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) Idée générale, p. 290.
4) Idée générale, p. 290.
) Idée générale, p. 290.
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PRÉOGGUPATIONS MORALES | 69
l'école de commerce, l’école de marine, les écoles Palytechnique, Normale, de Saint Cyr, de Droit. Ce n’est pas pour le peuple qu'elles ont été fondées mais pour entretenir, forlifier, augmenter la distinction des classes, pour consommer et rendre irrévocable la scission entre la bourgeoisie et le prolétariat (1).
Ce système d'instruction est déplorable ; il doit être entièrement transformé, édifié sur des bases nouvelles. Il ne pourra l'être d’ailleurs que lorsque la constitution économique de la société aura elle-même été reconstruite sur les principes du fédéralisme mutuelliste.
Voici quelles sont les grandes lignes de ce système futur (2). En ce qui concerne la première jeunesse des enfants, depuis le jour de leur naissance jusqu’à l’âge de 7 à Sans, le chef de famille pourvoit comme il l'entend et à ses frais à leur éducation. De 7 à 18 ans l’éducation est continuée soit par les parents eux-mêmes à domicile, si cela est leur désir, soit dans des écoles particulières instituées et dirigées par eux et à leurs frais, si mieux ils n’aiment confier leurs enfants aux écoles publiques. La plus grande liberté à cet égard est laissée aux parents et aux communes, l'Etat n'intervenant qu’à titre d’auxiliaire là où la famille et la commune ne sauraient s'entendre. Dans les écoles de l'Etat, l'instruction profes-
sionnelle se combinant avec l'instruction scientifique et
(1) Idée générale, p. 290.
littéraire, les jeunes gens étant en conséquence astreints à un travail manuel ulile et productif, les frais d'éducation seront couverts et au delà par le produit des élèves.
Et voilà comment très simplement ce système imposant d'éducation intégrale pour tous peut être édifié sans que l'Etat y ait aucune dépense, peut-être même avec des bénéfices appréciables.
Mais une objection vient à l'esprit. Peut-on parler ici d'éducation intégrale, ou la prépondérance donnée à l’enseignement technique ne va-t-elle pas plutôt former des individus totalement ignorants de tout ce qui n'est pas leur spécialité ? Proudhon a senti l’objection et il y répond d’une triple façon. 1° D'abord il déclare que tout citoyen voué à l’industrie comme apprenti et compagnon, indépendamment du service dont il doit fournir sa part, a le devoir d’exécuter les unes après les autres, pendant un temps déterminé et moyennant un salaire proportionnel, toutes les opérations qui composent la spécialité de l’établissement(1), devoir très légitime puisque plus tard ce citoyen aura le droit comme associé et maître de participer à la direction et aux bénéfices. C’est encore là une’‘culture spéciale, mais déjà élargie puisqu'elle s'étend à toutes les opérations d'une même industrie.
2° Le jeune travailleur a de plus tout intérêt à aug-
menter ses connaissances et à perfectionner son talent par
(4) Justice II, 6. 105.
de nouvelles études dans d’autres genres d'industrie et il est invité à le faire jusqu'au moment où il pourra se fixer avec honneur et avantage dans une position définitive (1).
3 Enfin et surtout il faut noter que l’enseignement donné, précisément parce qu'il est une combinaison d'éducation scientifique et de pratique industrielle, est toujours et forcément général quelle qu’en soit la spécialité.
En même temps, en effet, que l'élève parcourra la série des exercices industriels en allant des plus simples aux plus difficiles, l’éducateur se donnera pour but de dégager sous ses yeux de ces exercices l’idée qui y est contenue « comme autrefois les éléments des sciences furent tirés des premiers engins de l’industrie » et ainsi «il conduira son élève par la tête et par la main à la philosophie du travail qui est le triomphe de la liberté » (2).
Par cette méthode -- et on voit combien les idées de Proudhon forment un tout cohérent et logique -— l’homme d'industrie, homme d'action et d'intelligence, pourra se dire tout à la fois savant et philosophe jusqu’au bout des ongles, en quoi il surpassera de la moitié de sa taille le savant et le philosophe proprement dits.
En faisant ainsi avec Proudhon le tour de ses idées
de morale sociale nous sommes ramenés à notre point de
(1) Justice II. 6. 105.
