‹ Prosper Mérimée et la RussieChapitre 26 sur 29 · Ihid., II · texte numérisé non relu

Ihid., II

BIBLIOGRAPHIE

22. Le Juif, Peiouchkof, Le Chien, trad. de Tourguéneff, dans les Nouvelles moscovites, paru en mai.

23. Histoire de la fausse Elisabeth II, dans Journal des Savants de juin 1869 [p. 330-345] et de juillet [385- 402]. — Le titre courant est : Histoire de la prétendue fille d' Élisabeth. On y trouve (p. 402) une anecdote personnelle : « Il y a quelques années, raconte Mérimée, un officier de mes amis ayant été mis aux arrêts dans la forteresse [de Pétersbourg], se promenait dans un des bastions. Un soldat lui montra d’un air de mystère un endroit prés du rempart. « C’est là, lui dit-il, qu’on a enterré la Tarakanof. » Le secret de cette sépulture avait été transmis de génération en génération par les soldats de garde. »

Je possède quelques lettres inédites, relatives aux recherches que Mérimée fit pour cette étude, adressées à Faugére, directeur des Archives du Ministère des Affaires Etrangères.

« Monsieur,

« Paris, 52, rue de Lille, ft 30 avril.

« Permettez-moi de vous soumettre la note ci-jointe et de vous demander avec beaucoup d’instance la communication des documents que vous pourriez avoir. Les archives Impériales de S. Pétersbourg ont communiqué à la société de l’Histoire nationale de Russie, toutes les pièces relatives à la fausse princesse Tarakanof. Elles sont imprimées dans le premier volume des mémoires de

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cette société Il est évident que le gouvernement russe n’attache aucune importance à cette affaire.

« Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de tous mes sentiments de haute considération.

« Mérimée. »

Nouvelle lettre quelques jours après :

« Monsieur,

« 15 mai 1869.

« A-t-on trouvé quelque renseignement sur la soi-disant fille d’Élisabeth? Je trouve que cette femme est arrivée à Venise dans les derniers jours de mai 1774 et qu’elle a logé chez le Résident de France. Elle avait pris le nom de comtesse de Pinneberg. Vers la fin de juin, même année, elle logeait à Raguse chez M. Desriveaux, consul de France. En février 1775, elle arrivait à Livourne et était enlevée par le C*® Alexis Orlof.

« Existe-t-il quelque document ^ relatif à cette femme dans la correspondance des Trois Consuls ? Je vous demande pardon de vous importuner ainsi, et vous prie. Monsieur, de vouloir bien agréer avec tous mes remerciements, l’expression de tous mes sentiments de haute considération.

« Pf Mérimée. »

La lettre suivante clôt la série :

1. CBopHiiK'fc pyccKaro iiCTopiiuecKaro OBmecTBa. Tom^b T. ByMani iiat /iL-ia o caMOBBariKL iisbLcthom no.o.t HMeiieM^B khhhîhbi TapaKanoBOÎf . Pétersbourg, ] 867.

2. Mérimée cite dans son article {Journal des Savants, 338) de longs fragments d’une lettre de M. Desrivaux à M. de Boynes, ministre de la marine, du 16 mai 1774.

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« Monsieur,

« Paris, 27 mai.

« Je vous remercie beaucoup des renseignements que vous avez eu la bonté de m’envoyer. Je suis si souffrant depuis quelques jours que je n’ai pas osé monter dans votre cabinet. C’est une visite différée seulement et j’espére que je pourrai bientôt aller vous remercier en personne.

<c Quant au séjour de la comtesse de Pinneberg à Venise, dans la maison du résident de France, je ne trouve d’autres renseignements que sa déclaration lors de son interrogatoire à Cronstadt. L’auteur d’une brochure allemande. Die vorgebliche Tochter der Kaiserin Elisabeth Petrowna, tient le fait pour certain, et il avait à sa disposition toutes les pièces réunies dans les archives de Pétersbourg. Je vois par une lettre du Prince Radziwill, qu’il avait fait préparer une maison à Venise pour la fausse Elisabeth. Peut-être sera-t-il arrivé à Venise ce qui arriva à Raguse, où le résident français croyant louer sa maison à un prince polonais, se trouva avoir chez lui une prétendante au trône de Russie. Il paraît d’ailleurs qu’en ce moment la France montrait une assez grande partialité pour les Polonais confédérés. Alexis Orlow croyait que la soi-disant fille d’Elizabeth était inspirée par la France, mais il était atteint de gallophobie.

