TENDRESSE
^n gros percheron, le long Ij. de la montée raide, s'esïjv souffle et ahane, dans les î\C brancards, cramponné au •: lourd chariot; il ride sous pf Y ^* l'effort sa robuste encov'iure où cascade et s'ébouriffe ^ ^sa crinière blanche ; sa res- ^^ piration gronde et fume par ses naseaux palpitants et ses flancs, qu'étreint la fatigue et que poigne l'angoisse, ses flancs gémissent, et râlent et se lamentent.
Le cheval s'est arrêté, a
demi pâmé, mais le charretier brutal l'a enveloppé brusquement du cinglement de son fouet qui mord et qui déchire, et le vaillant animal s'obstine, cramponné au lourd charriot, et ride dans l'effort sa robuste encolure.
La surcharge est trop grande et la pente trop rapide ; le cheval en vain ahane et s'essouffle dans les brancards.
Et le charretier, sans que "nul n'intervienne parmi les passants dont l'égoïsme se désintéresse de cette lutte inégale, le charretier frappe, frappe, frappe la pauvre bête qui couche les oreilles et secoue la tête comme si elle voulait faire comprendre — à la brute qui est le maître de cette intelligence de par la loi du plus fort — l'impossibilité d'aller plus loin.
Et tout à coup, dans une tentative suprême à laquelle l'incite et le contraint une nouvelle et plus lancinante morsure de rimpito3^able fouet, le cheval perd
Téquilibre, et raclant bruyamment le pavé de ses quatre fers, s'abat sur le sol avec un han ! de douleur.
Le cheval remis, péniblement, sur ses jambes qui tremblent, le charretier, les yeux humides et la mine inquiète, examine longuement les genoux de la bête ; et doucement, maternellement, avec des : ah! mon Dieu! qui apitoient le badaud, il les essuie avec sa blouse, pour voir si sous la boue ne se dissimule pas quelque éraillure.
Car, plus tard, cela l'empêcherait de le vendre.