R0U6ET-D£-L*ISLE
On a déjà remarqué que les hommes les plus célèbres étaient souvent les moins connus; leur célébrité même , en les enrironnant d'une sorte d'auréole, empêche de les juger nettement ; on ne les envisage que sous un seul point de vue , on attache à leur nom une espèce de type immuable qui reste , vrai ou faux , comme une médaille frappée , et en voilà pour des siècles.
Il faut voir aussi avec quelle curieuse surprise est accueillie chaque révélation nouvelle qui nous montre le Dieu fait homme , comme si nous en avions douté. Ceci est vrai , surtout de Rouget-de-l'Isle , qu'une mort récente a enlevé à l'affection de ses amis.
Panitt oeax qai comiatneirt la MmrâÊillaim (eh ! qui ne la coanah pas ?) , combien peu connaissent aussi le nom de l'auteitr, combien moins encore sa personne? A ce eliant justement célèbre ne raltache*t-on pas d'ordinaire je ne sak quelle figure de républicain farou" cbe , d'homme à pique et à botanet rouge , Tadmiration des uns et la terreur des autres? C'est à ceux qui ont vécu dans son intimité qu'il appartient de dire au nuHide comMen celle image ressemblait peu à la vérité. Rougetderiale , loin d'être un homme de parti n'était pas même un homme politique, mais senle*- ' ment une de ces organisaticnis artistes dont la fibre délicate vibre au contact de toutes les émotions comme la harpe éolienne au soufflé de tontes les brises. La Marseillaise ne fut que l'écho sublime du cri jeté par la France . qnand elle vit l'Europe en arme menacer sa naissante liberté. Il aurait fallu un élan semblable pour reproduire la même inspiration ; elle ne s'est plus retrouvée. Plusieurs beaux chants cepen<dant , tels que : Mourir pour la Pairie, le chant du Neuf Thermidor, ont suivi de loinla Marseillaise; quelques romances pleines de mélodie et de grâce naïve ont témoigné hautemoot des facultés mu«icales de leurs auteurs, mais elles
CMit passé maperçnes. La Maraeillake Mtde est restée , le brait qu'elle a fait a tout efiacé , jus* qu'au nom de son père ; le peuple s'en est em* paré comme de sa propriété , et il a eu raisoa , car elle est bien à lui , c'est de lui qu'elle vieiU , c'est à lui qu'elle Ta ; partout où vous entendet la Toix du peuple , vous entendes la Marseillaise, rien ne peut la lui faire oublier ; aptes un sommeil de trente ans elle s'est retrouvée dana toutes les mémoires ; les enfants mêmes, la savaient comme d'instinct ; aussi quand son auteur , pauvre et oublié du monde , descendit dans la tombe , le peuple seul est accouru lui faire cortège ; des paysans , des ouvriers , tète nue , sous un soleil de juillet, se rangèrent silencieusement autour de la fosse ; puis , quand elle fut comblée , d'un mouvement spontané , ils entonnèrent la Marseillaise comme un dernier hommage ou un dernier adieu. Cela est beau ! cela fait battre le cœur ; mais ce sont des souvenirs pour l'histoire , ce ne sont pas ceux-là que je tiens à consacrer ici. Gomme je l'ai dit, ce terrible républicain était un homme doux et bon , d'un esprit plus délicat qu'étepidu, d'une instruction plus agréable que profonde; ses manières avaient cette exquise politesse qui rappelait la courtoisie chevaleresque ; il aimait
la Boelëté de» ibauiies et des jeunet gens, causait arec enjouement, quand sa«anté lui en laiasaît le pouvoir; parfois ses aniis se plaE-*» saient à lui faire redire quelques anecdotes de aa vie , qu'il oontait arec autant de charme que de bonhomie ; celle qui suit fut écrite à son insu, immédiatement après Favoir entendue et telle qu'elle est sortie de sa bouche* Long* temps après je lui avouai mon larcin , en lui demandant la permission de le publier; et, malgré sa répugnance à se voir mettre en scène, il me l'avait accordée. La mort n'a pas affaibli ma recmmaissance , et je crois m'acquitter en- Ters sa mémoire par cette publicité donnée à nn ineidei^t qui, tout léger qu'il est, le fera mieux connakre que vingt biographies ; je me tais donc et le laisse parier.
