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LE CHIEN BIBELOT

^ête basse, avec, dans f/ le regard en dessous ;l dont il semble sup- ^ plier le passant, une indéfinissable expression d'amertume, il trottine dans les talons de sa maîtresse, le maupiteux barbet tondu « en lion » .

Sa queue dénudée, que termine un ridicule pompon noir, se recoqueville entre ses pattes, rasées, elles aussi, à l'exception d'un bourrelet de poils frisés qui souligne

à trois centimètres des griffes, la diaphanéité de ses membres grêles, tout frissonnants, — plus de honte que de froid.

Sa tête frôle le trottoir, comme écrasée sous le poids du ridicule ruban bleu qu'on lui a noué, en rosette, sur le crâne, et sa crinière caricaturalement pseudoléonine qui tranche avec le nu marbré de sa peau noire fait tout ce qu'elle peut pour dissimuler le petit collier bleu où tintinnabule douloureusement à ses oreilles une minuscule clochette en cuivre bien luisant.

Il sent qu'il a l'air absurdement joli d'un caniche d'astrakan descendu de son étagère, et il se fait tout petit, le long des boutiques, le pauvre chien honteux qui s'en va la tête basse, avec, dans le regard en dessous dont il semble supplier le passant, une indéfinissable expression d'amertume.

Tout à coup, au détour d'une voie

PROSES DECADENTES DO

populeuse, un boule-dogue qui passait au galop, invraisemblablement crotté, la queue raide et la tête fière sabrée d'une ride énorme qui accentuait encore l'insolence de son regard, un boule-dogue s'arrêta une seconde devant lui.

Et, comme le maupiteux faux-lion s'essayait à dissimuler sa honte dans le coin sombre d'un auvent, le boule-dogue le toisa méprisamment, et, feignant de le prendre pour un absurdement joli caniche en astrakan descendu de son étagère, il détourna lentement la tête où se fronça plus encore l'énorme ride qui sabrait son front, puis, levant dédaigneusement la cuisse, il le compissa.

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