faire une sorte d'étude, non sur des époques, mais sur des hommes, non de l'histoire, mais de la miniature historique, de la physiologie humaine, rechercher quelle sorte d'homme c'était qu'un Tibère, un Domitien^ « noms répétés tant de fois, et qui apportent à nos esprits des idées si complexes, si peu comprises, d 11 a voulu faire comme le philosophe Apollonius, qui vint d'Asie pour voif Néron et pour apprendre quelle sorte de bôle c'était qu'un tyran.
tt Un liomme^ quelquefois presque un enfant, doué tout uniment du pouvoir de vie et de mort sur cent vingt ou cent quarante millions d'àmes intelligentes, sur toutçs les rives du bassin de la Méditerranée, (cet admirable et éternel théâtre de la civilisation et de l'histoire), sur tout le monde policé en un mot ; et cet homme, un fou, un fou furieux et sanguinaire, faisant tomber les têtes au hasard, massacrant par partie de plaisir ; et cet homme supporté, honoré, adoré par tout ce qu'il y avait alors au monde d'orgueil, d'intelligence, d'énergie;— et cet homme, quand au bout de quinze ans un proscrit plus heureux avait prévenu le message du licteur par un coup de poignard (pour une in-
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BurrectioD, on n'en parle pas), remplacé à aa mort par un homme toui pareil, et Tordre social fondé sur l'inexplicable délire du souTeraio et rinezplicable patience de ses cent quarante millions de sigets, yoilà^ dit-il, le problème qu'on nous propose, sans y songer beaucoup, quand on nous raconte cette bistoire au collège i. »
M. de CliampagDy se posa et voulut essayer de résoudre ce problème. II lui sembla que ce serait un assez curieux travail de descendre dans le cœur de ces hommes si puissants par les circonstances, si faibles par la pensée, si démesurés par leurs crimes ; d'examiner ce qui se passait là ; de faire la phrénologie de ces tôles historiques, au risque d'y retrouver la bosse de la sainteté, comme on l'a trouvée chez Lacenaire ; de déterminer quel était le mobile, la passion, la constitution d'un Caligula, de faire enfin une place dans la nature humaine à ces idjosyncrasies si étranges '.
L'historien des Césars a donc voulu faire sinon de la philosophie de l'histoire, au moins de la biographie intelligente :
a Pour connaître ces hommes, il ne sufSt pas, dit-il, d'établir un système sur les évolutions fatales de la société, ni de faire comme certain historien philosophe, qui intitule un chapitre : t En quoi l'humanité est une fleur. » Il faut de la vérité et de la réalité, des détails précis, de la biographie; il faut descendre dans la vie privée, chose à laquelle on ne veut pas croire à cent ans de distance ; il faut admettre que les anciens avaient comme nous une vie domestique, comme nous des manies, comme nous des petitesses; qu'ils avaient, eux aussi, leur vie de carrefour, de cabaret, de café et d*opéra \ »
. On voit que M. de Champagny n'est pas indigue de venir après les Thierry et les Michelet, et que, comme eux, il a trèshonorablement et très-utilement innové dans l'histoire.
L'auteur des Césars a un style vif, pressé, ardent comme une improvisation; il a du trait et du mordant, — du mordant qui va quelquefois jusqu'à l'épigramme.» On sent enlui un écrivain nourri du suc des meilleurs^uteurs, un admirateur des classiques, mais en même temps un^homme qui a été de bonne heure en commerce avec tous les esprits originaux de son
* Revue des Deux Mondes^ Juillet 1836.
« Ibid, - « Jbid.