« Veuillez agréer. Monsieur, avec tous mes remerciements, l’expression de mes sentiments de la plus haute considération,

« P"^ Mérimée. »

Et dans une lettre du 5 juin 1869 à M. de Gobineau, il expliquait son article :

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« ...Si le Journal des Savans passe la mer, vous verrez, dans la livraison de ce mois, un article aussi remarquable par l’aménité du style que pour la profondeur des pensées. C’est assez vous dire que j’en suis l’auteur. 11 s’agit de justifier Catherine II d’avoir laissé noyer dans un cachot une fille d’Elisabeth pendant une inondation de la Néva. L’empereur Alexandre ouvre ses archives aux gens de lettres et on a publié des pièces assez curieuses, d’où résulte que la prétendue fille d’Elisabeth était une drôlesse, et qu’elle est morte de la poitrine. Il y a dans tout cela des figures assez drolatiques, entre autres un amant de cette drôlesse, prince de Limbourg, rempli de gemüih et aussi niais que les Allemands le sont au Vaudeville. Nos archives se sont piquées d’honneur et m’ont fourni quelques pièces assez curieuses. Le fait mérite d’être cité.»

24. Lokis [histoire lithuanienne], dans Revue des Deux Mondes du 15 septembre [t. 183 J, p. 257-290, publié en 1873 dans les Dernières nouvelles^.

Il en existe deux traductions : MeoBii/it (Lokis) .diiTOBCKaH iiobLctb. IlepeBOZta. M. HiiJiiiiiCKaro. Kiew, 1885, in-ié, 84 pages; — .T^okiictt. PascKaa^L. Dans la Revue « BLcthiik'b iiiiocxp. JlriTepaTypni », 1891, no I.

Il avait écrit à Jenny Dacquin pour lui analyser cette nouvelle, qui « n’était pas pour le public ». Et il terminait : « Vous qui connaissez les ficelles, puisque je vous les dévoile, vous devinez tout de suite le pourquoi. C’est que ce monsieur est le fils illégitime de cet ours mal élevé. Che invenxjone prelihata. Veuillez m’en donner votre avis,

I . La nouvelle dans la Revue est intitulée : Le Manuscrit du Professeur IVittendmch.

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je vous en prie ^ » Il en fit une copie soignée qu’il envoya à Tourguenefï « pour la révision de la couleur locale » et il eut un moment l’idée de l’envoyer à l’Impératrice pour sa fête, mais il ne le fit pas. « Dieu sait ce que l’ours serait devenu au milieu du monde qui est à Compiégne. »

A la lecture, la nouvelle ne plut pas à Jenny Dacquin 2. « Pendant que je lisais, lui écrit Mérimée, je voyais bien sur votre visage que vous n’admettiez pas ma donnée. Il me faut donc subir la vôtre. Croyez-vous que le lecteur, moins timoré que vous acceptera ce conte de bonne femme, dit regard ? Ainsi, c’est un simple regard de l’ours qui a rendu folle cette pauvre femme et qui a valu à Monsieur son fils ses instincts sanguinaires. Il sera fait selon votre volonté. Je me suis toujours bien trouvé de vos conseils ; mais, cette fois, vous abusez de la permission 3. «Néanmoins, il fait les corrections qu’elle demande :

« J’ai recopié VOurs que vous savez et je l’ai léché avec un certain soin. Beaucoup de choses sont changées en mieux, je crois. Le titre et les noms changés également. Pour les personnes aussi peu intelligentes que vous, les manières de cet ours resteront fort mystérieuses. Mais on ne pourra rien conclure à son désavantage, quelque perspicace qu’on soit. Il y a une infinité de choses qui demeurent inexpliquées. Les médecins me disent que les plantigrades sont plus que d’autres bêtes en mesure de s’allier à nous ; mais naturellement les exemples sont rares, les ours étant peu avantageux. »

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