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L ÉVASION DU R. P. PROVINCIAL

daaces jésuitiques, surveillaient sa maison. Il n'osait pas même s'absenter, par crainte que, d'un moment à l'autre, lui prétexte quelconque ne fût invoque par la populace pour taire une descente chez lui, comme on en taisait alors un peu partout. D'ailleurs, la rue était remplie de révolutionnaires, et il eût été très dangereux de s'y aventurer. Un jour, de grand matin, le Frère Gornes Pereira avait essayé de sortir. En descendant l'escalier, il s'était aperçu qu'une patrouille à cheval s'arrêtait à la porte, et avait entendu un des soldats qui disait :

— Ici, il n'y a personne. Oui pourrait bien être réfugié ici ? Ces mots révélaient quelque soupçon. Le Frère en l'ut si alarmé qu'il resta tout le jour sous le coup de cette nouvelle préoccupation.

Je ne cessais de recommander sur mon compte un secret inviolable. Et voilà ({lie le 6 octobre, je reçois la visite de quelqu'un, d'un ami, qui avait appris de la bouche de mon hôte le lieu de mon refuge. C'était le père d'un prêtre fort respectable, un vieux charpentier qui avait longtemps travaillé au collège. L'excellent homme ! Quelle douleur il éprouvait en me voyant réduit ainsi à me cacher comme un criminel ! Soudain, il se jeta dans mes bras, les yeux inondés de larmes !

Le messager dévoué que j'avais envoyé, la veille, solliciter la protection d'un personnage influent, revint, lui aussi, deux fois dans cette même journée. Une première l'ois, de grand matin. Il avait passé une nuit sans sommeil clans un réduit où il avait cherché un abri contre la populace : il était fatigué, énervé. Je lui donnai, avec plaisir, un peu d'argent, très peu : ce qui me restait était à peine suffisant pour mon voyage. 11 revint à la tombée de la nuit ; j'eus la joie de le trouver moins abattu.

D'autres personnes encore connurent le lieu de mon refuge, entre autres une dame respectable. Avec une générosité que le bon Dieu pourra seul récompenser, et que, pour ma part, je n'oublierai jamais, elle voulut se charger de tous nos frais d'entretien jusqu'à notre départ.

Avec mon compagnon, je passai dans une mansarde une bonne partie de la journée du 6 octobre : l'air y était plus pur, el nous y étions mieux à l'abri d'une perquisition. C'est là qu'on vint me prendre la mesure d'habits laïques. Mais quelle triste vie que celle de ces jours-là : que le bon Dieu daigne m'en tenir compte ! J'avais toujours dans mon esprit le souvenir de mes Pères el de mes Frères bien-aimés : mou imagination était remplie de !a

sombre vision des scènes dont ils avaient été les victimes et quj semblaient faire revivre devant moi la Passion de Notre-Seigneur. Et il n'y avait pas que mes religieux ! Que d'outrages avait eu, par exemple, à subir, la veille, un religieux salésien, arrêté dans la propriété de Pinheiro et qu'une foule dévoyée avait fait passer sous ma fenêtre !

En voyant que les hommes repoussaient si brutalement les religieux, je sentais comme la nostalgie de la solitude, le besoin de me trouver loin de tout regard, seul à seul avec Dieu. N'étais-je pas réduit à n'être plus qu'un objet de haine pour les uns et un fardeau pour les autres ? Aussi, l'on ne saurait croire le sentiment de satisfaction que j'éprouvai quand un jour je me trouvai en présence de quelqu'un pour qui je n'étais ni une chose ni l'autre. C'était le petit garçon d'une famille voisine, qui avait fréquenté assidûment le patronage fondé au collège. L'enfant ne parlait guère, il était pauvrement vêtu, mais il était si content de venir s'asseoir auprès de moi ! Ses regards et son sourire montraient assez que ma présence lui faisait du bien. Il aimait à venir me tenir compagnie, sans même avoir conscience du grand acte de charité qu'il pratiquait envers moi.

Parfois j'éprouvai, sans savoir pourquoi, une diminution de mes souffrances morales. Mais ces sentiments de joie qui naissaient spontanément dans mon cœur, comme les fleurs poussent au milieu des ruines, étaient bientôt dissipés, à la vision des nouveaux malheurs par lesquels la main de Dieu, qui sait si bien promener le fer dans la plaie qu'elle veut guérir, éprouvait, en ces jours bénis, ses serviteurs dévoués.

Quelle émotion quand, le soir du 6 octobre, les quatre-vingt deux prisonniers de Barro arrivèrent à la gare de Campolide !

Les cris de la foule nous avaient fait croire à quelque manifestation de sympathie en l'honneur de la république. La belle-mère de notre hôte m'expliqua en pleurant ce dont il s'agissait.

Quel sort le gouvernement de la république réservait-il à ces criminels ? Les pensées les plus effrayantes s'élevaient dans mon esprit, et je ne trouvais rien qui pût lès dissiper.

Tout est possible ! me disais-je en moi-même. Tout ! Oh non ! rien que ce que Dieu voudra permettre. Il sait, Lui, briser, au bon moment, la verge avec laquelle il châtie ses élus! Et l'espérance reprit le dessus.

Cependant, tout ce qui se passai! me montrait la nécessité où j'étais de pnsser le plus tôt possible en Espagne.

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