INTRODUCTION
Lorsqu'il s'agit de sujets historiques et de faits positifs, il n'y a rien à inventer; la narration fantaisiste n'est pas même admissible. La mission du chroniqueur doit se limiter à résumer ces faits , à les coordonner et à les présenter sous la forme la plus claire, la plus vraie et la plus convenable, entièrement en accord avec l'idée qui préside à ce travail et qui le détermine.
Nous n'avons donc pas la prétention de vouloir présenter dans ce mémoire une matière nouvelle. Nous avons voulu seulement rédiger une notice résumée de ce qui est déjà écrit et répandu sur
Tesclavage et sur la traite des noirs dans les colonies portugaises et abréger ainsi clairement quelques faits constants des archives officielles et de diverses publications. Notre soin n a consisté qu à extraire succinctement, à réunir et enchaîner dune manière convenable ce que nous avons trouvé de plus intéressant dans les documents cités plus haut, et qui nous a paru devoir servir le mieux à renonciation légitime des efforts civilisateurs du Portugal dans le continent africain, et à la défense de sa bonne renommée et de la grande part qui lui revient indubitablement dans la tâche pénible, glorieuse et désintéressée quil accomplit, comme puissance coloniale, depuis quatre siècles.
Parmi les éléments qui ont servi de base à notre travail, nous indiquerons dune manière plus spéciale les suivants :
The life of Prince Henry of Portugal sarnamed ihe Navigator, by Richard Henry Major.
Des origines de l'esclavage moderne en Portugal, par Antonio Pedro de Garvalho, 1 877.
Le Portugal et le mouvement géographique moderne. Rapport lu à la première séance solennelle annuelle de la Société de Géographie de Lisbonne, par Luciano Gordeiro, 1877.
Les colonies portugaises. Court exposé de leur situation actuelle, par Miguel de Bulhôes, 1878.
La question du Zaïre. Le Portugal et la traite des noirs. — Lettre de la Commission nationale africaine de la Société de Géographie de Lisbonne à tous les instituts et à toutes les sociétés en rapport avec cette dernière, i883.
Africa : Pasi and présent, by an old résident, 1 885.
Afrique: Passé et présent, par un vieux résident, i885.
The Mozambique and Nyassa; slave trade, by lieut. H. E. O'NeiU R. N. (consul de S. M. Britannique à Mozambique), juin i885.
Mozambique et Nyassa; traite des noirs, par le lieutenant H. E. O'NeiU R. N. (consul de S. M. Britannique à Mozambique), juin i885.
Répertoire alphabétique et chronologique ou index de la législation d'outre-mer, par Joao José da Silva, juge civil du district de Macao, 1 886.
Capture et traite des noirs, mémoire par Antonio Hygino Magalhâes Mendonça, 1888.
Collection de la législation d'outre-mer.
Le Portugal se présente devant les nations de TEurope comme celle qui a acquis des droits les plus anciens à la gratitude universelle, par la priorité de ses découvertes, par la sincérité de ses efforts et par la grandeur de ses sacrifices. L'histoire des quatre derniers siècles démontre clairement à l'investigateur 'attentif et impartial l'abnégation et la dignité avec lesquelles le Portugal a su ouvrir les routes de l'océan, découvrir des continents inconnus, propager la foi chrétienne et établir des entrepôts commerciaux des plus importants.
Dans le rapport qui précède le décret humanitaire du 10 décembre 1 836, on affirme glorieusement, et nous le répétons avec satisfaction, qu'wil n'y a pas un seul document dans toute la première époque de nos découvertes qui ne prouve que le but principal et presque unique du Gouvernement portugais était la civilisation des peuples au moyen de rÉvangile. Le commerce, bien qu'étant aussi un moyen civilisateur, ne fut que secondaire , et la domination fut une nécessité consécutive , non un motif. »
Ce ne fut ni le Portugal , ni quelque autre nation de race blanche que ce soit, qui imagina l'état d'esclavage en Afrique. Gette odieuse institution sociale date, dans le monde entier, des temps des premiers rapprochements d'hommes, et du moment où les plus ambitieux voulurent dominer les plus faibles et les plus ignorants. Rien que dans le continent africain , selon le calcul de Mungo Park, la quantité de gens soumis à l'état d'esclavage est des trois quarts de toute la population.
Ge ne fut pas seulement le Portugal qui eut des esclaves, qui s'en servit dans ses colonies et qui ensuite les transporta dans d'autres pays. La France, l'Espagne et l'Angleterre procédèrent de la
Conférence de Bruxelles. 3
même manière, obéissant aux idées du temps, qui leur faisaient accepter un fait social exigé par les relations commerciales et politiques qu ils prétendirent établir en d autres pays.
Ce fut dans Tannée iliiig on 1 43o , après que Gil Eannes eut doublé le capBojador, que le pays des Azenegues fut découvert, et qu un grand nombre de ces Maures captifs vinrent dans le royaume.
Plus tard, en 1 434 il parait, peu de temps après la découverte de la Côte-d'Or, un capitaine portugais, Antonio Gonsalves, venant y débarquer, amenait avec lui quelques nègres pour les vendre à des familles maures du sud de l'Espagne. Et il n est pas étonnant que le premier négrier fût portugais, quand ses nationaux avaient été les premiers navigateurs et les premiers à faire des découvertes le long de la côte africaine.
Ce qui paraît être aussi vrai, c'est que cet acte fut alors déjà très critiqué, et donna cependant origine à cette coutume , très suivie ensuite par tous les capitaines qui allaient à la Côte , d'en emmener quelques nègres esclaves des deux sexes, d abord comme simple curiosité , et, par la suite, comme article principal d'un grand et profitable trafic.
Qui plus est, on voyait les sociétés chrétiennes de la péninsule espagnole, familiarisées depuis des siècles avec la fréquentation intime des musulmans, chez lesquelles la traite des noirs était une coutume et une loi; c'est ainsi que l'usage de l'importation d'esclaves arrachés à la conquête s'implanta avec la plus. grande faciUté dans nos mœurs, qui d'ailleurs étaient toujours douces, et Ton remarque que, chez nous, l'esclave faisait, pour ainsi dire, partie de la famille, et adaptait sa malheureuse existence à^ la manière d'être de ses maîtres; il était encore esclave, mais il était déjà chrétien; il était encore esclave, mais il avait déjà monté un degré vers son affranchissement.
Llnfant D. Henrique , le plus grand propagateur des découvertes et des gloires maritimes portugaises au XV* siècle, et un des hommes qui, par leur position, par leur savoir et par leurs inclinations ont contribué le plus à encourager la navigation et la connaissance de mondes ignorés, n'est pas lui-même exempt du soupçon d'avoir encouragé le commerce d'esclaves maures et nègres pour le continent européen , parmi les équipages des navires qu'il envoyait explorer l'Afrique.
On doit cependant remarquer que son but principal était d'arracher les musulmans et les nègres à leur primitive dégradation spirituelle, morale et physique, en ajoutant aussi à la richesse de son pays par l'augmentation de bras à bon marché; il se flattait d'ailleurs que ces captifs étaient amplement récompensés par les avantages réels que la civilisation imprimait chez eux.
En outre, selon le témoignage des écrivains contemporains, Azurara, Diogo Gomes de Cintra et Cadamosto, la 'violence répugnait toujours au cœur dellnfant; et, toutes les fois que, selon les idées du temps, il devait recoiu'ir à la capture de prisonniers dans les conquêtes qu'il faisait, il recommandait paternellement aux marins d'en user avec douceur avec les indigènes et de s'abstenir de les maltraiter.
D'après l'opinion de M. R.-H. Major, érudit biographe anglais de notre Prince, on doit admettre que le témoignage indépendant de trois contemporains aussi illustres est plus que suffisant pour efiacer de la mémoire de ce grand homme l'imputation de cruauté attribuée à la manière dont il faisait la déportation de ces nègres.
De tels esclaves prisonniers, qu'ils fussent maures ou nègres, adoptaient facUement le christianisme; ils étaient traités avec bienveillance, et l'on ne faisait aucune différence entre eux et d'autres serviteurs nés libres en Portugal. Plus encore, ceux qui étaient enfants apprenaient des métiers; et quand , parmi ceux-ci , il y en avait qui montraient de l'aptitude à se gouverner eux-mêmes , ils étaient libérés, mariés à des femmes du pays eft ^recevaient une bonne dot, comme si les maîtres qui les affranchissaient fussent réellement leurs pères.
Ces maîtres reconnaissaient parleur libéralité les bons services qu'ils avaient obtenus des esclaves.
Comme preuve de la sincérité de nos intentions à faire la conquête des infidèles , nous citerons Azurara, le plus ancien chroniqueur des faits que nous rapportons, qui nota que, de neuf cent vingt-sept individus qui vinrent jusqu'en i/l48, année dans laquelle D. Affonso y sortit de la tutelle de son onde, « la plus grande partie fut remise dans le véritable chemin du Salut».
• Il y avait des dames portugaises veuves (c'est encore Azurara qui ledit) qui traitaient les jeunes
captives sur le pied d'égalité avec leurs filles, en leur laissant des biens par leurs testaments, afin qu elles arrivassent à se marier et qu elles fussent considérées comme libres. « Moi-même — dit-if encore — fus invité souvent par des dames à assister au baptême ou au mariage de plusieurs de ces captives , fêtes dans lesquelles on observait le même cérémonial que s'il se fût agi d'ime personne de la plus haute condition. »
L'Église sanctionnait nos conquêtes par la voix des pontifes. Quand on reçut dans le royaume les premiers esclaves azenegues, llnfant envoya à Rome, comme ambassadeur, Fernando Lopes d'Azevedo. Le pape accorda le pardon de leurs péchés à tous les chrétiens qui mouraient dans la guerre que D. Henrique faisait alors contre ces Maures; Martin V lui concéda l'autorité de seigneur sur les pays qu'il découvrirait jusqu'aux Indes, et ses successeurs, Eugène IV, Nicolas V et Sixte IV confirmèrent cette concession. Pendant le règne de D. Duarle , le légat du pape Eugène vint en Portugal apporter la bulle de croisade contre les infidèles. L'Infant remettait le drapeau de la croisade aux capitaines qui partaient faire des découvertes, sous le serment que, jusqu'à la mort, jamais ils ne l'abandonneraient, s'obligeant à le défendre jusqu'au dernier moment et, avec cette bannière en main , ils attaquaient les populations et capturaient les musulmans.
Malgré cela , nous devons avouer que la plus grande partie des Portugais , qui , après le glorieux Infant, allèrent à la conquête à la côte d'Afrique, partaient animés de sentiments moins élevés, et regardaient plus au lucre pécuniaire du commerce qu'au salut des âmes égarées. Ces négriers, avant d'établir des factoreries dans le pays, commencèrent par traiter directement avec les noirs influents des localités.
Les chefs noirs qui servaient ainsi d'intermédiaires dans le commerce sur le littoral africain étaient tellement satisfaits avec les couteaux, les miroirs, les verroteries et les quincailleries qui leur étaient offerts, qu'ils cherchaient à avoir toujours à la disposition des blancs l'or, l'ivoire et les esclaves que ceux-ci allaient leur acheter. Ce fut ainsi, il est certain, que commença le trafic par l'initiative des Portugais, mais les Espagnols, les Anglais et d'autres peuples européens, attirés par le gain, les' suivirent bientôt.
Cependant cet infâme commerce n'aurait pas pris de bien grandes proportions si Colomb n'eut pas découveit l'Amérique et les îles des Indes occidentales en i AgS.
Ce fut alors que le commerce d'esclaves commença à se développer davantage, et c'est principalement la côte occidentale d'Afrique qui en fournissait à toute l'Amérique, qui commençait alors sa colonisation et son exploitation.
On voit encore aujourd'hui dans la ville de Loanda, près du quai de la Douane, un siège de pierre , d'où l'évêque d'Angola bénissait les levées d'esclaves qui étaient envoyés en exil au delà de l'Atlantique. '
L'Espagne, nation qui, la première, arriva à se trouver en possession de vastes territoires dans le continent américain et dans les îles adjacentes, ne pouvait manquer de rechercher aussi des bras étrangers vigoureux pour travailler ce sol nouveau, des plus fertiles, mais insalubre.
Les aborigènes, par leur constitution physique peu robusto, spécialement dans les Indes occidentales, accoutumés comme ils Tétaient uniquement à la chasse et à la pêche pour subvenir à leurs nécessités rudimentaires , ne pouvaient, en aucune façon, résister bien longtemps au rude travail que les conquérants leur imposaient, et, sous le poids de ce travail forcé, des mauvais traitements et delà contagion de maladies provenant de ces diverses causes, sans parier d'autres maladies apportées de l'Europe par les blancs, commencèrent bientôt à dépérir et à s'éteindre avec une rapidité effrayante. Peu d'années après l'arrivée des Espagnols en Amérique, quelques dizaines de milliers d'Indiens étaient morts.
Un historien affirme que la population de l'île Saint-Domingue, qui, en i5o8, était de soixante mille âmes, se trouvait réduite à quatorze mille en i5i5, et tout faisait prévoir que bientôt la race des aborigènes indiens s'éteindrait entièrement si l'on ne prenait pas des mesures extraordinaires tendant à épargner leurs forces en faisant venir des bras étrangers.
En i5o3, les premiers esclaves noirs arrivèrent de la côte d'Afrique, et Ton reconnut immédiatement que, non seulement un de ces noirs faisait le travail de quatre Indiens, mais encore que, au lieu de dépérir rapidement sous les violents travaux ruraux et sous ceux qu ils faisaient dans les mines, les Africains prospéraient admirablement et se reproduisaient avec rapidité.
Ce fut alors que le célèbre évêque Las Casas, surnommé TApôtre des Indiens, donna occasion à ce que la traite des noirs fût pour ainsi dire inaugurée sur une grande échelle sur la côte occidentale d*Afrique. En effet, en 1 5 i 7, le bon prélat, épouvanté de voir les privations et les cruautés souffertes par les habitants aborigènes des possessions hispano-américaines, cruautés qui devaient en amener lextermination complète, implora Charles V pour quil octroyât un décret ordonnant Timportation de quatre mille nègres chaque année dans les iles des Indes occidentales. L'empereur accueillit cette pétition qui était basée sur des motifs de la philanthropie la plus sincère, et ce furent des négociants génois qui, les premiers, se chargèrent du commerce des noirs pour les colonies espagnoles.
L'Espagne, empêchée comme elle Tétait d acquérir des territoires sur la côte occidentale d'Afrique en conséquence de la fameuse bulle Inter cœtera du pape Alexandre VI , datée du A mai 1 A 1 3 , qui lui défendait daller vers l'ouest du méridien passant entre les îles des Açores et les îles du Cap- Vert, ne pouvait approvisionner d'esclaves ses possessions des Indes occidentales que par l'intermédiaire de la France, du Portugal ou de l'Angleterre. Par la paix d'Utrecht, célébrée en 1 7 1 3 et imposée par l'Angleterre victorieuse à l'Espagne vaincue, ce contrat fut donné aux Anglais avec Gibraltar, en les autorisant à continuer d'approvisionner les colonies espagnoles de cent quarantequatre mille esclaves jusqu'à Tannée 1 7A8.
