PREFACE. XXVII
la révolution jusqu'à présent, quatre-vingt-cinq religieux de la province portugaise sont entrés, a lieu aussi, proportion gardée, dans la mission des Indes. L'expulsion des missionnaires de ]a Compagnie de Jésus de Macao et de Timor, où ils se sacrifiaient pour le bien de la patrie, a permis de renforcer le personnel de la mission de Goa ; cette mission, qui a tous ses établissements n territoires anglais, a échappé aux tyrannies anachroniques de nos Pombals-marionnettes.
Bien que l'Angleterre soit un pays protestant, elle a une haute notion de la gravité, de la liberté et de la dignité nationales. Aussi les Jésuites portugais jouissaient dans les vastes territoires des Indes anglaises d'une liberté d'action très appréciable. Mais ils étaient peu, trop peu nombreux. Séminaires, collèges, écoles, léproserie, ministères près du clergé en plusieurs diocèses, près des descendants des Portugais et près des indigènes, toutes ces oeuvres exigeaient un renfort de personnel. Souvent, depuis qu'on m'avait confié le gouvernement de la Compagnie en Portugal, j'avais reçu des lettres, qui me demandaient avec instance du renfort.
Les œuvres religieuses, sociales et d'éducation dont nous étions surchargés, me forçaient de retarder, de jour en jour, la réalisation, le désir sincère que j'avais de venir en aide aux Indes. Moins d'un an avant la révolution, je traversai même un moment douloureux ; je me demandais si nous pourrions continuer à soutenir les œuvres qui existaient déjà en cette contrée, de traditions si glorieuses pour les Jésuites portugais.
S. E. Mgr le Patriarche actuel de Goa doit se rappeler cet épisode, soulevé par sa sollicitude pleine de zèle pour le patronage de l'Orient et la confiance dont il honore les fils de saint Ignace. Eh bien ! en voyant ce qui arrive, peu de mois après ces pénibles hésitations, comment ne pas reconnaître et admirer le très sage gouvernement de la Providence, qui fait servir les crimes même des hommes à la réalisation de ses plans de miséricorde ?
Ainsi, ce fait que notre expulsion nous permet de porter secours à d'autres contrées, est un motif de plus pour m engager à dire que l'histoire de la persécution faite à la Compagnie en Portugal constitue un véritable poème de la Providence.