‹ Proserpine de Camille Saint-SaënsChapitre 3 sur 7 · IG · texte numérisé non relu

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de lauriers roses, sous l'ombre des grands plus parasols. Les jeunes seigneurs la suivent. Cependant, l'homme qu'elle cherchait tout à l'heure anxieusement dans les groupes, arrive en scène, presque poussé par l'ami qui l'accompagne. Renzo soumet alors Sabatino à la bizarre épreuve dont j'ai parlé plus haut. Le jeune homme a beau jurer à son futur beaufrère que Proserpiue l'a toujours repoussé, Renzo est incrédule et trouve extraordinaire que cette universelle, comme il l'appelle, — un peu moderne universelle! pourquoi pas horizontale, tout de suite ! — ait résisté. Il force donc Sabatino à faire une nouvelle déclaration à la courtisane ; il jugera après s'il peut, sans inconvénient, lui accorder la main de sa sœur.

Cette scène, d'une psychologie quelque peu étrange, n'en contient pas moins, a^ point de vue musical,* nombre de choses ravissantes. Deux nouveaux leitmotivs y font leur apparition. Le premier est celui de Sabatino,

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que les premiers violons exposent (p. 21, m. 3, 4, 5). Il se maintient à l'accompagnement pendant la plus grand partie de la scène. Le second, — une véritable mélodie, — chanté

par les violons et les violoncelles, (p. 29., m. 10, 11, 12, 13),

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symbolise les nouvelles aspirations de Sabatino vers un idéal de pureté et son désir de trouver enfin la paix du cœur dans V Amour conjugal.

Le dialogue des deux jeunes gens est d'une déclamation très juste. Il faut citer particulièrement la phrase de Sabatino : Pourquoi me demander cette épreuve insensée? et Vanimato du même: Ne crains plus que mon âme change, bâti sur le thème de V Amour conjugal.

Toujours suivie de sa cour, Proserpine reparaît. A la vue de Sabatino, elle tressaille. Sous le prétexte que la comédie va bientôt commencer, elle éloigne les seigneurs, qui se retirent, pendant qu'on entend dans la coulisse une gracieuse pavane. Dans c«?tte courte scène, les thèmes de Proserpine, de V Aspiration à l'amour et de la Galanterie se fout entendre successivement.

Proserpine reste seule; le quatuor ramène le motif de la Tristesse, précédant un adagio de quelques mesures seulement, mais d'une réelle beauté, où la malheureuse femme exhale son désir :

Amour vi'ai, source pure où j'aurais voulu boire Ne t'offriras-tu pas à mes lèvres en feu ?

Le motif àeV Aspiration à V Amour, légèrement modifié, forme la base de ces deux pages.

Sabatino s'approche doucement de Proserpine, plongée dans son rêve. En apercevant le jeune homme, son cœur bondit de joie, mais elle se remet vite et affecte avec lui un ton glacial. Avec une élégante impertinence, Sabatino lui demande la raison de la rigueur qu'elle lui montre. Un nouveau motif, Y Amour repoussé, se fait jour (p. 41, m. 10, dernier temps, 11, 12).

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Jî aillez ! vous n'obtiendrez pas même ma colère, répond la courtisane, tandis que le thème de la Tristesse et celui de Prosejpine passent de nouveau à l'orchestre. Mais Sabatino continue. Alors, brusquement du cœur trop chargé de la jeune femme, s'échappe le cri de sa misère. Son infâme métier de fille l'écœure ! Ah ! l'amour, le véritable, le pur amour, celui qui ne se vend pas pour de l'or, mais qui s'achète par un échange d'âmes, c'est celui-là qu'elle voudrait connaître, qu'elle voudi'ait donner, mais que tous ceux qui l'entourent, insouciants et frivoles, ne sauraient lui rendre qu'en argent ! De plus en plus, Proserpine s'exalte ; arrivée enfin au pa-

roxysme de son désespoir, elle jette à Sabatino ces paroles : Vous' me demandez de vous aimer! Prenez garde qu'un jour je ne vous prenne au mot. Cette scène est d'une allure superbe. Il faut remarquer surtout ces deux passages: Avec vous faut-il que je raisonne... et: Si j'aimais ainsi qu'une autre femme... A signaler dans ce dernier un autre Leitmotiv,

celui de V Amour vrai, exposé par le hautbois (p. 47, m. 8) (1). En entendant Proserpine lui répondre sur ce ton, Sabatino trouve qu'il est inutile de laisser la conversation s'égarer sur un terrain aussi ■ brûlant. Avec cette cruauté, souvent inconsciente, de ceux qui aiment ailleurs, et restent aveugles et sourds aux passions d'autrui, il poursuit sa fausse déclaration en en accentuant encore le côté ironique. Il ne demande pas d'amour à la courtisane ; qu'elle l'aime seulement comme elle a... aimé tous les autres. Pour le repous-

(1) Ce thème découle de celui de Proserpine. On pourrait, à la rigueur, le considérer comme une forme abrégée de ce dernier. Cependant, la façon dont il est employé, rend préférable de l'admettre comme un motif distinct. En réalité, il apparaît pour la première fois page 45, mesures 10 et 11.

ser, le croit-elle donc pauvre ? A cette, dernière insulte, Proserpine se révolte et elle chasse Sabatiuo. Cette seconde partie de la scène n'est pas moins bien traitée que la première. Les phrases de Sabatino sont d'une élégance , d'une légèreté pleine de désinvolture. Les thèmes de Sabatino , de Proserpine, de V Aspiration à l'amour, de V Amour vrai, de V Amour repoussé se succèdent à l'orchestre, commentant en quelque sorte psychologiquement les états d'âme des personnages.

Sabatino parti, Proserpine, dans un court monologue d'une déclamation superbe, souligné par le motif qui lui est propre et par celui de Y Aspiration à Vamour, laisse, pour la troisième fois, échapper sa rancœur.

L'homme qu'elle aime en secret vient de l'insulter. Son désespoir ne connaît plus de bornes.

Je suis riche ! ô dégoût de l'amour acheté !

Riche ! qu'il passe un pauvre, et, s'il veut, je me livre '

Un mendiant !

Son vœu va être exaucé. Des serviteurs surviennent, poussant devant eux un homme en haillons. C'est un nommé Squarocca, bandit de la pire espèce, qui vient d'être surpris en train de voler. Une idée folle passe par la tête de Proserpine. A tous les sei-

gneurs, qui la tiennent sous le joug d'infamie, elle va rendre mépris pour mépris. Un rapide dessin (p. 58, m. 3 et 4),

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