L'Angleterre, qui est la nation avec laquelle nous nous sommes toujours rencontrés dans les questions africaines, et surtout dans celles de la suppression de la traite des noirs, question dans laquelle , pendant ce siècle du moins, elle a employé ses efforts les plus diligents, a pris aussi une paii; active dans la direction de ce trafic aux temps où un pareil procédé n'était pas encore stigmatisé par les idées philanthropiques qui ont surgi depuis.
Sir John Hawkins, qui a été trésorier de la marine royale, fut un des principaux négociants anglais faisant le commerce d'esclaves, et le Gouvernement de la reine Elisabeth lui-même employa les navires de TEtat au transport de noirs.
Sir John Hawkins, après avoir reconnu que Ton gagnait de grandes richesses par le transport de noirs de la côte africaine aux Indes occidentales, se résolut à se mettre dans le commerce; il eut des associés d'une haute position et gréa trois navires avec lesquels il partit pour Serra Leoa , en 1662. Là il embarqua trois cents noirs, traversa TAtlan tique et les vendit à un bon prix à nie de Saint-Domingue.
Le succès de cette expédition appela Tattention publique et. Tannée suivante, sept navires de Sa Majesté furent préparés pour un voyage semblable. Le navire chef jaugeait environ 700 tonneaux , et, par une singulière ironie du sort, il se nommait Jésus!
A partir de cette date , la traite des noirs gagna de la popularité en Angleterre ; des négociants de Londres, de Liverpool et de Bristol s'y employèrent. Liverpool devint naturellement le port principal pour ces sortes de tentatives, et, dans les dernières années du xvni' siècle, il ny avait pas moins de quatre-vingt-dix navires immatriculés pour faire ce service.
Déjà on 1618, Jacques I"^ avait donné l'autorisation de négocier en Guinée à sir James Rich et à d'autres négociants de Londres. Une autre autorisation fut donnée par Charles I", en i63i, et enfin une troisième compagnie fut reconnue par Charies II, en 1662.
Dens cette dernière compagnie figuraient des personnages de haute position, à la tête desquels se trouvait le duc d'York lui-même, frère du roi. Cette compagnie se chargea de fournir les Indes occidentales de trois mille noirs chaque année.
Il est curieux de remarquer que les premières mesures tendant à restreindre la traite des noirs en Angleterre partirent de la Jamaïque, dont l'Assemblée législative promulgadeux bills, en 177^, qui limitaient l'importation des noirs. Cependant ces bills furent rejetés par le Gouvernement britan-
nique, dont le Ministre des colonies, qui était à cette époque lord Darmouth, déclara que jamais il ne permettrait que les colonies restreignissent ou décourageassent, sous quelque forme que ce fût, un commerce aussi avantageux pour la nation.
La traite des noirs faite par des Anglais prit, en cette occasion, de si grandes proportions, que Ton calcule qu'il n y avait pas moins 'de cinquante-sept mille esclaves importés alors annuellement dans les iles des Indes occidentales britanniques.
Macpherson, dans son histoire du commerce, affirme que le nombre des noirs africains embarqués en 1768 par toutes les nations européennes, pour TAmérique et les Indes occidentales, fut calculé à nonante-sept mille. De ce nombre, soixante mille furent transportés sur des navires anglais, vingt-trois mille sur des navires français, et le reste en petites portions, par d autres nations, dont le Portugal faisait partie pour le chiffre de mille sept cents.
Dans les années suivantes, ce trafic devint encore plus actif, et Ton affirme que, pendant ce siècle, on n importa pas moins de deux millions cent trente mille nègres dans TAmérique anglaise, en dehors de ceux qui furent transportés sur des territoires d autres nationalités. En lySa, LiverpoQl seul retirait la recette nette de ^ 21/1,617 pour sa part de la traite des noirs. Bristol ne devait pas lui être inférieur quand le trafic était florissant.
La participation de FAngleterre à la traite des noirs se termina d'une façon brillante^ et par un acte philanthropique de repentir honorable; elle décréta raffranchissement de tous les esclaves dans ses possessions, en i834, et vota avec magnanimité la somme de sf 20,000,000 pour compensation à donner aux possesseurs d esclaves.
Parmi toutes les nations qui luttèrent, plus ou moins directement, en faveur de cette grande idée, le Portugal a, chronologiquement, la première place. Il ouvrit la voie dans Imtention de racheter ses erreurs passées, et montra aux autres peuples Tunique chemin possible vers lequel devaient tendre les efforts universels.
Voyons comment :
Par des chartes gouvernementales du 20 mars 1670, du 1 1 novembre 1 SgS , du 26 juillet 1 5g6, du- 5 juin 1 6o5 , du 3o juillet 1 609 , du 1 o septembre 1611, nous avons condamné définitivement, au nom du droit naturel et sous de fortes pénalités, Tesclavage et le trafic des indigènes du Brésil, les proclamant libres et égaux aux autres hommes , soit quils fussent déjà convertis à notre foi, soit quils vécussent encore dans les croyances de leur sauvagerie , auxquelles nous avions cherche à les arracher par le catéchisme et par l'éducation chrétienne.
Les Maures libres avaient déjà été expulsés de Portugal au xv' siècle , mais ce fut seulement au xvii" siècle que, par un édit du 2 3 mars 1 62 1, il fut ordonné que personne n'eût de Maures captifs à Lisbonne., ni dans les pays à vingt lieues autour de la ville, ainsi que dans les autres ports de mer.
Par un autre édit du 1'' juin i6â 1 , confirmant le disposé dans les lois du Royaume {Ordenaçào) , il fut défendu de nouveau de conserver des esclaves maures, dont il y avait une grande quantité dans toutes les villes, les bourgs et les villages de Portugal.
Nous n avons pas craint de compromettre notre domination encore faible en Amérique en prenant ces mesures humanitaires et pleines de compassion.
La plus ancienne de ces mesures, citée dans des documents promulgués par le roi D. Sebastien, indique déjà un brillant point de départ de ce que nous avons fait par la suite. Après avoir exposé dans ce document le peu de scrupule quon a eu en soumettant à Tesclavage des gentils du Brésil, sous quelque prétexte futile que ce fût, il est dit plus loin :
«Défends et ordonne que, dorénavant, on emploie (e moyen dont on s'est servi jusqu'à
c présent dans lesdites pai^ties du Brésil, de rendre esclaves les susdits gentils, ni que Ton puisse le «faire par moyen ni manière aucune, sauf envers ceux qui auront été pris en guerre juste, que «les Portugais auront faite auxdits gentils par mon autorité et avec ma permission, ou celle da
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• a'aiwr'OiDt «or eux m àt^jA^ m msWnté^ •>
Fail eo b rijle d'Evon, le XX* jour du mois de mars. Gaipar de Sejfx» le dresa*
«aoïKe I ^70 d>: b naMsaiice de Xoitre Seigneur Jesus4Ibrist. Jorjp da Costa le fit transcrire. » Le Portagd ÙA donc b prenikire nation qui affimdnt et délî¥n de FescbTa^ popétnel et heréceux qui fbcdaient le sol euncpéen*
C^ ne fut qu*eri 1785^ der longues années après ces premières explosions de notre spontané et ptiHanthropique, que le D^ Peckard, un des premiers partisans an^ais de f abolition de feselaraj^^ prc#poca« encore arec une certaine hésitation, à fUniverrité de Cambridge b tbèse : Afuu Uceai imtU/a ûaeniittiem iarel qui produisit une énorme sensation. Cest alors qu apparut Cbrfc«oo« qui dirrint fap^tre <le Tabolition, et qui, à grands firais d'arguments érodits, réussit i remporter^ dans les débats, pour b nëgatire, entraînant de son côté, c'est-à-dire ^1 faveur de b sainte cause, f esprit humanitaire, jusqn alors endormi, de b grande et yaiibnte nation.
>fais« comme nous 1 avons dit« le Portugal, déjà à lavant-garde de b ndble et sympathique croisade, et qui avait si bien commencé, ne pouvait demeurer stationnaire, marchait toujours à grandi pas.
L*édtt du 19 février 161& affirmait éloquemmoit que les mêmes doctrines, déjà décrétées pour l«s gentils du Brésil, étaient en vigueur dans les rebtions avec les Japonais, les Chinois et les gentils asiatiques; et pour ceux du Brésil, Tescbvage fut défendu par un édit du i*^ avril 1680, sans que cette détermination amenât de résultat.
Dans un temps plus rapproché , le marquis de Pombal précéda tous les grands philanthropes modernes et les ministres de l'Europe dans ces idées si libérales en faveur des noirs, par des actes profondément réformateurs quoique absolotisles. C*est de lui que vient la loi du 6 juin 177^ abolissant Tesclavage au Brésil, loi qui, cependant, fut très imparfaitement mise à exécution.
Postérieurement, dans les dernières cinquante années surtout, personne ne nous a surpassés dans les efforts loyaux, désintéressés et des plus sincères, ni dans le sacrifice de capitaux et Jexistences , pour obtenir rabolition de l'escbvage.
Appelons fhistoire à notre aide. — Les actes officieb émanés du Gouvernement de la métropole dans rintention de régler, de restreindre et enfin déteindre la traite des noirs, et dans celle de délivrer le nègre de sa condition servile, en élevant son moral à la hauteur de celui des autres hommes, sont extrêmement importants et presque consécutifs. — Les mesures prises par nos autorités d'outre-roer, animées des mêmes désirs, pour chercher à seconder les efforts du Gouvernement et à mettre en pleine exécution ses idées avancées de liberté , sont très nombreuses. — Il y a aussi d'abondants exemples de la promptitude, du désintéressement et de la valeur avec lesquels nos croiseurs en Afrique se s ont généralement conduits dans Texécution de leur rude service, malgré i 'insuffisance que 1 on a remarquée quelquefois de notre matériel naval.
Enfin , les témoignages spontanés d un grand nombre de voyageurs illustres et d autorités navales et consulaires étrangères, qui, ayant été en contact avec nous, et ayant vu comment nous procédons, rendent pleine justice k nos efforts et à nos intentions, sont nombreux et ne peuvent être suspectés sur aucun point.
Énumérons : — • Ne voulant pas rétrograder au delà du siècle passé, nous citerons les principales mesures officielles qu'employa énergiquement le Gouvem'ement portugais, depuis cette époque jusqu ici surtout, pour chercher à réprimer la traite des noirs sur les côtes africaines.
L*édit du là octobre lySi défendit, sous des peines sévères, de faire entrer des noirs dans des pays qui n étaient pas du domaine portugais, où Ton présumait qu* existait la dure nécessité de la traite des noirs. Les mesures législatives se laissaient pénétrer peu à peu du sentiment de magnanimité chrétienne, au point que Tédit du 8 mai 1718 accordait à tous les Indiens du Brésil, non seulement la liberté, mais encore la possession de tous leurs biens.
L'édit du 7 septembre 1761 défendait de faire Timportation d'esclaves pour le royaume et pour les îles adjacentes , et d'autres résolutions modifièrent encore la barbarie de la traite des noirs et proclamèrent libre tout Africain qui débarquait sur notre territoire européen.
Le 16 janvier 1773, on publiait un autre édit déclarant donner la liberté au ventre de la mère et mettant fin à la perpétuité de la captivité. Les nouveau-nés étaient considérés comme aptes à toutes les professions , à tous les honneurs et à toutes les dignités , sans la marque d'affranchis que la superstition des Romains avait établie dans les coutumes, et que l'union chrétienne et la société civile rendent intolérable aujourd'hui.
L'article X du traité d'amitié et d'alliance , signé à Rio de Janeiro le 1 9 février 1810 par le prince régent de Portugal et par le roi d'ÂngleteiTe Georges III, ratifié par le Portugal le 26 du même mois, dit que le prince était entièrement convaincu de l'injustice et du mauvais effet politique du commerce des esclaves, et du grand préjudice que causait la nécessité d'introduire et de renouveler eontinuellement une population étrangère et factice dans ses possessions de l'Amérique du Sud pour y encourager le travail et l'industrie, et que, pour ce motif, il avait résolu de coopérer avec Sa Majesté Britannique à la cause de l'humanité et de la justice, en adoptant les moyens efficaces pour arriver graduellement à l'abolition de la traite des noirs dans toutes ses possessions.
Le traité de Vienne du a 3 janvier 181 5, ratifié à Rio de Janeiro le 8 juin, annule, par son article III, le traité du 19 février 1810 ; il renouvelle, dans les articles II et IV, la prohibition du commerce d'esclaves dans l'Afrique portugaise, excepté au sud de l'équateur, et uniquement pour approvisionner d'esclaves les possessions transadantiques de la couronne de Portugal.
A ces actes importants suivit entre autres Tédit du 17 février 1817, défendant qu'on armât des navires dans les ports du royaume pour le commerce de la traite des noirs.
Ce commerce fut mieux défini dans la convention additionnelle au traité de Vienne, datée du ^8 juillet 1817 et ratifiée à Rio de Janeiro le 8 novembre de la même année.
Par l'article V de cette convention, des instructions explicites étaient données aux commandants des navires de guerre portugais et anglais chargés d'empêcher le trafic; et, ''par un édit du a 6 janvier 1 8 18, on établissait les peines à infliger à ceux qui s'emploieraient au commerce défendu d'esclaves au nord de l'équateur, les menaçant de la perte des esclaves , qui immédiatement seraient affranchis et placés sous la tutelle de l'Etat, et, en outre , de la confiscation des navires employés à ce commerce.
Les officiers des navires seraient exilés pour cinq ans à Mozambique, chacun d'eux payerait une amende correspondant à la solde et aux intérêts dont l'échéance arriverait pendant le voyage. En QUtre, les assurances sur ces navires et sur leurs cargaisons étaient défendues, et celles que l'on ferait seraient considérées comme nulles, et les assareurs payeraient le triple de la prime stipulée, en cas de sinistre.
Par le même acte, on modifiait aussi un édit du a 4 novembre 181 3 relatif au trafic au sud de l'équateur, dans le but de l'atténuer, et l'on imposait également la confiscation et l'atlranchissement des esclaves à ceux qui les transportaient au Brésil, avec la seule exception que ce transport serait fait sous le pavillon portugais. Exception explicable, nécessaire même, mais qui, malheureusement, avait suggéré l'abus de notre pavillon par tous les trafiquants étrangers, fait qui fut longtemps exploité contre nous et qui produisit des erreurs déplorables en beaucoup d'esprits éclairés, dans celui de lord Palmerston , par exemple.