« J'étais en garnison dans la ville de Stras-» bourg, avec mon régiment, lorsqu'un soir il me prit envie d'aller au bal masqué» Je m'y rendis sans autre projet que celui de me distraire ua moment; j'en avais besoin; les cireoastances étaient graves , la guerre imminente et quelle guerre! l'Europe entière y
devait prendre part. Déjà la ville était pleine de troupes et à chaque instant il en arrivait de nouvelles. Je trouvai les rues enc<Hnbrée8 de
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soldats qtii manrchaieiit, campaieiit, cka&taieai ou dansaient : ils faisaient retentir l'air da chants patriotiques , car alors Fenthousiasme était général, et on eût dit que chacun se trouvait pour son propre compte dans cette grande querelle.
i'arriyai au bal ; rassemblée était nombreuse et brillante; la profusion d'naiformes qui cir* culaient au milieu du tomulte ordinaire d'un bal masqué semblait y ajouter plus d'éclat et de gaieté.
En promenant mes regards autour de la salle pour tâcher de démêler dans la foule quelqu'un de connaissance , j'aperçus dans un coin un groupe de jeunes officiers , la plupart de mon régiment. Ils semblaient fortooeupés d'un objet que je ne pouvais voir , mais qui paraissait les amuser infiniment, car de temps à autre ils laissaient échapper de bruyants éclats de rire mêlés d'un munnure approbateur.
Je me dirigeai de ce côté , et, me glissant entre les rangs pressés , je jetai un coup d'oeil dans l'intérieur du cercle. Une jeune personne était assise au milieu ; elle portait un costume alsacien , à la fois assez exact et assez élégant, pour qu'on fût en doute si c'était son vêtement ordinaire ou un déguisement. Ses beaux che-
Teox blonds tressés à la mode du pays , sa taille remarquablement belle et bien prise , et ce que le petit taffetas flottant de son masque laissait apercevoir de son visage, tout en elle excitait la curiosité et Tintérôt. Sa situation aussi était sittgnlière et piquante. Seule , au milieu de ce triple cercle d*hommes , elle répondait à leurs agaceries avec une présence d'esprit que rien ne pouvait intimider ou déconcerter. Ses paroles étaient d'une vivacité si originale, et pourtant si décente, qu'on ne se lassait pas de l'entendre. 11 fallait même que sa dignité naturelle fût bien puissante , puisqu'aucun des jeunes fous qui l'entouraient ne hasarda un propos grcfesier et ne passa les bornes d'un badinage permis.
Enfin , fatiguée sans doute de cette longue lutte, malgré l'avantage, qu'elle y avait obtenu : — Messieurs , dit-elle , et le son de sa . voix trahissait une légère impatience , vous Àtes assurément fort aimables et fort amusants, mais vous n'imaginez pas que je sois venue ici uniquement pour vous, et j'avoue que je ne serais pas fâchée de jouir à mon tour du coup d'œildu bal : ayez donc la bonté de me faire place.
Elle se leva.
— C'est trop jiute , mademoi«elle, répondit an des jeunes officiers (j'ayais remarqué qne tous l'appelaient mademaUelie et qu'elle acceptait ce nom sans aucune observa tion), c'est trop juste. Cependant , comme tous ne pouyex parcourir seule le bal, nous mettons à Yotre liberté la condition de choisir un de nous pour Totre caralier.
Cette proposition fut accueillie par une ao^ damation générale , et la jeune personne invitée à faire un choix.
— Je le veux bien, dit-eOe après un moment de silence ; elle releva la tète et son regard parcourut notre cercle; elle l'arrêta, enfin sur moi. Peu à peu j'avais pfis place au premier rang ; je m'étais à peina mêlé à la con-. versation; mais mes yeux attachés sur elle lui exprimaient sans doute Tintérêt sincère qu'elle
. m'inspirait : du moins c'est ainsi que j'explique la pr^érence qui me fut accordée.
Elle s'avança vers moi et prit le bras que je m'empressai de lui offrir.
Alors, avec un léger salut plein d'enjouement et de dignité , elle prit congé du groupe turbulent qui s'ouvrit pour la laisser passmr, et nous voilà^euls au milieu du bal.
