‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 2)Chapitre 16 sur 236 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

ROSALIE, JUSTINE , M™ LOUVIER, M»« JAVOÏTE , GRAJND-PIERRE.

Mme LOUVIER, s'asseyaut et tricotant.

Tenez, JclVOtte, aSSevCZ-VOUS-là . (Javotle s'assied , et travaille à la

tapisserie.) Votre tapisserie est-elle bien avancée?

M,îe JAVOTTE.

Oui , maman ; tenez , voyez tout ce que j'ai fait depuis hier.

Mme LOUVIER.

(Test bon. Et votre arithmétique?

MIle JAVOTTE.

Ah maman! j'ai fait aujourd'hui une multiplication avec sous et deniers, sans faute; si vous voulez, je m'en vais vous l'aller chercher, vous verrez. (Elle se lève.)

Mme LOUVIER.

Non, non ; restez là.

Mlle JAVOTTE.

C'est que je dis , vous verriez

Mrae LOUVIER.

Non. Ecoutez-moi ; quand vous êtes ici toute seule avec de l'Aune, qu'est-ce qu'il vous dit?

Mlle JAVOTTE.

Lui? presque jamais rien, surtout depuis quelque temps; il me paraît même bien triste.

Mrae LOUVIER.

Bien triste? Je ne vois pas cela ; il me semble qu'il est tout comme à son ordinaire.

MI,e JAVOTTE.

Oui , quand vous y êtes ; mais avec moi, il est bien différent. Autrefois il était de la meilleure humeur du monde quand nous étions ensemble : à présent ce n'est plus la même chose.

Mme LOUVIER.

Il s'ennuie peut-être d'être garçon marchand.

MlIe JAVOTTE.

Àh , mon dieu , non ! car je !e lui ai demandé , et il m'a bien cssuré que , tout au contraire , il voudrait toujours rester comme il est.

Mme LOUVIER .

Tout ceia , ce sont des coules. Ma fille, il ne faut pas croire tout ce que disent ies garçons -, c'est pour attraper les filles.

Mlle JAVOTTE.

Attraper les filles? Oh! je jurerais bien qu'il ne m'attrapera pas. Vous ne le connaissez pas, maman ; il n'est pas assez malin pour cela: je l'attraperais plutôt, moi.

Mrae LOUVIER.

Il ne faut vous attraper ni l'un ni l'autre. Je vais vous parler naturellement, comme une bonne mère, et qui a confiance en vous -y répondez-moi de même.

MUe JAVOTTE.

Oui, maman.

Mme LOUVIER.

Je voudrais savoir si de l'Aune n a point d'amour pour vous.

Mlle JAVOTTE.

Je n'en sais rien , maman ; mais si vous voulez , je le lui demanderai.

Mme LOUVIER.

Gardez-vous-en bien.

Ml!e JAVOTTE.

Pourquoi donc? Si vous voulez le savoir, cela sera plus tôt fait.

Mme LOUVIER.

Cest une simple curiosité.

Mlle JAVOTTE.

Oh bien , laissez j laissez -moi faire.

Mmc LOUVIER.

Je vous le défends ; entendez-vous !

MIlc JAVOTTE .

Mais , maman , c'est que je ne serais pas lâchée de le savoir aussi, moi.

Mffie LOUVIER.

Comment? pourquoi donc?

M1,e JAVOTTE.

Maman , c'est qu'il me dirait peut-être la différence qu'il y a de l'amour à l'amitié ; car je commence à croire qu'il y en a

Mme LOUVIER.

Vous me paraissez bien savante.

Mlle JAVOTTE.

Ah , maman! c'est donc vrai?

Mme LOUVIER.

Non , non : ce sont des contes qu'on lit dans les histoires des romans ; et il ne faut pas qu'une fille en lise jamais.

Mlle JAVOTTE.

Ohî je le sais bien, parce que tout cela n'est pas vrai; et j'en suis bien fâchée.

Mme LOUVIER.

Est-ce que vous en avez lu?

Mlle JAVOTTE.

Oui, maman, au couvent; j'en ai lu un qui s'appelait Hippolyte comte de Douglas.

Page 1