‹ Prosateurs français du XIXe siècleChapitre 14 sur 19 · CHAMPAGNY · texte numérisé non relu

CHAMPAGNY

époque, à quelque école qu'ils appartiennent. Il relère du présent comme du passé, et il a sa marque propre.

M. de Champagny m fait suivre les Césars d'un ouvrage intitulé Rome et la Judée au temps de la chute de Néron (1$58), où, embrassant seulement les trois ou quatre années qui s'écou*lèrent après la chute de Néron et la première révolte des Juifs contre Tempire romain, jusqu'à Tavénement de Vespasien el au sanglant apaisement de cette révolte, il dit tout ce qui s'accomplit dans cette période si courte, mais si pleine, annoncée dans les prophéties de l'Evangile. La. critique a justement constaté que Rome et la Judée^ couronné par l'Académie française, était un ouvrage beaucoup mieux ordonné, plus saisissant et plus achevé, plus original et plus simple que les Césars.

Comme suite des Césars et de Rorrie et la Judée^ M. de Champagny publia en 1863 les Antonins^ qui furent si favorablement accueillis, qu'il ne tarda pas à en donner une seconde édition modifiée d'après les progrès presque quotidiens de la science archéologique, et surtout de la numismatique et de l'épigraphie. Cet ouvrage embrasse la période qui s'écoule de l'an 69 à l'an 180. Après avoir montré, dans les volumes précédents, l'empire romain en proie à une double décadence, l'une matérielle et politique, l'autre morale; après avoir étudié une série de fous sanguinaires dont, dit-il très-bien, l'étude appartiendrait à la physiologie et à la tératologie plus qu'à la psychologie; après avoir, en un mot, peint l'empire romain comme un malade à l'agonie, il montre, dans les Antonins, que le malade n'était pas mort, et qu'il lui restait quelque vie et même un peu de dignité, puisque le siècle suivant a vu surgir une série de princes vertueux, une ère de paix, un âge, une succession de sages, sages longtemps trop surfaits,et envers lesquels l'histoire a aussi des sévérités à exercer, ne serait-ce, indépendamment de leurs vices énormes, que pour la grande faute que ces hommes si vertueux et si cléments ont commise en méconnaissant, et môme en persécutant la vertu et la sagesse chrétiennes, présentes et manifestées sous leurs yeux. En racontant les cent dix années qui s'écoulèrent de l'avènement de Vespasien à la mort de Marc-Aurèle,M. de Champagny rend pleine justice aux empereurs romains dont il fait l'histoire. Il n'aime

pas à décrier, parce que, selon ses nobles expressions, l'humanité n'a pas tant de grands hommes qu'il faille se plaire à lui en 6ter ; mais il sait qu'un historien n'est pas un panégyriste et est obligé, môme au sujet des grands hommes les plus en renom, de dire toute la vérité. Entrant dans le cœur de son sujets il montre que le bonheur de cette époque s'explique, en partie par l'abseoce de transmission héréditaire de l'empire, par cet heureux hasard qui voulut que Nerva, Trajan, Hadrien, Antonin ne laissassent point de postérité ; en partie aussi, par ce fait, signalé ici pour la première fois, que ce siècle qui n'était pas encore chrétien avait le christianisme au milieu de lui, que cette époque est celle d'un grand développement de l'Église, et que le christianisme et l'Église, assez libres alors, eurent sur les souverains et sur la société politique une influence notable.

M. de Champagny, cootinuantses profondes Études sur VEmpvre romain,a. donné en 1870 trois nouveaux volumes, les Césars du troisième siècle, où il a tracé le tableau des événementsqui se sont passés depuis la mort de Marc-Aurèlejusqu'À l'avènement de Constantin,conduisant ainsi jusqu'au triomphe du christianisme, dont il a suivi le développement à travers tant d'oppositions et tant de persécutions. A la mort d'Auguste, il n'y avait pas un seul chrétien au monde; à la mort de Constantin, trois cent vingttrois ans après, l'historien voit le monde plus qu'à moitié chré* tien. Il a bien le droit de se demander comment cette révolution s'est opérée ; et, trouvant que ce n'est ni la force matérielle, ni l'autorité des princes sur les peuples, ni l'insurrection des peuples contre les princes qui a produit ce changement unique dans les annales du monde, il doit conclure que ce triom* phe contre toute force humaine ne peut être dû qu'à une force divine.

Dans tous ces ouvrages, qui lui ont coûté trente ans de travail, M. de Champagny est animé par deux senlimenls, l'amour pur de la vérité et l'amour de la religion. C'est un des hommes le plus inébranlablemeni attachés à la foi de leurs pères, mais aussi un des hommes le plus sincèrement partisans de la modération. Le noble ami de monseigneur Dupanioup et du comte de Montalembert a écrit quelque part des lignes qui le carac* érisent bien. A propos d'une brochure de l'ancien évéqua

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