Elle continua l'entretien avec autant de
gaietë et aussi peu d'embarras qu'elle en avait montré jusqu'alors. De mon côté , je m'efforçai de la divertir , un peu il est vrai , aux dépens de ceux que je connaissais , ou que je re^n-^ naissais. Elle riait de bon cœur et me faisait de temps à autre des questions si naïves que j'étais confondu , ne sachant comment expliquer l'aisance qu'elle montrait dans un lieu qui paraissait lui être si nouveau , car cette singulière créature ignorait tout et ne s'étonnait de rien. An bout de deux heures de promenade et de causeries qui n'eurent pas l'air de lui paraître trop longues, nous entrâmes dans le foyer; elle jeta les yeux sur la pendule.
— Trois heures ! dit-elle ; et elle soupira. Puis, comme se parlant à elle-même, elle
ajouta :
— C'est line bien jolie chose qu'un bal , quand on n'e^t pas forcé de comme^re une imprudence pour y aller.
— Une imprudence? m'écriaî^je.
— Oui. Je ne devrais peut-être pas vous dire cela , mais vous m'inspirez de la confiance ; d'ailleurs vous ne me connaissez pas et ne me reverrez jamais , ainsi cela n'a pas grand inconvénient. Sachez donc, continua- t-elle, en voyant la curiosité peinte sur mon visage , que
j'appartiens à des parents luthériens , zélés et austères à tel point , qu'avant ce jour je n'avais jamaûi mis le pied dans une salle de spectacle , ni entendu la musique d*un bal. J'ai une cousine à peu près de mon âge ^ à laquelle au contraire ses parents laissent une entière liberté et procurent tous les amusements permis à la jeunesse. A force de l'entendre parler de ces plaisirs qui m'étaient interdits , il m'a pris un violent désir d'en avoir aussi ma part , et surtout une envie si démesurée d'aller au bal qu'il a fallu la satisfaire à tout prix. Or , je ne pouvais voir qu'un bal masqué, piûsqu'ailleurs j'aurais été reconnue. Ma cousine , bonne et folle tête , m'a poussée à cette extravagance^; c'est elle qui m'a procuré ce déguisement , qui est venue ra'habiller dans ma chambre, où je feignais d'être malade , et qui enfin m'a accompagnée avec une servante jusqu'à la porte du bal.
— Et comment retoumerez-vous chez vous?
lui dis-je , touché de sa naïve confiance.
— Oh! la servante qui m'a conduite ici doit venir m'y reprendre ; mais , ajouta-t-elle eu regardant de nouveau la pendule , elle devrait être arrivée , et je ne la vois pas... pourvu qu'elle ne se soit pas endormie!...
Nous fîmes encore quelques tours. L'inquiétude de la jeune fille augmentait de moment en moment. Enfin voyant que personne ne pa^ raissait , elle parut prendre son parti.
— Allons 9 dit-^lle, avec son ton enjoué, il faudra subir la punition de ma faute; me voilà condamnée à m'en aller seule chez moi.
— Y pensez^vous? m'écriai-je; oubUez-vous que la ville est remplie de soldats , ivres la plupart du temps ; que vous pouvez être insultée, maltraitée ; que sais-je? Seule dans les rues , à cette heure , avec ce costume ! Non , non , c'est impossible.
— Vous avez raison ; je n'avais pas. pensé à cda , dit-elle tristement.
Elle rêva un moment et parut vouloir dire quelque chose ; mais elle s'arrêta ; je crus la deviner..
— Vous avez accepté mon bras tout ce soir, repriftvje , pourquoi le ref useriez-vous. quand il vous est le plus nécessaire ?
— Je demeure bien loin , dit-elle.
— Qu'importe?
— Eh bien , allons !
Elle reprit mon bras et nous sortîmes du bal. Tout en marchant, nous continuâmes a
-S4oanser gaiement , sans qa-elie témoignftt ni crainte ni défiance ; mais en toiuniant une me, nottâ entendîmes an brni^ confus de chants , de cris, et nous vîmes devant nous une grande ckrté. C'était un dep régiments nottTellement arrivés qui célébrait sa bienvenue; cette foule venait précisément de notre côté , et je commençai à concevoir quelque inquiétude,, nom pour moi , mon épaulette était un porte-respect 9«ittsant, mais pour ma con^pagne , que sa taille et son costume de bal ne fondaient que trop remarquable. Je peâisai à tout ce qu'elle pouvait avoir à redouter de cette reneontare, et combien il me serait difficile de la défendre seul contre une troupe nombreuse d'hémmes livrés à tout le délire d'une orgie. Je communiquai rapidement mes appréhensions à la jeune fille.
