PRÉFACE. XXV
frères les religieux de la Compagnie de Jésus disséminés dans tout l'univers.
Des lèvres de tous nos exilés, j'ai recueilli le même témoignage qui m'a rempli le cœur de joie et de tendresse. J'aimais la Compagnie comme on aime une mère, mais depuis que j'ai vu, dans toutes les Provinces, cette explosion de charité, combien je regrette de n'avoir qu'une vie à consacrer à son service !
Je ne veux pas prendre les devants sur l'auteur de Proscrits, qui réserve, sans cloute, de nombreuses et charmantes pages du second volume à raconter ces scènes de famille, répétées dans chacune des maisons par lesquelles nous avons passé durant notre long pèlerinage. Les ignorants et les falsificateurs qui ont osé écrire des Jésuites qu' « ils se réunissaient sans se connaître, et vivent ensemble sans s'aimer » auraient dû assister à cette incomparable leçon d'amour fraternel, dont le monde entier a été le témoin quand les Jésuites du Portugal se sont dispersés sur tous les chemins de l'exil.
Ils v auraient vu une des réalisations les plus touchantes du mot de saint François-Xavier : Societas Jesu societas amoris !
On sait que saint Ignace demandait à Dieu, avec grande fer veur, qu'à travers les temps le sceau de la persécution ne manquât jamais à sa Compagnie ! Or Dieu sait faire servir ces persécutions à ses desseins. On m'a raconté que, plusieurs mois avant la révolution de Lisbonne, le T. R. P. Wernz avait dit à Rome : « Je' crains beaucoup que nous n'assistions sous peu à la dispersion de quelqu'une de nos provinces de l'Europe. En effet, les insistances du Brésil pour lui envoyer de nombreux religieux de la Compagnie sont telles,, que seule la dispersion d'une province suffirait à fournir autant de sujets qu'on en réclame. »
D'autre part, parmi mes manuscrits que la sollicitude du P. Alphonse Luisier, servie par un imperturbable sang-froid, réussit à sauver au moment de l'assaut de Campolide, se trouvait le dernier cahier du petit journal de mes impressions. A la pag" correspondante au 9 juillet, j'y lis ce qui suit :
Arrivée du R. P. Lombardi, supérieur de la mission romaine de la Compagnie au Brésil. II m'a longuement entretenu de la nécessité, pour