T. II
eherehex-TOos à voat fixer en Ftanoe par un bon mariage ?
«^Un bon mariage, madame, reprit Mortimer , ne se troore gnère qnie quand on est soimême un bon parti. Il faudrait pour y penser que ma fortune fût plus brillante , ou mon âme moins fière.
— Et TOUS n'avez fait aucune tentative de ce genre?
— Non, madame.
— Vous êtes bien dissimulé , reprit la vieille dame ; mais nos filles de Saint-Gyr , qui savent que , même orphelines , elles ne sont point sans protection, ont plus de sincérité. Voici , monsieur , la réponse de mademoiselle deBeaumont À la lettre que vous lui avez remise pendant la représentation d'Esiher.
Mortimer, tout étourdi, pritlalettve que madame de Maintenon lui présenta ouverte , et la lut sans mot dire. Celle-ci continua :
— Gomme j'ai pensé , monueur , qu'en vous adressant à une jeune personne de sang nol^ placée sous la protection spéciale du roi , vous ne pouviez avoir que des intentions honcH'ables , je me suis assurée du consentement du tuteur* de mademoiselle de Beaumont. Le roi , enfaveurde ce mariage qu'il approuve, accorde
à mademoiselle de Beavmoirt la terre d'Albon dont TOUS pouyei prendre le non», et qui tous donnera en France on rang égal à eelui que ▼ons ayez dans TOtre pays. Je Tais mander eeci à la reine d'Angleterre , qm y Terra , j'espère, une nouTdle preuTe de la eonsidération du rot pour elle et ceux qui lui appartiennent.
Que pouTait faire lord Mortimer? Rien. Pris comme an trébuchet en^e la candeur d'une petite pensionnaire et la rigidité obstinée d'une TieîUe déTOte , il se Tit forcé , sans y penser, d'épouser une femme belle, jeune, riche, sage et spirituelle; et il se résigna. Le pauTre homme !
Le mariage eut lieu en grande pompe. Lord Mortim«r , comte d'Albon , partit aTec sa jeune épouse pour la terre que le roi lui ayait donnée ; et , chose surprenante , grâce à la raison naîTe , à l'esfHrit cultiTé , aux talents et à la beauté de sa femlne, il ne s'ennuya pas tn^ dans ce tête^-téte.
A son retour il rencontra Saint-Hérem , qui Tint à lui d'un air consterné.
^— Ah ! mon cher mylord , tous voyez un hoBBOse perdu , abimé.
— Que TOUS est-il donc arriTé ?
— Le roi , mon cher , le toL.»
— Ek Uen ! tous a-t-ildisfyrM&é?
— C'est hmk pis , il m'a marié.
— Que cela?
— Vous en pariez bien àrotre aise. C'est votre exemple qui m'a tourne la tète. L'ambition m'a pris de vous surpasser , mais je n'ai pas en Totre bonheur. J'avais imaginé de gagner un des jardiniers de Saint-Cyr , pour m*introduire dans la maison , sous le nom d'^in de ses garçons; mais ee diable d'iiomme, après m'avoir laiMé parier, alla tout conter à la supérieure , celle-ci à madame de Maintenon , madame de Maintenon au roi , et le roi... C^est là le pis. J'étais sur son passage dans la galerie comme il revenait de la messe , il me vit et m'appela sans s'arrêter. Je le suivis jusque dans .son cabinet ; alors , s'appuyant contre la table et me regardant fixement :
— Monsieur de Saint-Hérem, me dit-il, vous avez mérité d'être mis à la Bastille pour avoir tenté de vous introduire dans une maison qui est sous notre protection royale.
— Ah ! sire , m'écriai-je , je suis bien coupable, il est vrai , mais Votre Mi^jesté ne peut être inexorable pour les fautes dont l'anour est cause.
— Et quel est donc l'objet d'mn amour qui
TOUS ùdt oublier jiiaqa'aii respeot que tous m% derez? dit le roi en se radoucissant un peu.
— Mademoiselle d'Olbreuse , sire , répondisje précipitamment.
Le roi fit un léger mouTemmt de surprise.
— C'est' Inen , me dit«il.
Le yieux cheyalier d'Olbreuse était i se pro* mener dans la galerie , il le fit appeler :
— Moimenr le cheralier , lui dit-il , roici le marquis de Saint-Hérem qui demande la main de votre nièce; tous pouyez écrire à ses parents que ce mariage aura mon approbation, et que je me charge du trousseau de la future*
Le cheyalier se confondit en remerciements. Je le crob parbleu bien , car il faut maintenant TOUS ayouer ma béyue : c'était mademoiselle de Fombreuse que je youlais nonuner , et dans mon trouble j'ayais dit un nom pour l'autre; mais le roi ayant parlé il n'y ayaît plus moyen de me dédire ; d'où il s'ensuit qpe pour mes péchés je fus mis en possession d'une femme laide, contrefaite, sans fortune, et malicieuse à faire damner un saint. Au diable Etiher, Saint-Cyr et toutes ces petites filles !
— Allons, du courage, dit Mortimer d'un grand sang^froid , mon pauyre compagnon
ë'infbrtiifie; tous Toyez que je ¥Oiui donne l'exemple.
— Hypocrite !
Cependant les représentations de Saint-Cyr commençaient à être l'objet des plus riTes attaques. On reprocha à madame de Maintenon d'avmr lait monter sitr un théâtre , aux yeux de toute la cour , de jeunes filles bien nées qni lui ayaient été confiées pour receroir une éducation morale et chrétienne. Et , qu'<m me s'y trompe pas, c'étaient précisément ceux à qui la religion et la morale importaient le moins qui criaient le plus haut; mais ils parvinrent à entraîner les personnes pieuses effrayées d'encourir ces clameurs. Madame de Maint^nm fut <^»ligée de céder.
— Vous le voyez , disait-elle en soupirant à mademoiselle d'Aumale sa confidente , ce soiU les libertins qui nous forcent de renoncer i nos amusements ; ils savent bien ce qu'ils Sont quand ils veulent, que la religion apparaisse toujours rude , austère, repoussante. Le vice aurait trop peu de 'partisants si Ton pouvait réunir le plaisir et la vertu. Il me semble pourtant que mes intentions étaient bonnes ; j'avais trouvé le moyen d'amuser le roi sans exposer son salut; de détourner nos jeunes seigneurs
des plaisirs dangereux en leur offrant l'appAt d'une récréation innocente. Je donnais à de jeunes QUes , la plupart sans fortune , Toccasion de faire valoir ce qu'elles possèdent de grâces ou de talents. L'impression qu*elles auraient produite ne pouvait aboutir y grâce a la séyère clôture de Saint-€yr et â la protection du roi , qu'à de bons et solides mariages. Tout cela était bien, je croîs ; mais si l'homme propose , Dieu dispose. Que sa sainte volonté soit faite! Donnez-moi mon chapelet, mademoiselle d'Aumale , et dites à Nanon de tirer mes rideaux.
Et après une dizaine de Paier madame de Maintenon s'endormit.