XVI PREFACE
Quelhas, à Lisbonne), on les trompe à dessein, en leur disant qu'on ne va exiger d'eux que leur présence à la préfecture pour y inscrire leurs noms, et qu'au bout d'une heure ils seront de retour. Puis on force les armoires et les tiroirs, on recherche les manuscrits, on lit les notes particulières et secrètes, on viole des lettres intimes, des lettres de famille, on s'empare des notes spirituelles et de confessions, qu'une délicatesse de conscience, louable en ses intentions, mais d'une simplicité imprudente, ne sut pas détruire à temps. Ni l'autorité paternelle d'un supérieur envers ses religieux, ni la confiance délicate d'un confesseur envers son pénitent n'oseraient jamais faire de pareilles perquisitions au for de la conscience ! Eh bien ! c'est ce qu'ont fait les persécuteurs de la Compagnie de Jésus en Portugal ! Ce n'est pas tout : ils annoncèrent que, dans ce dossier secret, ils allaient prendre la matière d'une histoire des Jésuites portugais et nous exposer de la sorte à l'exécration des simples ! Cette seule annonce les déshonore à jamais. Celui qui recourt à de tels procédés perd tout droit à la croyance et au respect. Le répugnant violateur des consciences se transformera facilement en calomniateur infâme. Il peut lancer aux quatre vents les plus graves accusations ; elles iront retomber sur le délateur, sans éclabousser ses victimes !
Supposons qu'au cours de cette enquête, à la recherche d'une piste scandaleuse, ait apparu réellement un document, non falsifié, authentique, préjudiciable au bon renom d'une personne privée. Qu'en devrions-nous conclure ? Simplement que des trois cent cinquante-neuf Pères ou Frères dont se compose la province portugaise de la Compagnie de Jésus en Portugal, il y avait quelqu'un, ou quelques-uns, dont la conduite, au moins une fois, s'était écartée de l'idéal sublime que nos ennemis, sans le vouloir, reconnaissent être le nôtre.
Telle est la conclusion qui s'imposerait, si, réellement, au milieu de tant de manuscrits de tant de religieux, apparaissait quelqu'un qui fût vraiment indigne.
Mais il n'en est rien, au moins en tout ce que les journaux ont publié jusqu'à présent. En réalité, nos persécuteurs et les scribes ;i leur service se sont chargés, bien malgré eux, de notre défense.
D'une lettre du P. Silvestre Neves au Frère Joâo Miranda, ils