Par un décret législatif du 27 octobre 1 83 1 , Tesclavage des Indiens du Brésil fut de nouveau définitivement défendu.
Dans son zèle humanitaire, le Portugal comprenait toutes ses colonies, et dans chacune délies il guettait loccasion de faire briller Témancipation à laquelle il avait employé ses eSbrts et son aspiration. Le 19 mai iSSq, on décrétait Tabolition de Tesclavage dans les iles des Açores.
Le 19 décembre i835, dans une ordonnance royale, déjà signée par le noble Sa da Bandeira et adressée aux gouverneurs des provinces d* Angola, du Cap- Vert et de Saint-Thomas et du Prince, il était recommandé quon employât tous les moyens dont on pouvait disposer pour la répression de la traite des noirs.
Le 10 décembre i836 parut un décret défendant Texportation d*esclaves, soit par mer, soit par terre, dans toutes les possessions portugaises, sans exception, quelles fussent situées au nord ou au sud de Téquateur. Ce décret a été, sans aucun doute, le plus généreux des progrès modernes pendant la période constitutionnelle pour entrer franchement dans la voie de l'émancipation des noirs et de la répression du trafic.
Par une ordonnance du 17 mai iSSy, et encore dans' le même but si louable de réprimer la traite des noirs, on prescrivit aux gouverneurs des provinces d'Afrique de ne pas consentir, dans leurs districts , à ce qu'on arborât le pavillon portugais sur des navires étrangers et à ce qu on accordât des passeports à d'autres, quels qu'ils fussent, qui, contre la disposition des lois, auraient été pavoises comme portugais en d'autres pays. Et, dans une dépêche officielle du a mars i838, on recommandait la plus grande surveillance sur ces navires.
A cette époque, l'Angleterre travaillait activement dans ce même but qui animait le Portugal; et une ordonnance du 3o septembre 1839 admettait que le gouverneur général de la province d'Angola acceptât la coopération du commandant des forces navales de la Grande-Bretagne pour réprimer la traite des noirs.
Le i3 février i84o, on indiquait par une ordonnance, au gouverneur général d'Angola, le procédé à suivre quand on dénoncerait ou soupçonnerait quelque navire de nation amie ou alliée de tenter de s'employer à l'odieux trafic.
Par une ordonnance du 2 a juin i84i, et dans le but d'empêcher le trafic dans les possessions d'Afrique, on exigeait des capitaines de navires portugais, entrés dans des ports dont il n'était pas fait mention dans leurs passeports, de certifier qu'ils se rendraient directement à leur destination.
Comme preuve irréfutable de la spontanéité de nos efforts dans l'intention d'en finir une fois pour toutes avec l'infâme traite des noirs , et bien avant que nous eussions pensé à nous lier à l'Angleterre au moyen d'un traité qui prescrirait aux deux nations leurs devoirs rigoureux dans cette entreprise imposante et humanitaire, nous citerons la dépêche officielle du 16 décembre i84i, adressée au commandant de la station navale d'Angola, ajoutée à ses instructions et signée parle major général Manoel de Vasconcellos (ensuite baron de Lazarim). Dans cette ordonnance énergique, on recommande audit commandant de la station navale d'éviter que les navires sous ses ordres restent longtemps mouillés dans les ports, et l'on prescrit à ce commandant de la station navale de prier le gouverneur général de prendre les mesures nécessaires pour que les susdits navires puissent être sous voiles le plus longtemps possible , leur indiquant les parages qui lai paraîtront les plus propres à établir les croisières , etc.
Par une ordonnance du 18 juin 18A2, les commandants des navires de guerre en station en Afrique furent autorisés k prendre, en particulier, les mesures qu'ils jugeraient les plus profitables, dans la poursuite des embarcations suspectes , pour réprimer la traite des noirs , indépendamment des ordres des gouverneurs. Et, par une ordonnance du à juillet de la même année, on expliqua l'intelligence et le but de l'ordonnance antérieure, afin de faire voir que les commandants des navires de guerre n'étaient pas entièrement indépendants des gouverneurs dans la répression de la traite des noirs.
Le 3 juillet de la même année 1 8â i , un traité fui célébré avec le Gouvernement de ia Grande- Bretagne, dans lequel les deux nations stipulent diverses clauses d*uii commun accord pour abolir la traite des noirs. Par ce même traité, et par ses- annexes A, B, G de la même date, des commissions mixtes sont formées pour juger les navires saisis comme négriers; on établit le mode dont les navires croiseurs doivent procéder dans ce service, et Ton règle le traitement à donner aux noirs affranchis.
Le décret du a5 juillet iSà^ applique toutes les peines établies par le décret du lo décembre i836 au crime de la traite des noirs , déclaré a piraterie » en Portugal et dans ses possessions.
Pour obvier à divers doutes qui furent suscités dans Texécution dudit décret du lo décembre, combiné avec le traité du i o juin 1862, à cause de la compétence du tribunal qui devait juger les prises, une ordonnance fut expédiée, le 10 septembre iSlik, au gouverneur d'Angola, lui déclarant que toutes les prises faites par les navires de la station navale, et qui ne seraient pas rencontrées avec le pavillon portugais ou anglais (cas qui s est présenté . avec un brick brésilien nommé Caçador), étaient exclues des dispositions du traité de 18/la, et, avant toute autre résolution postérieure, devaient être sentenciées conformément au décret de i836, et, conséquemment , par le juge civil.
La résolution promise ne se (it pas attendre, car, quatre jours après la signature de l'ordonnance, le décret du 1 A septembre i844 était promulgué; il créait un tribunal à Loanda pour juger en première et dernière instance toutes les prises faites en mer, en vertu du décret du 1 o décembre i836, sauf les dispositions du traité du 3 juillet i8Aq.
Le gouverneur général appartenait comme président à ce tribunal , puis il y avait le juge civil du district, le commissaire et larbitre portugais de la commission mixte, et le secrétaire de cette commission. Le président n'avait pas droit de vote, et le juge était le rapporteur des procès.
A la même date, c'est-à-dire le ik septembre i844, une ordonnance était expédiée aux juges civils des districts du Cap-Vert, de Saint-Thomas, d'Angola et de Mozambique , afm qu'ils envoyassent au président du tribunal créé par cette loi tous les procès qu'ils auraient on leur possession et tous autres éclaircissements quelconques relatifs aux prises non encore jugées en première instance dans leurs districts.
Une ordonnance du 5 février 18/17 pi*^^^^'*^^ m^^ ^^^ prisonniers portugais condamnés par la commission mixte du Gap de Bonne-Espérance pour avoir fait la traite des noirs soient envoyés au gouverneur général d'Angola, avec un certificat de la sentence et de tous les autres documents y relatifs, afin d'être rerais au juge criminel. Et, par une ordonnance du 3o mai 1869, on altère la disposition précédente en prescrivant que les susdits criminels soient condamnés par le juge civil de Mozambique. Les ordonnances du 10 mai \8liS et du 18 juillet de la même année imposent toute la res|)onsabilité de la répression de la traite des noirs au commandant de la station navale.
Par ordonnance du i& février i854, on permet que, en certains cas, le commandant de la station navale britannique et le commissaire de la commission mixte de Loanda échangent une correspondance avec le gouverneur général d'Angola sur ce qui regarde le trafic.
Dans le décret du 1 3 décembre de la même année , il est statué quels sont les juges et les tribunaux auxquels il appartient, exclusivement, de reconnaître et déjuger les crimes de la traite des noirs.
Tous les actes que nous avons cités avaient en vue la répression de ta traite des noirs, mais aucun ne pariait encore de son abolition sur le territoire africain, où elle était encore maintenue.
Le premier pas fait afin de réaliser ce grand bienfait pour cette partie de l'humanité captive fut le décret «du 1 k décembre- 1 85/1 , qui réglait les droits des maîtres sur les esclaves d'outre-mer, leur permettant de s'affranchir par une indemnité donnée aux maîtres, qui donnait la libei*té à tous les esclaves appartenant à l'Etat et qui créait une assemblée dans chaque province, nommée Assemblée
Conférence de Bruxelles. h
protectrice des esclaves et des affranchis, et de laquelle l'évêque du diocèse était président, avec des peines infligées aux infracteurs , etc.
Par ce même décret, iordonnance du 7 février 1701 se trouve amplifiée, fixant l'acception légitime de la parole et de la condition d'affranchis , que l'ordonnance da 16 janvier 1775 proscrivit avec justice , comme étant barbare et antichrétienne, dans le sens strict du droit romain ancien, mais qui a une autre acception très limitée, dans le sens libéral et civilisateur de la charte constitutionnelle.
Dans le délai de trente jours, on fait procéder à Tenregistrement de tous les esclaves existant dans les colonies portugaises et , dès lors, on déclare libres ceux qui nont pas été enregistrés, ainsi que tous les esclaves de FËtat. On établit le droit qu ont les esclaves de revendiquer leur liberté nata-relie et on leur facilite lexercice de ce droit.
Avec ce décret fut remise Tordonnance du 5 mars i855, qui en réglait lexécution.
Le 3o octobre de la même année i855, une autre ordonnance fut publiée, accordant provisoirement l'approbation à une ordonnance du gouverneur général de la province d*Àngola, du 7 octobre 1 85 3, et un règlement auquel elle se réfère, pour réprimer les châtiments excessifs que les maîtres, avaient coutume de faire infliger à leurs esclaves.
Comme preuve que le Gouvernement portugais ne se limitait pas à persécuter les étrangers qui sadonnaient à la traite des noirs, nous avons la loi du 27 juin i856, confirmant le décret du 1 3 décembre 1 856, sur la compétence pour la déclaration du crime , et sur le jugement des autorités et d'autres fonctionnaires impliqués dans le trafic.
Le 3 o du même mois de juin , une autre loi fut promulguée, confirmant le décret du 1 & décembre 1 854 , qui accordait la liberté aux esclaves appartenant à TEtat , amplifiant cette disposition et rendant libres aussi les esclaves appartenant aux Chambres municipales et aux Miséricordes (maisons dasile pour les enfants trouvés).
La loi du 5 juillet 1 856 abolit l'état d esclavage dans le district d'Âmbriz et sur les territoires de Molembo et de Cabinda, dans la province d'Angola, et elle détermine les délais pour l'exécution de cette mesure.
Le a 5 juillet de la même année, on abolit également l'esclavage à Macao.
Dans la même année 1 856 , parait l'ordonnance du 1 à août chargeant le tribunal intitulé Conseil d'oulre-mer de dresser un projet de décret contre les individus qui seraient trouvés à bord de navires négriers sous le litre de passagers , et qui feraient le commerce d'esclaves.
Nous trouvons encore dans la même année i856 le décret du i5 décembre, centralisant au ministère l'expédition de toutes les affaires relatives à la traite , et les services des assemblées protectrices des esclaves et des affranchis. Et, le 29 du même mois, on dressait une ordonnance approuvant l'idée de provoquer l'action de liberté, en faveur des nègres importés h Saint-Thomas et à nie du Prince, après que celte importation avait été défendue par le décret de i836, et suscitant le principe du décret du ik décembre i854 qui dit que la liberté se présume, mais que l'esclavage doit être prouvé.
Une autre ordonnance du 3i décembre règle une partie du décret du lU décembre i85â, et elle facilite et recommande la rémission des esclaves jusqu'à l'âge de 5 ans, par le baptême.
L'ordonnance du 10 janvier 1857 recommande aux autorités de la province d'Angola d'accomplir et de faire accomplir les lois qui défendent la traite dans les ports étrangers. Une autre ordonnance de la même date approuve la saisie de sommes importantes faite par le juge civil de Benguella , et qui provenaient d'une négociation de traite d'esclaves.
Le 10 mars de la même année, parait une ordonnance par laquelle l'état d'esclavage était aboli de fait pendant qu'il ne le serait pas de droit, dans l'île Saint-Vincent, du Cap-Vert, par la défense d'accorder des passeports à des noirs esclaves pour ladite île.
Le 6 novembre de la même année 1867, dans une ordonnance suscitée par une représentation de l'assemblée protectrice des esclaves et des affranchis de la province d'Angola, Sa Majesté prescrit d'énumérer ce qui a été fait d'utile à l'affranchissement des noirs; elle montre fimpossibilité de compléter promptement cette grande œuvre, faute de moyens pour indemniser de suite les maîtres
dont les esclaves ont été émancipés; elle fait de grandes promesses pour un prochain avenir et elle incite les représentants à faire de leur côté ce qu'ils pourront dans le but désiré.
Après tant d'éloquentes déterminations, si pressantes et si énergiques, dirigées vers le même but pendant une si longue période d'années, et à mesure que l'agriculture se développait dans nos colonies africaines, employant facilement des milliers de bras indigènes sans les inconvénients réparants de l'expatriation violente, la fureur odieuse des négriers se calma naturellement, et le Gouvernement portugais et toute l'humanité voyaient poindre l'aurore de Tépoque de tranquillité qui a brillé et qui se consolide peu à peu à l'aide d'autres mesures civilisatrices.
Les marchés aipéricains ayant été fermés à l'importation des esclaves , cela contribua aussi puissamment à l'extinction du traBc. Cette eiitinction est, heureusement, complète dans les provinces de la côte occidentale, et presque complète sur la côte orientale où, cependant, on fait encore un petit commerce d esclaves, non plus sur des navires de haut bord pour des pays éloignés, mais seulement sur de petites embarcations côtières arabes. Ce commerce illicite se fait pour les iles Gomores, où la population n'est pas surabondante et où ce sont de petits princes mahométans qui gouvernent et qui regardent l'esclavage comme une institution religieuse et traditionnelle, et aussi pour nie de Madagascar, où l'indolence des Sakalaves rend nécessaire aux Hovas l'importation de bras afiîcains pour les services ruraux et domestiques et pour les industries telles que l'élevage des bestiaux, la coupe de l'ébène et l'extraction du caoutchouc pour l'exportation.
Elspérons que l'efficace influence civilisatrice d'une nation puissante et aussi illustre que l'est la France, que sa domination éclairée dans ces parages éloignés réussiront bientôt à en extirper un mal si grand.
Ce misérable trafic clandestin et subreptice a ses principaux centres aujourd'hui entre le poit d*Angoche, au nord, et celui de Macuse, au sud. Le sol accidenté de la côte, et l'existence de fleuves nombreux ensablés et remplis d'écueils, tels que le Moma, le L<aridi, le Quizungo, le Tejungo, le Mazemba et le Licungo, rendent diOiciles, ou même impossibles, la surveillance et le contrôle exercés par des navires de haut bord. On a besoin pour les rendre eflectifs (ce à quoi pense, du reste, le Gouvernement portugais), de faire l'acquisition de petites embarcations à vapeur de construction convenable, et en nombre suffisant » qui puissent, fréquemment, pénétrer dans l'embouchure de ces fleuves, et examiner sévèrement ce qui s'y passe. Par ce moyen et avec l'établissement successif d'autorités portugaises sur les points convenables le long de la côte, les vestiges qui existent encore du trafic d'esclaves dans cette région diminueront, gradudlement, jusqu'à leur extinction totale.
On ne fait absolument aucun trafic au sud de Quilimane , non seulement parce que le caractère des habitants ne s'y prête pas, et parce que les ports principaux sont occupés et surveillés, mais encore parce que les difficultés bien plus grandes de navigation vers les points mentionnés plus haut empêchent d'employer de petites embarcations.
Au nord de Mozambique, les facilités sont plus grandes en ce qui r^arde la distance à parcourir, «t l'excellence et le nombre des ports d'abri. Cependant, il n'est pas probable que le trafic se fasse ^aujourd'hui dans cette partie de notre littoral, à cause de la surveillance des plus actives qu'y ont exercée les navires de notre division navale, depuis l'occupation de la baie deTungue, et principalement depuis le blocus auquel ils sont employés.
Malgré les meilleures conditions dans lesquelles la civilisation afiricaine paraissait entrer, le Gouvernement portugais ne cessait de chercher à exterminer, par tous les moyens et avec la même ténacité, ces petits restes de la traite des noirs qui se faisait encore de teriips en temps et comme isolément.
Une ordonnance du 19 février i858 prescrivait au gouverneur général de Mozambique la
répression de cet indigne commerce pour lesdites îles Comores et de Madagascar, et, en cas de prise des embarcations, les nègres esclaves devaient aussitôt être considérés comuie affranchis»
Ce fut en cette même année 1 858 que parut le décret humanitaire et si libéral par lequel était définitivement fixé le délai de vingt ans pour Tabolition complète de Tétat d'esclavage dans tous les territoires de la monarchie portugaise, décret qui fut promulgué le a 9 avril, jour anniversaire de Toctroi de la charte constitutionnelle.
Dans ce décret on faisait la promesse que les propriétaires d'esclaves seraient indemnisés fSkT rÉtat , le jour de son exécution , et dans la forme sur laquelle une loi spéciale devait statuer.
Par ordonnance du 2 5 juillet 1859, on suscita lobservance des instructions données aux commandants des bâtiments qui croisaient en Afrique , sur la capture de navires suspects de trafic lorsqu'ils appartenaient à des nations avec lesquelles le Portugal navait pas de traité sur cet objet.
Une ordonnance du 8 janvier 186&, relative à la marche d'un procès instruit^à Benguella pour crime de traite des noirs, en i855, prescrit la continuation dudit procès, parce qu'il nest pas possible de laisser sans la punition juste un crime qui est une si grande offense envers ihumanité, et qi^i est imprescriptible f conformément aux lois, car il n'est pas question d'un crime ot^inaire de contrebande, mais bien de traite des noirs qui est un crime d'une espèce toute différente.
Une autre ordonnance du 28 octobre de la même année déclare que la concession de donner des
cautions lorsqu'il s'agit du crime de traite des noirs, crime puni par une peine majeure, étant une violation
flagrante de la loi, Sa Majesté veut que Von répète les instructions déjà données par le Procureur royal pour
l'intervention de tous les recours qui s'opposent à l'admission de cautions en matières de semblables crimes.
Le 3i mai i858, on donnait au gouverneur général de Mozambique des instructions à l'égard de l'usage barbare et illégal qu'avaient les noirs de vendre feur propre personne et celle de leurs domestiques et des membres de leur famille.
Par décret du 22 février 1869, époque à laquelle le marquis de Sa da Bandeira était président du Conseil des ministres, et le notable académicien José Maria Latino Coelho, ministre de la marine, l'esclavage est enfin aboli dans toutes les colonies portugaises, et les esclaves existant alors passent à la condition d'affranchis, aux termes du décret de i854. Cette clause devait désormais cesser d'exister en 1878. Conformément au susdit décret, les services auquels les esclaves en question étaient obligés appartenaient alors aux personnes chez lesquelles ils avaient été à l'état de servitude le même jour.
Par unie convention luso-britannique du 18 juillet 1871, le traité du 3 juillet 18^2 fut en partie révoqué, les commissions mixtes furent annulées, et leur juridiction, en cas de traite des noirs, devait alors être exercée par les tribunaux ordinaires des deux parties contractantes.
Enfin, le 29 avril 1875, la loi qui annule entièrement, dans l'espace d'un an, la condition servile dans les provinces d'outre-mer, et qui en fixe la juste et convenable exécution , fut promulguée.
Cette loi, qui est assez développée et explicite, contient cinq chapitres et trente-neuf articles.
Dans le chapitre I'' on explique la condition de liberté accordée aux affranchis, et la tutelle à laquelle ils restent soumis. Dans chacune des provinces africaines, Angola, Mozambique et Saint- Thomas, on crée une chaîne de curateur général des serviteurs et des colons, charge qui sera exercée par un magistrat ayant les attributions de procureur de la couronne dans les colonies, et auquel il appartient de veillera f exécution delà loi, en protégeant les noirs contre quelque violence que ce. soit.
Dans le chapitre II , il est traité des contrats pour la contribution de travail des individus soumis à la tutelle publique.
Dans le chapitre III, il s'agit des contrats pour la contribution de service et la colonisation en dehors de la province respeôtivé.
Le chapitre IV regarde le vagabondage et ses punitions. Enfin , dans le chapitre V, on r^le la forme des indemnités paft* l'État pour la libération.
L'effet de cette loi et du règlement respectif décrété le 20 décembre 1875 fut appliqué, par anticipation, à la province de Saint-Thomas et du Prince par une loi du 3 février 1876.
La grande œuvre de civilisation généreuse que le Portugal s*était imposée spontanément à luimême, et A laquelle il coopéra loyalement et avec dévouement, de concert avec TÂngleterre, fut ainsi conclue d*une manière brillante et humanitaire, mais non sans de ioiitds sacrifices qui déterminèrent une période de transition difficile.
Tous les indigènes d'Afrique étaient donc définitivement émancipés datant nos lois, et ils venaient à jouir des mêmes droits, des mêmes avantages et des mêmes privilèges que les enfants de la métropole. La nation qui avait entrepris si brillamment sa rude tâche Humanitaire, et qui avait inscrit dans ses codes Fégalité de toutes les races devant la loi, venait d'dfccomplir cette tâche, à la satisfaction de sa propre conscience.
Nous avons démontré par des documents que l'Angleterre qui travaille activement et énergiquement à ta suppression de la traite des noirs, depuis i84t2 , a mis à Tœuvre tous ses efforts ; cependant ils n'ont pas toujours réussi à obtenir le résultat désiré, et ce fait très naturel met en évidence les difficultés avec lesquelles les autres nations ont eu ausili à lutter, et l'impossibilité d'arriver à ce but civilisateur sans beaucoup de temps et beaucoup de peine.
En 187 3, Sir Bartle Frère fut envoyé à Zanzibar avec les navires Enchanteress et Britton pour négocier avec le sultan de Zanzibar, Sayd Bargash, un traité pour la prohibition de l'exportation d'esdaves, de cette côte en Arabie et en Perse. Le sultan acquiesça aux exigences de la Grande-Bretagne, non autant (musulman qu'il était] par une inclination naturelle et une conviction sincère de la nécessité d'une telle démarche» que par la pression sous laquelle il s'est trouvé, pression qui devint effective par les instances constantes et vigoureuses de Sir John Kirk , résident politique , après le départ de Sir Bartle Frère.
Le vaisseau de guerre Lonion fut envoyé stationner dans le port de Zanzibar, où l'on organisa une escadrille nombreuse de chaloupes à vapeur et à voiles auxquelles le vaisseau servait de dépôt pour les hommes, le matériel et les vivres, avec un grand atelier de machines pour les réparations qu'il pourrait y avoir à faire. On commença à croiser avec vigilance et avec la plus grande activité, non seulement le long de cette partie de la côte africaine, mais aussi le long des îles de Zanzibar et de Pemba, et ce service dura huit ans. Pendant cette période, un grand nombre d'embarcations négrières furent, en effet, capturées et détruites, mais non sans effusion de sang , et même dans une de ces rencontres, le 3 décembre 1881, le commandant du stationnaire London, capitaine de vaisseau Brownrigg , fut tué. Néanmoins , les résultats réels et palpables de cette persécution tenace contre itft négriers furent peu importants (selon quelques-uns) pour le but qu'on se proposait, et l'on croit cfu^U»^ n'ont pas été en rapport avec le sacrifice qu'on a fait.
M. H« O'Neill, ex-consul anglais à Mozambique, dans un mémoire sur la traite des noirs , publié en i885, affirme que la provision d'esclaves sur le marché de Zanzibar n'a pas diminué, par cela même que le prix courant, loin d'augmenter (comme ce serait naturel après la chasse faite aux négriers et la recherche plus grande de la marchandise), en est resté sensiblement le même. Cette affirmation qu'il n'y a pas eu augmentation de prix, au lieu de prouver que l'offre de la marchandise n'a pas diminué, peut se tourner peut-être en éloge évident sur la réalité et la ténacité des efforts des autorités portugaises et anglaises qui découragèrent ceux qui trafiquent.
En 1 883 , l'Angleterre résolut de changer de système : elle annula la station navale de Zanzibar, désarma et vendit les embarcations et même le navire de guerre stationnaire , et elle établit des vice-consuls sur divers points du littoral, à Linde, à Quiloa, à Mombaçà et à Lamu; ces vice-consuls étaient subordonnés au consul général résident politique à Zanzibar; elle obligea la compagnie de navigation « British India » à toucher tous les mois à ces ports, pour les relier au consul général et au cable sous-marin, et elle plaça un agent dans la région du Nyassa.
Les résultats presque nub de cette politique nouvelle sont aussi aujourd'hui évidents, après une expérience de six ans à peu près et après la grande résistance que les Anglais ont rencontrée quelquefois au Nyassa.
Actuellement, les choses paraissent être entrées dans une phase nouvelle. L'Angleterre et TAUemagne exercent une surveillance plus efficace sur la côte qui est sous la domination du sultan de Zanzibar, depuis Vitu jusqu'au Rovuma, et établissent dans f intérieur du pays, où chacune de ces nations exerce son influence, des missions pacifiques religieuses, qui devront faire diminuer peu à peu les expéditions des négriei*s et introduire Tagriculture et la civilisation.
Le Portugal, de son côté, vient de fonder une mission civilisatrice pleine d'espérance à M'ponda sur le lac Nyassa, à laquelle un grand nombre de 'chefs circonvoisins sont venus faire acte de vasselage , qu'ils ont ratifié à Quilimane. La présence fréquente d'autorités portugaises , l'influence religieuse et civilisatrice des missionnaires catholiques , qui maintenant doivent y être établis par un accord entre le Gouvernement portugais et le cardinal Lavigerie, ne peuvent manquer d'exercer une action bienfaisante et efficace, en y combattant le trafic à son origine. On va établir une résidence du côté de Ibo près du puissant chef Mataca , de façon que le lac se trouve ainsi presque entouré par des agents eiuropéens , et l'intérieur des terres intermédiaires bien surveillé jusqu'à la mer.
Il est donc bien évident que si les eObrts du Portugal pour supprimer la traite des noirs sur nos territoires de l'Afrique orientale n'ont pas été complètement couronnés de succès, il en est de même pour l'Angleterre, qui est animée des mêmes désirs humanitaires, qui dispose de moyens d'action bien plus complets et mieux organisés , et qui travaille sur un territoire comme celui qui est sous ia domination du sultan, souverain sur lequel elle a exercé une haute influence. '
Et pour confirmer encore mieux que l'Angleterre n'a pas encore réussi à détruire l'esclavage ni la traite des noirs en d'autres pays où elle exerce aussi une influence et même une souveraineté politique, nous citerons le grand empire de l'Inde britannique, où il y a les esclaves, les bayadères qui ne peuvent pas se marier, et sont destinées à la plus vile prostitution, et enfin les parias : toutes formes variées de l'esclavage.
L'Etat libre du Congo n'a pas réussi non plus à supprimer l'esclavage sur son territoire ; des milliers de noirs s'y vendent encore , et d'autres sont tués dans des chasses humaines.
Les circonstances obligent à pactiser avec Tipo-Tip, qui domine jusqu'à Stanley-Falls , où il exerce une action exclusive que l'on critiquait sévèrement , il y a peu de temps , dans un article du célèbre voyageur anglais Verney Lovett Cameron , intitulé Slavery in Africa et publié dans la National Review d'octobre 1 888.
On ne doit donc pas être surpris que le Portugal n'ait pas encore réussi à extirper l'esclavage des indigènes et l'infâme traite des noirs de ses vastes territoires de l'Afrique orientale, et il n'y a motif à quelque espèce d'observation que ce soit. D'autres nations également humanitaires, et quelques^ unes plus puissantes, ont été impuissantes jusqu'ici pour en finir avec cette monstruosité sur les territoires où elles exercent une souveraineté , ou dans lesquels elles ont une influence réelle.
Les mesures employées dans nos colonies par les gouverneurs respectif et par d'autres autorités, notamment par tout le vaillant personnel des différentes stations navales, ont toujours été des plus sincères et pleines de zèle, malgré l'étendue des pays où elles s'exercent, et elles y ont produit les résultats les plus sensibles, quelquefois aux dépens d'existences précieuses de marins, de soldats et d'officiers.
Cependant ces revers n'ont refroidi en rien le dévouement du Portugal; au contraire, ils ont plutôt stimulé sa valeur patriotique et humanitaire, traditionnelle et prouvée.
Dans la province d'Angola (nous le disons déjà dans une autre partie de cet écrit) la traite des noirs est depuis bien longtemps finie : ce n'est pas seuleihent parce qu'il n'y a pas de marchés pour Texportation des noirs, mais aussi parce que toute cette côte est paifaitement étudiée, pleine de factoreries et de populations, où le commerce licite est florissant, et qu'eUe est minutieusement surveillée par nos navires, qui y font la police, et par l'autorité du pays. L'agriculture dans l'intérieur et l'extension graduelle de notre influence ont mis fin aux derniers vestiges de l'inf&me commerce,
au lieu desquels on voit une vitalité active, bien dirigée et des plus laborieuses, qui civilise et développe ce grand pays.
Les colonies d'indigènes de Madère et d autres peuples blancs établies en certains points salubres de l'intérieur, l'ouverture de plusieurs voies de communication entre le littoral et les terres de Tintérieur et, dernièrement, l'établissement d'un grand réseau de chemin de fer pour Âmbaca, réseau qui, bientôt, sera suivi de plusieurs autres, dont l'étude est déjà faite, ont été le coup de grâce pour les anciennes coutumes barbares des peuples de ce côté de l'Afrique.
Au contraire , les circonstances sont bien différentes dans une grande partie de la côte orientale.
Le voisinage prochain des iles de l'Archipel des Comores, de Madagascar et de Zanzibar, la connaissance moins parfaite des nombreux ports qui découpent ce rivage d'une si grande étendue, où se cachent facilement les embarcations légères servant au trafic au milieu des dédales de mangliers inextricables et mortifères, ont retardé l'extinction complète de la traite des noirs qui, parfois, parvient à déjouer nos efforts et à transporter ses tristes cargaisons de chair humaine à leur distination.
Les limites restreintes de cette brève étude ne nous permettent pas de raconter minutieusement toutes les tragédies dans lesquelles les Portugais ont figuré avec l'abnégation la plus héroïque pour réprimer ces audacieuses expéditions des négriers sur la côte orientale d'Afrique; nous en citerons seulement quelques-unes de celles qui ont été les plus notables, dans les dernières années, et qui prouvent surabondamment comment les braves marins du Portugal savent toujours se conduire.
Le 1 5 janvier i SyS , à Mozambique » on sut qu'il y avait des embarcations prêtes à faire un chargement d'esclaves à Quivolane où elles débarquaient des armes et de la poudre en contrebande. Le 1 6 , la canonnière Tête commandée par l'enseigne de vaisseau Joâo Maria da Costa se rendit là ; mais l'expédition n'eut pas un heureux résultat; trois hommes tombèrent sous le feu des négriers, et le 1 8 elle rentrait à Mozambique. Le 1 9 , la canonnière Tête partit de nouveau accompagnée de la canonnière Sena et du yacht Inhamisscngo avec des troupes. Le ao, des bruits effrayants coururent à Mozambique à l'égard de l'expédition; et comme il n'y avait plus de navires portugais disponibles , le commandant Le Hunt Ward de la coi*vette anglaise, la Thétis, mouillée alors dans le port, s'ofirit pour aller k Quivolane , où il se rendit en eOet le 2 1 , emmenant à bord un officier portugais , mais l'expédition portugaise rentrait à Mozambique le même soir, sans avoir eu besoin du secours des Anglais. Huit grands boutres et deux chaloupes avaient été détruits, de plus, le village avait été incendié.
Le Qo août 1883, la canonnière Mandùvi, sous le commandement du lieutenant de vaisseau Joâo A. Botto, partit pour l'Infusse dans le but de capturer ou de détruire une embarcation de négriers que l'on disait s'y trouver; on y envoya une embarcation avec douze hommes et deux élèves de marine, ils furent enveloppés et poussés vers la barre sur les brisants; quatre hommes et les deux officiers furent noyés. Il paraît que l'embarcation négrière était déjà sortie de l'Infusse à l'arrivée de la canonnière.
Au mois d'août 1886, le lieutenant de vaisseau Antonio S. d'Oliveira, capitaine des ports de Mozambique, fut envoyé croiser sur la côte du sud de Mozambique dans un boutre que l'on avait frété, et avec l'ordre de visiter aussi quelques-uns des fleuves que l'on présumait être ravagés parles trafiquants d'esclaves, principalement le Tejango. Cette embarcation avait à bord un détachement de vingt hommes bien armés, et tous les moyens possibles de résistance. Le lieutenant Simeâo d'Oliveira relâcha à Angoche, il explora le fleuve Moma, et, depuis, jamais on n'eut de ses nouvelles: le bruit sinistre courut qull avait été assassiné , ainsi que tous ses compagnons , sur un autre fleuve plus au sud.
Dans les derniers temps, on a donné une impulsion vigoureuse au service hydrographique, dans le but de faire bien connaître le littoral sinueux de la province de Mozambique, et de donner un accès plus facile aux navires qui vont croiser dans ces parages. Il en est résulté divers plans élabo-
rés dune façon plus ou moins complète, dont quelques-uns sont imprimés, ou en voie de Têtre bientôt par la Commission de cartographie du Ministère de la Marine. Nous allons mentionner les principaux :
— Baie de Tungue , plan du port intérieur et du village de Palma , mise en place de bouées provisoires; le tout fait en 1887 par les officiers de la canonnière Qaanza. — Ce travail n'est pas encore imprimé.
— Baie de Nakala, au fond et au sud-ouest de celle de Fernâo Velloso, reconnue rapidement par les officiers de la canonnière D. Maria Anna, en 1870; plan levé en 1886 par le commandant Joâo Coutinbo du yacht Lnrio. — N*est pas encore imprimé.
— Baie de Mocambo, plan lopographique minutieux de ses rives et étude hydrographique de ses eaux; travail fait en 1888 par le Chef du Département des Travaux publics, Francisco Leotte. — Il va être imprimé.
— Fleuve Muite dans le delta dlnfusse (un des points où le trafic florissait encore il y a peu d années) et plan de la côte depuis la pointe Bajona jusqu'au sud de Moginquale; levé par le commandant Joâo Coutinho du yacht Lurio. — Il est imprimé.
— Fleuve Moginquale, d'où la dernière embarcation négrière est sortie le 19 octobre 1 885; plan levé par le commandant Joâo Coutinho du yacht Tangue. — Il est imprimé.
— Fleuve d*Angoche, ébauche des deux entrées et mise en place de quelques bouées provisoires et de quelques balises. — Ce travail n est pas encore imprimé.
— J'ieuve Mazemba ou Inmane, à sept milles à l'ouest duTejungo, avec lequel il communique par l'intérieur ; reconnu en i885 parle vapeur Auxiliar et levé en 1887 par les officiers des navires Doaro et Aaxiliar. — Cette carte n'est pas imprimée encore.
— Fleuve Macuze, reconnu en i883 par le capitaine de corvette de la marine portugaise Augusto de Castilho abord du vapeur anglais Somtsea, et levé rapidement en 1 885 par cet officier. — Il n est pas imprimé.
— Fleuve Linde, levé en i885 par les officiers de la canonnière Rio Lima, sous le commandement du capitaine de corvette Augusto de Castilho depuis la barre jusqu'à l'établissement de Micahune. — Il va être imprimé.
— Barre de l'Inhamissengo , l'une des bouches du délia du Zambèze; levé en 1869 P^*' l'enseigne de vaisseau portugais Augusto de Castilho à bord du yacht Rendera, et corrigé en 1878, i883 et i885 par le même officier, sur d'autres navires. — Cette carte est imprimée par l'Amirauté anglaise.
— Fleuve Pungue, dont l'embouchure se trouve près de celle du Buzi, dans la baie de Massanzane; plan levé en i885 par le commandant lieutenant de vaisseau Emygdio Fonteira de la canonnière Qaanza. — Il est imprimé par la Commission de cartographie et par l'Amirauté anglaise.
— Fleuve Inhampura ou Limpopo; reconnaissance de son embouchure faite en 1880 par les officiers des canonnières Doaro et Mandovi sous le commandement des lieutenants de vaisseau Alves Branco et J.-M. da Silva. — Il n'est pas imprimé.
Pour faciliter encore la navigation de la côte de la province de Mozambique , et l'accès dans ses ports, le Gouvernement a employé les moyens les plus efficaces dans les dix-huit dernières années, et il est parvenu à introduire de précieuses améliorations dans le plus grand nombre.
Ne prétendant pas énumérer toutes ces améliorations dans ce travail restreint, ni rendre compte de toutes les bouées, balises, etc. , qui ont été placées dans la plus grande partie des ports fréquentés par la navigation côtière, nous ne citerons que rapidement les phares qui ornent déjà aujourd'hui ce long littoral , tant battu par des vents orageux, et où régnent des courants si rapides ot si variables.
— Un phare à lumière fixe blanche fut allumé pour la première fois le 8 novembre 1871, à la pointe de Tangalane, sur la rive gauche et à l'embouchure du fleuve des Bons-Signaux ou de Quilimane.
— Le ai août 1872, on plaça un autre phare égal au précédent sur ia hauteur de Burra, au sud et en dehors de la barre du port dlnhambane.
— Un|autre phare fut placé et allumé le 8 décembre 1873, à la pointe de Mujaca de l'île de Ibo; il indique l'accès dans ce port, et, comme ceux de Inhambane, ducap Delgado et de Mozambique , sert aussi de point de repère à la navigation qui fait sa route le long de la côte sans demander nos ports, et qui veut vérifier sa position.
— Le 8 décembre 1878, on a allumé un phare à lumière fixe rouge, à la pointe Chingune au nord de file de Chiluane, pour montrer Taccès ou mouillage extérieur du port de la capitale du district de Sofala, et cette lumière rouge fut changée par une blanche, qui est plus visible, le i*' janvier 1877.
— En décembre 1876, on alluma un phare à lumière fixe blanche sur l'île de Saint-Georges, à l'entrée du port de Mozambique, pour faciliter l'entrée du port extérieur de Mozambique, et l'on en établit un autre dans la péninsule de Gabaceira , pour montrer le chemin vers le mouillage intérieur.
— Le 6 juin 1877, un phare à lumière fixe blanche fut allumé à la pointe Rouge ou de Machaquene, dans la baie de Lourenço Marques, pour indiquer le chemin à ceux qui cherchent le mouillage dans le cours intérieur du fleuve do Santo Espirito, en face de la ville.
— Le 1" janvier 1888, l'éclairage du port de Mozambique a subi une transformation : on y a bien conservé le phare de l'île Saint-Georges, mais on y a placé aussi deux fanaux d'alignement à lumière verte établis sur la forteresse de Saint-Sébastien, et deux autres à lumière rouge, l'un dans la péninsule de Gabaceira sur l'emplacement de l'ancien, et l'autre en bas, sur la paii:ie baignée par la mer qui s'étend en face de lui. Par ce système, qui est parfait et complet, l'accès du port de Mozambique est devenu des plus faciles le jour comme la nuit, môme pour les navires qui demandent le port sans pilote.
— Enfin, le 1" janvier 1889, on alluma un phare à lumière fixe blanche, sur le cap Delgado, dans la partie nord de la baie de Tungue, pour indiquer la route vers cette baie, et pour servir de point de repère à la navigation sur l'océan.
Pour venir en aide avantageusement à nos bâtiments en croisière du côté de la terre, où ils exercent wi travail infatigable, il était indispensable d'occuper militairement quelques-uns des principaux points de la côte où le trafic était florissant, comme aussi quelques autres points intérieurs ayant une mauvaise réputation, et de chercher par ce moyen à y établir notre bienfaisante et vigoureuse influence, à éviter les embarquements clandestins, et à donner graduellement aux populations les habitudes d'ordre et de moralité, les pratiques de l'agriculture et du commerce licite.
Ge fut dans ce but qu'on occupa Infusse en 1880, en envoyant à Villa-Pia (jusque-là village de Mascale) un détachement du régiment de chasseurs n"* 1 , commandé par un officier, tous casernes dans une petite fortification provisoire sur la rive gauche du fleuve Muite.
Un commandement militaire nonipié commandement militaire de Matîbana fut créé en i884; il est subordonné directement au commandement des terres fermes du Mussoril , et destiné principalement à surveiller de près l'attitude et les propensions du cheik de cette région.
Dans la même année, on a créé un poste militaire et un commandement militaire dans la baie de Mocimbua, au nord d'Ibo.
Dans le mois d'août i885 , le port de Sangage fut occupé; on y établit un petit poste militaire et un poste fiscal, sur la rive droite du fleuve Santo Antonio, et près de son embouchure, dépendant tous les deux du Gouvernement du district d'Ângoche.
Un poste militaire et un poste douanier furent créés dans la baie de Tungue en février 1 886 , après l'occupation pacifique de la rive droite du fleuve Méningane. Et, en mars 1887, après la réoccupation à main armée de la partie nord de cette baie, ce commandement militaire et ce poste
Conférence de Bruxelles. 5
fiscal furent transférés au village arabe de Méningane qui était détruit, et sur les débris duquel le nouveau village de Palma fut fondé.
Selon ce que dit Sir John Kirk en 1 880 , la baie de Tangue est située admirablement comme point de départ de traite des noirs dans la mousson de nord-est, et elle arrivera fatalement à être utilisée pour ce commerce dans le cas oà elle appartiendra de nouveau à la nation portugaise. Mais nous pouvons répondre simplement par des faits h une telle affirmation gratuite :
Depuis la capture d'une embarcation négrière, le \li janvier 1886, dans les eaux du fleuve Méningane, par la corvette Britton de Sa Majesté Britannique, avant notre réoccupation définitive, jamais on n'y a fait, jusqu'aujourd'hui, quelque autre embarquement que ce soit de nègres à l'état d'esclaves.
En décembre 1886, le fleuve Moginquale fut occupé; le plan hydrographique en a été levé, et un commandement militaire dépendant directement du Gouvernement de Mozambique et auquel le poste d'Infusse fut subordonné, fut établi sur la colline de Namiepe qui domine parfaitement le fleuve et son entrée ainsi qu'un horizon très étendu dans l'intérieur des terres.
Dans les commencements de l'année 1887, le commandement militaire d'Aruangua, créé par un décret de i884, fut installé à l'embouchure du fleuve Pungue à l'endroit de la rive gauche appelé Beira. Ce commandement, qui d'après ce décret devait dépendre du Gouvernement du district de Manica, devint temporairement une dépendance du district de Sofala, comme étant plus près des secours et des moyens d'action du gouverneur respectif que de celui de Manica.
En octobre 1887, on résolut de créer un poste avec un commandement militaire dans le Boror» terres intérieures au nord et à l'ouest du district de Quilimane, non seulement pour faire la police des populations foraines d'ingode et d'Erara, où affluent les tribus des environs du Nyassa pour y échanger de l'ivoire, mais aussi pour éviter un petit trafic clandestin que ces tribus avaient l'habitude de faire, plutôt par la rudesse innée de leurs coutumes barbares qu'avec une notion exacte de lacté qu'elles pratiquaient.
L'effet de l'établissement de ce poste militaire contre la traite des noirs faite par des caravanes de l'intérieur a été complètement décisif. Le consul anglais Hawes affirme au marquis de Salisbury dans une dépêche officielle du 26 février 1887, écrite à Zomba, près du lac Nyassa, que le trafic d'esclaves parait être entièrement terminé à Lunas, emplacement du territoire de Boror où s'est établie l'autorité portugaise et où le nouveau village appelé si heureusement « Liberdade » a été fondé. Aujourd'hui les caravanes , qui viennent à Quilimane par ce chemin y apporter de l'ivoire , ne consistent qu'en un nombre suffisant de porteurs pour y transporter cet ivoire et en remporter les marchandises reçues en échange, et en quelques femmes, concubines des hommes qui dirigent les caravanes. M. Hawes ajoute que cela est dû indubitablement à la surveillance des autorités portugaises qui y sont installées.
La conscience nous affirme que, depuis de longues années, les Gouvernements portugais ont fait des efforts énergiques et spontanés pour réprimer le trafic dans toutes les possessions où l'on voit flotter le drapeau bicolore. Entreprise difficile, certainement, quand il s'agit d'extirper d'anciens usages invétérés par l'habitude , par l'impunité et, principalement, par l'exigence impérieuse de certaines circonstances économiques auxquelles nous nous reporterons bientôt, qui sont particulières aux provinces d'outre-mer.
Si ces vérités pouvaient être révoquées en doute, nous les renforcerions en signalant les sommes considérables employées à l'augmentation des industries coloniales, dans le but de donner de l'essor au commerce, et de rendre saines et attrayantes les villes du littoral africain. Aux accusations malveillantes des étrangers nous opposerions le dévouement d'un grand nombre de fonctionnaires, dont les uns ont ruiné leur santé, et les autres ont perdu la vie dans ces climats inhospitaliers; nous opposerions enfin factivitë avec laquelle nous avons toujours cherché h offrir au cultivateur et au commerçant un placement avantageux pour leurs capitaux, les arrachant ainsi au trafic immoral , mais lucratif, de la traite des noirs.
On sait que la surveillance constante des ports et des fleuves suspects dépendait de la présence assidue de navires de guerre sur ces points inhospitaliers. — Qu ont fait nos Gouvernements? — ils ont augmenté, autant que possible, nos forces navales dans la mesure des moyens dont ils peuvent disposer, et cela non seulement quant au nombre des bâtiments de guerre, mais aussi quant h celui des équipages, qui, faute de commodités, étaient souvent décimés parles fièvres.
Ces eObrts si tenaces de la part du Portugal ont été reconnus très souvent dans les régions officielles par le témoignage digne de foi de hauts fonctionnaires étrangers. Il serait curieux et utile d'avoir la liste complète de tous ces témoignages, dont quelques-uns sont éloquents et chaleureux, par lesquels la bonne foi des étrangers a récompensé notre pénible tâche; mais, ne voulant pas étendre par trop ce document, nous nous limiterons à prendre au hasard, en glanant d^ns une moisson si abondante.
Prenant comme point de départ le traité du 3 juillet 1 84^ , entre le Portugal et la Grande-Bretagne, nous remarquerons que déjà le i8 novembre i8A4 le commodore Jones, commandant la stalion navale britannique sur la côte occidentale d'Afrique, à bord de la frégate Pénélope, dans Tile de TÂscension, louait, auprès de l'Amirauté angliu'se, la bonne foi et le zèle avec lesquels le gouverneur d'Angola et les officiers de la province s'efforçaient de maintenir l'esprit et la lettre des traités sur labolition de la traite des noirs, et il signalait alors spécialement le capitaine de frégate Cunha, chef de la station navale, qui , pour sa part, venait de capturer une barque de négriers chargée de huit cents esclaves,
Le a3 janvier i845. Lord Aberdeen, chef du cabinet de Saint-James, écrit au Ministre de la Grande-Bretagne à Lisbonne, confirmant la salisfaction avec laquelle l'Angleterre voit le zèle des Portugais à accomplir les traités pour l'extinction du trafic. Lord Howard , Ministre d'Angleterre à Lisbonne, signale les mêmes sentiments dans sa dépêche officielle du i5 mai i8â5 à notre Gouvernement, quant à l'efficacité des efforts des gouverneurs d'Angola et de Mozambique, ce dernier étant secondé par le gouverneur de Quilimane. Les plus incrédules peuvent voir par là l'harmonie avec laquelle les autorités du Gouvernement portugais opéraient dans la partie occidentale et dans la partie orientale du grand continent.
Maïs nos travaux énergiques ne s'arrêtèrent pas et ne faiblirent pas. Par une dépêche officielle du 29 mars 1878, Lord Derby ordonnait au Ministre britannique à Lisbonne de féliciter notre Gouvernement sur le succès des opérations des forces navales portugaises contre les négriers à Quivolane; et il faisait de même, le 3i mars de ladite année, pour le décret qui détruisait les dernîers^vestiges de l'esclavage dans l'archipel du Cap- Vert.
D'accord avec les forces navales anglaises, nos forces navales réalisèrent plus d'une fois des expéditions combinées, dans le but de poursuivre les négriers sur les fleuves et dans les cours d'eau sinueux de la côte de Mozambique. Nous citerons seulement celle qui eut lieu au mois d'août 1878 sur les fleuves Moma et Quizungo, quoique nous puissions en citer des dizaines où la cordialité la plus intime et la plus efficace entre les officiers des deux nations s'est toujours manifestée.
La conviction que nos Gouvernements ne savaient pas (par sentiment d'honneur même) se ralentir dans le but ferme d'extirper le trafic, prenant déjà de la consistance, se généralisait dans tous les esprits.
Les mesures adoptées par le Portugal sur toute la côte d'Afrique peuvent, ce nous semble, se résumer ainsi qu'il suit:
i"* Renforcer (comme on l'a toujours fait quand c'était possible) les détachements des stations navales ;
a** Améliorer (comme, en effet, on les a améliorés en beaucoup de points depuis vingt ans) les casernements des divers centres de troupes, condition essentielle pour entretenir la santé des garnisons ;
3"* Introduire l'usage des barques à fond plat, mues par la vapeur et bien armées pour la navi-
gation difficile et la police des fleuves et des ports pleins d'écueils , fréquentés par les embarcations négrières. - — Les embarcations qui se trouvaient dans ce cas sont : Les canonnières Tête et Sena^ qui ont parcouru leZambèze, et ont fait d^actives croisières sur la côte de Mozambique depuis iSyS jusqu'en 1880. Les deux chaloupes en acier qui ont été envoyées en 1880 au Zambèze, mais qui ne furent employées quà faire la police des environs du port de Mozambique; et enfin les trois petits vapeurs Cuama, Cherim et Marave, envoyés il y a peu de mois , et qui sont destinés à la navigation du Zambèze, du Ghire et du lac Nyassa;
4° Surveiller (comme on le fait toujours quand c est possible) certains points où les trafiquants trouvent plus facilement un abri au milieu des mangliers inextricables.
Malgré des notes discordantes et injustes, nous voyons avec plaisir que les témoignages d'étrangers louant Tefficacité de nos efforts ont continué à affluer dans tous les temps.
La façon dont le général José Guedes de Garvalho et Menezes se conduisit comme gouverneur de Mozambique dans l'exécution des ordres émanés du Gouvernement de la métropole pour donner la chasse aux négriers fut digne de remarque. Dans une dépèche officielle du 16 juin 1876, que le major Frédéric Elton, intelligent et infortuné ex-consul anglais à Mozambique, adressait a son Gouvernement, il résumait en peu de mots, dans un chapitre sur la répression du trafic, la gérance du gouverneur général, affirmant que les services rendus par ce fonctionnaire avaient été remarquables, et que, lorsqu'il avait quitté l'administration de la province, il avait laissé à son successeur le chemin ouvert pour obtenir la prompte abolition du trafic de nègres dirigés sur l'île de Madagascar.
Tous ces efforts furent reconnus supérieurement par le Gouvernement de Lord Derby, dans une dépêche officielle du a 3 octobre 1876 au Ministre anglais à Lisbonne.
Les services des officiers de marine, Joâo Garlos Âdriâo et José d'Âlmeida d'Avila, tous deux chargés du commandement de la station navale de Mozambique, à différentes époques, ne fiu^ent pas moins appréciés pai* le cabinet de la Grande-Bretagne, ainsi que le constatent les dépèches officielles de Lord Derby, adressées à LordLytton, le i5 septembre 1875, et à M. Morier, le 2 1 février 1877.
Les services rendus par le gouverneur général de Mozambique sont singulièrement vantés dans une autre dépêche du 3i mars 1877 ^" Gouvernement anglais à son Ministre à Lisbonne, dans une du 2/i avril, et dans une autre du a 5 juin; de plus, dans une dépêche officielle bien expressive du consul Elton déjà cité, adressée au gouverneur de Mozambique, le 27 juin de la même année, ce fonctionnaire consulaire rend le témoignage le plus positif aux mesures constantes adoptées par les Portugais au profit de la grande idée humanitaire.
Il y a une autre dépêche du 4 janvier 1 878 , dans le même esprit, adressée par Lord Derby au plénipotentiaire anglais à Lisbonne, à l'égard de la bonne attitude du nouveau gouverneur général Francisco Maria da Cunha; une seconde fut communiquée au Gouvernement anglais par l'amiral Corbett, fondée sur des renseignements officiels du commandant Ommanney, de la canonnière le Lynx.
Le vaste httoral portugais de l'orient africain (en raison de circonstances orographiques spéciales et du voisinage de pays musulmans où la condition servile est une institution légale) a été le lieu où la tache infamante de la traite des noirs a coûté le plus à enlever de nos mœurs. Ces places, ces fleuves et ces bras de mer peu profonds, dont un grand nombre pénètrent en serpentant dans les terres intérieures, ont été bien des fois le théâtre de véritables prouesses ignorées, pratiquées par nos hommes de mer.
Outre les faits auxquels les documents diplomatiques cités plus haut font allusion et dans lesquels on met en évidence des hauts faits de fonctionnaires portugais, il y a une dépêche officielle du 9 avril 1878, dans laquelle le commandant anglais W.-U.-C. Selby, du navire de guerre la Vestal, rapporte la façon courageuse avec laquelle l'enseigne de vaisseau José Maria da Silva s'est
conduit dans une attaque combinée entre le navire portugais le Tête et le sien centre des négriers» dans la baie de Mozambique, expédition qui obtint une mention des plus flatteuses du marquis de Salisbury, dans une de ses dépêches au Ministre anglais en Portugal, datée du 2li juin suivant.
Le consul anglais à Mocambo, H. O'Neill, témoin de la manière pleine de zèle avec laquelle les autorités portugaises procèdent dans cette vaste province, disait, dans une dépêche du 1 7 juillet 1 880, adressée au comté de Granville, et se rapportant à notre nouvelle occupation dlnfusse, que les mesures prises par le gouverneur Sarmento, soumettaient le district à une surveillance permanente, et il assurait que l'abolition du trafic y dépendait de cette surveillance exercée par les autorités installées sur ces territoires, et que les conditions de ce trafic étaient complètement modifiées, attendu que les négriers ne pouvaient plus espérer la protection, ni laide que les chefs indigènes, aujourd'hui soumis ou expulsés, leur avaient données jusque-là.
Ces actes méritèrent encore de nouvelles louanges à notre zèle dans une dépêche du 1 8 septembre 1880 que M. Lister, sous-secrétaire d*État, adressait audit consul, et dans laquelle il est fait mention de l'énergie et du succès des mesures adoptées par les Portugais dans le delta du Quivolane et dans loccupation d'Infusse. On cite lès capitaines Luiz Joaquim Vieira Braga (déjà mort), et Antonio Gandido Vidal de Sousa, comme ayant été des auxiliaires puissants dans ces expéditions.
Il y a aussi de justes appréciations à notre égard dans le rapport adressé à son Gouvernement par le même consul O'Neill, le 3 novembre 1880, où, après avoir parlé de l'esclavage rural, limité et doux, qui existe encore dans le nord de la province de Mozambique, où Ton cultive le sésame, il dit ceci : « J'espère que mes paroles à regard du commerce d'importation et d'exportation qui se fait sur la côte du nord de cette province ne peavent signifier insouciance de^la part des autorités portugaises qui y résident. Je tiens comme certain que le gouverneur d'ibo désire la répression du trafic aussi sincèrement que quelque autorité anglaise que ce soit. »
Les faits éclatants de nos militaires et de nos matelots patient plus haut encore que ces témoignages impartiaux, dignes de foi, et pour cela même précieux. Ces officiers, ces pauvres soldats, ces simples matelots, relégués dans les profondeurs de solitudes inhospitalières, il faut voir comment ils luttent avec les maladies locales produites par l'empoisonnement paludéen; il faut les voir s'escrimer sans relâche contre la fureur des ondes et contre la résistance armée des négriers. Le fait est qu'ils savent confirmer, grâce à leur conduite inébranlable, la réputation de courage dont jouissent les hommes de guerre portugais. On se souvient (nous venons d'en parler plus haut) de la perte de deux officiers et de quatre marins de la canonnière Mandovi engloutis par un coup de mer lors de leur poursuite de négriers à la barre d'Infusse, au mois d'août 1883 ; cette perte déplorable a mérité à notre Gouvernement les compliments de condoléance du Gouvernement anglais exprimés dans une dépêche du 2 novembre du comte de Granville à M. Baring, chargé d affaires à Lisbonne.
Le consul anglais O'Ncill, dans une dépêche officielle qu'il adressait à son Ministre, comte de Rosebery, le 28 juillet 1886, faisait les éloges les plus spontanés et les plus grands du gouverneur général de Mozambique, Auguste deCastilho, et du capitaine des ports, lieutenant de vaisseau, Antonio Simeao d*01iveira pour la discrétion l'adresse et la décision avec lesquelles avait été conçue, dirigée et exécutée une expédition antiesclavagiste commandée par Simeao d'Oliveira en personne, dans une chaloupe armée, au fleuve Mafeda et au sud de la pointe Bajona, expédition qui eut pour résultat la destruction de l'embarcation négrière Nussura, qui s'était absentée clandestinement du port de Mozambique quelques jours auparavant, laissant ses papiers chez le capitaine du port. Ledit O'Neill parvint à obtenir des renseignements particuliers qui confirmaient pleinement les assertions officielles publiées dans le bulletin du Gouvernement général de la province.
Tout ce que nous venons de dire, extrait superficiellement et au hasard des sources h s plus authentiques des chancelleries nationales et étrangères, prouve l'évidence de l'attitude sage et lui-
manitaire prise par le Gouvernement portugais, depuis de bien longues années, dans la noble intention d'en finir avec le trafic des esclaves dans les possessions portugaises. La résistance qu'a éprouvée ce Gouvernement pour arriver h voir ses efforts couronnés de succès prouve aussi , une fois de plus, qu'il ne suffit pas d'établir des lois; il faut les appliquer et les réglementer. Il ne suffit pas qu'un principe sensé s'implante dans les codes d'un pays, il est indispensable que les coutumes nationales se modifient pour l'accepter, et que les circonstances locales le favorisent.
Plusieurs causes s'opposèrent h l'idée lumineuse et grande de l'abolition de l'esclavage et de l'extinction de la traite des noirs. Parmi ces causes, les unes étaient négatives et d'autres positives, toutes très efficaces, et tellement efficaces, qu'elles ont retardé jusqu'aujourd'hui l'affranchissement complet des noirs, en dépit des efforts combinés du bon sens et de la charité chrétienne.
Il est fait ailleurs allusion à certaines circonstances d'économie agricole des colonies, qui, en plusieurs endroits, rendaient labolition difficile, quoiqu'elle soit si justement préconisée par les philanthropes. En effet, qui ne voit pas que les planteurs n'auraient jamais pu mettre à exécution le défrichement et l'exploitation de la plus petite parcelle de terrain dans ces climats brûlants et malsains, sans la conquête faite de vive force? Elle paraissait donc tristement nécessaire cette soumission de milliers de travailleurs arrachés ainsi d'une manière barbare à la paix et à l'immobilité de la vie dans les déserts , cette soumission de nègres , dont la nature paresseuse et sobre se con* tente des aliments les plus grossiers.
Ce fut là, sans doute, une triste et dure nécessité pour les anciens colons, moins éclairés que ceux d'aujourd'hui, et qui, par leurs relations avec les musulmans, pendant des siècles, dans la péninsule, étaient habitués à accepter lesclavage comme une institution légale.
Et cependant, comme les dates le démontrent triomphalement, Tidée de liberté pour ces malheureux Qnchainés par la cupidité d'autmi entra de bien bonne heure dans l'esprit des législateurs portugais.
Si ce n'étaient quelques trafiquants, intéressés directement dans les bénéfices d'un tel commerce, personne, parmi les gêna de bon sens, n'oserait se risquer à défendre une absurdité aussi inique. Il suffit ici d'affirmer que les stations officielles portugaises s'efforcent, depuis des siècles déjà, d'arracher de notre noble pays cette lèpre qui l'humilie.
Ce n'est, pour ainsi dire, que depuis iSili que l'on a commencé à penser plus systématiquement à nos colonies, et seulement depuis vingt ou trente ans avec plus d'insistance. Parmi les causes physiques qui ont contribué à retarder notre œuvre de civihsation africaine, figure en premier lieu Tinsalubrité incontestable du climat dans une zone plus ou moins large du littoral, et de là vient la difficulté d'attirer les capitaux en Afrique.
Les colonies africaines des autres nations sont en prospérité, tels que le Gap de Bonne-Espé* rance, l'Algérie, et même le Natal et les républiques néo-hollandaises de Tintérieur du continent; et cela à cause des climats tempérés et salubres dont elles jouissent.
Il est possible que dans la zone tropicale de l'Afrique, où presque toutes nos colonies sont situées, nous ayons peu fait; mais ce qui n'est pas moins certain, c'est qu'aucune autre nation civilisatrice n'y aurait mieux réussi que nous, qui possédons à un haut degré une facilité d'acclimatation reconnue même par beaucoup d'étrangers.
Mais revenons au sujet principal qui nous occupe.
Il y a des causes bien variées de la décadence que l'on remarque effectivement (et qui ne pouvait manquer d'être remarquée) dans la traite des noirs en de certaines régtons des possessions portugaises où malheureusement elle subsiste encore.
Examinons-en quelques-unes :
L'augmentation des industries honnêtes le long de la côte, grâce à la multiplicité des moyens de communication maritime ;
a° La diminution sensible du commerce et de l'exploitation de l'ivoire, et l'augmentation de la récolte du caoutchouc dans l'intérieur;
3" L'augmentation graduelle et toujours croissante de commerces licites dans Tintérieur;
4** La présence beaucoup plus grande qu'autrefois d'Européens dans les déserts inaccessibles jadis aux communications avec des gens civilisés ;
S"" L'amélioration rapide dans les moyens de communication et de publicité, soit par les bâtiments à vapeur, soit par les télégraphes;
G"" Le grand nombre de points occupés par des factoreries le long des côtes, et la police qui y est mieux exercée ;
7* L'influence bienfaisante et civilisatrice des missionnaires dans l'intérieur.
Quant à la province de Mozambique spécialement, il y a encore d'autres motifs, savoir: la diminution dans la recherche de la marchandise depuis le décret du Gouvernement hova à l'égard de l'émancipation, le protectorat français sur les îles Gomores, et la promesse, faite récemment par le Sultan de Zanzibar, de libérer bientôt tous les esclaves dans ses État?.
Nous allons nous étendre davantage à l'égard de cette province, qui est un des joyaux de la couronne, et examiner l'importance de ses côtes principalement dans la partie du centre que les négriers préféraient pour leurs exploitations indignes, en raison de la proximité de marchés plus avantageux.
Dans une communication du consul anglais Elton, qu'il faisait à son Gouvernement en 1876, déjà il reconnaît une diminution considérable de cet abominable commerce dans des endroits où il existait encore l'année précédente, malgré les efforts du gouverneur général et du Gouvernement central.
Dans le cours de cette année-là, le commandant Thomas Le Hunt Ward de la corvette anglaise la Thétis (nous citons avec intention ces dépositions qui ne peuvent être soupçonnées) déclarait à son Gouvernement que, ayant croisé pendant six mois consécutifs sur les côtes de Madagascar, on y avait capturé une seule embarcation d'esclaves pendant ce laps de temps et que deux seulement avaient réussi à s'échapper; et il reconnaissait une diminution notable du trafic le long de la côte portugaise de Mozambique. '
La vérité est que, depuis ces déclarations, quelques cas (mais rares) sont dénoncés au gouverneur général de Mozambique et qu'ils étaient pratiqués par des Arabes; mais cela n'est que la confirmation de la règle générale; ce sont des exceptions qui servent, pour ainsi dire, à maintenir les autorités navales sur le qui-vive.
Ce même consul Elton, dans un rapport envoyé à son Ministre au mois d'août 1876 , déclare, d'après ses observations personnelles, que les visites de canonnières portugaises sur divers points de la côte et la destruction de quelques embarcations négrières faite par ces canonnières et par les croiseurs anglais avaient eu le meilleur résultat. L'attitude du gouverneur José Guedes, qui venait en aide à ces expéditions, fut reconnue par Lord Derby, et il en fit l'éloge dans une note du 1 1 octobre 1876, adressée au Ministre anglais à Lisbonne.
Dans un autre rapport du même Frédéric Elton, consul anglais à Mozambique, adressé à Lord Derby le 3 janvier 1877, ^ l'égard de la traite des noirs, il est dit que c'est avec plaisir qu'il voit que, pendant son absence de Mozambique, beaucoup d'Arabes et de noirs musulmans mal notés ont disparu de Quivolane et d'Infusse, s'étant vus obligés, à ce qu'il paraissait, à abandonner le trafic, qui devenait impossible en face des obstacles élevés par la politique portugaise et britannique.
Sir John Kirk, agent politique de l'Angleterre près le sultan de Zanzibar, dans une dépêche oflicielle du 7 février 1878, rend compte de la prise d'une embarcation négrière à Myanterano (Madagascar), embarcation qui paraissait être sortie du fleuve de Moma ou de ses environs, et il avoue que cette prise est l'unique que l'on ait réalisée depuis bien longtemps dans le canal de Mozambique. 11 dit encore qu'il y avait plus de deux ans que la station navale portugaise n'avait
jamais manqué de maintenir un ou plusieurs navires dans ces parages. « Il y a donc raison de penser, ajoute sir John , que le trafic y est considérablement diminué. »
Le consul 0*Neill, que nous avons déjà cité, faisait la même déclaration dans une dépêche, en date du 2 1 octobre 1879, adressée au marquis de Salisbury à propos d'une expédition portugaise et :anglaise, combinée et projetée à Infusse et à Quivolane; et, selon lui, cette diminution du trafic est <lue à Tinfluence de Tesprit de la loi portugaise , qui a supprimé la traite des noirs , et aux secours prêtés par le gouverneur général de Mozambique.
Le contre-amiral Corbett est encore plus explicite dans ses expressions quand il écrit à TAmirauté, le 3i août 1879, à bord de sa frégate VEwjalas, mouillée à Aden, et qu'il dit que, d après ce qu'il a vu en personne, la traite des noirs était, pour ainsi dire, moribonde dans le canal de Mozambique [in a moribund condition), réduite comme elle Tétait à Tétat de contrebande insignifiante (a pettifoggin contraband).
Le consul O'Neill reconnaît encore une fois les mêmes résultats avantageux , quand , le 1 3 décembre 1879 et le 2 décembre 1880, il dit au marquis de Salisbury que Ton remarque une diminution notable dans le nombre des esclaves conduits à la côte, diminution qui, cependant doit être attribuée, si l'on veut être impartial, à la rareté graduelle de l'ivoire et, par conséquent à la diminution des expéditions de caravanes commerciales à la recherche de ce produit.
Ce chapitre pourrait encore s'enrichir de plusieurs témoignages dignes de foi, qui confirmeraient cette vérité irrécusable, savoir : la diminution graduelle et constante du trafic, justement sur le point où on l'exerçait le plus effrontément. Le célèbre sir Bartle Frère, commissionné expressément par son Gouvernement pour aller étudier la question de la traite des noirs à la côte orientale d'Afrique, et convaincre le Sultan de Zanzibar dy coopérer avec l'Angleterre, calculait, en 1873, à dix mille esclaves lexportation qui s'en faisait annuellement, rien que de la côte portugaise. Dans le commencement de Tannée 1876, le consul Elton l'évalue à 7 ou 8,000, et ce calcul est appuyé par le commandant Le Hunt Ward. Le même Elton la réduit à 1,600 en janvier 1877. Néanmoins cette différence sensible était due (nous ne devons pas le cacher) à des causes exceptionnelles, car, en juillet de la même année 1877, ce consul mentionne une nouvelle augmentation, qui est confirmée par le commandant Selby du navire la VestaL Et encore, en juillet 1879, mi autre officier de la croisière anglaise, le commandant Tracey du navire le ff^ild Swan, avoue qu'il y avait déjà peu de trafic, ou même aucun.
Enfin l'amiral Jones, écrivant à l'Amirauté anglaise Je 24 septembre 1880, à bord de la frégate YEuryalas mouillée à Trincomalee, dans Tîle de Ceylan, après avoir été dans la croisière de la côte orientale, s'exprime ainsi :
« La proclamation de l'état de liberté faite par les Portugais , et la déclaration de Tillégalité de la traite des noirs dans ses possessions, ont aidé beaucoup le Gouvernement anglais à en faire la suppression. Aussi voyons-nous que ce commerce se fait en petites parties, de Tintérieur pour le littoral, comparativement à ce qui s'en faisait sur une grande échelle, il y a peu d années. Ce trafic se trouve donc réduit aujourd'hui à environ 3, 000 esclaves, de 20,000 qu'il était auparavant. »
Ces assertions authentiques citées ici sont des preuves concluantes de la vérité; mais il y en a encore d'autres et beaucoup d'autres.
Écoutons la façon énergique et positive avec laquelle des écrivains et de hauts employés anglais répondent en personne et spontanément aux insinuations malveillantes de certain fonctionnaire ou certain voyageur malévole ou mal informé.
Dans une lettre du EV Stewart au consul Elton, datée de Livingstonia (lac Nyassa), 3o novembre 1876, on repousse quelques-unes des assertions du voyageur Young, et il y est dit :
«Je ne crois pas que dix-neuf milliers d'esclaves, et rien qui en approche, soient transportés annuellement sur le lac; il ny a même aucun endroit où Ton puisse rencontrer des milliers de squelettes, ainsi que veut bien le dire M. Young. »
Le consul anglais à Loanda, Hopkins, qui est à même de parler sur ce sujet en parfaite connaissance, oppose sa logique aux affirmations du voyageur Gameron ; et, écrivant au conîte Derby, le 6 janvier 1877, entre autres choses en faveur de notre défense, il dit ce qui suit :
K Gameron rapporte aussi que, pendant son séjour dans leBihé, il sut que des vapeurs abordaient à Mossamedes pour la traite des noirs. Quant à moi , j*ai visite Mossamedes et j*ai su qu'on n* y voyait rien de semblable depuis bien des années. Le dernier embarquement eut lieu dans la baie Farta, è quelques milles au sud de Benguelia, en i863 ou 186&; mais Texportation d'esclaves cessa entièrement d exister à Benguelia par l'activité des croiseurs sur la côte de Guba, et parce que les autorités espagnoles s'emparaient des esclaves dès le moment où ils débarquaient dans file. Il y a è Mossamedes un gouverneur et un état-major d'officiers, ainsi qu'un détachement de marins et de soldats, de sorte que la traite des noirs y est devenue impossible aujourd'hui. »
Dans une dépêche officielle du i3 février 1877 de M. Morier, Ministre anglais à Lisbonne, adressée à son Ministre des Affaires étrangères, le comte Derby, après avoir parlé de l'indignation <le la presse de Lisbonne contre des accusations imméritées faites par le voyageur Gameron à Paris et dans d'autres pays, il dit qu'il comprend bien l'irritation de Gameron, quand il accuse des actes scandaleux pratiqués en Afrique par quelques Portugais, et il ajoute impartialement, d'autre part, qu'il est inutile de nier que la croisade publique levée par Gameron contre la présence des Portugais en Afrique est calculée dans le but de faire le plus grand tort aux seuls moyens vraiment disponibles et efficaces pour mettre fin aux abus mêmes qu'il dénonçait, et qui consistent dans la coopération active des deux Gouvernements.
Dans une autre dépêche très longue du même Ministre anglais à Lisbonne, adressée encore au comte Derby, le 217 février 1877, et dans laquelle il est rendu compte de l'impression désagréable causée au parlement portugais par lesdits voyageurs Gameron et Young, ce diplomate termine en disant :
K Je ne puis manquer de remarquer la situation désagréable où cette légation se trouva par le langage attribué au lieutenant Young. L'expédition dirigée par cet officier a été recommandée avec le plus grand empressement par mon prédécesseur aux soins et à la protection du Gouvernement portugais. Toutes les franchises et toutes les exemptions de douane ont été accordées à ladite expédition; et, non seulement les plus petites plaintes sur le manque d'accomplissement des conventions n'ont pas été reçues dans cette légation , mais encore les employés du lieutenant Young remercièrent le Gouvernement portugais des facilités procurées à ce monsieur, et de toutes les politesses dont U a été lobjet toutes les fois qu'il a traversé des territoires portugais. Et maintenant il se plaint d'avoir rencontrédesobstacles à ses relations avec les autorités deQuilimane et d'avoir eu & payer 26 p. 0/0 sur toutes les marchandises de la mission. »
Enfin M. Stanley, le voyageur si connu, le 1 1 mai 1878, après sa traversée en Afrique, écrit de Londres au secrétaire de la Société antiesclavagiste américaine en ces termes :
« Les provinces portugaises sont gouvernées par des hommes que je tiens comme étant animés d'une haine aussi sincère contre la traite des noirs que l'a montrée quelque philantrophe anglais ou américain que ce soit. Ge serait vraiment une entreprise des plus risquées pour un négrier quelconque que de tenter de faire revivre aujourd'hui le trafic d'esclaves sur le territoire portugais, soit par mer, soit par terre. On ne peut nier qu'il se fasse quelque trafic sur les frontières des colonies de Portugal par des sujets portugais, quand ils parviennent à échapper à la surveillance des autorités; toutefois, il est indispensable de bien faire la différence qui existe entre les Portugais africains et les Portugais européens. »
Une chose que les étrangers doivent avouer, c'est la douceur de notre régime colonial envers les esclaves que nous possédions. U y a peu de nations qui puissent se vanter d'avoir accepté avec une aussi grande cordialité la libération de tant de milliers de sujets, et d avoir traité ces malheureux avec plus d*humanité lorsqu'ils étaient soumis par la loi au caprice de leurs maîtres.
Conférence de Bruxdles.
Il y a en des exceptions^ ce$t évident, et les cas de férocité bratale et lâche étaient nombreux; mais la rt^ générale était la mansuétude presque paternelle des propriétaires envers les esdaves^
La sollicitude avec laquelle les propriétaires d'Angola préparèrent la transition de Tétat de servilité* â celui de liberté dès 1876 fut un spectade consolateur, d*après ce que dit M. Carnegie, consuL anglais par intérim à Loanda, homme digne de foi.
Dans sa dépêche officielle du 39 avril 1876, ce fonctionnaire informe son Gouvernement que les craintes' de perturbation de l'ordre, dans Tile de Saint-Thomas, en conséquence de la loi du 3 février, s'étaient évanouies , et que l'attitude des propriétaires était pacifique. Les esclaves devinrent de simples serviteurs conune les autres , quels qu'ib soient.
Pour éviter l'agitation que pouvait amener une transition trop violente, les propriétaires de terrains à Loanda avaient introduit la liberté du travail dans leurs plantations, donnant à chaque petit travailleur un lot de terrain, avec la permission de le cultiver, moyen par lequel (£iit observer ledit consul) ces propriétaires étaient parvenus à assimiler la position de leurs esclaves à celle des iravailtears libres, aa peint qu'il n'existait déjà plus alors de différence entre eux. Ce fait (qu'on le remarque bien) se passait en avril 1 876 , et ce n'est qu'au 1 7 juillet suivant que le décret d'abolition définitive de l'esclavage dans cette province devait être effectif à Loanda.
On voit par là, et d'après le témoignage impartisd et digne de foi d'un agent anglais, combien le caractère du peuple portugais est humain et bienveillant, et (à part les exceptions) comme f abolition de l'infâme trafic fut acceptée de bon gré.
Il est vrai que dans une autre de ses dépêches le même consul, qui se trouvait à Loanda le 17 juillet 1876, dit qu'il s'étonnait qu'un acte administratif si important, qui allait accorder la liberté à des milliers et milliers d'individus, ne fût pas solennisé par la plus petite démonstration de fête, ni de la part des autorités, ni de celle des pailiculiers. Il attribue ce manque d'enthousiasmeet cette apathie, qui l'ont tant étonné, à 'l'incrédulité chez les esclaves de voir leur situation individuelle s'améliorer par là.
Cette indifférence en présence d*un événement si remarquable aurait peut-être encore une autre explication plus flatteuse pour notre caractère bienveillant et charitable. Et, en effet (c'est encorele document d*un étranger que nous allons citer), le consul anglais à Loanda, Hopkins, en sadressant au comte Derby le 3i juillet 1875, accuse réception de la loi portugaise du 29 avril, qui proclame l'abolition de l'esclavage comme devant avoir lieu dans le cours d'uii an, loi qui est spécifiée dans le décret du 28 février 1 869 , et il dit qu elle a été publiée dans le Bulletin d'Angola , ainsi que la nomination d'une commission pour proposer la manière dont les maîtres seraient indemnisés.
Il ajoute, comme déjà l'a confirmé son compatriote Carnegie, cité plus haut, que le décret du- 29 avril n'a pas causé la moindre sensation à ceux qui y étaient intéressés; il y eût même desnoirs qui considéraient la nouvelle loi avec un sentiment de méfiance, dans la crainte qùVUe ne vint les pi'iver de la protection de leurs maîtres auxquels ib sont généralement très dévoués, et par lesquels ils sont bien traités.
On conclut de là que les maîtres portugais possesseurs d'esclaves, règle générale, n'étaient pas (les tyrans, et que la liberté s'infiltra graduellement et doucement dans les coutumes de tous, sans< choc ni transition violente et, par conséquent, sans que la réalisation complète en causât le moindre étonnement.
Après l'abolition de l'esclavage tout se passa sur le même pied, et sans que les serviteurs noirs seplaignissent de leurs patrons. C'est ce que l'on peut remarquer dans toutes nos possessions d'Afrique,, et qui confirme le bon naturel, l'indulgence et la douceur des Portugais dans leurs relations avec les indigènes qu'ils ont conquis et qu'ils cherchent à civiliser.
Un autre consul anglais à Loanda, W. G. Lennon Hunt, écrivait au marquis de Salisbury, le a septembre 1 878 , à propos d'une visite qu'il avait faite aux îles de Saint-Thomas et du Prince, où. l'on fait le transport de colons travailleurs ruraux venant de la province d'Angola (ce qui a été critiqué si injustement), qu'il croyait être de son devoir de mentionner que les colons sont bien traités
et bien nourris à Saint-Thomas. Il détruisait ainsi Timpression qui s'est manifestée dans Viie et s'est propagée au dehors contre la réputation des cultivateurs sans que souvent quelqu'un se présentât ipii pût le démentir d'une façon autorisée.
Sur le même sujet, M. Mbrier, se reportant au règlement du 2 1 novembre pour les contrats de -serviteurs et de colons dans les possessions portugaises, dit au marquis de Salisbury, le 24 décembre 1878, que Tacte ci-dessus est inspiré par des sentiments d*humanité envers le nègre et d'équité -envers le patron : deux conditions qui se combinent difficilement avec un bon résultat*.
En réponse h cette communication , le marquis de Salisbury aifirme à M . Morier, le 2 2 février 1879, que le Gouvernement de Sa Majesté Britannique reconnaît bien volontiers notre coopération au grand but de l'aflBranchissement des noirs, qui préoccupe constamment les deux Gouvernements par les larges mesures libérales qui, jusqu'à cette époque, ont caractérisé la politique coloniale portugaise.
Plus tard, M. A. Cohen, consul anglais à Loanda, dans une dépêche officielle du 20 mars 1880, -en pariant d'une visite à 111e Saint-Thomas pour voir les travailleurs qu'on y avait importés de la côte, dément aussi l'accusation gratuite qu'on nous a faite que ces travailleurs étaient maltraités par leurs patrons , et il affirme que les autorités locales veillent avec soin à éviter des abus.
Ce consul est encore plus explicite lorsque, s'adressant au comte de Granville , le 1 6 juillet 1 882 , il dit qu'à Saint-Thomas les colons sont bien nourris et bien traités en cas de maladie, et qu'ils ont ^e bons lits; que les infirmeries y sont bonnes et bien pourvues de médicaments , et que les médecins, qui sont nommés par le Gouvernement et payés par les planteurs, visitent chaque propriété de leur -circonscription deux fois par mob bu plus si c'est nécessaire. Il affirme le zèle que les autorités locales mettent dans leiurs fonctions et rend justice au soin avec lequel elles veillent à ce que les travailleurs reçoivent leur salaire chaque mois; il dit aussi que toute plainte de mauvais traitements faite contre les patrons est vérifiée minutieusement; et si, par hasard, on reconnaît que le noir a raison, le patron est puni, soit par la prohibition d'engager d'autres serviteurs, soit par le chani;ement des plaignants mêmes dans d'autres propriétés.
En cette occasion, le Portugal déclarait son protectorat sur le territoire de Dahomé et célébrait, avec le roi de ce pays, un traité en vertu duquel il lui était permis de racheter un certain nombre de noirs parmi ceux qui étaient condanmés à être immolés dans les fêtes nationales, fêtes sanguinaires, -qui se faisaient périodiquement; ce rachat se faisait moyennant une annuité pécuniaire payée au roi par notre Gouvernement. Ce roi de Dahomé s'engageait ainsi à abolir cette coutume ancienne ^t barbare, et les noirs que nous sauvions allaient servir, comme travailleurs engagés, dans l'agri- -culture de l'île Saint-Thomas.
Le marquis de Salisbury engageait à ce sujet le Ministre anglais, M. Petre, le 23 novembre i885, à exprimer au Gouvernement de Portugal la sympathie avec laquelle le Gouvernement de Sa Majesté Britannique appréciait les efforts humains que nous faisions , ajoutant que si l'exécution d'un semblable traité était accompagnée des précautions nécessaires, comme il est convaincu qu'elle le sera de la part du Portugal, afin d'éviter les abus possibles venant d'employés subalternes, et si l'on protège largement le libre arbitre des noirs sauvés de la. mort, on aura obtenu un bienfait signalé pour un peuple exposé traditionnellement à de cruelles souffrances, sous la main d'un potentat despotique -qui ne voyait dans ces hécatombes qu'une des prérogatives indispensables à la conservation de son prestige.
Nous ne i*ésistons pas au désir de citer encore une fois l'opinion autorisée dé l'honorable ex-consul anglais à Mozambique, M. H. O'Neill, qu'il a manifestée en défense de nos autorités coloniales, •qui furent si souvent calomniées.
En avril 1888, le Gouvernement anglais eut connaissance que l'émigration inaugurée récemment à Inhambane pour l'île de la Réunion avait toutes les apparences de l'odieuse traite de noirs qui avait déjà cessé. Notre Gouvernement fut aussitôt intei'pellé à Lisbonne à cet égard par le Ministre
d'Angleterre; le gouverneur général le fut à son tour par le Gouvernement et le consul O'Neill qui, en cette occasion, avait fait un voyage de Mozambique à Inhambane et à Lourenço Marques, et de qui 1 on pouvait présumer que la nouvelle fût partie pour l'Angleterre, fut interpellé par le gouverneur général. Dans la réponse écrite qu'il donna au gouverneur, il affirmé cependant que, d'après ce qu'il a entendu et vu à Inhambane, lorsqu'il allait à Lourenço Marques et qu'il en revenait, il est suffisamment prouvé que les autorités locales faisaient tous les eObrts possibles pour qu'on exécutât exactement les règlements en vigueur pour l'émigration et pour le transport des colons, et que le gouverneur spécialement se montrait empressé à assurer un bon traitement et de bons logements aux émigrants pendant le voyage.
Il est certain, et nous ne pouvons pas le nier, qu'il existe encore quelques vestiges de trafic clandestin dans certains ports moins surveillés que les autres, sur la côte de Mozambique; et il n'est pas moins certain que ce sont les chasses faites par les négriers très avant dans l'intérieur de l'Afi^ique qui alimentent ce commerce par des envois qu'ils en font au littoral. Une partie de ces levées d'esclaves est absorbée par le service rural dans les plantations de certains indigènes, hors de la vue des autorités portugaises, et l'autre partie est expoitée. Il est juste que poiur ne pas trop alarmer les philanthropes, et en faveur de la vérité, on constate que la condition des esclaves qui restent ainsi sur la côte est loin d'être ordinairement dure et cruelle, car les noirs se plient facilement à de nouvelles habitudes; ils se créent une nouvelle famille, et vivent satisfaits. Dans un rapport sur ce sujet que le consul 0*Neilla adressé au comte de Granvillé,le 3 novembre i88o, il parle de l'existence de ce petit esclavage rural dans les nombreuses et florissantes machambas de sésame, surtout entre Lurio et Ibo, mais il ajoute que les esclaves y sont généralement bien traités parleurs maîtres, qui sont des noirs comme eux; que lui même, le consul, a offert à un grand nombre d'entre eux de les emmener affranchis à Ibo, où ils resteraient absolument libres, et que toujours ils ont refusé cette offre sans hésitation ni contrainte, disant que dans Ibo ils devraient travailler pour obtenir im maigre salaire, avec lequel ils se nourriraient difficilement, tandis que là ils vivaient heureux avec leurs femmes et leurs enfants , et ne travaillaient pas plus que leurs forces ne le leur permettaient « en ayant leur subsistance toujours garantie.
Il ne faut pas penser que nous prétendions ici faire l'apologie de l'esclavage; ce que nous voulons seulement, c'est effacer ou atténuer, autant que possible, un ancien affront qu'on nous a fait, et aussi l'infamie (exagérée avec une intention marquée) d'un mal social que le Portugal a été le premier à combattre avec sincérité, énergie, bon vouloir et efficacité reconnue.
Les sujets que nous venons d'esquisser dans ce travail pourraient bien être encore développés sous plusieurs rapports. Cependant, pour ne pas étendre outre mesure un ouvrage comme celui-ci, qui tend à peine à rétablir en lumière quelques notions historiques par trop oubliées, avouons le, nous nous bornerons à ce qui vient d'être dit.
Nous avons commencé par montrer que l'esclavage en Afrique n'est rien moins qu'une institution portugaise.
Nous avons reconnu l'influence des coutumes traditionnelles des peuples de l'ancien monde sur la manière d'être des sociétés de la Péninsule.
Nous avons prouvé que les navigateurs poilugais du xv* et du xvi** siècle n'ont fait qu'accepter, en quelque sorte, les usages qui leur étaient imposés, et par l'interprétation encore confuse du du droit des gens, et par les convenances de l'affeimissement de leurs conquêtes, aussi bien que par les avantages du développement de la domination spirituelle du régime chrétien.
Nous avons démontré, ce nous semble, qu'à l'ombre de la croix que nos navigateurs et nos conquérants plantaient sur des plages inconnues , aux dépens de toutes sortes de sacrifices héroïques , l'esclavage, si rude ailleurs, a pris chez nous une manière d'être qui en adoucissait la cruauté et qui, pour ainsi dire, en émoussait le tranchant, en le tournant graduellement au bénéfice des esclaves.
L'esclave , sous Tinfluence bienfaisante de la famille portugaise , se convertissait bien vite en un serviteur très souvent dévoué et se voyait admis, à son insu ou malgré lui, au banquet de la civilisation européenne.
Nous avons constaté tout ce qu'il y a d'injuste dans la manière dont la mission providentielle du Portugal a été souvent comprise de certains publicistes.
Nous avons tâché d'infirmer toutes ces assertions par des faits historiques irrécusables; et nous avons enfin, par la bouche des étrangers eux-mêmes, produit la démonstration officielle des efforts que le Gouvernement portugais, dans letroite mesure de ses moyens, a mis en œuvre pour en finir, une fois pour toutes, avec l'institution anti-chrétienne de l'esclavage en Afrique et en Asie.
Nous avons parlé franchement et loyalement.
Il ne nous reste qu i\ en appeler au témoignage des nations les plus éclairées de l'Europe contemporaine. 11 ne nous reste plus qu'à réclamer pour notre pays, quia- pris dès longtemps une initiative dévouée dans la voie des découvertes géographiques, la place marquante qui lui appartient de droit dans ce chapitre glorieux et touchant de la civilisation du monde : l*abolition db la