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heureusement plus que douteux : les premiers ont été légués à la Bibliothèque de Grenoble par M. Crozet; les seconds ont été rendus à la famille du voyageur après l’impression de son Journal, dont Mérimée avait en partie revu les épreuves. « J’ai la mauvaise habitude de brûler les lettres pour ne pas compromettre les belles dames, » écrivait celui-ci à Sainte-Beuve (i), qui se plaignait sans doute de ne rencontrer dans la Correspondance inédite de Stendhal que deux lettres adressées à Mérimée ; il avait fait le même aveu à l’Inconnue (ier juin i852), et, sur ce point, il faut l’en croire; mais quoiqu’il affectât de n’attacher aucune valeur aux autographes qu’il expédiait parfois à Requien, bien peu ont un intérêt réel parmi ceux dont il enrichissait les portefeuilles du curieux Avignonnais; Requien dut faire plus d’une fois aussi quelques échanges, car les «chiffons » annoncés par Mérimée ne se retrouvent pas tous au musée Calvet. Le catalogue de la vente Dubois-
(i) Lettre inédite, déjà citée, appartenant à M. de Spoëlberch
Fresnel (26 février 1876) prouve du reste que ces générosités lui étaient familières. Quand même? il se serait montré aussi libéral envers quelques autres amateurs, les cartons de la rue de Lille n’en devaient pas moins renfermer d’inappréciables curiosités. Ce qu’il faut encore à jamais regretter, ce ne sont pas seulement les notes, les fragments, les brouillons, que Mérimée, plus que tout autre écrivain, devait laisser et qui auraient peut-être révélé le secret de sa laborieuse perfection : c’est toute la première partie d’un livre auquel il avait travaillé avec passion et dont la seconde moitié existe seule, sans qu’il soit permis d’espérer encore sa prochaine publication ; il avait depuis longtemps terminé et même recopié de sa main une Histoire de César , et il l’avait communiquée à Napoléon III. On retrouva aux Tuileries, après le 4 septembre, les chapitres qui embrassaient la vie du dictateur depuis le passage du Rubicon jusqu’à son assassinat. Déposé à la Bibliothèque nationale, où il fut
permis à M. de Loménie de le parcourir, ce manuscrit a été depuis rendu au liquidateur de la liste civile (i), ainsi qu’une lettre à l’empereur (4 décembre 1861) sur diverses recherches relatives à César, une note sur la division du temps chez les Romains, et une autre note sur la forme des trirèmes, accompagnée d’un dessin de M. Viollet-le-Duc. Si soucieux qu’il fût de plaire au « bourgeois, » Mérimée dut éprouver quelque dépit secret à voir réduit ainsi à l’état de simple mémorandum un travail dont il avait songé pendant plusieurs années à faire son « maître livre » et qui, dans sa pensée, devait, avec Catilina et la Guerre sociale, lui ouvrir les portes de l’Institut. Il écrivait à Requien, le 2 5 octobre 1 838 : « Avez-vous entendu parler
( i) J’adopte ici. sans pouvoir les confirmer sur aucun point, les dires de M. de Loménie dans son discours de réception (p. 32 de l’édition in-8 et note). Ni le rapport de M. Jules Soury chargé de dépouiller les papiers concernant l’histoire de César retrouvés aux Tuileries (V. Journal officiel , n nov. 1870), ni le procès-verbal de remise de ces papiers par la Bibliothèque au liquidateur de la liste civile, ni les souvenirs personnels de ce fonctionnaire ne m’ont permis de retrouver la trace de ce manuscrit; il n’a pas été non plus déposé aux Archives nationales par MM. Lalanne, Bordier et Gagneur, avec les pièces publiées par la commission.
d’un nommé Jules César, lequel fut fait mourir l’an de grâce 44 ? J’écris la vie de ce drôle-là qui, comme feu M. de Robespierre, n’est point encore jugé. Je vous vois ouvrir de grands yeux, si vous ne riez pas dans votre vénérable barbe. Que voulez-vous? Je suis cuistre par profession et je commence à le devenir par goût : tant de gens qui m’ennuient se sont jetés à corps perdu sur le moyen âge qu’ils m’en ont dégoûté. C’est comme manger après les harpies qui, comme vous savez, faisaient caca sur la nappe... » Un voyage en Italie l’année suivante lui permit de recueillir sur place de nouveaux matériaux. « L’homme propose et Dieu dispose, » écrivait-il de Rome au même, le i5 octobre 1839. « Je ne comptais pas voir Rome, et je me suis laissé entraîner par M. Beyle. J’en suis on ne peut plus content (je dis de Rome). Mais il y a tant de choses à voir qu’on s’y extermine. La fatigue des jambes n’est rien auprès de celle qu’on éprouve à voir quarante mille belles choses en une ma-
tinée. » Dès son retour, la révolte des esclaves et le rapport sur les monuments de la Corse absorbaient tous ses instants. « J’ai travaillé comme un âne rouge, » écrit-il à Requien, le 5 février 1840. « J’ai rédigé et copié mon Mémoire sur la Corse, et depuis quinze jours je suis de nouveau dans les fureurs de la guerre sociale jusqu’aux oreilles. Je crois que l’on imprimera le Mémoire, qui fera un petit volume avec quelques dessins de dolmens sur bois. Je pense que cela vaudra mieux que les lithographies (1). Il n’y a plus de Don Juan à part (2). Je vous enverrai la Mosaïque si j’en retrouve, chose douteuse, en vous envoyant le Mémoire sur la Corse.
» N’envoyez ni saucissons ni artichauts, à
(1) Mérimée renonça à son projet ou obtint des résultats peu satisfaisants, car les Notes d’un voyage en Corse sont ornées de lithographies anonymes ; quelques-unes portent l’adresse de Lemercier, Bénard et O.
(2) Énigme bibliographique dont je n’ai pas la clé. Il est très probable qu’il désignait ainsi un tirage à part des Ames du purgatoire publiées d’abord dans la Revue des Deux Mondes du i5 août 1 834 ? puis dans le Dodecaton ou le Livre des Dou^e (iS3yy 2 vol. in-8). Mais ce tirage fut-il fait aux frais de M. Buloz ou de Victor Magen ? Toutes mes recherches ont été vaines.
moins que vous ne les portiez vous-même. Je me suis mis au régime anachorétique afin de mieux travailler. N’est-ce pas très édifiant ? Au reste, je me demande parfois le eut bono, car, après tout, je suis à peu près sûr que le Raoul Rochette prendra sa revanche en me fermant avec fracas la porte au nez. Mais il y a des exemples consolants qui m’empêchent de me pendre. Il a maintenant des moustaches si terribles qu’il ferait peur à qui ne le connaîtrait pas. » Ce moment de découragement passait vite, et V Essai sur la guerre sociale était à peine imprimé avec un luxe sévère chez Firmin Didot, que Mérimée revenait à César. « Je suis très préoccupé, » écrivait-il à un de ses amis dans une lettre datée du 18 juillet 1841, et citée par M. de Loménie, « je suis très préoccupé d’un volume qui comprendrait les premières années politiques de César, période pendant laquelle sa vie ressemble beaucoup à celle du conspirateur que je vis l’autre jour au mont Saint-Michel (1).
(1) Barbés.