‹ Proses décadentesChapitre 7 sur 24 · LES HUMBLES · texte numérisé non relu

LES HUMBLES

ans l'intime atelier grand comme une boîte à bonbons, modestement caché entre deux jardins gigantesques de la très versaillaise rue Monsieur, le grand poêle ronronne et le soleil de novembre, anémique et glacé, s'insinue entre lesvastes rideaux.

Le Maître n'est pas là, et les toiles en abusent pour bavarder entre elles.

Sur les chevalets massifs, les

grands portraits orgueilleux se cambrent dans leurs cadres très dorés. Ils se vantent tout haut de leur coloris vigoureux et des jeux de lumière rembranesque dont le peintre s'est complu à être prodigue. Ils savent qu'ils vont aller aux Expositions prochaines et que devant eux les bourgeois s'estomireront. D'aucuns reviennent de Hollande, ou de Munich, ou de plus loin encore, et racontent à leurs voisins les ovations dont les ont salués là-bas les foules enthousiastes. Ils s'enorgueillissent du suffrage des jurys qui leur a défendu de mourir de par cela qu'ils sont fils de la fée Inspiration. Gâtés par le succès, cette rouille des grands, ils font à peine l'aumône d'un regard apitoyé aux Humbles, comme Valadon les appelle, à ces exquisement vivantes natures mortes, dissimulées et comme en pénitence dans les coins discrets, pendues sous les draperies dédaigneuses, dans l'ombre des chevalets massifs où se cam.-

PROSES DECx\DENTES 4^)

brent les grands portraits orgueilleux dans leurs cadres très dorés.

Sur de minuscules toiles que ne désigne au regard aucun cadre très doré, des chats frileux font le gros dos, les yeux clignés et les pattes repliées, blottis sous de ravissamment gris et très vrais petits poêles qui flambent clair, à côté de torchons navrants qui pendillent sur l'appui d'une fenêtre mélancolique. Ohî cette poésie pénétrante des petites fenêtres mélancoliques dont les poussiéreux carreaux tamisent un jour rembranesque !

Oh ! cette gaîté qui rend songeur des minuscules poêles gris qui flambent clair et dont le crépitant ronron accompagne le ronron satisfait des chats frileux qui font le gros dos, les yeux clignés et les pattes repliées, blottis sous les très vrais petits poêles ravissamment gris !

Et pendant l'absence du Maître, j'ai laissé se glorifier entre elles les vanités des grands portraits qui sont Sa gloire et

je me suis surpris à écouter le babil des Humbles qui sont Ses joies, et qui sont un coin de Son àme.

^^BS^

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