ACTE II
Le second acte, entièrement de l'invention de M. Louis Gallet , est, en réalité, un pur hors-d'œuvre ; mais il a inspiré à Saint-Saëns des pages tellement gracieuses que je ne me sens pas la force de reprocher au librettiste ce retard apporté à l'action.
Le prélude^, d'une idéale douceur, prépare bien à la scène qui va se passer dans un couvent de jeunes filles. Une phrase d'une grande pureté d'inspiration , chantée par les bois, fait tous les frais de cette page symphonique, dont l'instrumentation (quatre corps, harpe^ violons, altos , violoncelles) est d'une exquise sonorité.
Le rideau levé, nous nous trouvons dans le cloître du couvent où Angiola, la sœur de Renzo, a passd.son enfance. Dans la chapelle, au milieu des accents de l'orgue, retentit un charmant Ave Maria. Peu à peu , le cloître se remplit de religieuses et de pensionnaires. Celles-ci entourent Angiola, toute pensive. Elles lui parlent de mariage, mais la jeune fille répond tristement, car elle croit que l'intention de son frère est qu'elle reste au couvent. Au moment où elle va se retirer avec ses compvignes, une sœur lui annonce la visite de Renzo.
Ce début est d'une réelle fraîcheur. Toutes les phrases d'Angiola sont délicieuses. Renzo arrive gaiement et, après avoir échangé quelques mots avec sa sœur, il introduit Sabatino. C'est avec une douce émotion qu'Angiola voit entrer ce dernier, car elle a secrètement donné son cœur à l'ami de son cher Renzo. Avec une bonhomie toute paternelle, le jeune homme préside à ces rapides fiançailles. Cette scène, d'une grande délicatesse de touche, contient nombre de choses tout à fait charmantes. L,' Andantino de Sabatino : Comment dire bien ce que je veux dire, est une agréable mélodie. Saint-Saëns a évité adroitement la banalité qui guettait ce morceau par la variété des mesures. Regrettons, en passant, deux défectuosités prosodiques, —
syllabes muettes tombaot sur des temps forts — (p. 116, m. 16, et p. 118, m. 4). Il faut signaler aussi Vallegro : O joie immense !... sous lequel les violons soupirent amoureusement la mélodie de V Amour conjugal. La cadence de cette phrase, tombant sur la tierce, est d'un efïet ravissant. Deux passages remarquables encore sont Vandantino : Allez, 6 voua que j'aime, et l'ensemble : Effeuillons en riant.... où la voix de Renzo se joint, au bout de quelques mesures, à celles d'Angiola et de Sabatino. Dans cet acte, il n'y a pas, à proprement parler, de nouveaux leitmotice à signaler. Le thème de Sabatino revient plusieurs fois dans les scènes II et III.
Au moment où les fiancés vont se séparer, le cloître est envahi par une foule de mendiants. Les jeunes filles leur font une distribution de pain. Squarocca , déguisé en pèlerin , erre parmi les groupes, examinant Angiola à la dérobée.
Proserpine a raison d'avoir peur,
murmure-t-il, en voyant la beauté de la jeune fille.
Contrairement à celui du premier acte, ce finale est un pur chef-d'œuvre. Le groupement des voix, l'arrangement des parties, la distinction de l'idée mélodique, la belle sonorité des ensembles, tout concourt à faire
de cette dernière scène une des meilleures pages de Camille Saint-Saëus.