AU MONUMENT DE COROT
Strophes dites par Mlle Blanche Barretta, de la Comédie- Française, le 27 mai 1880.
J levant ce marbre clair encadré de verdure, Qu'à l'intime et naïf ami de la nature
Ont élevé vos soins touchants, La nymphe de ces bois, muse simple et rustique, Doit apporter aussi son tribut poétique,
Les mains pleines de fleurs des champs.
LA NYMPHE DE VILLE-ITAYr. A Y. 123
Le bon Corot m'aimait. Je suis l'une de celles, Alors que l'aube emplit de vagues étincelles
L'horizon frileux du matin, One l'artiste — c'était son heure favorite — Voyait passer, avec les yeux de Théocrite,
Au fond du brouillard argentin.
<7est moi qu'il a montrée, assise au pied d'un hêtre, Essayant de noter sur la flûte champêtre
Quelque musique de berger; C'est moi, mêlée au chœur de mes sveltes compagnes, Qu'il faisait, dans la paix sereine des campagnes,
Tourner sur un rvthme léser.
Je le connaissais bien, le vieux bonhomme en blouse, Et, quand il préparait sur un coin de pelouse
Son chevalet et ses pinceaux, Pour embellir encor ses extases secrètes, J'étais là, j'exaltais l'odeur des violettes,
J'excitais le chant des oiseaux.
Tandis qu'il travaillait, abrité par un saule, Je venais regarder par-dessus son épaule, A petits pas, tout doucement;
Il peignait à la hâte, et, sous sa brosse agile, J'ai pu voir bien souvent, moi, fille de Virgile, Ëclore son rêve charmant.
Ses esquisses, c'est moi qui les vis la première. L'eau verte et pure où court un frisson de lumière,
L'azur du ciel, i'or du genêt, Le Ilot des épis mûrs ondulant sous les brises, Les couchants enflammés et les aurores grises.
J'étais là quand il les peignait.
Hélas ! depuis cinq ans qu'est mort le grand artiste, Moi, la nymphe des bois qu'il aimait, j'étais triste,
Et souvent, tout bas, j'ai gémi, Quand, au printemps, gardant son souvenir fidèle, Devant moi, le bleuet disait à l'hirondelle :
— « Où donc est notre vieil ami ? »
Mais vous nous le rendez. Voici notre poète! Un doux rossignol chante au-dessus de sa tête.
C'est lui ! nous le reconnaissons!
C'est bien son bon visage. Il regarde, il respire ! Oiseaux! fleurs! désormais, vous le verrez sourire,
Dans vos parfums, dans vos chansons;