(2) Justice IT. 6. 98,
pi PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE I
départ: exaltation du travail et des travailleurs, fondée sur une conception de la vie à la fois très élevée et très rude et aussi sereine et joyeuse.
Le travail élevé à la hauteur d’une religion sublime peut transformer l’homme misérable et laid au sortir des mains de la nature en un être divin. De lui sortira le salut du monde; il vivifiera toutes les sphères de la pensée et de l'action et son influence s’étendra jusqu’à l’art qu'il régénérera. « Il n’y a pour l’art, écrit Proudhon, etil ne peut y avoir réellement, que deux époques : l’époque religieuse ou idolâtrie dont la Grèce fournit la plus haute expression et l’époque industrielle ou humanitaire qui semble à peine commencer. Comme dans les âges antiques l'initiation à la beauté arriva par les Dieux, ainsi dans une postérité reculée la beauté se révélera de nouveau par le travailleur, le véritable ascète, et c’est aux innombrables formes de l’industrie qu’elle demandera son expression changeante, toujours nouvelle et plus
vraie (1). »
Il. — Syndicalisme révolutionnaire.
Ceux qui n’ont du syndicalisme contemporain qu'une connaissance superficielle et pour lesquels il se résume
dans les mots d’action directe, sabotage, lutte de clas-
(4) Phil. du Progrès, 75.
PRÉOGCUPATIONS MORALES 73
ses, etc., pourraient s'étonner de nous voir affirmer à la base des théories nouvelles l'existence de fortes préoccupations morales.
Et cependant tous ceux qui ont étudié de près le mouvement, non plus dans ses manifestations journalières de réunion publique ou dans les discours de militants de la G. G. T., mais dans son expression théorique et réfléchie, sont d'accord avec nous sur ce point. Serait-ce quil y a divergence entre les chefs et l'armée sur ie terrain des conceptions morales ? La question mérite d'être sérieusement examinée. Recherchons d'abord dans l’œuvre des intellectuels de l'Ecole la trace et les éléments essentiels de ces idées morales. Nous verrons ensuite dans quelle mesure elles sont la traduction fidèle de tendances ou desentiments latents dans l’esprit des adeptes ouvriers
du syndicalisme révolutionnaire.
SECTION PREMIÈRE. — #ondement et vue d'ensemble du
système moral.
I. — Les théoriciens de la nouvelle école, principalement M. Sorel, qui enest l'esprit le plus original etle chef incontesté, se sont bien vite opposés au socialisme officiel par leur « souci de perfectionner les mœurs » et par la répudiation très nette des préjugés qui ont cours dans
le monde socialiste contre la morale (1).
(4) Cf. ces lignes significatives de M. Ed. Berth dans le #ouv. Soc.
74 PREMIÈRE PARTIE. — GHAPITRE I
Ils s’indignent quand ils entendent certains socialistes traiter la morale « d’affreux cauchemar » qui s’évanouira tout naturellement dans la société communiste (1).
Marxistes orthodoxes et réformistes parlementaires ont particulièrement brillé par cette absence totale de préoccupations éthiques, et cet état d'esprit s’explique chez les premiers par une compréhension fausse et trop étroite du matérialisme historique, chez les seconds par la superstition démocratique qui les entraîne à lutter surtout sur le terrain électoral et parlementaire. « La démocratie électorale, dit M. Sorel, ressemble beaucoup au monde de la Bourse » (2), c'est-à-dire que dans lesdeux sphères la ruse importe avant tout et non l'honnêteté ; tout se règle non par un conflit de principes et de doctrines, mais « par des compromis entre gens influents et des ventes de faveurs » (3). Quand on vit dans un pareil milieu on en subit fatalement l'influence et on en arrive rapidement à n'avoir plus grand souci des contraintes morales qui empêcheraient l’homme d’aller là où se
manifeste son plus clair intérêt; on ne considère plus la
1905, 2e série, 2, p. 72. « Je ne connais rien personnellement de plus fort ni de plus beau que la théorie de Proudhon sur l'amour et le mariage et je ne pense pas que le féminisme soit si révolutionnaire qu'on veut bien le dire. Mais le socialisme traîne avec lui un certain nombre de préjugés auxquels on ne peut toucher sans passer immédiatement pour un affreux réactionnaire. Il y a encore tant de romantisme parmi nous ».
