‹ Proverbes de la Franche-Comté; études historiques et critiquesChapitre 6 sur 12 · SANTÉ · texte numérisé non relu

SANTÉ

S f O. — Préoeptos d'hyg^lèiie.

La bonne nourriture Fait la belle créature.

La bonne nourriture Fait la belle figure.

Bon vin, bonne chère Chassent la médecine en l'air.

Cm iproyerbes sont d*une grande justMM.

11 n'est tel pain que de froment Ni tel vin que de sarment.

Le pain et le yin.

C'est la vie du pèlerin.

A la Saint-Martm, Jeune ou vieux, bois le vin.

A la Saint-Martin Bois le vin, Et laisse aller l'eau au moulin. (Ubique.)

On appelle Tivresse le mal de saint Martin, parce qu'il

était d'usage qu'à la Saint-Martin on faisait sa provision de

vin.

Le vin est le lait des vieillards.

On voit plus de vieux ivrognes que de vieux médecins. Boire un verre de bon vin, c'est prendre un gilet de ca-

Un four et un vieillard se chauffent par la gueule.

Une femme qui parle latin, Un enfant noturi de vin Ne firentjamais bonne fin.

Du vin aux femmes et de l'avoine aux chèvres, c'est du butin de perdu.

Elles sont trop excitables.

Butin, de butiner, économiser. Le paysan est comme Tabeille : il n'a que ce qu'il butine. Pour lui, tout est butin.

Pour que le vin fasse du bien aux femmes, il faut que les hommes le boivent.

On voit que nous allons entrer dans les proverbes humoristiques.

Le vin sur le lait Rend le cœur gai ; Le lait sur le vin Rend le cœur chagrin. (Dbique.)

Après la poire, Donne-moi à boire; Après la pomme 11 ne faut plus rien à l'homme.

Après la soupe, un verre de via Ote une visite au médecin.

Juillet et août Ni femmes ni choux.

A vingt ans, beau; A trente ans, fort; A quarante ans, sage ; A cinquante ans, Adieu le galant I

Ou, suivant une formule plus triviale et plus énergique :

A cinquante ans, ouvre ta cave et ferme tes culottes.

Voici le prorerbe dit des bans compagnons :

Œnf d'une heure, pain d*un jour, Tin d'un an, poiMon de dixy maîtresse de quinze, ami de trente.

L'abbé Amoult dit {Traité de la prud., p. 89) femme de quinze. Il modifie ainsi le dicton pour cause d*ordre moral.

Courte messe et long dîner, Pas de vêpres et bon souper.

Les œufs rendent amoureux.

Les œufs font chanter clair.

Un œu (œuf), C'est peu ; Deux,

C'est mieux ; Trois sont pitance Et quatre outrance (excès).

Bien fou qui se laisse meuri (mourir) Qui a du cerfeuil et du persil.

Si l'homme savait ce que la carotte vaut, Il en sèmerait un journau (journal).

Si l'homme savait l'effet du céleri, 11 en planterait plein son couti (jardin).

Si la femme savait ce que le céleri vaut à l'homme, Elle en irait chercher jusqu'à Rome. '

Le céleri Rend la force au vieux mari.

n ne faut pas rester entre deux airs.

La crainte des courants d*air et des vents coulis oblige les campagnards de Comté à vivre hermétiquement clos dans leur poêle pendant cinq mois de Tannée. Les croisées ne s'ouvrent pas et les charnières rouillées souvent ne jouent plus. On dirait que leurs fenêtres ne sont pas faites pour s'ouvrir, mais pour laisser passer un peu de liunière à travers un vitrage malpropre.

Sôus le rapport de là propreté Aeft tn&idôns, la Floche- Comté n*est g^re supérieure à la Bretagne.

Celui qui dort trop dort son esprit.

Trop dormi Fut pris.

C^est pour faire allusion au rossignol qui, pendant un trop long sommeil, eut une fois les pattes prises dans les vrilles d'un cep de vigne. Depuis ce temps, cet oiseau ne dort plus, dit on, du moment où la vigne pousse. Teille vite, crie-t-il en mars au vigneron d^ns seà chansons, teille vite, teille vite, qui peuille dourmi! (taille vite, afin que je puisse dormir). Plus tard, il lui chante â*une voix plus douce : Vigneron, tai veigne pom^,pôtmè, pousse... Dans lou bouchetl dans lou bouchetl etc. Bref,

U lui dit aussi dans son latin Que de trop aimer ne yaut rien I

% ItO. •* SottlMi «tvâit uiaiiMlièfti.

S'agit-il de maladie ? le populaire semble reconnaître son incompétence ; il ne se prononce sur aucun ttio^en thérapeutique. Et quant aux innombrables recettes que les bonnes femmes et les guérisseurs de tous les pays recommandent, il n'a pas jugé à propos d'en consacrer la mémoire dans ses proverbes. C'est tout au plus s'il hasarde quelques pronostics. Il laisse la médecine aux médecins, se contentant de rire des maladies.

Il vant mieux aller au moulin qu'au médecin.

11 est malade? Sa santé se repose.

~ 8» ~ n ne n'^n fendra p(us le jour de ses noces.

On n'est jamais si près de maladie qa'en santé.

Si le malade se plaint pour peu de chose, souvent, fort et longtemps, on dit :

Quand un moucheron le pique, il se croit que c'est un tayin (taon).

Il est comme Touillote blanche (l'oie blanche), S'il n'a mal à la patte, c'est à la hanche.

Il a la maladie de saint Billebaud, Qui boit bien, mange bien et ne dA pas mau (ne dort pas

mal).

11 a la maladie du pitoue (putois), qui mangerait bien nnepoule.

C'est une ûèvre de carquelins.

