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(Extrait du Rapport présenté au nom de la Commission d'enquête sur les soufirances du commerce et de l’industrie. —Sénat, séance du 21 mai 1878.)
Cette exagération dévait être suivie de déceptions, d'autant plus cruelles en Europe, qu’en même temps que la production s’y développait à l'excès, une véritable révolution économique s’opérait aux Etats-Unis d'Amérique. A l'abri d’un système presque prohibitif ‘ puisque les droits de douanes atteignait 50, 60 et même 90 pour cent,” les Etats-Unis, jusqu'alors pays de consommation, ‘‘ organisaient une industrie puissante dont les produits ‘ peuvent maintenant rivaliser DE BON MARCHÉ avec ceux de l'Angleterre elle-même.”
Page 4.) | Jadis l'Amérique se bornait À nous envoyer des peaux que nous préparions et qui lui étaient
réexpédiés en grande partie après avoir été transformées en cuirs. Maintenant, les Etats-
Unis ont créé des tanneries coloss:les et un seul établissement prépare 500,000 peaux par an. Là encore d’importateurs les Etats-Unis sont devenus exportateurs. Ils ont à meilleur marché que nous les matières qui forment les éléments de la tannerie, et ils ont des peaux brutes, les bestiaux étant abattus dans les prairies de l'Ouest, moins pour servir à l’alimentation que pour utiliser leurs débris. Pendant que le tan coûte chez nous 150 francs les 1,000 kilogrammes, on se procure aux Etats-Unis les matières tannantes à 45 francs. La main-d'œuvre est beaucoup moins élevée,
Le projet de tarif des douanes soumis à la Chambre des Députés, propose d’abaisser le tarif général, en ce qui concerne les cuirs et la plupart des autres produits, au niveau du tarif conventionnel de 1860. 11 en résulterait que ‘sans réciprocité de la part des Etats- Unis,” les peaux préparées en Amérique pourraient entrer avec un droit de #1o au keu de 25 à 30 pour cent à la valeur; il e:t presque prohibitf ‘La tannerie française s’est ‘ vivement émue à la nouvelle de cette combina:son, qui serait désastreuse pour elle et qui ‘ ferait qu'une paire de bottes vendue 25 francs en France, paierait $8.7$ centins de droits ‘6 aux Etats-Unis, tandis que le même article ne serait grevé en France que d’un droit de un ‘ franc environ.”
Les délégués de l’industrie de la tannerie protestent contre un abaissement ainsi radical des droits américains, et ils demandent qu’on ne fasse les concessions aux Etats-Unis Qu’EN ÉCHANGE D’AUTRES CONCESSIONS, (Pages 26 et 27.)
La Chambre de Commerce de Boulogne-sur-Mer constate un ralentissement dans l’exportation des chaussures.
M. Fortier-Beaulieu, membre du Tribunal de Commerce de la Seine, a déclaré devant la commission que les fabricants de chaussures se joignaient à l’industrie de la tannerie dans ses réclamations. Des fabriques considérables de chaussures se sont montées aux Etats- Unis, et ‘‘si on abaissait les droits, les manufactures de chaussures prendraient de grandes ‘“ proportions.” (Page 28.)
En résumé, aujourd’hui, les Etats-Unis fabriquent #roûs cent mille montres par an, soit le cinquième de la production européenne. Ils exportent des montres même à Genève, et la Suisse, SI LIBRE-ÉCHANGISTE, RELÈVE ses tarifs et cherche à se protéger contre les Etats- Unis. Du reste, les tendances protectionnistes de la Suisse ne se manifestent pas seulement en faveur de l’horlogerie, elles s'étendent encore à beaucoup d’autres articles. (Page 33.)
Ainsi que nous l'avons déjà expliqué, la crise industrielle et commerciale remonte à la fin de l’année 1875.
Elle a été le résultat de l'excédant de la production sur la consommation, excédant provoqué par les développements extraordinaires de l’industrie en Angleterre et sur tout le continent, après la guerre de 1870-71. D'autre part, les Etats-Unis ont fermé leurs marchésy; ‘ils ont créé à l’abri de la protection une industrie des plus puissantes,” qui, presque to s les articles, entre en concurrence avec les manufactures de l'Angleterre et de l’Europe dajss le monde entier, il y a là une véritable révolution économique qui déconcerte tous les calcuy . Il suffit de parcourir les journaux anglais, de consulter les rapports des Consuls britanniq es aux Etats-Unis, et ceux des Chambres de Commerce de la Grande-Bretagne, pour se convaincre de l'émotion qui règne de l’autre côté du détroit,
L’Angleterre s’était outillée pour approvisionner le monde entier de ses produits manufacturés. Elle avait rêvé d’être le grand atelier dans lesquelles les matières premières de tous les pays viendraient recevoir leur préparation. Elle avait pour cela des navires qui lui apportaient le coton, les minerais, la laine, tout enfin, et qui s’en retournaient chargés de produits manufacturés. Elle avait la houille, le fer à bon marché. Ses broches, ses métiers à tisser, ses usines étaient et sont encore innombrables. ‘* Quand il avait converti ses ‘ compatriotes au libre-échange, eux qui avaient fait de la prohibition pendant des siècles,
‘“ Richard Cobden avait conçu un’ projet grandiose et l'Angleterre peut lui élever des ‘€ statues.”