(4) Lafargue, Socialiste du 30 juin 1901.
(2) Réf. sur la violence, 216.
(3) Réf. sur la violence. 215.
morale que comme une sophistique destinée à assurer la docilité des travailleurs maintenus dans l’effroi que crée la superstition (1). Cette opinion était d’ailleurs renforcée par l'exemple que donne la bourgeoisie qui prêche la morale sans la pratiquer et dont les mœurs scandaleuses et la littérature sensuelle révèlent aux foules ouvrières le profond immoralisme.
Le mouvement syndicaliste n’a plus les mêmes raisons que les formes socialistes antérieures de rejeter avec mépris ou défiance tout système moral. Sans doute il est d'inspiration marxiste, mais son marxisme est suffisamment souple et compréhensif pour se concilier aisément avec la croyance au rôle des idées morales dans l’évolution historique. D'autre part, il échappe à l’action dissolvante des mœurs électorales par l’antipathie qu'il professe pour le monde parlementaire.
Nul obstacle donc à ce que l'école nouvelle donne aux questions éthiques une place dans son système.
Et cette place est prépondérante. Le problème moral n'était plus rien ; il va redevenir tout! « Le socialisme, déclare M. Sorel, est une question morale (2), en ce sens qu'il apporte au monde une nouvelle manière de juger
tous les actes humains et, pour employer une célèbre
(1) Refl.. p. 214.
(2) Sorel, Préface à Merlino, p. XLIT. Cf. « Un entretien sur la démocratie », Pages Libres, 25 janvier 1908. « On peut dire en dernière analyse que le socialisme est une métaphysique des mœurs ». (Paroles de M. Sorel),
expression de Nietzche, une nouvelle évaluation de toutes les valeurs... ilse pose devant le monde bourgeois comme un adversaire irréconciliable, le menaçant d’une catastrophe morale, plus encore que d’une catastrophe matérielle » (1).
Est-ce à dire que nous allons retomber dans les errements dusocialismesentimental et humanitaire de 1848? (2) Nullement, car une différence essentielle va séparer des rêveries utopistes les conceptions de l’école nouvelle. Le socialisme prémarxiste cherchait à fabriquer une morale qui fût capable d’agir sur les sentiments des gens du monde pour les rendre sympathiques à ce qu'on nommait avec pitié les classes déshéritées et les amener à faire quelques sacrifices en faveur de leurs frères malheureux (3). Son but était d'hwumaniser la classe riche et de la rendre meilleure et plus pitoyable.
Tout autre est l’objectif de nos modernes syndicalistes, qui cherchent à réaliser la formation morale des classes ouvrières (4), à donner au prolétariat #n système d'idées morales autochtones, et par là lui faire acquérir les qualités nécessaires à la victoire finale.
L'aspect éthique du syndicalisme révolutionnaire devient dès lors un des côtés les plus importants, les plus
caractéristiques de la doctrine nouvelle. Naturellement ces
(4) Sorel, Préface à Merlino, p XL.
(2) Sorel, La crise du socialisme, R. Pol et Parl, 98. 18, p. 597. (3) Sorel, Refl. sur la violence, 218.
(4) Facteurs moraux de l’évolution, p. 100,
PF dif PO OP POP TT PS Ts.
ENT Tr
PRÉOGCUPATIONS MORALES 77 conceptions morales sont surtout intéressantes à envisager pour nous dans leur répercussion sur l’activité sociale ; mais pour les bien comprendre, il est nécessaire de rechercher brièvement comment elles trouvent dans la vie privée leur origine et leur fondement.
IT. — La constitution de la famille est, selon M. Sorel, la source principale de nos idées morales (1); il convient donc moins de parler d’une morale individuelle que d’une morale familiale et, de ce point de vue, M. Sorel critique les prétentions des moralistes qui veulent baser la réforme sociale sur l’amélioration morale de l'individu et non sur le perfectionnement de l’organisme familial.
