TRAGÉDIE EN UN ACTE
NOTE DES TRADDCTEURS
Protéêilaê 9t Laodmmiê tai publié pour la prtmière fois en 1899. CTett doue chronologiquement une des premières csu- Tres qui marquent le période de maturité du grand poète polonais. Cette époque comprenant les dix dernières années de sa vie, s'ourre par la première version de la Ligêndt^ parue en 1897. Parmi les œuvres dramatiques de Wyspianski, seuls sont antérieurs : le libreito d'opéra intitulé DanUl, écrit en 1893, ainsi que quelques fragments, le tout publié seulement après la mort de Tauteur. La Légende (remaniée complètement sept ans plus tard et devenue dans cette nouvelle rédaction la plus puissante réalisation du symbole favori de Wyspianski : Noces-enterrement] fut suivie au courant de la même année 1897, de Méléagre et, l'année suivante, de la rartovienite. Simultanément avec ProtésiUa fût écrit, en février 1899, LeUwel.
Par la modicité de ses proportions et surtout la simplicité de sa composition, ProtéeilM et Laodamie est à la plupart des vastes drames et des puissantes tragédies qui l'ont suivi ce qu'un lied de Schumann serait aux symphonies de Beethoven. Résumant la mélodie-maitreise, le leit-motUt du théâtre de Wyspianski, cette tragédie peut être considérée comme une introduction à toute rœuvre de son auteur, comme une sorte d'ouverture; mais c'est seulement en rapport avec Tensemble de cette œuvre que se précise son sens symbolique. Cette pièce « grecque », où longtemps on n'avait vu qu'une brillante tentative de reconstitution du théâtre antique, est, au fond, encore une de ces formes synthétiques que prend aux yeux de Wyspianski la tragédie de la Pologne contemporaine : « le dépérissement de r&me w, Cest précisément de ce sens, et des perspectives dont il nous apporte la révélation sur le présent polonais, que résulte Tintense vie intérieure de cette élégie dramatique. La reine Laodamie (ce rôle tai joué en Pologne par la célèbre tragédienne polonaise connue en Angleterre et en Amérijjjae sous le nom d'Hélène Ifodjeska) n'est qu'un des aspects de Vdme polonaiêe: ne pouvant regagner son amour perdu à Jamais «- sa
liberté et sa gloire <— elle se consume en langueurs, 8*y épuise en évocations funèbres du passé, Jusqu'à y égarer ta raison et sa conscience, et finit par trouver la délivrance dans le suicide.
Pressentie seulement par feu Stanislas Brzozowski, Témi-' nent philosophe et critique, cette signification symbolique est confirmée par maints détails de la tragédie. Ainsi Is joie « nuptiale » qui, en face dé la mort, anime Laodamie, correspond à un phénomène très particulier de la vie polonaise que l^yspianski observe partout autour de lui. De cette conception funèbre de V « hilarité nationale » naîtra, en novembre 1900, son plus célèbre drame: les Noces^ vision prophétique de Venterrement proche des derniers espoirs nationaux. En 1904 ce drame sera suivi par la seconde version de la Légende qui, reprenant et amplifiant le thème des Noces t\e placera non plus dans le cadre de la vie contemporaine, mais dans celui du mythe préhistorique. De môme, la barque de Gharon qui apparaît à la fin de Protésîlas^ combien de fois ne la reverrons-nous pas dans le théâtre de Wyspianski 1 N'est-ce pas sur cette barque, dominée par un m&ten forme de croix, que dan^s la Légion Mickiewicz, incarnation sublime d'un tragique destin national, conduit les Polonais vers une mort inévitable?
Trois fois Laodamie crut atteindre Tombre de Protésilas, comme ^rois fois — sous Kosciuszko, en 1831 et en 1863 — la Pologne, les armes à la main, tenta en vain, de reconquérir son indépendance. (« Trois fois, déjà, j*ai failli Tatteindre, et trois fois mes mains s'empressèrent en vain »)• La quatrième révolution que, vers la fin du siècle passé, entreprit la 'génération de Wyspianski (« la Jeune Pologne »] ne fut qu'une révolution intellectuelle, dans le domaine de la littérature et deà arts. Combattue sournoisement par tous les éléments réactionnaires du pays, elle a déjà, à Theure qu'il est — à l'exception de quelques vrais talents, s'isolant de plus en plus dans leur œuvre personnelle — sombré dans la plus lamentable des décadences. (« Aujourd'hui mon regret est trois fois, quatre fois plus atroce »). — Voir, pour ce qui con-
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cerne la littérature polonaise de cette période : St. Brzozo^ &ki, La Légende de la Jeune Pologne (1909) ; pour Tart : A. db Laoa. Ctbulski, Dans le marécage de Vart polonais (1911); et pour l'extinction de tout le mouvement jeune-polonais : Uâme polonaise au cabaret, du même auteur (en polonais).
Mais même en faisant abstraction complète de son sens symbolique Protésilas et Laodmmie garde sa pleine valeur comme œuvre d*art (le symbolisme de Wyspianski est tout autre chose que de Fallégorie et il reste forcément incompréhensible pour tous ces compatriotes du poète qui, contre Tévidence des faits, s'obstinent à ne pas voir sa signification prophétique ou croient pouvoir la démentir... par de naïfs mensonges ou des injures). D'un monde qui souvent semble épuisé à fond, et qui chez cet auteur reste vivant, parce que vécu et Vu d'une manière personnelle, il sait faire surgir une beauté nouvelle et toute moderne. Ce monde grec, qu'il connaît à fond, en philologue et en archéologue, ne cessera jamais de hanter l'imagination de Wyspianski, sans jamais asservir sa fantaisie poétique. Dans VAchilleîde, ce sert riUade tout entière qui, en l'espace d'une seule nuit, revivra, tragédie des âmes, rendues conscienteSt des héros homériques; dans la Nuit de Novembre, ce seront les divinités de l'Olympe qu'on verra descendre dans les rues de Varsovie et s*y mêler aux hommes préparant la révolution de 1831 ;'dans i^Aropo^ts, enfin, c'est Homère et la Bible se fondant en une seule vision deCracovie, l'ilion polonais, au-dessus duquel retentissent déjà les croassements néfastes des corbeaux de Gassandre
Protésilat et Laodamie ne fait connaître que certains côtés de l'art extraordinaire ment riche et complexe de Stanislas Wyspiaaski ; cette courte pièce est surtout prédense parce qa'elle nous révèle l'attitude prise par son auteur à l'égtrd de la tragédie elasslque. Il snffîra, par exemple, d'étudier d'un peu plus près les éléments à travers lesquels se réalise le sort de 1* « héroïne » — malédiction paternelle, agissements du monde somatarel que rêve Laodamie, et sa propre faute — pour voir en quoi il suit, disciple fidèle, la tradition grecque, et en quoi, novateur, il la transforme et la renouvelle.