‹ Proses décadentesChapitre 21 sur 24 · CEUX QUI DANSENT · texte numérisé non relu

CEUX QUI DANSENT

chevelés ou corrects ; Bullier ou les salons du grand monde ; l'habit noir et le gilet à cœur ou le débraillé bon garçon. Le décolletage par en haut, sous les bougies, ou le troussement de jupes sous le gaz qui miroite dans les bas à jours et les jarretières multicolores. Morgue par ci, gaîté par là. Collet monté de poitrines à l'air, musquées, fardées et poudrederizées, ou corsages fermés et mollets découverts.

Deux grandes catégories par conséquent.

Là, des messieurs « déguisés en gens qui s'embêtent »• suivant la spirituelle expression de l'inoubliable Gavarni ; des danses ankylosées, sur un rythme lent ; des pas guindés en long et en large ; des mains qui se touchent à peine, des tailles qu'on n'ose prendre, de crainte de casser en deux sa danseuse qui déborde par le haut et le bas de son corset. Ici, des cavaliers seuls fantastiques, des entrechats audacieux, des chasses-croisés stupéfiants, des enlacements de bras et des entrecroisements de cuisses, pendant les valses vertigineuses, des jambes au port d'arme montrant leurs mollets rebondis dans le pèle-mèle des quadrilles tourbillonneurs.

Là, des mines glaciales, renfrognées, des sourires contraints, stéréotypés, identiques, et des minauderies longuement étudiées à l'avance dans le miroir.

Ici, des éclats de voix tonitruants, des appels qui assourdissent, des hurlements qui s'entrechoquent, des apostrophes volants dont les bouches sont les raquettes et qu'elles se renvoient d'un bout à l'autre de la salle, avec des cascades de rires qui roulent et se répercutent dans les coins.

Et ces gens-là s'amusent chacun à leur façon.

A côté de ceux-là il y en a d'autres, ce sont :

Page 1