— Mon Dieu! que faire? dit-elle avec angoisse.
— Écoutez , reppis-je vivement , vous m'avez jusqu'ici donné vc^re confiance, il faut me l'accorder sans réserve. (Par hasard la rue où nous nous trouvions alors, était celle que j'habitais.) Je demeure dans cette maison, continuai-je , en la lui indiquant , voici la def de ma chambre; allez vous y réfugier , je resterai
ici y et je toiu arertirai du moment où toos pourrez descendre sans danger.
Tandis que je loi expliquais de mon mieux les dispositions du logis , elle paraissait agitée et incertaine ; mais le bruit et les lumières se rapprochant toujours , elle saisit la clef, et s'élança dans la maison.
Je me postai dans renfoncement de la porte et je restai là, immobile , enveloppé dans, mon manteau , attendant que le bruyant cortège fût passé. La lumière vacillante des flayibeaux rendait plus frappante Fexpression de ces visages enflammés par Texaltation et Tivresse. La plupart de ces hommes avaient encore la bouteille à la main , et au milieu d*un torrent d'imprécations diverses , auxquels se mêlaient les cris de Five la Nation, toute cette bande chantait ou plutôt hurlait en chœur la Carmagnole. Ces voix discordantes , cet air vulgaire , ces ignobles paroles, me firent éprouver un sentiment pénible : Est-ce donc par de pareils chants , me disais-je , qu'une grande nation annonce au monde sa délivrance ? Non , non , ce n'est* point là l'hymne de la liberté; elle a ou au^re langage !....
Les pas et les voix se perdirent dans l'éloignement; la lueur des flandieanx dispurat par
degrës , et je demeurais absorbe dans mes peu-
Tout à coup le souvenir de ma belle prisonnière me réreilla comme en sursaut. Je frappai trois coups dans mes mains , c'était le signal dont nous étions convenus. Elle descendit à rinstant , et reprit mon bras en silence. Elle paraissait émue, son confiant babil avait cesse, et pendant tout le reste de notre trajet à peine elle laissa échapper quelques paroles.
La route fut longue , à chaque instant nous rencontrions de nouveaux groupes de soldats qui nous forçaient à nous cacher dans quelque enfoncement , ou à nous serrer contre les murailles pour les laisser passer.
Ma compagne tremblait d'impatience ou de froid ; je la décidai à s'envelopper d'une partie de mon manteau , et nous continuâmes notre route d'un pas plus rapide.
Enfin , à l'entrée d'une rue écartée , elle pa* rut respirer et s'arrêta.
— Nous voici arrivés, me dit-dle; car nous allons nous quitter ici. Maintenant, monsieur, il faut que vous me donniez votre parole de ne pas me suivre , et de ne faire aucune tentative pour connaître mon nom et ma demeure. C'est
une grâee que je vous demande , et que tous ne me refuserez pas. . . •
Sa Toix était altérée en prononçant ces derniers mots.
Je Ini donnai la parole qu'elle demandait.
— Merci , dit-elle vivement.
Elle quitta mon bras et se débarrassa du manteau.
— Cependant, ajoutai-je, si mon secours vous était encore nécessaire ! . . •
— Non , non , je suis près de chez moi , et je n'ai irien à craindre.
— £h bien ! permettez-moi de rester à cette place , afin que j'aie la certitude que vous êtes rentrée chez vous en sûreté. J'attendrai vingt minutes ; si d'ici là vous ne m'avez pas appelé, je m'en retournerai tranquiUe.
Cette offre parut la toucher.
Elle était là , immobile et pensive , et , à la lueur du réverbère sous lequel nous nous étions arrêtés, je la regardais en silence.
— Monsieur , dit-elle enfin d'un ton pénétré, je vous ai eu aujourd'hui de bien grandes obligations ; je ne sais comment les reconnaître , mais je ne les oublierai jamais...
Elle parut vouloir igouter quelque chose, mais die se tut , et , levant le léger taffetas de
•on masque , elle se pencha Tera moi , et me présenta le bas de sa joue , sur laquelle je déposai un baiser respectueux.
Alors, avec la légèreté d*un oiseau, elle s'éloigna de moi, et je la perdis de Yue.
J'attendis ponctuellement que les yingt minutes fussent écoulées, et, n'ayant pas revu ma belle inconnue, je m'en retournai ches moi assez occupé d'elle.