Si l’on veut rechercher dans quel sens peut s’opérer l'amélioration morale du prolétariat, c’est du côté de la constitution de la famille qu'il faut aiguiller ses études. La famille apparaît à M. Sorel comme le milieu dans lequel se réalisent les vraies valeurs de vertu (2) : respect de la personne humaine, fidélité sexuelle, dévouement pour les faibles. Et s’il convient d’apporter,dans le régime actuel du mariage, des modifications et des réformes, c'est en vue d’ « assurer une meilleure réalisation de ces valeurs de vertu » (3).
Actuellement, en effet, le mariage par bien des côtés
est vicié dans son fonctionnement et dans cette perver-
(4) Sorel, Etude sur Vico : Devenir social, 1896, p. 925. (2) Réflexions, 232.
(3) Réflexions, 232.
sion la responsabilité de l'Eglise est grande ! Elle aurait dû être la gardienne naturelle de la conception familiale issue de la civilisation christiano-classique. Et c’est elle, au contraire, qui en favorise, facilite la transformation. L'Eglise, aujourd’hui, voit surtout dans le mariage « un accord d'intérêts financiers et mondains », elle est d’une extrême indulgence pour la galanterie : elle ne veut pas admettre que l'union soit rompue quand le mariage est devenu un enfer et ne tient nul compte de l'obligation de se dévouer (1). Ce n’est donc pas d’elle que l’on peut attendre une rénovation morale.
La réforme la plus urgente à apporter à l'union conjugale est, comme l’a vu Engels, que la famille doit cesser d’être un groupement gouverné par un chef et un groupement d'intérêts économiques pour devenir uniquement un groupement affectif (2).
Une objection se présente à l'esprit : Si l’on base le mariage uniquement sur l’affection en dehors de toute coaction légale, ne va-t-on pas aboutir à l’union éphémère et accidentelle résoluble au gré de l'humeur changeante des époux ? Non, Engels réprouve, et avec raison dit M. Sorel, toute idée de « papillonnement », sentant bien que la vie de famille est étroitement liée à l'éthique (3). Mais il se refuse à décrire dans ses détails l'organisation sexuelle de l'avenir et Marx a imité sa pru-
(1) Sorel, Eglise et Etat, Paris, Jacques, 4902.
(2) Sorel, Ethique du Soc., 139.
(3) Sorel, Ethique du Soc., 139.
dence Qu'il suffise de poser le principe d’une base uniquement affective; de cette simple idée va sortir toute une morale nouvelle, qui se caractérise par une concep-
tion très haute de l'amour et de la femme.
… JT. — L'amour véritable, tel que le comprend M. Sorel, est fait de dévouement et de chasteté. Ceux qui n’y voient qu’un plaisir n’en saisissent pas l'essence même, en méconnaissent la nature, et confondent « amour » avec « érotisme ». Le mot amour s'applique en réalité à des sentiments qui engendrent un sacrifice accompli avec joie. L'amour maternel est « un long et joyeux martyre » (1); l’amour sexuel n’en diffère pas de nature. C’est par lui que nous comprenons la sainteté des obligations dont aucune loi ne proclame la sanction (2). Et cette absence desanction est ce qui fait l'immense supériorité de l'amour sur le droit. © Tandis que l’histoire de la jurisprudence est l'histoire des ruses imaginées pour se soustraire aux règles juridiques, l'histoire de la morale nous montre que la notion de vertu s'identifie avec la soumission
absolue aux engagements libres (3).
(1) Sorel, Science el morale. p. 19.
(2) Cf. Berth., Dialogues socialistes : « L'homme, en général, ne travaille guère pour le seul amour du travail. Il faut donc une force intime qui nous stimule et nous exalte : cette force, c’est l’amour ; c'est lui qui non seulement nous maintient dans ce que Kant appelait la légalité, mais qui, bien souvent, nous incite à des actes de luxe, à une moralité de luxe », pp. 313-314.
(3) Sorel, Ethique du Socialisme, p.149. Cf. Berth. Mouv. Socialiste, 1903, IX, p. 25.
