PREFACE. XV
Je n'ai pas à revenir ici sur ce que j'ai dit en ces documents ; la publicité qu'on leur a donnée m'en dispense. Les calomniateurs, poursuivant leur manœuvre honteuse, attribuèrent cette publicité à de grosses sommes d'argent que j'aurais distribuées pour suborner la presse européenne. Je n'ai pas donné un sou à cette fin ; comment l'aurais-je pu faire, si nos persécuteurs nous ont réduit presque à l'indigence? Un article, par exemple, du Figaro, contenait des citations élogieuses de ma protestation : j'en ai eu connaissance seulement par un entrefilet du Seculo, que, de Bruxelles, m'envoya un écrivain brésilien qui m'honore de son amitié. Non ! L'argent des victimes n'était pas nécessaire pour donner de la vogue à leurs démentis.
Ce qui leur fit de la réclame, ce furent les excès des bourreaux eux-mêmes et la sérénité avec laquelle nous répondions par des faits et des dates aux déclamations vagues et haineuses des publicistes républicains. Les calomniateurs ne répondent jamais à un fait, à une date ni à une déclaration concrète ; ils ne les citent même pas ! Ils font peut-être allusion à l'article, à l'écrit qui vient de paraître, le dénomment antipatriotique, diffamateur du Portugal, — comme s'ils étaient, eux, le Portugal ! — puis continuent de plus belle à répéter leurs mensonges.
Malheureusement, la méthode produit de l'effet sur un grand nombre de lecteurs, que les procédés arbitraires et la tyrannie du nouveau régime placent dans l'impossibilité de pouvoir lire une prose différente de celle-là. Mais aux lecteurs éclairés et honnêtes, il arrive ce que nous avons généralement remarqué à l'étranger : les procédés de nos calomniateurs sont leur propre réfutation.
Je ne puis pas ne pas noter la force apologétique qu'ont eue, en Portugal, en faveur de la Compagnie de Jésus, nos documents, reproduits par la presse républicaine et présentés par elle à ses lecteurs sous des titres à scandale, en gros caractères, encadrés de commentaires vils, malicieux et parfois obscènes.
La seule manière dont on s'empara de ces documents imprime déjà une flétrissure à qui les enleva et les publia. Des communautés entières de religieux sont arrachés de leurs domiciles, sans même qu'on leur donne le temps de prendre les objets à leur usage ; en certains cas (comme cela est arrivé à la résidence du