Les craquelins sont excellents en Franche-Comté. Ceux de Baume jouissent d'une très-grande réputation dans la province et même au dehors, comme les biscuits de Montbozon, comme les pains d'épices de Montbéliard.

Si c'est ime vieille personne qai se plaint :

Long plaignant Long vicant (vivant)

Ce sont les pots fêlés qui durent le plus longtemps. C'est la mère vit-trop

Si, au contraire, le malade dépérit visiblement, si sa figure amaigrie exprime la souffrance et dénote une mauvaise fin, on se livre à des réflexions saugrenues et plus ou moins sentimentales.

Son rhume sent le sapin.

11 a un rhume d'agneau Qui ne s'en ira qu'avec la peau.

est comme le mouton de saint Pierre, il n'a pas de fressure.

La fressure, ou foie blanc, c'est le poumon.

Avoir le foie blanc signifie autre chose : ainsi, une personne qui a le foie blanc rend, dit-on, poitrinaires toutes cellesqui cohabitent avec elle.

Voici la légende de saint Pierre, à laquelle il est fait allusion dans ce proverbe. Les apôtres afi*amés demandaient à manger. Jésus dit à saint Pierre : « Tue ce mouton et le dépouille. » Saint Pierre obéit ; mais, poussé par la faim, il en avala subtilement la fressure, Jésus s'en aperçut. « Où est la fressure de ce mouton? » demanda-t-il en faisant les parts. — « Ahl Seigneur, répondit saint Pierre, je crois qu'il n'en avait pas I »

On raconte le même trait dans l'histoire légendaire du célèbre La Ramée.

En Franche-Comté, de bons poumons, une bonne fressure, comme on dit, sont l'indice de la force et de la santé.

Quand il n'y a plus d'huile dans la lampe, on a beau attiser la mèche.

Le médecin qui a vu de ses urines a déclaré qu'il était bien malade.

Las moi ! il n'a plus que la sainte écriture,

la peau et les os.

On dit quelquefois d'un enfant chétif , petit, grêle, il n'est qu'écrit, il n'y en a point. Quant au mot sainte, est-il mis là au lieu de simple? cela ne serait pas étonnant, le vulgaire superstitieux fourrant la religion partout. Ainsi, j'entends tous les jours dire la sainte Honorée, pour la centaurée; V huile de ri-sainte, pour ricin; le scapulaire, pour le capillaire.

D n'y a pidie (pitié) Qu'à maladie.

Après tout :

N'est pas mort qui combat t

Si finalement le malade est mort soit de maladie soit de vieillesse, on dit encore :

Il en a sauté les piques.

JMagine que le supplice inventé par le féroce baron des Adrets a dû vivement impressionner Tesprit des gens du peuple, et qu*il a pu donner lieu à cette locution proverbiale, très-usitée dans nos pays.

On ne peut pas faire deux âges.

n est assez vieux pour faire un mort.

Le médecin n'est pas le bon Dieu.

Quand la mort y est, les médecins ne s'en racbétent pas; ils ne peuvent pas en racheter les autres.

U a prou de pain cuit.

Pour dire il est mort. Avoir du pain cuit, en français,

c'est être riche.

Sa mort n'empêchera pas aux charrues de tourner.

C*est surtout quand il est question des infirmes et des vieillards que les mœurs villageoises sont grossières.

Le vulgaire, en général, plaisante les malades, surtout quand il les voit debout.

Vous vous plaignez du mal de tête? Il vous répond :

C'est un mal de grand seigneur, on ne peut pas l'avoir plus haut.

C'est le mal des grands esprits, Jean Bête en est mort

C'est un mal de luxe, qui demande à boire, ô manger ou à dormir.

— M — Tous avez mal au doigt ?

Gelni qui a mal au doigt Souvent le voit.

Vous avez mal à la main?

Celui qui a mal à la main Souvent s'en plaint.

Vous avez mal aux pieds?

Getu qu'ai mau au pie (pied) Souvent lou crie.

Tous avez mal au dents ?

Celui qui a mal aux dents Bien fort le sent.

C'est un mal d'amou r !

Vous avez mal ailleurs ?

Ce tu qu'ai mau au cul

Lou fâ voue pa gens d'autru (le fait voir par autrui).

Cetu qu'ai mau au turlututu

A putoue guéri qu'ai ne Tai vu (est plus tôt guéri qu'il ne

l'a vu).

En voilà une de médecine pitoyable et compatissante! Etonnez-vous, après cela, des anathèmes qu'on lance contre les médecins qui se montrent réservés et prudents dans Tadministration des remèdes I On les appelle médecins d'eau douce, et Ton dit :

Las médecins pitoyoux (compatissants) Fan las maux gauloux (font les maux galeux).

Et cependant, chose remarquable, les rares préceptes de thérapeutique formulés en proverbes sont justement des préceptes d'abstention.

Le mal d'jeux se gaérit avec le coude,

Cest-à-dire, il n*y faut pas toucher.

A trop récurer son chaudron , on l'use.

Des préceptes d'abstention et quelques prescriptions

bouffonnes qui ne tirent pas à conséquence, comme cellesci;

Pour guérir le hoquet :

11 faut réciter sept fois, à voix haute et sans reprendre haleine :

J'ai le hoquet Dieu me l'a fait.

Mon bon Jésus, Otez-moi lu (ôtez-le moi).

Pour faire passer la mule (engelure au talon) :

On va frapper à la porte d'une veuve, et quand elle demande :

Qui à-ce lai (qui esl là) ?

On lui répond :

Ç'â lai mule et le mulet I te lai lasse (je te la laisse) et m'en vais !

C'est pour dire qu'on se moque des gens qui se plaignent de peu de chose. Il faut savoir prendre son mal en patience.

Ce paragraphe nous fait passer naturellement aux proverbes de la 3' série.

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