Mais Cobden pouvait-il prévoir qu'un jour -ricains s'aviseraient de filer et de tissét leurs cotons au lieu de les envoyer aux ma’ ;s de l'Angleterre? Pouvait-il prévoir que les Etats Unis, qui ont tout sur place .e charbon, le coton, les matières premières, fermeraient leurs marchés et se couvrira sines ? Pouvait-il se douter que, dans ce pays de consommation, on aurait des manufa , de 400,000 broches et de 3,500 métiers à
tisser, comme celle de Lowell ; qu’une seule usine fabriquerait 450 locomotives par an, en un mot que ce nouvel Etat rivaliserait avec l'Angleterre et enverrait ses cofonnades jusqu'à Manchester, sans parler de ses montres qu'il expédie à Genève ? Et l'Allemagne, qui aurait sapposé qu'elle développerait son industrie métallurgique comme elle l’a développée et que l'usine Krupp deviendrait l’une des plus grandes de l'Europe ?
En un mot, après avoir bénéficié dans de larges proportions du régime qu’elle avait su faire adopter un peu partout, l'Angleterre a aujourd’hui des rivaux : les Américains d’abord ; ses propres sujets des Indes ensuite ; les Allemands pour la métallurgie, Les marchés se resserrent devant elle et la concurrence devient tous les jours plus formidable. Ainsi des cris d'alarme retentissent-ils de Londres à Manchester. On lutte toujours, on produit sans cesse et quand même ; mais les stocks s'accumulent, et les manufacturiers de Lancashire ont dû proposer à leurs ouvriers une réduction de salaire de 10 pour 100 et leur partie des frais de cette lutte à outrance qui se terminera par un grand désastre industriel. Les ouvriers se sont mis en grève Enfin, il y a là une situation des plus critiques, une situation qui ne date pas d'aujourd'hui et qui a eu son contre-coup en France.
Les cours des produits manufacturiers en Angleterre se sont avilis à ce point qu’on a vendu à Paris à 25 centimes le mètre des stocks de tissus dont le prix de revient est de 30 ou 35 centimes. Pour ne pas faisser envahir le marché, les producteurs français ont dû eux-mêmes faire de grandes concessions et vendre à perte. Là est le secret de la crise.
Un retour au régime de la prohibition, ou même à celui d’une protection exagérée ne saurait être demandé par personne, encore bien que les Etats-Unis en aient largement usé. Mais il faut constater, cependant, qu’une RÉACTION SENSIBLE S’EST MANIFESTÉE DANS TOUTE L'EURGPE CONTRE L’'APPLICATION DES DOCTRINES ANGLAISES,
La Aussie est restée protectionniste ; elle élève toujours ses droits, elle exige qu’ils soient payés en or, et elle donne des primes à ceux qui établissent chez elle des usines,
L’Autriche-Hongrie hésite à conclure de nouveaux #raités de commerce,
L'Italie, dans le projet de traité avec la France, sous fait sabir des élévations de droits préjudiciables à un grand nombre de nos industries.
La Suisse a relevé ses tarifs, dans de fortes proportions.
Enfin l'Allemagne se prépare à relever ses droits. La détresse de l’industrie de l'Alsace, détresse au sujet de laquelle votre Commission a reçu des renseignements précis, #e justifie que trop cette abitude de l'Allemagne.
Nous ne discutons pas, nous nous bornons à constater ce qui est de notoriété publique. (Page 54.)
Il y a en Europe des gens plus forts que nos piètres libéraux libre-échangistes de par la volonté de M. MacKenzie. Il y a par exemple le prince de Bismarck. Il a tenté l'épreuve et elle lui a mal réussi. C’est pour cela qu’à l'ouverture du Parlement allemand, Bismarck fait dire ce qui suit dans le discours du trône :
‘“ Le discours du trône parle de la dépression générale du commerce et de l’industrie en Al'emagne et dans le monde entier et déclare que le but de la. politique du gouvernement sera de ‘* protéger l’industrie allemande contre les effets désastreux,” contre les tarifs tout à l'avantage des autres pays. On aura ce but particulièrement en vue, dans les négociations prochaines pour le renouvellement des traités.”
Quelque temps après il disait en parlement :
‘ J'ai donné au libre-échange un essai loyal, il ne paraît pas avoir rendu service au pays au triple point de vue commercial, industriel et financier. Je suis accablé de lamentations relativement au déclin du commerce et à la ruine des manufactures avec des assurances — de la part de gens pour l'opinion desquels j'ai le plus grand respect — qu’une protection partielle et modérée apportera un remède au mal. En conséquence je me propose de donner à la protection une occasion d'améliorer la condition des dames ouvrières et manu:
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