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CONSEILS

otte ! Voilà bien, dit-il, l'épithète qui s'adapte le mieux à la femme.

A force d'entendre raconter des fadaises par des imbéciles qui les leurrent, dans le but que vous savez, persuadés qu'on ne prend pas ces mouches là avec du vinaigre, les femmes ont fini par ajouter foi aux compliments trop intéressés pour être vrais, dont on les encense :

à savoir : 1° Qu'elles sont le beau sexe : 2° qu elles ont la finesse qui manque à l'homme ; 3" que

l'homme a, envers elles, un tas de devoirs à remplir, synthétisés sous ce vocable : la galanterie.

Tout ceci est absurde. Quatre-vingtdix-neuf fois sur cent, elles sont laides et manquent de flair. L'homme intelligent et qui a su vivre, roulera, sans qu'elle s'en doute, la plus rouée des femmes, s'il n'en a pas besoin. Et, quant à la galanterie, c'est tout bonnement une tactique de guerre.

Vous voulez une femme, vous en faites le siège.

La galanterie est le commencement des hostilités.

Et la pauvre sotte prend cela pour un devoir qu'on lui rend.

Vo3^ons, à bien réfléchir, quelle est ici la dupe et quel est le dupeur.

La femme jouera donc éternellement, dans la vie, le rôle du corbeau de la fable? Ne s'apercevra-t-elle donc jamais, cette perspicace, que ce n'est qu'en vue du

fromage que le renard lui vante son plumage.

Or moi qui n'aime point le fromage, je ne me sens aucune disposition à jouer le rôle du renard.

Une autre raison qui m'exaspère contre la femme, c'est la conclusion qu'elle tire de sa prétendue supériorité : le dédain qu'elle a de l'homme et le peu de cas qu'elle en fait en général. (Car, dans le particulier, une fois qu'un fort s'est imposé, la dédaigneuse devient souple : elle est asservie.)

Voyez par exemple comme elle accapare le trottoir alors qu'elle s'y promène. Ne dirait-on pas qu'il est tout à elle. Quand elle est seule, elle file, l'air affairé, le regard accroché à la pointe de ses bottines, par peur du propos leste qui la cingle parfois au passage, effarouchant sa pudeur de convention. Mais quand elles sont deux ou trois, elles deviennent hardies, se carrent complaisamment, obs-

truent la circulation, coudoient et bousculent, avec des airs de reines outragées, le pitoyable passant qui ne s'est pas rangé assez vite.

Aussi, ma grande distraction, c'est de m'en aller, dans les rues populeuses, opposer ma vaste carrure à leurs épaulements, qui ratent contre moi. Je ne me dérange jamais, et comme elles s'attendent — toujours la routine — à ce que je leur abandonne le trottoir, ce sont des renfoncements tout à leur désavantage puisqu'ils sont voulus chez moi et inattendus chez elles, et des heurts qui bleuissent la neige de leurs seins, sous le satin de leurs robes. Il faut voir les regards qu'on me décoche, à bout portant, et les « Sauvage! » dont on me mitraille.

Mais je passe, impitoyable et impassible, sans descendre du trottoir ; je deviens élastique aux chocs ; je fais le ressort à boudin ; je suis le bousculeur ; je fais ma trouée, accueillant d'un coup

de chapeau narquois les: « En voilà un, par exemple; on voit bien ce que c'est » qui fusent des lèvres plissées, dans un sourire adorablement méprisant.

L'endroit où j'opère le plus fréquemment, c'est dans les grands magasins tels que le Bon Marché et le Louvre. Là, la femme est si bien chez elle et elle se croit si fort le droit d'y régner seule qu'elle ne voit plus l'homme, et qu'elle lui marche dessus, avec autant de désinvolture que s'il était un simple chiffon. Alors je crie bien haut — elles ont toutes horreur d'être remarquées : — c Eh ! faites donc attention, Madame, vous m'écrasez les orteils! — Je hurle : « Pardon, mais est-ce qu'il y aurait moyen de passer » — ou bien: «Eh! mais, dites donc, ne vous gênez pas, ventre par ici, pouf par là, est-ce que c'est par dessous qu'on passe !

Et je vous assure qu'elles se rangent.

C'est surtout dans les escaliers, à la

rencontre, que cela devient comique. Elle descend, moi je monte, nous voilà nez à nez, à deux centimètres l'un de l'autre, huccalement parlant.

C'est seulement au moment de l'abordage, quand, du choc, elle fait hou !

qu elle me voit, dressé soudain devant elle comme un mur qu'il faut absolument tourner. Le choc est tel qu'elle ne trouve rien à dire et se contente, à demi estomaquée, de me toiser du haut de sa marche. — Mais c'est elle qui pivote.

Dehors, les jours de pluie, je me promène avec ma canne — ça m'est égal d'être mouillé — Naturellement le trottoir est plein de petites femmes qui, deux par deux, trottent, haut troussées, et barrent complètement le passage, avec leurs deux parapluies. Si vous êtes galant vous n'avez que ces deux alternatives : descendre dans le ruisseau, c'està-dire souiller vos bottines et éclahousser votre pantalon, ou vous aplatir le long

du mur, c est-à-dire vous emplâtrer le dos et, par contre, avoir la face raclée par les baleines des parapluies ; car elles ne vous feront pas la moindre petite place.

Moi qui m'honore d'être incivil, je m'insinue tranquillement au milieu d'elles, en écartant, du bout de ma canne, un des deux parapluies, tout juste assez pour que ma tête passe sans encombre.

Tant pis si la plume du chapeau se défrise et si la pluie en macule le velours loutre ou gros vert.

Et voilà, entre mille autres, quelques moyens que je vous recommande, pour vous amuser en embêtant les femmes.

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