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A la séance de 2 maidans le Æeschstag, le prince de Bismark a de nouveau insisté sur la nécessité d’une réforme douanière et fiscale :
Un autre reproche, dit le chancelier, adressé à l’état de choses qui a existé jusqu'ici, c’est que l’industrie nationale est mal protégée contre la concurrence de l’étranger, Nous avons besoin de droits protecteurs modérés, Nous ne demandons rien de plus. Nous n'avons connu jusqu'ici que le libre-échange, et, bien que ce re fût pas celui que rêvent les idéalistes, il a soulevé de puissantes oppositions ; il nous faut reconnaître que nous sommes devenus un débouché pour l’excès de production de l’étranger et qu’il est nécessaire que nous fermions un peu nos portes.
L'idée d’un grand commerce d'exportation est toujours réalisée d’une façon insuffisante. Dans les traités de commerce, la question qui se pose est toujours celle-ci : ‘* Qui des deux nuira à l’autre ?”’ Et c’est une question à laquelle on ne peut répondre qu'après une série d'années. Si la protection devait ruiner un pays, la France aurait été ruinée depuis longtemps. La Russie prospère également grâce à la protection, tandis que les pays ouverts vont à reculons. Je n’en n’excepte pas l'Angleterre elle-même, qui en arrive, elle aussi, au protectionisme. Depuis que nous avons abaissé nos tarifs autant que nous l'avons fait, nous allons en nous affaiblissant.
Pour remédier à cet état de choses, nous ne pouvons recourir à des théories ; nous devons nous appuyer sur des expériences pratiques. Il s’agit en cela, non de questions politiques, mais de questions purement économiques. Je voudrais que les susceptibilités de partis et de fractions fussent mises de côté pour traiter cette question qui ne concerne que des intérêts. Le peuple allement demande à être fixé sur son avenir économique. Il est avant tout nécessaire de faire cesser l’incertitude. Mieux vaudrait tout de suite repousser les projets que d'en traîner la discussion en longueur. (Applaudissements.) *
Au mois d'Avril de la présente année, 1870, il a été tenu à Paris une trèsimportante réunion des chambres de commerce favorables au régime de la protection. Le but de la réunion était de protester centre la démarche de dix-huit chambres de commerce libre-échangistes, qui, comme on le sait, ont réélamé à M. Tirard le maintien pur et simple des tarifs douaniers
actnels. Cinquante-huit chambres de commerce ont pris la résolution d’envoyer des délégués à la réunion."
Outre les délégués des cinquante-huit chambres de commerce, un grand nombre de sénateurs et de députés assistaient à la réunion. On remarquait, entre autres, MM. Pouyer-Quertier, Cordier, général Robert, amiral Dompierre d’Hornois, sénateurs; des Rotours, Richard Waddington, René Goblet, sous-secrétaire d'Etat à la justice ; Estancelin, etc.
Nous extrayons le passage suivant du discours de M. Pouyer-Quartier :
Que ceux qui ont fait les traités de 1860 viennent aujourd’hui contempler leur œuvre. Les chambres de commerce sont unanimes à protester contre le libre-échange. Les industries cotonnières, lainières, les lins, les jutes, etc., ne peuvent pas continuer à fabriquer dans les conditions actuelles. Quand à la soie, il en est autrement ; Lyon reste libreéchangiste, mais il ne dit pas pourquoi. Les statistiques douanières sont cependant unanimes à constater que Lyon, depuis 1860, a vu diminuer considérablement son exportation de 500 millions, elle est tombé à 250 millions. C’est Lyon qui paie ses ouvriers au plus bas prix, à 50 ojo au-dessous de ce que les ouvriers sont payés dans le Nord.
Lyon a perdu plus de 2 millions depuis vingt ans. Mais Lyon n’est pas toute l'industrie de la soie. Or, ceux qui moulinent, qui filent la soie sont protectionnistes. Alais demande la protection. Le commerce de Lyon est composé de commissionnaires, de négociants, et non de producteurs ; et c’est là qu’il faut chercher le secret de leurs opinions libre-échangistes. Le jour où nous cesserons de produire, c’est l’Angleterre qui nous fournira des produits manufacturiers. Ce jour-là, ce sera la ruine de nos fabriques, de nos chemins de fer, de notre commerce et de notre industrie métallurgique, c’est pour cela qu’il faut lutter.
Mr. Pouyer Quertier donne ensuite lecture de la lettre suivante, adressé à M. Tirard, ministre de l’agriculture et du commerce, par les délégués des chambres de commerce protectionnistes :
‘ Paris, le 1er mai 1879.
