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LE DIMANCHE

e jour bête par excellence.

Aussi est-ce celui qu'ont choisi les gens corrects pour s'amuser.

Ils ont même créé, pour leur usage personnel, ce vocable expressif :

s'endimanclier.

ils s'en vont, le long des boulevards,trop étroits pour leur foule, bras dessus, bras dessous, époux en longue redingote noire et femme en robe de soie pailletée par le soleil de printemps, ou terne sous le ciel iirisd'hiver.

Dès le matin, monsieur a fait sa barbe qu'il a fait étrenner à madame dans un regain de galanterie. Madame a sorti des tiroirs le jupon blanc lourdement empesé qu'on ne met que le dimanche, et le chapeau capote qui s'ennuie toute la semaine au fond de l'armoire, sur son perchoir en bois.

— Si nous déjeunions au restaurant, insinue madame?

— Tiens ! c'est une idée.

Et ils vont s'empoisonner pour trente sous chacun, — il faut faire des économies — dans quelque guinguette borgne, aveugle même, des environs. Au dessert, la traditionnelle question se pose :

— Qu'est-ce que nous faisons aujourd'hui?

En été, les Buttes-Chaumont, les Plantes, le Jardin d'acclimatation, tentent leurs convoitises. Mais, l'hiver, quand il fait sec et que le froid pince, incendiant de rubis le nez de monsieur et

PROSES DÉCADENTES d 03

carminant, sous sa voilette, le teint d'ordinaire un peu pâle de madame. . .?

— Si nous allions au musée de Cluny?

Car le Louvre et le Luxembourg ne leur

disent rien — ou trop — Madame prétend que c'est indécent ces grandes et cyniques statues qui montrent. . . ce qu elle, madame Dupré, n'ose découvrir, même à son mari.

Il est vrai qu'elle en montrerait si peu!

Cluny les tente, avec ses vieilles ferrailles auxquelles le couple ne comprend rien, mais ça permet à monsieur Dupré défaire, par ci parla, un petit cours d'histoire— fantaisiste — à son épouse. Puis, n'y a-t-il pas la fameuse ceinture de chasteté, qu'on va voir, sans l'avouer, et qu'on inspecte curieusement du coin de l'œil, à la dérobée, tout en faisant mine de s'extasier sur les énormes armures de nos ancêtres.

— Quels gaillards, hein! bonne amie, que ceux qui pouvaient se tailler un complet dans cet Elbœuf-là.

lOi PROSES DÉCADENTES

Aux Arts et Métiers, deux grandes attractions.

On va voir, réfléchis sur une glace, passer les gens dans la rue, sans se douter que dans un quart d'heure, ceux qui passent seront là, à cette même place, à regarder passer ceux qui sont ici, maintenant, à les regarder.

Puis, en bas, dans la grande salle elUptique, il est de tradition « très drôle » d'échanger tout bas, aux deux bouts de l'ellipse, d'énormes plaisanteries qu'on entend malgré la distance.

« Curieux phénomène d'optique, » observe monsieur.

Enfin, quatre heures sonnent. Les Arts et Métiers ferment et les larbins poussent devant eux le troupeau humain qui reviendra dans huit jours se payer, devant les mêmes choses, les même ahurissements dominicaux.

Je t'offre le vermouth, dit monsieur à madame, et ils vont

s'installer, pour voir « passer le monde », à la terrasse d'un petit café, d'où les chasse la nécessité de rentrer diner.

Comme ils sont éreintés, ils prennent l'omnibus. Mais comme tout le monde est dans le même cas, ils piétment pendant deux heures, un petite carton numéroté à la main, devant la porte du bureau bondé de gens qui attendent. Madame s'enveloppe en vain dans sa rotonde doublée de poil de lapin; en vain monsieur souffle dans ses doigts et bat la semelle avec le trottoir, la bise mord, impitoyable, et ils rentrent, transis, chez eux. Le feu n'est pas allumé dans la salle à manger; le dîner n'est pas prêt; la bonne est partie de son côté voir une cousine qui demeure à Passy.

— As-tu faim? dit madame.

— Ma foi non, fait monsieur, j'ai sommeil plutôt. Si nous nous couchions?

Et ils s'endorment, harassés, mais contents. Ils se sont amusés.

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