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AU DEDUIT

Si tu n'étais fausse, eh! serais-tu raie? (Tristan Corbière).

t comme je lui demandais le secret de la hautaine et imperturbable indifférence dont il était bardé vis à vis des femmes, indifférence dont elles essayaient d'émousser l'impeUinence en l'expliquant par un vice qu'il n'avait pas, mais dont — tant il tenait en mépris souverain cette grande catin d'Opinion publique — il se gaudissait presque qu'on l'accusât, Kerbihan me répondit :

« Ce secret est simple,

« mon cher ami, et je consens à m'en « déposséder en votre faveur.

ce Toute la femme, sa beauté comme sa « finesse, ses charmes comme son flair et « son sphinxisme ; en deux mots sa per- « sonne psychique entière comme toute « sa personne physique, n'est qu'une « convention. La puissance que conserve « la femelle sur la presque totalité des « mâles est la conséquence logique, le « résultat inévitable de V illusion qu elle « leur fait. La femme (je veux dire la « femme de leur imagination, la femme « qu'ils voudraient, la femme mirage, la « femme illusion : virtualité dont ils sont « dupes) est toute en accessoires. Elle ne « serait pas si elle n était qu'elle. Tout « ce qu'elle semble être est une création « de nos désirs, un effet d'optique auquel « le regard s'accoutume et qu'il finit à « la longue par croire une réalité. On l'a « d'abord vue telle cju'on l'eût souhaitée ; « puis, grâce à la merveilleuse pressen-

« sation qu'elle a de nos besoins, elle

« s'est composée telle qu'on la voulait,

« c'est à dire toute — rondeurs et par-

« fums par ci, sentiments et sensations

« par là — postiche et en toc. Son esprit

« est an écho du nôtre, son vocabulaire

« le produit de cette éducation de « per-

« ruche bien apprise » que l'homme lui a

« donnée.

« Or, s'il est vrai que toute la femme

« psychique est la création de l'homme,

« il est non moins indubitable qu'elle

« doit ses charmes physiques à la mu-

« nificence — intéressée — de l'homme.

« En d'autres termes, la femme n'est pas

« belle en soi, elle n'est belle que parce

« que l'homme le croit.

a On l'a appelée un mal nécessaire : ce

« n'est qu'à moitié vrai. C'est un mal,

« mais qui n'est nécessaire que pour les

« débiles. Les sains et les forts s'affran-

« chissent volontiers de ce besoin dont

« la femme est le moyen de satisfac-

« tion, dont elle seule tire profit, et « dont l'assouvissement, sous quelque « nom sonore qu'on le déguise, est une « saleté.

« Ceci étant posé, mon moyen, pour « y arriver enfin, de narguer l'attraction « de la femme, si tant est que je sois sur « le point de la subir, le voici :

« Quand je suis en présence d'une « femme, qu'elle caquette, ceinte d'une « cour d'attentifs, dans l'allanguisse- « ment moite d'un salon miroitant de « lumières, ou qu'elle frétille de la croupe, « au raz des étalages lutéciens, la jupe « troussée jusqu'au jarret, je la désarme « en une seconde, je dissous le mirage, « je souffle sur l'illusion irrisée...

— Et de quelle façon, interrompis-je, pour la ramener à son fameux moyen.

« Je la déshabille instantanément par « la pensée; je fais abstraction de cette « robe dont la soie magnétise et dont les « bouffements audacieux et hâbleurs ne

« recouvrent que le vide ; j'enlève ce cor- « set qui endigue et soutient, qui re- « pousse et déplace, replace et harmo- « nise ; mon œil impitoyable vrille à c( travers ces dessous dont la blancheur a rafraîchit et dont les malines embau- « ment ;

« Et je n'ai plus devant moi que le « ridicule spectacle d'une nudité gro- « tesque, flasque et débordante, striée de « couperoses et couturée de vergetures, « humide et fleurant acre, cjui se dandine « sur de trop courtes jambes et fait des « grâces

Avec l'assentiment des seins qui se balancent.

« Et comme il est inutile de manifester « une hilarité qui resterait inexplicable « pour celle qui la provoque, je me tais « et ne me permets qu'un sourire facile- « ment pris pour une marque d'appro- « bation et un acquiescement poli aux

Ol PROSES DECADENTES

« vulvarités musquées et aux minau- « dières inepties de la charmante per- « ruche qui ne peut s'imaginer à quel « point son ramage est amusant quand « on l'entend sans son plumage.

« Et voilà tout mon secret. »

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