XAVIER DE MAISTRE
Quelques courts opuscules, composés dans les intervalles du service militaire. Voyage et Expédition nocturne autour de ma chambre, le Lépreux de la cité d'Aoste^ les Prisonniers du Caucase^ la Jeune Sibérienne^ ont fait au général comte Xavier de Maistre une réputation qui ne pâlit point auprès de celle de son frère aîné, le grand comte Joseph.
Xavier de Maistre ne s'était encore distingué dans les arts que comme peintre habile de paysage» lorequ'en 1794, retenu cbe%
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lai aux arr^Js pendant quarante-deux jours, à la suite d'une affaire d'honneur» il composa le Voyage autour de ma chambre^ qu*il ne songeait nullement à publier: c'est son frère, auquel il avait communiqué le manuscrit, qui le fit imprimer àl'insude l'auteur.
« J'étais, il est vrai, dans ma chiCmbre, avec tout le plaisir et l'agrément possibles s mais, hélas ! Je n'étais pas le maître d'en sortir à ma volonté ; Je crois môme que sans l'entremise de certaines personnes puissantes qui s'intéressaient à moi, et pour lesquelles ma reconnaissance n'est pas éteinte, j'aurais eu tout le temps de mettre un in-folio au Jour, tant les protecteurs qui me faisaient Toyager dans ma chambre étaient disposés en ma faveur K »
Le Voyage autour de ma chambre est un badinage élégant et gracieux. Pas de longues dissertations» pas de discussions sé« rieuses. Dans cet ouvrage, écrit à bfttons rompus, « laissé et re« pris *, » comme il dit, le spirituel auteur passe sans transition d'un sujet à l'autre, au gré de sa plume facile,
VEx'pédition nocturne y écrite longtemps après le Voyage au* Umr de ma chambre (en 1825), pour y faire suite, a moins d'agrément et trahit un peu de gène et de contrainte.
En 1811, parut le Lépreux de la cité d'Aoste, Un malheureux attaqué de la lèpre est confiné seul dans une tour abandonnée, et n'a d'autre occupation que la culture d'un petit jardin. Le hasard amène près de lui un passant, un militaire, auquel il raconte, avec une résignation touchante, sa peine et sa douleur. Ce dialogue d'une trentaine de pages est un chef-d'œuvre. L'émotion, quoique profonde, est contenue ; une pensée fortement religieuse se dégage du récit; le style est calme et vrai sans affectation ni ostentation. Tous ces mérites ravissaient le comte Joseph, qui écrivait à un de ses amis : a Je suis charmé que vous ayez goûté son Lépreux^ dont je suis grand partisan ^ »
La Jeune Sibérienne est l'histoire d'une pieuse et vaillante jeune fille^ nommée Prascovie, qui, seule,sans ressource, n'hésite pas à quitter ses parents exilés en Sibérie pour venir de-
1 Voyage autour de ma chambre^ chap. m.
s Chap. XXXII, note.
9 lettre dQ jQs, de Vimire <iu mstr^uis R, de CoMae, li ftvril 18|6,
mander leur grâce à l'empereur, à Saint-Pétersbourg. Ce fait réel, que madame Gottin avait travesti en roman prétentieux, dans son Elisabeth ou les Exilés de Sibérie, n'est surchargé par Xavier de Maistre d'aucun événement ni occident étranger, et est raconté avec un pathétique vrai, dans un style simple, correct et rapide.
Les Prisonniers du CaucasBy simple nouvelle, sont la relation sans relief des souffrances endurées par uo officier russe, prisonnier chez les tribus du Caucase. Cet écrit, plus faible que les précédents^ présente encore de belles pages. Le portrait du fidèle et cruel Iwan est tracé avec vigueur.
Telles sont les productions par lesquelles Xavier de Maistre a su se conquérir une des plus belles places entre les littérateurs de la première moitié du dix-neuvième siècle. Quelques pages doivent encore être mentionnées parmi ses -titres de gloire ; nous voulons parler du charmant début des Soirées de Saint- Pétersbourg, cette promenade sur la Neva qui sert de préambule à Tentretien : il est dû à la plume de Tauteur du Ûpreux.
A part quelques légères fautes d'incorrection et de goût, la langue de Xavier de Maistre est constamment aussi saine qu'élégante et légère.
Heureux celui qui possède un ami.
Pen avals un : la mort me Ta ôté; elle Ta saisi au commencement de sa carrière , au moment où son amitié était devenue ud besoin pressant pour mon cœur. — * Nous nous soutenions mutuellement dans les travaux pénibles de la guerre; nous n'avions qu'une pipe à nous deux; nous bu-^ vions dans la même coupe; nous coucbions sous la même toile, et, dans les circonstances malheureuses où nous sommes, l'endroit où nous vivions ensemble était pour nous une nouvelle patrie : je Tai vu en butte à tous les périls de la guerre, et d'une guerre désastreuse. — La mort semblait nous épargner Tun pour l'autre : elle épuisa mille fois ses traits autour de lui sans l'atteindre; mais c'était pour me rendre sa perte plus sensible. Le tumulte des
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