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silhouette la figure de Squarocca.
La scène qui suit est d'une amusante fantaisie. Très difficile à traiter ' musicalement, elle a inspiré néanmoins à Saint- Saëus une des pages les plus réussies de sa partition.
Le sévère auteur de tant d'œuvres du genre le plus élevé a, fait curieux à noter, un goût prononcé pour les ^ plaisanteries musicales. Le Carnaval des animaux, Gahrielle de Vergy ont depuis longtemps révélé â ses intimes ce petit côté de sa haute personnaHté. La délicieuse partitionnette de Phrijné l'a fait connaître au public ; certaines scènes de Proserpine pouvaient déjà le faire pressentir.
Mais revenons au bandit et à la courtisane, que nous avons laissés en tête-à-tête. Cette dernière interroge Squarocca. Que préfèret-il? un palais ou une prison, le vin de Syracuse ou une eau croupie, un carcan de fer à son col ou les bras d'une jeune femme? Squarocca, d'abord étonné, finit par répondre ca-
valièrement : Vous m'embêtez, Madame ! (1) Mais Proserpine lui fait comprendre qu'elle ne plaisante pas : Dis ! le carcan ou moi. Le bandit n'hésite pas. Elle lui prend le bras pour la fin de la fête. Un ravissant accompagnement, plein d'une spirituelle délicatesse, rehausse encore cette curieuse scène.
Les invités sortent du palais et envahissent de nouveau les jardins. Quelle n'est pas leur stupéfaction en voyant l'étrange compagnon de leur belle hôtesse. Charmante aussi cette scène et traitée avec un entrain qui ne tombe jamais dans la vulgarité. Tout-à-coup, le nom de Sabatino frappe l'oreille de Proserpine. Deux seigneurs parlent du mariage prochain de leur ami avec la sœur de Renzo. A ces mots, qui la frappent au cœur, Proserpine pâlit. L'infâme ! et tout-à l'heure encore, il osait... Ah! elle se vengera!
PROSERPINE (à Sqiiarocca)
. . . Tout te doit être égal, Le bien comme le mal.
SQUAROCCA.
Je préfère le mal.
PROSERPIXE
Puis-je te demander une preuve de zèle?
(1) Je ne sais quels scrupules ont fait changer dans la nouvelle partition ces mots par ceux-ci : Finirez- v oiis, Mada m e ?
SQUAROCCA
Lorsque vous m'avez pris, j'ai dit : elle est trop belle Pour ne pas exiger quelque chose de laid ! S'il ne faut que tuer, comptez sur mon stylet.
Mais, pour l'instant, c'est l'heure de l'orgie. Le finale, espèce de brindisi, exposé par Proserpine, repris par le chœur, est d'une inspiration commune, qui détonne dans cet acte d'une si rare distinction d'idées. C'est une tache malheureuse. Il est regrettable que l'auteur, pour sa nouvelle version, n'ait pas songé à remanier ce passage, seule partie vraiment faible de l'œuvre.