‘6 A Monsieur le Ministre de l'Agriculture et du Commerce,
‘4 Monsieur le Ministre,
‘“ Les relevés de 1878 sont encore plus défavorables, mais nous ne les invoquerons pas bien persuads que les chiffres qui précèdent suffisent pour établir que l'essor dont on a parlé n'a été donné qu'aux importations de l'étranger.
‘ Et cependant, Monsieur le ministre, c’est au nom de notre exportation qu’on invoque le maintien des tarifs actuels, sous prétexte que si nous relevions ces tarifs on userait de représailles à l'extérieur,
‘6 Mais, est-ce que l'Italie, l'Espagne, la Russie, l’Autriche-Hongrie, les Etats-Unis, les colonies anglaises n'ont pas pris les devants? Est-ce que l'Allemagne n’est pas à la veille de relever ses droits de douane? Les portes se ferment devant nous avant que nous ayons pris des résolutions au sujet de nos tarifs. En réalité, on voudrait condamner la Frarce à servir de déversoir à l'excès de productions des autres pays. Les grands pouvoirs publics ne s’auraient s'y résigner.
‘ Les besoins de notre agriculture et de notre industrie ont été exposés à la commission du tarif général des douanes. Nous supplions le Gouvernement et les Chambres de tenir compte des dépositions de l’enquête.
‘“ Le statu quo serait, Monsieur le ministre, la consécration d'erreurs regrettables, en même temps que la continuation d’un état de choses condamné par une expérience de vingt années, condamné par les nations qui nous avaient suivis dans la politique économique de
‘ En conséquence, nous protestons contre la démarche des chambres libre-échangistes.
‘ Nous réclamons des tarifs efficacement compensateurs, qui assurent l'existence de nos industries,
‘Nous émettons le vœu que les nouveaux tarifs douaniers soient votés sans retard et appliqués, sans aucun délai, à partir du 1er janvier 1880.”
M. Wilfram-Mollet, président de la chambre de commerce d’Amiens, reprend une partie des arguments de M. Pouyer-Quertier, répudie énergiquement toute espèce de traité de commerce, et réclame l'établissement d’un tarif douanier. ’
L’orateur donne ensuite des chiffres qui démontrent la décroissance continue de nos exportations et l'augmentation de nos importations. Cette situation est épouvantable.
{1 faut reprendre notre liberté. Au premier janvier 1880, nous allons la reconquérir ; profitons-en, et alors on verra de nouveau l’essor de notre industrie.
Alors, nous pourrons attendre, étudier les nations qui nous entourent, et abaisser nos tarifs ou les élever, selon l'expérience que nous aurons acquise, Ne faisons pas comme le Portugal, qui, lui aussi, a fait du libre-échange. Qu’e:t-il arrivé? Les Anglais ont détruit l’industrie portugaise, et quand les commerçants portugais n'ont plus eu d'argent, plus de marchandises, plus de titres pour payer, i:s ont payé avec leur terrain, et aujourd’hui les Anglais sont les maîtres du Portugal. Ce rest pas cela que nous voulons.
L’orateur montre ensuite que notre situation vis-à-vis de l'Allemagne résultant du traité de paix, situation qui nous oblige à donner à l'Allemagne le traitement de la nation la plus favorisée, nous commande la plus grande réserve et nous interdit de conclure de nouveaux traités de commerce. On voit tous les jours lord Lyons chez M. Waddington.
Mais lord Lyons est toujours suivi du prince de Hohenlohe. Pourquoi? C’est que si nous faisons une concession à l'Angleterre, l'Allemagne viendra immédiatement nous demander les mêmes concessions, autorisée qu’elle est par le traité de paix ou plutôt de guerre qu’elle nous a imposé. Donc, pas de traités de commerce. (Applaudissements.)
M. Borel, président de la chambre de commerce dr Carcassonne, prend ensuite la parole et s’associe chaleureusement aux paroles prononcées par M, Pouyer-Quertier,
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L'orateur fait un tableau désastreux des souffrances de l’industrie dans l'Aude, A Car. Cassonne, au lieu de 40 mille pièces de draps fabriquées jadis, Carcassonne a réussi à peine à placer 4,o00 pièces de draps cette année, La tannerie, la papeterie, la chapellerie, la brosserie, souffrent également et demandent un prompt remède. (Applaudissements.)
Ecoutons M. Thiers. En 1870, M. Thiers discutant la situation économique de la France, déclarait que la protection seule pouvait la sauver. Nous citons la première partie de son discours. Onfdirait que M. Thiers parlait pour le Canada.
Nous engageons vivement nos lecteurs à lire ces courts extraits d’un homme autorise à parler, qui, au soir d’une longue carrière, offre les lumières de son expérience: