‹ Proudhonisme et Syndicalisme RévolutionnaireChapitre 10 sur 43 · OPEN PM OT RIVE COM SRE · texte numérisé non relu

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PRÉOCCGUPATIONS MORALES 93

IIL. — Ainsi repliés sur eux-mêmes, et vivant d'une vie isolée et autonome, les producteurs manuels constitués en classe devront développer les vertus morales qui sont latentes en eux et grâce auxquelles se préparera leur domination. .

Le syndicalisme révolutionnaire, à le bien comprendre, n’est que la recherche des moyens les plus efficaces pour développer ces vertus, pour faire naître dans l’âme des travailleurs l’état d'esprit nécessaire à la bonne marche et au bon fonctionnement de la société future.

Et si vraiment la morale, réduite à son essence, est le respect des obligations libres, on comprendra que ce soit seulement par elle que pourra se transformer l’âme de Fouvrier que remplira désormais l'amour sacré du travail et le désir d'accomplir au mieux, sans contrainte extérieure, la tâche qui lui incombera dans l'atelier libre, cellule de l’organisation fédéraliste de demain.

« Le syndicalisme révolutionnaire, dit M. Sorel, est la grande force éducatrice que possède la société contemporaine pour préparer le travail de l'avenir » (1). Afin de le démontrer, il passe en revue les diverses qualités morales nécessaires, plus encore que les aptitudes techniques, au producteur libre dans un atelier de haut progrès : individualisme passionné qui cherche toujours à mieux faire que les modèles qu'on lui propose, et à

dépasser tout ce qui a été faitavant lui ; souci de la probité

(4) Kéflex. 244.

Geo

et de l'exactitude et corrélativement répudiation de la fraude et de la falsification ; désintéressement absolu et non revendication d’une récompense personnelle immédiate et proportionnelle à l’effort donné.

Et il estime que ces qualités diverses seront acquises et développées par la pratique des grèves se déroulant avec leur cortège normal de violences, et qui dans l'esprit des masses ouvrières apparaissent comme précédant et préparant la grève générale libératrice.

Il y a dans cette conception un élément qui nous choque profondément, c’est cette légitimation de la violence, conçue comme un élément de moralisation ! Il nous semble plutôt que là où l’on dit violence, on dit par là même brutalité sauvage et triomphe de la force, disparition par conséquent de tout élément moral. C’est là, répond M. Sorel, l'effet d’un préjugé bourgeois qui repose sur une fausse compréhension de ce que l'Ecole nouvelle entend par violence et son œuvre capitale : « Réflexions sur la violence » n’a d'autre but que de dissi. per ces erreurs, de mettre en lumière la vraie notion de la violenee — et son caractère moralisateur.

La violence prolétarienne doit d’abord être distinguée de la force. La force est un acte d’autorité cherchant à réaliser une obéissance automatique ; la violence veut briser cette autorité contre laquelle elle se révolte ; entre les deux situations, il y a donc une différence essentielle et e’est une grosse erreur de croire comme le font cer-

tains marxistes orthodoxes que l'objectif du prolétariat

not ris es ÉD

soit d'acquérir la force comme la bourgeoisie l'avait acquise, pour s’en servir comme elle s’en est servie et aboutir à un État socialiste remplaçant l'État bourgeois (1).

La nouvelle école raisonne tout autrement ; elle n’estime pas que le prolétariat ait Pour mission historique d'imiter la bourgeoisie, et les procédés qu’elle préconise sont autre chose qu'une pâle copie des procédés employés par la révolution bourgeoise.

Ainsi rien de commun entre la force « qui a pour objet d'imposer l’organisation d’un certain ordre social dans lequel une minorité gouverne », et la violence qui tend à la destruction de cet ordre (2).

D'autre part violence n'implique pas brutalité, haine et barbarie. Les préjugés contre l’idée de violence viennent d'ordinaire de ce que ce mot évoque le souvenir des atrocités de 93. Or, la férocité de cette révolution s’explique par le caractère idéaliste et étatiste des Conventionnels (3). Et nul plus que M. Sorel ne flétrit les excès des comités de surveillance révolutionnaire, les brutalités d'agents soupçonneux et grossiers, affolés par la peur des tragédies de la guillotine (4). Ainsi entendue la violence doit être répudiée comme dangereuse pour le progrès économique et la moralité (3). Mais l’école nouvelle (1 (2

JRéflex. 457. ) Réflex. 152,

(3) Ruine du Monde antique, 273.

(4) Réflex. 65.

(5) Réflex, 463.

lorsqu'elle parle de la violence ne l’envisage qu’au point de vue de ses conséquences idéologiques (1). Que faut-il entendre par là? C’est qu'il importe pour que soit entretenue la violence non pas qu'il y ait un grand développement extérieur de brutalité mais que les conflits qui se produisent, quelque courts, et peu nombreux qu’ils soient, apparaissent, grâce à l’état d'esprit révolutionnaire, sous une forme amplifiée, capables d'illustrer les notions catastrophiques et de maintenir intacte la scission (2).

Si donc les travailleurs sont amenés à regarder les conflits économiques comme des images affaiblies de la grande bataille qui décidera de l’avenir — et ils y seront amenés par la culture de l’idée mythique de grève générale —, la notion de lutte de classe pourra se trouver suffisamment alimentée « au moyen d'événements qui paraîtraient médiocres aux historiens bourgeois » (3).

Loin de rêver ou de conseiller de sanguinaires atrocités M. Sorel souhaite donc de les voir réduites au minimum etil ne préconise la violence que dans la mesure où il ést nécessaire que de temps à autre elle se manifeste, pour rendre tangibie et rappeler à ceux qui seraient tentés de l’oublier l’état de guerre et de lutte entre les classes.

La culture du mythe grève-généraliste, loin de pousser aux actes de brutalité, a au contraire pour conséquence de les restreindre puisqu'elle permet l’amplification idéo-

1) Réflex. 464.

( (2) Réflex. 168.

(3) Réflex. 168.

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