J'eus pourtant le mérite de tenir fidèlement la parole que je lui avais donnée. Je ne cherchai point à savoir son nom , et , s'il faut Ta- Touer , je ne le désirais pas. La réalité aurait peut-être été à cette petite aventure tout le charme romanesque que le mystère lui donnait dans mon imagination. D'ailleurs , je n'eus pas le loisir d'y songer longtemps : mon régiment fut envoyé à Huningue , où je le suivis.
Mais au bout de six mois , ayant refusé de violer le serment que j'avais prêté à la Con* stitution , en adhérant aux événements du 10 août , je fus destitué , et bientôt proscrit , au bruit de mes propres chants répétés alors par toute la France.
Sur ces entrefaites, je retournai à Strasbourg , et je ne voulus pas y passer sans y revoir une dame de cette ville, qui m'avait
tëmaigiié nne aimtië que je payais de toute la mienne. Lorsqa*dle me vit , elle ne me laissa pas en repos que je ne me fusse engagé à lui donn^ tont entière la jonrnëe du lendemain.
— J'ai à la yëritë du monde , me dit*^e ; je suis allée au mariage d'une de mes parentes, et je donne un dîner à toute la noce. N'étant pas connu, TOUS pouvez y assister sans inconvénient. Pour vous désennuyer , vous verrez de jolies personnes; sans compter la mariée qui est fort bien^ Puis , une noce luthérienne aura peut-être quelque chose de nouveau pour vous.
Je me laissai tenter et j'acceptai l'invitation. Je me rendis le lendemain chez madame *** ; ^ je trouvai le salon plein de monde. La dame de la maison était assise entre deux jeunes et jolies personnes; la parure de Tune d'elles disait qu'elle était la mariée.
Lorsqu'elle m'aperçut, elle fit un mouvement de surprise qui attira mon attention; mais , convaincue qu'elle m'était parfaitement inconnue , je crusm'étre trompé. Cependant, après avoir dit avec vivacité quelques mots à l'oreille de madame *** , la jolie mariée se leva et sortit avec l'autre jeune personne , qu'on me dit être sa cousine. La maîtresse du
logis les suirit , et quelques momenis après , un grand domestique vint me dire avec son accent allemand ^ que Matante il me priait de passer dans son gabinet. Il marcha devant moi et me conduisit à ce cabinet dont il m'ouvrit la porte.
Là , je trouvai réunies les trois dames et un monsieur que je ne connaissais point. Tous les visages avaient une expression singulière. Madame *** vint à ma rencontre , et d'un air moitié riant, moitié attendri :
— Mon ami , me dit-elle , embrassez-moi*
— Volontiers, répondis-je un peu surpris.
Et comme j'allais demander une explication :
— Voulez-vous bien m'embrasser aussi , monsieur? ajouta la jeune cousine d'un air espiègle.
Je mè résignai de bolkne grâce.
— A mon tour maintenant , monsieur , dit la mariée , et non seulement moi , mais mon mari que voici et que je vous présente.
Et en effet , elle m*e^lbrassa de bon cœur , ainsi que son mari qui me serra la main d'un air fort sérieux , et la secoua à plusieurs reprises.
Ces dames paraissaient s'amuser de mon ëtonnement ; enfin la mariée reprenant la parole :
— Vous ne me reconnaissez pas , dit-elle ; mais je ne vous ai pas oublié. Vous souvenez- Tous de la jeune folle que tous sauràtes d'un si grand embarras un jour de bal masqué ?
On derine Texplication qui suirit. — Mon mari , continua Tàimable femme , n'ignorait , en m'épousant , ni mon équipée nocturne , ni le service que tous m'avez rendu , et j'ai Toulu qu'il TOUS en remerciât lui-même.
On conçoit tout ce que cette reconnaissance jeta de gaieté sur cette journée et sur celle du lendemain que je passai encore aTcc cette charmante famille. On chanta , on fit de la musique, et je me séparai du nouTcau ménage emportant l'espoir de m'étre acquis des amis pour la Tie. »
— Quelle jolie histoire ! m'écriai-je en interrompant l'aimable conteur ; comment ne l'aTez-TOUs pas écrite? N'a pas qui Tout des souTenirs si piquants et si gais !
— Gais ! reprit-il en secouant la tète ; huit mois après , tous ceux dont je Tiens de tous parler étaient dispersés , proscrits , ou aTaient péri sur l'échafaud î . . .