LE RÉGIMENT QUI PASSE
d'après le tableau d'Edouard détaille
Par un temps de boue et de glace, Le peuple, toujours enfantin, Regarde un régiment qui passe Devant la porte Saint-Martin.
C'est un régiment de la ligne; Astiqué comme aux anciens jours, Le tambour-major, d'un air digne, Précède les petits tambours.
Deux officiers qui, pour les suivre, Maintiennent leurs chevaux au pas.
Au delà des saxhorns de cuivre Dominent les fronts, et là-bas,
A travers la brume incertaine, Tels des pavots dans les épis, S'avance la foule lointaine Des chassepots et des képis.
Pour les soldats, le populaire S'est engrand'hâte rassemblé; Un flot de gamins accélère Sa marche, à leur pas redoublé.
La troupe passe, calme et gaie, Comme elle irait sous les obus, Devant les gens qui font la haie Et l'encombrement d'omnibus.
Chacun l'accompagne ou s'arrête, Et l'on voit emboîter le pas L'ouvrier tirant sa charrette Ou portant son fils sur ses bras.