L. Gonzaga de Azevedo, S. J
Avis du Traducteur
Les catholiques du monde entier ont suivi avec intérêt la lutte entreprise par la franc-maçonnerie internationale contre l'Eglise de Portugal. Dans cette guerre à outrance, les ordres religieux devaient être, et furent en effet, les premiers frappés. La Compagnie de Jésus a été, en particulier, l'objet d'une haine implacable.
Les épisodes principaux de cette persécution ont été racontés par le P. L. de Azevedo dans le livre de haut intérêt historique dont je publie la traduction. Il ne sera pas inutile d'avertir que je n'ai pas voulu faire une traduction rigoureuse. Bien des détails, la plupart personnels ou locaux, étaient pleins d'intérêt pour les portugais eux-mêmes, mais risquaient de l'être moins pour un public étranger. Sans jamais toucher à la substance du récit, je les ai supprimés ou abrégés. Plusieurs autres passages ont été résumés.
Je remercie chaleureusement la maison Casterman qui a bien voulu donner tous ses soins à l'édition française de ce! ouvrage et rendre ainsi, ce me semble, un service très appréciable à la cause catholique.
Préface1
Ce livre, non moins que les Proscrits dont il recueille les mémoires, est fils d'obéissance. Lorsque, les premiers soubresauts de la Révolution passés, je parvins à voir mes religieux hors des prisons ; à l'heure des adieux, alors que je les serrais fraternellement entre mes bras avant leur dispersion dans le monde entier, je recommandai à chacun d'eux de m'adresser par écrit la narration détaillée de ce qu'il avait souffert durant la douloureuse tragédie du mois d'octobre.
Les récits commencèrent à affluer ; je vis se succéder, en de nombreux envois, l'écriture tremblante des vieillards, la calligraphie plus vigoureuse des jeunes, et les gros caractères, incertains et naïfs, des bons Frères coadjuteurs.
Ainsi se sont multipliées les pages de ces précieux documents. Je suis convaincu qu'un historien, chargé de faire la monographie d'une institution ou d'une époque, a eu rarement sous la main un ensemble aussi abondant de faits avérés pour donner à son ouvrage autorité et exactitude.
Je fis alors venir le P. Luiz d'Azevedo à Madrid, où je me trouvais, et le chargeai de raconter l'histoire 'de notre voie douloureuse.
Je me garderai bien de blesser la modestie de l'auteur ; néan-
(1) Une traduction de cette préface a été publiée dans les Eludes (5 déc. 1911). C'est ce texte qui a été reproduit ici. L'original portugais, dû à la plume élégante et souple di P.. P. Cabrai, contenait quelques passages que l'auteur, pour être bref, a supprimés dans l'article des Etudes. L'un ou l'autre de ces passages a retrouvé ici sa place. (N. du Tr.).