‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 2)Chapitre 152 sur 236 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

M. DUEOIS.

Ah, cela devient différent; mais je ne le crois pas.

M1,e JEANNETON.

Cela n'est pourtant que trop vrai.

M. DUBOIS

Comment?

Mlle JEANNETON.

Je ne sais si vous connaissez M. Discret, l'écrivain qui demeure là, vis-à-vis de chez nous?

M. DUBOIS

Je ne l'ai jamais vu.

J\Ille JEANNETON.

Eh bien, c'est à lui que ma chère mère veut me marier.

M. DUBOIS

A lui? et l'aimez-vous?

Mlle JEANNETON.

Si je l'aimais, je ne vous aimerais pas.

M. DUBOIS

Ah, c'est vrai; comment ferons-nous?

Mlle JEANNETON.

Je n'en sais rien; car ma chère mère lui a donné sa parole, et il y compte, et voilà pourquoi je vous ai prié de me venir voir pendant qu'elle est sortie.

M. DUBOIS

Et M. Discret, est-il un homme d'esprit?

Mlle JEANNETON.

Mais, je crois que oui; car c'est lui qui fait tous nos mémoires. Il écrit tout couramment des lettres pour tout le monde, et il est très-malin.

M. DUBOIS, rêvant.

Il écrit des lettres? Attendez; je serai aussi malin que lui, laissez-moi faire; dans peu vous entendrez parler de moi. cl

DES CHARNIERS. Q^f

vous verrez ce qui en sera, puisqu'il écrit des lettres. Je suis un homme... Enfin je ne vous en dis pas davantage.

MIIe JEANNKTON.

Ah, je vous en prie, mon cher monsieur Dubois, dites-moi ce que vous ferez .

M. DUBOIS

Je n'ai rien à vous refuser; mais je n'ai pas le temps de vous l'expliquer. Songez seulement à dire à votre chère mère que M. Discret vous a fait une infidélité, et ne vous embarrassez pas du reste.

M,le JEANNETON.

Si vous m'aimiez hien , vous n'auriez pas de secret pour moi, et j'ai envie de me fâcher.

M. DUBOIS

A quoi cela servira-t-il? Écoutez plutôt ce que j'ai encore i vous dire.

M'Ie JEANNETON.

Eh bien , qu'est-ce que c'est?

M. DUBOIS

J'ai dit à mon père , qui a un débit de tabac auprès des Quinze-Vingts , que j'ai grande envie de me marier avec vous, et comme c'est le meilleur homme du monde , il doit venir aujourd'hui ici marchander une paire de chaussons, pour voir si vous êtes aussi jolie que je lui ai dit. Il m'a dit qu'il avait été à la noce de madame votre mère , et il a envie de renouveler la connaissance selon ce qui en sera , et ce serait un bon acheminement à notre mariage.

M1Ie JEANNETON.

C'est très-bien pensé ; mais qu'est-ce que vous ne voulez pas me dire?

M. DUBOIS

Ah , vous en revenez toujours à vos moutons , et il faut que je m'en aille.

M],c JEANNETON.

Eh bien, monsieur, allez- vous-en, et ne revenez jamais.

348 l'écrivain

M. DUBOIS

Qnoi? vous vous fâchez tout de bon? Allons, embrassezmoi, pour faire la paix. (Il veut l'embrasser.)

Mlle JEANNETON , se débattant.

Non, monsieur, non, je ne le veux pas; finissez donc, vous allez faire tomber mon ouvrage, (il tombe.) Bon , le voilà à terre. Il va être tout crotté.

M. DUBOIS

Ah , ne vous fâchez pas , cela se séchera, (iiiui rend son ouvrage : Adieu, mademoiselle , je suis votre très-humble serviteur.

Mlle JEANNETON.

Revenez bientôt.

M. DUBOIS

Oui , oui , ne vous embarrassez pas.

M1!e JEANNETON.

Allez -vous-en vite, car je vois revenir ma chère mère.

M. DUBOIS

Adieu donc.

Adieu, adieu.

Mlle JEANNETON.

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