© Développé dans le milieu affectif familial l'amour présente ainsi une valeur éducative. Gette valeur apparaîtra enp leine lumière si elle est intensifiée par l’action continue et heureuse de la femme. M. Sorel ne parle jamais de la femme qu'avec un respect profond. Et la dédicace des Aéflexions sur la violence ou telle considération incidente (4) qui lui échappe au milieu d’un article sévère rappellent, comme le note M Guy Grand (2), la justesse du mot de Renan: « Rien n’est plus chaste que l’homme austère. » Ces sentiments de respect affectueux [affection dans sa pensée ne va pas sans respect}, M. Sorel exhorte tous les hommes à les partager. « Il faut, dit-il, que l’homme respecte la femme, s’il veut acquérir les qualités nécessaires pour participer à la mission du prolétariat » (3).
La femme peut beaucoup pour la réalisation d’un monde meilleur. M. Sorel conçoit son rôle comme celui d’une éducatrice « qui nous apprendrait à voir des frères dans les déshérités » (4) et par l'intermédiaire de laquelle se développeraient en nous les sentiments de délicatesse
et de bienveillance (5).
(4) J.-J. Rousseau, Mouv. soc. 1907, second semestre, p. 507 et ssq. surtout p. 518.
(2) Guy Grand, La philosophie syndicaliste, Annales de la Jeunesse laique, mai 1908, p. 371.
(3) Morale et Socialisme, p.211. Cf. Berth, Dialogues Socia listes, dialogue IV en entier.
(4) Ruine du Monde antique, 255-6.
(5) Sorel, Ethique du Soc., p. 150 en note : « La femme est la
. La vie sexuelle deviendrait ainsi un facteur puissant de moralisation, facteur vraiment efficace alors que sont stériles les prédications morales rationnelles ou métaphysiques qui n’agissent pas sur les sentiments, seules forces suceptibles d'engendrer l’action.
La grande découverte du christianisme a été de trouver le moyen « d'utiliser des facteurs de l'érotisme détournés vers la mystique ». Il avait compris par une connaïssance très exacte de la psychologie humaine que « l'amour est la discipline la plus efficace, la seule efficace — et c’est parce que le fidèle arrivait à développer dans son cœur à un degré extraordinaire l'amour pour Jésus conçu comme un être visible qu’il consentait pour lui faire plaisir à se priver et à souffrir en faveur des pauvres que Jésus aimait d’un amour infini » (1). Ces pratique: n'étaient pas sans danger parce que la mystique suppose un état d'âme exceptionnel et ne peut fournir des solutions générales. Gardons l’idée en la purgeant du caractère qui la viciait et faisons de la femme la grande éducatriee « non seulement des enfants mais de l’homme luimême », qui fera naître et croître en nous les beaux et
nobles sentiments.
grande éducatrice du genre humain ; l'amour transforme l'hommeet discipline ses sentiments ; c'est la femme qui nous moralise ; aussi le respect de la femme est-il un élément très essentiel de la marche vers le socialisme. »
(1) Ruine du Monde antique, 255-256.
Prrou, 6
Le problème de la réforme morale de l’homme devient,
dans ces conditions, le problème de la femme et l’on con-
çoit comment toute transformation de l’intérieur familial aura fatalement des répercussions de la plus haute impor-
tance sur tous les aspects de la conscience morale (1).
IV. — Du système moral envisagé dans son ensemble, M. Sorel nous a donné une vue synthétique obscure mais suggestive : ildistingue trois groupes de notions qui sonten allant du plus intime au plus large :
4° La famille considérée dans ce qu’elle a d’essentiel au point de vue effectif :
20 La bienveillance qui s'oppose à la famille car elle applique à des étrangers des sentiments que l’on avait tout d'abord observés à l’intérieur du groupe familial ; 3° La justice humanitaire qui donne une allure si particulière à la famille et à la société, dès qu’elle estreconnue comme souveraine (2).
De ces trois groupes, le premier est pour M. Sorel le plus important et la source d’où dérivent les deux autres. Dans le fragment que nous venons de citer, il le dit
expressément pour le second, qui n’est que la transposi-
(1) Berth, Dialogues socialistes : « On peut dire que la moralité de l'homme est pour une grande part entre les mains de la femme. On pourrait mesurer le degré de moralité des peuples et des individus au respect qu'ils professent pour la femme », p. 314.
(2) C’est cetle justice que Proudhon voulait considérer comme j'élément essentiel du droit. — Æ£thique, 139.